vendredi 4 novembre 2011

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Thurston Moore, "Benediction", 2011.

Extrait de Demolished thoughts, le meilleur album de l'année (pour l'instant, mais ça fait déjà six mois que je le dis!). Produit par Beck (qui est certainement pour beaucoup dans la réussite du projet), Demolished thoughts est une petite merveille, à l'instar du morceau qui ouvre l'album, "Benediction"... Quand Thurston Moore délaisse son vieux costard de "sonic young" (définitivement? maintenant que lui et Kim Gordon c'est fini...) pour des fringues folky, délicieusement drakiennes (à mon grand plaisir, ce retour à l'acoustique coïncidant avec mon rejet aujourd'hui du bruitisme soniquien), c'est tout simplement sublime.




White Fence, "Get that heart", 2011. [via impose]

L'autre grand album de l'année c'est Is growing faith de White Fence, un album inégal mais assez génial, par son côté à la fois bricolé, fauché et généreux (on a l'impression d'écouter une liste de bonus tracks, une suite interminable de démos et de versions 4-pistes...). On y retrouve la même inspiration que dans White Fence, le premier album, du garage barrettien, sauf que cette fois c'est plus... inspiré: Barrett donc, le garage, mais aussi les Kinks, les Beatles... Alors qu'aujourd'hui la plupart des groupes sont dans la grande mouvance revival (Orchestral Manoeuvres of the Dark et l'électro-pop eighties pour Metronomy, les productions Spector pour Cults, The Smiths pour The Horrors, etc.), ce qui en limite nécessairement la portée (on les imagine très bien puiser dans d'autres courants pour leurs prochains albums), Tim Presley, lui, serait un survivor, un pur produit de la pop psyché des sixties, qui resurgirait quarante ans après, comme s'il ne s'était rien passé depuis, ce qui évidemment ne peut que me ravir...

64 commentaires:

Let Europe Shake a dit…

Ou au contraire on pourrait vouloir s'écarter de ce revival... What about PJ Harvey ?

Buster a dit…

Oui, c’était ma position au départ, s’écarter de façon radicale de tout ce qui convoque, avec plus ou moins de bonheur, le passé... mais aujourd’hui je nuance, il y a des groupes plagieux que je n’aime pas du tout (Vampire Weekend, Arctic Monkeys...), certains, disons, que je ne déteste pas (MGMT, Girls...) et d’autres enfin que j’aime bien malgré tout (Metronomy, Cults, The Horrors...) sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. White Fence c’est différent, ce n’est pas revival au sens où si on pense par moments à Barrett, c’est que ce type est vraiment barrettien dans l'âme, là où d’autres se contenteraient de faire du Barrett.
Et puis tout ça est très relatif. PJ Harvey j’adore bien sûr mais quand j’écoute son dernier album (qui ne m’a pas entièrement convaincu, si The glorious land est génial, nul doute qu’il apparaîtra dans mon top tracks 2011, tout n’est pas du même niveau, surtout la fin de l’album, The colour of the earth est même franchement pénible) je pense aussi à Patti Smith, Liz Fraser, Kate Bush, Björk... Donc je ne me prends plus trop la tête avec ça, je prends les morceaux comme ils viennent, peu importe ce qu'ils m'évoquent, ça accroche ou pas, surtout est-ce que ça résiste à plusieurs écoutes...

Franck a dit…

Ah mais Polly ne plagie pas, elle !

Buster a dit…

Ah mais j’ai jamais dit ça, moi!

Ce que je dis c’est qu’il existe un continuum entre l’influence inconsciente et le plagiat évident, et qu’à l’intérieur de ce continuum il n’est pas toujours facile de faire la part des choses.

Sinon le plagiat ça n’a rien de nouveau, il est présent dans le rock depuis le début (penser Surfin’ USA des Beach Boys, Brian Wilson plagiant littéralement le Sweet little sixteen de Chuck Berry, ou encore Lennon, les Stones aussi, toujours par rapport à Berry qui lui-même, etc, etc). On peut dire que le plagiat est à la base même du rock. L’important c’est ce qui en résulte, ce qu’on fait finalement du matériau qu’on pille. Ce qu’il y a peut-être de nouveau aujourd’hui c’est que le plagiat sans être pleinement revendiqué se trouve plus facilement assumé (c’est comme l’intertextualité).

