samedi 17 décembre 2011

Bien mal Aki

Vu Le Havre de Kaurismäki. Mouais... pas terrible. Pourtant j’adore Kaurismäki. Au loin s’en vont les nuages, l’Homme sans passé, les Lumières du faubourg sont des films sublimes. Mais là non, le film est un peu trop... comment dire, étriqué, pour que je le défende. Je ne peux même pas faire semblant (ha ha...). La faute à un scénario trop compatissant (c'est le côté De Sica de Kaurismäki: un cireur de chaussures - sciuscià - nommé Marcel Marx - j'aurais préféré Karl Débardeur! - aide un petit Africain sans-papiers à fuir la police et rejoindre sa maman en Angleterre), qui plonge le film dans la guimauve bien-pensante (le genre de fable qui doit plaire aux habitants de Boboland), même si c’est mieux que Welcome, et à une mise en scène trop compassée, qui convoque le cinéma français d’hier, du réalisme poétique (Carné-Prévert) à la "qualité française" des années 50, même si c'est mieux qu'Amélie Poulain. C'est que le film n'est pas dénué d'un certain charme, un charme kaurismakien, autrement dit parfaitement désuet (on écoute Damia à la radio, on roule en R16...). Le Havre, on le sait, c'est le Quai des brumes, dont le film de Kaurismäki se veut, question atmosphère (à propos d'atmosphère, Kati Outinen, l'actrice fétiche de Kaurismäki, s'appelle ici Arletty, si si), le pendant optimiste, mais c'est aussi El cantor de Morder, et j'espérais vraiment que le minimalisme de Kaurismäki, conjugué à son humour pince-sans-rire, lorgne de ce côté-là. Mais non, Le Havre est un havre de bons sentiments, un film-bisounours sur la solidarité, totalement surréel - la preuve? il ne pleut pas dans le film (tout est bleu), ce qui contredit l'adage "quand de Deauville on voit Le Havre c'est qu'il va pleuvoir, quand on ne le voit pas, c'est qu'il pleut déjà" (Tristan Bernard), encore que ça, c'est pas gênant, c'est le côté Ozu de Kaurismäki, ce que j'aime le plus chez lui et qu'on retrouve malheureusement trop peu ici: citons quand même, outre le beau temps, les petites maisons (joli travail du décorateur Wouter Zoon) qui rappellent vaguement le Goldengai de Tokyo, et le tout dernier plan: un cerisier en fleurs devant ces mêmes maisons (printemps pour le coup tardif...). Pour le reste, on retiendra la composition de Léaud (plus halluciné que jamais), la prestation de Little Bob, le vieux rocker havrais, et quelques plans ici ou là (Kati Outinen dans sa robe jaune...). Pas de quoi s'extasier. Hélas.

8 commentaires:

vladimir a dit…

Bon je vois que tu es sur la même ligne que les Cahiers

Buster a dit…

Ah non, rien à voir, moi c’est une déception parce que d’habitude j’aime beaucoup Kaurismäki, alors qu’aux Cahiers c’est vraiment la détestation (Tessé n’aime pas Kaurismäki, il avait déjà descendu son précédent film). Là il faudrait s’interroger sur les raisons de l’échec. Est-ce le fait que Kaurismäki ne maîtrise pas le français? Ou que son art de la vignette et de la citation, idéal pour décrire le quotidien de petites gens et lui donner une portée universelle, ne s’accommode pas des sujets d’actualité, politiquement brûlants? En tous les cas, il manque ici l’âme finnoise qui généralement donne aux films hyperstylisés de Kaurismäki un surcroît de vérité.

Et puis aux Cahiers, c’est une tradition, tout ce qui touche au vieux cinéma français, pré-NV, est forcément rance. Tout ce qui va à l’encontre de la modernité est forcément ringard.

vladimir a dit…

Bon je vois que tu n'es pas sur la même ligne que les Cahiers :)

Sébastien a dit…

la critique de votre "pote" JBM ;)

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/74327/date/2011-12-20/article/le-havre/

Buster a dit…

Hum...

Edouard a dit…

M... alors ! vous avez raison Buster... Comme vous, j'avais trouvé les trois précédents Kaurismäki magnifiques, mais là, j'ai Calais (hum hum...) dès le départ. Il me semble qu'il y a un problème avec l'emploi de la langue française. On sent que Kati Outinen a du mal et que la raideur et la "blancheur" imposées aux autres les entravent (à part peut-être Daroussin). Même si quelques effets de contrastes jaillissent toujours, le film paraît cette fois vieillot. Du coup, on ne remarque plus que les références au passé (les noms, les musiques, les objets etc...). Peut-être qu'il y en a aussi pas mal dans les films finlandais mais on doit moins les remarquer, forcément. Ici, on a l'impression qu'on n'en sort pas... En fait, le film se relève un peu dans les rares moments où ça se met à bouger et où il va à fond dans le conte et le mélo, sans peur du ridicule (la fuite du garçon au début, l'enchaînement du plan des retrouvailles de Little Bob et sa femme à celui de Kati Outinen à la fenêtre de sa chambre, par-delà celui du port)

Buster a dit…

Ah tiens, on a vu le même film. Je pense aussi que ça vient pour beaucoup de la langue française. On dit que Kaurismäki ne la maîtrise pas bien, à mon avis il ne la maîtrise pas du tout, la communication a dû se faire en anglais (sauf avec Léaud dont lui je ne sais pas quelle langue il parle) et le résultat s’en ressent. Tout paraît étrangement plaqué. Le "Made in France" c’est pas toujours une réussite, la preuve.

Buster a dit…

Ce qui est marrant c'est que Kaurismäki avait déjà fait un film en France, la Vie de bohême (Wilms s'y appelait également Marcel Marx), un NB tourné dans la banlieue de Paris, hommage à Carné et Clair, mais qui fonctionnait beaucoup mieux, peut-être parce que le thème de la bohème colle bien à la mélancolie kaurismakienne.