Anonyme a dit…

C'est curieux, moi j'étais persuadé que votre album
de l'année c'était House of Balloons de The Weeknd ;)

Buster a dit…

Oui oui c’est ça... :-)
Le RnB autotuné c’est vraiment pas mon truc, je déteste!

Franck a dit…

Pour moi "Let England Shake" de PJ Harvey est au-dessus du lot !

Buster a dit…

Mais c’est parce que j’adore PJH que je suis si exigeant avec elle ;-)

Bon pour l’instant (reste 2 mois):

Demolished thoughts (Thurston Moore), Is growing faith (White Fence)

Creep on creepin’on (Timber Timbre), Apocalypse (Bill Callahan), Kaputt (Destroyer), Cults (Cults)

The english riviera (Metronomy), Let England shake (PJ Harvey) (oui quand même), Rome (Danger Mouse & Daniele Luppi), Skying (The Horrors)

Sinon j'aime bien aussi (mais sans plus): Murat, Girls, The Kooks, Beirut, Baxter Dury, Bon Iver, John Maus, Other Lives...

En revanche je n'ai pas aimé (entre autres): Wu Lyff, The Rapture, Panda Bear, The Pains of Being Pure at Heart, Still Corners, Washed Out...

valzeur a dit…

Bonjour Buster,

Je vous recommande :
Crystal Stilts : In Love With Oblivion (et en plus, c'est un beau titre)
Eleanor Friedberger : Last Summer
Cass McCombs : Wit's End

Et peut-être même s'ils sont inégaux : Trans-Love Energies de Death In Vegas et Only In Dreams des Dum Dum Girls

Buster a dit…

Merci valzeur
Je ne connais aucun de ces albums. J'aime bien Crystal Stilts - Brad Hargett et sa voix à la Ian Curtis... Eleanor Friedberger, je ne connais pas du tout, Cass McCombs un peu mieux. Je vais écouter tout ça.
En revanche je ne suis pas très fan de Death in Vegas et son electro planante, mais bon rien n'empêche d'écouter aussi...

valzeur a dit…

Eleanor Friedberger est la moitié, entre autres chantante, des Fiery Furnaces ; son album est outrageusement pop 70's. Très beau avec un classique en devenir "My Mistakes".
Le nouveau Crystal Stilts est, pour l'instant, ce qu'ils ont fait de mieux dans le genre velvéto-psychédélique.
Ecoutez surtout deux morceaux du Death In Vegas (les meilleurs) : Black Hole et COUM. Dark comme du Bruno Dumont, non ?

Et je n'ai pas osé vous conseiller des disques plus électro comme l'excellent nouvel album de Luomo, "Plus", voire le kitschissime mais assez réjouissant "Hurry Up, We're Dreaming" de M83, le définitif équivalent musical des films de John Hughes

Buster a dit…

Ah mais The Fiery Furnaces je connais, je n’avais pas fait le rapprochement, c'est que je les avais perdus de vue, je me souviens de Blueberry boat, un truc un peu exaspérant, des plages longues comme le bras, ça partait dans tous les sens, trop recherché à mon goût, mais Bitter tea était plus modeste à ce qu'il paraît...

Là E. Friedberger, évidemment par rapport à mon souvenir, c’est le grand écart:

My mistakes

Luomo? Hum, le dub techno, je me lasse assez vite. C’est toujours mieux que le metal (ou même le tango!) finlandais mais à tout prendre je préfère un bon vieux Sibelius :-)

M83, pas trop suivi depuis Dead cities... mais Saturday=youths était déjà assez hughesien, non?

Denis Glaser a dit…

Salut Buster,
Chad Valley vous connaissez ? Son dernier album « Equatorial Utravox » est pas mal du tout.

Buster a dit…

Salut Denis (Denis Glaser? n’importe quoi...)

Oui je connais Chad Valley, mais je suis pas très emballé, ça reverbe encore un peu trop à mon goût... cela dit il y a quand même une superbe chanson sur l’album:

Fast challenges

valzeur a dit…

Saturdays=Youth est effectivement un album "hughesien" dans ses thèmes mais, musicalement, il est plutôt éloigné des B.O de Hughes, ce qui n'est pas le cas de "Hurry Up", vraiment très inspiré par ses B.O. (et donc très new-wave vintage, quelque chose me dit que ce n'est pas tout à fait votre univers...)

Buster a dit…

John Hughes, j’aime beaucoup, mais ses films je ne les ai pas revus depuis un bail, les BO je ne me souviens plus exactement, The Psychedelic Furs bien sûr, mais les autres pas trop...
Sinon j’ai commencé à écouter Hurry up..., il y a de bonnes choses, notamment Steve McQueen qui m'a l'air de bien correspondre à cet aspect new wave hughesien dont vous parlez.

vladimir a dit…

Même impression que Valzeur, il me semble que tu as dit un jour que l’électro-pop des années 80 ce n’était pas ta cup of tea ;)

Buster a dit…

Hum... je ne suis pas sûr d'avoir dit les choses comme ça. L’électro-pop c’est vague, ça regroupe pas mal de courants divers. Disons d’abord que je l’ai vécu live puisque c’est l’époque de ma jeunesse (comme les films de Hughes). Au départ je l’ai accueillie avec enthousiasme comme tout ce qui marque une rupture, mais ça englobait des groupes assez différents, la première new wave comme Costello, Devo, les Pretenders, Talking Heads, Blondie, Television, etc, des groupes plus sombres à la musique froide et oppressante, influencés par le Velvet et le rock expérimental allemand, sans oublier le duo Bowie-Eno, période berlinoise... The Cure et New Order, et puis l’électro-pop proprement dite, plus légère, un truc qu’effectivement je n’aimais pas beaucoup à l’époque (j’en suis revenu), je pense à OMD à leurs débuts, Depeche Mode, Duran Duran, Eurythmics..., une musique trop superficielle par rapport à ce que j’écoutais en fait le plus à l’époque: The Smiths, Prefab Sprout et REM. Bon, comme tu vois c’est très confus :-)

valzeur a dit…

Bien vu, Buster ; je pensais effectivement à Steve McQueen comme morceau hughesien - vous avez aussi Splendor et Midnight City (c'est mon brelan d'as de ce double par ailleurs trop long).

Autre sujet ou plutôt question qui me taraude sans rapport avec ce fil : comment avez-vous fait pour vous débarrasser du Grand Critique de Cinéma ? J'y ai repensé en lisant son papier sur Love & Bruises - film effroyable - complaisamment défendu dans un style de notule promotionnelle pour presse généraliste.
Si vous voulez passer un bon moment, gardez en mémoire ses effets de manche sur le fil Hors Satan et plongez vous dans cette saine lecture. "Lol", comme on dit.

Buster a dit…

Euh, je ne vois pas de qui vous voulez parler... :-)

(en fait, il a disparu de lui-même, parti ailleurs prêcher la bonne parole, ou plutôt recueillir celle des stars, et c’est très bien)

valzeur a dit…

Tenez, un autre candidat en primeur pour le best-of musical de cette année :

http://tmagazine.blogs.nytimes.com/2011/11/02/now-playing-parallax-the-new-album-by-atlas-sound/

Buster a dit…

J'adore... Bon il faudra que je le réécoute mais là d'emblée, c'est direct dans le Top 5. Pas vraiment surpris non plus, j'aime beaucoup Deerhunter, grand groupe velvétien (encore un).

Anonyme a dit…

Il y a aussi l'EP de Surfer Blood qui sort tout juste, "Tarot Classics", juvénile et bruitiste, mélodiquement imparable, idéal pour les nostalgiques de l'indie-pop des années 88-94.

http://www.youtube.com/watch?v=5RXQ2Wdbsqc

Buster a dit…

Surfer Blood, mouais... à juger sur pièces, mais je ne suis pas convaincu, là on est vraiment dans la copie.

valzeur a dit…

Quel bon goût, Buster, j'aime aussi beaucoup Bradford Cox :)

Buster a dit…

Dites-moi valzeur, j’ai l’impression que pour vous aujourd’hui les bons albums sont moins rares que les bons films! :-D

valzeur a dit…

Vous avez tout à fait raison. Même si cette année n'est pas si riche que ça en très bons disques, il y en a quand même quelques uns, et cela suffira pour nous mettre en joie (c'est con ce que j'écris, je suis fatigué, je crois - en plus ça rime).

Anonyme a dit…

Quelques disques de l'année:

- The Advisory Circle: As the Crow flies. L'une des dernières productions du label anglais Ghost Box. La rencontre improbable, dans le bel aujourd'hui, de Kraftwerk, Cluster et De Roubaix. L'autoroute file droit vers des Downs humides et brumeux. Disque inégal, un peu lisse mais envoûtant.

- Jon Brooks: Music for Dieter Rams. Disque-hommage que Brooks (Advisory Circle, c'est lui) a consacré au designer allemand Dieter Rams. Tous les sons, filtrés, retraités, proviennent du réveil Braun AB-30 -dessiné par Rams au début des années 80, je crois. Ambitieuse méditation musicale (très "Kraut") sur l'élégiaque thème de la fuite du temps.

http://jonbrooks.bandcamp.com/album/music-for-dieter-rams

- La réédition de "Wizards", l'album enregistré par JD Emmanuel en 1981. Drones synthétiques, embués d'écho analogique, s'épanouissant, dans la durée dilatée, comme des mandalas électroniques. Un Terry Riley du pauvre, qui substituerait l'art du contrepoint à celui du "déphasage".

- Dans une veine proche (teintée d'"ambient"), les "Fictions" enregistrée à Montréal par Le Révélateur -nom d'emprunt sous lequel se cache Roger Tellier-Craig, l'ancien guitariste de Godspeed You! Constructions complexes et fluides, boucles à l'écho infiniment répercuté et mélodies dilatées à l'extrême.

- "Fugue", de Mehdi Zannad, la réconciliation rêvée de l'élégance pop et de la variété française raffinée (ça résonne un peu comme un encart publicitaire "Attention talent" de la Fnac, j'en conviens).

- les albums, encore inédits -mais dont la sortie se profile -, de Haussmann Tree et de Athanase Granson, nouveaux jeunes prodiges de l'école pop française.

Voilà. Pour le reste, sans remords, je passe mon chemin obtus.

Waldemar

Buster a dit…

Décidément on veut absolument me convertir à la musique rétro des années 80. The Advisory Circle, je ne connaissais pas du tout, je suis allé écouter quelques morceaux, c’est vrai que dans le genre ambient cosmique c’est très lisse (je préfère Music for Dieter Rams à As the crow flies...), j’accroche pas très longtemps, moi il faut que ça grippe un peu plus, que ça glitche, sinon je m’écroule...
Il y a un groupe dont j’ai oublié le nom (un duo comme Air mais ce sont des Canadiens je crois) qui dans le même registre fait une musique plus rugueuse, mathématique, c’est très cérébral, mais j’aime assez.

Euh, Mehdi Zannad, Haussmann Tree, Athanase Granson... manque plus que Tristan Poupée. Dites-moi Waldemar on ne serait pas déjà rencontré? :-)

Anonyme a dit…

Le cru et le cuit, le dur et le tendre, le lisse et le rugueux... mon palais ne fait plus la différence, hélas.
J'abhorre la musique des années 80 -à quelques exceptions près (Elli et Jacno, Coronados, Taxi Girl...).
Votre duo canadien m'intrigue -je veux bien me remettre à l'algèbre.

Déjà rencontré? Cela se pourrait, cher Buster.

Waldemar

Buster a dit…

C’est vrai que vos références krautrock (Kraftwerk, Cluster) sont plutôt seventies.
Lisse, rugueux... c’était juste pour pointer que dans ce type de musique je n’aime pas trop quand ça vire au trip planant, un peu béat. Kraftwerk, Cluster, Neu!, OK, Tangerine Dream ou Popol Vuh, bof...

Sinon toujours pas retrouvé le nom du duo canadien (qui d’ailleurs n’est peut-être pas canadien). Help!

Anonyme a dit…

Bonjour.

Je pense que le groupe auquel vous faîtes référence est Boards of Canada (groupe écossais comme son nom ne l'indique pas; d'où la méprise !).
Permettez moi de vous donner quelques conseils plus pop : les albums de Treefight for sunlight et Oh no ono (Eggs) sont absolument incontournables. De même, j'aime bien l'album de Veronica Falls; Malgré un aspect très référencé (Lush, Pastels...) c'est assez punchy et agréable !!!

Clark.

Buster a dit…

Ah oui!!! Boards of Canada! je ne me souvenais plus qu’ils étaient écossais. J’ai recherché l’album que je connaissais d’eux et que j’aime beaucoup, c’est The campfire headphase...

Sinon merci pour les conseils pop, Treefight for sunlight, je connais, je les avais écoutés en début d’année, mais je n’y étais pas revenu, je ne sais trop pourquoi, ça m’avait semblé un peu impersonnel, brassant trop de courants à la fois, je vais quand même les réécouter (et Oh no ono dans la foulée).

Veronica Falls, pas mal (je découvre), on revient là au son 80’s, c’est vrai que ça fait penser à Lush, aux Pixies également.

Encore!

Griffe a dit…

Parlant des Pixies, quel dommage que personne nulle part n'ait parlé de Paley & Francis, le plus bel album de Black Francis depuis Bluefinger. Superficiellement, c’est du blues rock relativement classique, mais comme toujours avec Black Francis il y a un petit quelque chose, une mystérieuse légèreté, une dynamique singulière, de très fines nuances qui font que ça reste unique et que c'est parfois très émouvant (On the Corner, The Last Song, Crescent Moon).

Griffe a dit…

J'oubliais le lien : http://www.deezer.com/fr/music/paley-francis

Buster a dit…

Merci Griffe. Ah Black Francis... Pour être franc, mon intérêt pour les Pixies se limite à Doolittle et je n'ai pas trop suivi la carrière solo de Black Francis, dont je ne connais que le premier album, Frank Black... mais bon, je vais écouter celui-là, peut-être me donnera-t-il envie de découvrir les autres.

Griffe a dit…

Avec Frank Black et Black Francis (pseudo qu’il a repris il y a cinq ans), on est loin de Doolittle ! BF n’a jamais retrouvé le côté primesautier, génialement touche-à-tout des Pixies, sauf en partie dans ses deux premiers albums (celui dont vous parlez et Teenager of the Year). Ce que j’admire chez lui, c’est qu’il a vite arrêté de vouloir répéter en moins bien une formule qui semble s’être perdue avec la fin des Pixies. Il s’est d’abord tourné vers un punk rock parfois pataud, parfois meurtrier (j’adore Pistolero, son album le plus violent), puis vers le folk, la country, voire la soul. Dans tous les cas, on trouve – mais il faut accepter de se faire balader dans tous les sens – un grain de génie (ou de folie) qu’il n’a à mon sens jamais perdu. Il y a dans tous ses albums des morceaux fabuleux qui auraient pu le rendre immortel, s’il avait joué le jeu de la rock-star (ce que son inquiétude, son intelligence et la cruauté des critiques lui ont interdit). Bluefinger (2007) est génial de bout en bout. Et ce Paley & Francis, enregistré en deux jours et qui n’a l’air de rien, dégage un charme fou (d’ailleurs il n’y est question que de sortilèges).

http://www.youtube.com/watch?v=VXfkeZWGH-4&feature=related

Buster a dit…

Quel enthousiasme! Merci Griffe pour cette brillante présentation. Je m'en vais écouter Bluefinger.

valzeur a dit…

Sans lien avec la musique - mais également approuvé par Griffe - un conseil de cinéma adulte et de plus qu'excellente tenue : Michael de Markus Schleinzer. Allez-y, ça vous changera des reporters à houppette !

Buster a dit…

Ouh là... cinéma adulte, pédophilie, Autriche, froideur clinique, puissance du hors-champ, même si c’est du Haneke épuré, ça me tente moyen ce genre de film. Mais bon, pourquoi pas... quitte à revoir Tintin juste après :-)

valzeur a dit…

Ah non, vraiment, j'étais comme vous avant (Griffe également), et ça a été une excellente surprise ! L'un des films de l'année, voire même. Encore plus depuis que j'ai lu des criticaillons l'étriller sans l'avoir vu semble-t-il, ou compris, ce qui est pire. Bref, le film sur lequel il faut s'interroger en ce moment, ce n'est pas le sympathique Tintin (or not Tintin), mais Michael, le très clivant, émouvant, glacial, bouleversant, mis en scène, conçu, pensé Michael... A mon sens, du moins.

Buster a dit…

OK, j'irai voir ce Michael...

Griffe a dit…

Je confirme, j'approuve ! Contrairement aux apparences, Michael n'est pas du tout du Haneke épuré mais développé, élargi, enrichi. Le problème de Haneke, qui lui vaut son succès (on n'aime rien tant que le flou de nos jours), c'est son manque de clairvoyance. Il voudrait faire la leçon sur la banalité du mal alors qu'elle le fascine, ce qu'il ne peut pas assumer puisque ça contrarierait ses manies de vieux prof et l'engagerait sur une voie moins glorieuse. D'où un répétitif pas de deux : un coup vers la fascination pour la pure violence ou folie, un coup vers la culpabilisation/remise en question de la place du spectateur, et vice-versa. Là où Haneke fait des sablés très secs, Schleinzer a fait un mille-feuilles. Contrairement à son "maître", il s'intéresse à ses personnages, à ce qu'il y a d'intéressant en eux, à leurs forces et à leurs faiblesses. Au fur et à mesure du film, il nous charge de sentiments contradictoires. Pas de leçon, aucun dérapage dans le complaisant, juste l'histoire d'un type qui aime n'importe comment un petit garçon qui lutte comme il peut. C'est très fort.

Anonyme a dit…

Hé Griffe, il est comment le dernier Guédiguian ? :)

Griffe a dit…

Je l'ai d'abord trouvé magnifique, puis à la revoyure j'y ai vu les faiblesses que décrit bien Truffinet dans l'article de Chronicart. La troisième fois sera la bonne.
Je crois que c'est un film qui touchera surtout les gens, disons « de gauche », tous ceux qui se posent la question de ce que veut dire « être de gauche » quand il n'y a plus de masse ouvrière ou militante et que chacun se retrouve chez soi à glorifier ses petites bonnes actions et se gargariser de bonne conscience.
Guédiguian est le Moretti français (le Moretti de Palombella Rossa, pas le Moretti clérical). Tous deux filment la crise de l'ex-militant communiste en butte à la tombée en désuétude totale de l’idéal collectiviste. Mais Moretti personnalisait à outrance ce conflit, pas étonnant donc qu'il ait trouvé une porte de sortie à cette lutte intérieure en assumant sa propre évolution, c'est-à-dire en l'occurrence son embourgeoisement (ceci dit comme un constat, pas un jugement) et ait abandonné le sujet pour se concentrer sur le problème plus général de la dérobade à son milieu.
Guédiguian, qui s'est toujours davantage intéressé aux groupes, composés d'individualités fortes voire héroïques (l'instituteur de Rouge midi, le curé de L'argent fait le bonheur), a lui aussi assumé son évolution vers une existence petite-bourgeoise, mais de manière différente : en se mettant à mesurer l’écart entre la conscience petite-bourgeoise de gauche et le réel. Le réel, c’est-à-dire la violence, l’anomie, etc. La bonhomie fragile de Darroussin et l’optimisme tendu d’Ascaride expriment à merveille, je trouve, les cas de conscience qui sont au fondement des histoires de Guédiguian depuis une dizaine d’années (depuis Mon père est ingénieur).
Je suis très curieux d’avoir l’avis de gens indifférents à la politique sur ce film… En espérant que cet aspect-là ne les rebutera pas, mais il y a chez Guédiguian un lyrisme et un goût du concret qui dépassent, je trouve, la seule question de ce que racontent ses films.

Anonyme a dit…

Merci Griffe !

Triston Banane a dit…

Le dossier de presse de Michael :

http://www.filmsdulosange.fr/img/Michael_Booklet.pdf

Anonyme a dit…

http://notremusique.blogspot.com/2011/11/les-neiges-du-kilimandjaro-dialogue.html

où l'on retrouve Griffe et Valzeur à propos du Guédiguian

Buster a dit…

Toujours pas vu Michael ni les Neiges du Kilimandjaro... De Guédiguian j’aime surtout la première période, où il apparaissait moins comme un Renoir des années 30 que comme une sorte de Carpita enchanté. La réussite de son cinéma tient surtout à la qualité des personnages, davantage qu’à la mise en scène (assez rudimentaire) et au récit (plutôt naïf), l’ensemble finissant par conférer (aux meilleurs de ses films) une douce poésie.

Si j’ai bien compris le titre fait référence à Pascal Danel et non à Hemingway.

Là, pas mal avec le "blanc manteau" final:

Les neiges du Kilimandjaro

Buster a dit…

Sinon pour revenir au thème de ce billet - la musique -, je viens de découvrir Gentle spirit, le nouvel abum, superbe, de Jonathan Wilson:

Desert raven

gloups a dit…

si valzeur passe dans le coin qu’il nous explique en quoi le film de Guédiguian est une version chillwave de Plus belle la vie !

(je ne poste pas sur Chronic’art, c’est infesté de langues de vipères)

valzeur a dit…

"Plus Belle la Vie" (par ouï-dire, hein ?) : péripéties feuilletonesques, sociétales et abracabrantesques avec plein de mélo et de dilemnes semble-t-il (zappant dessus il y a peu : A doit-il accepter que B lui paye son permis de conduire alors que ça n'est pas son pôpa ? Je me pose encore la question...)
Version chillwave : plus de mer, de décors naturels, de célebrations festives, le tout sur un rythme trèèèèèès alangui. Deux trois scènes de plages : "qu'on est bien, quand même !", plein de scènes de nourriture : "hum, ça a l'air bon !" (Julie-Marie Parmentier quittant l'appartement des moutards livrés à eux-mêmes : " Vous allez vous RE-GA-LER !"). Un condiment pour agacer la langue (de vipère ?): la mauvaise conscience de classe.
A servir frappé ou tiède, même goût de toute façon...

Buster a dit…

Hé hé... c’est de l’Estaque en toc alors?, quand on lit ça on n’a plus trop envie d’aller voir le film.

Griffe a dit…

Ne l'écoutez pas, Buster, il est ivre !

Buster a dit…

Ah ouais? Le pastis dès le matin?... ça craint! :-)

gloups a dit…

Laisse aller, c'est valzeur !

vladimir a dit…

Je ne sais pas si Valzeur était ivre quand il a écrit sa note, mais vous non plus, mon cher Griffe, vous ne deviez pas être particulièrement à jeun quand vous avez écrit la vôtre :) Dieu que ce film est mauvais, c’est d’une incroyable paresse, à tous les niveaux, Guédignangnan devrait faire écrire ses dialogues par Mélenchon, ça donnerait un peu plus de piment à son cinéma.

Au fait, c’est quoi son prochain film ? La plage aux romantiques ?

Buster a dit…

Tu sais que t’es drôle quand tu veux :-)

Bon alors, qui de valzeur et de Griffe était le moins ivre que je me décide si je dois ou non aller voir le film? Parce que de Guédiguian je n’ai rien vu depuis le Promeneur du Champ-de-Mars (un film qui valait uniquement par l’interprétation de Michel Bouquet).

(c’est marrant mais le film qui me tente le plus en ce moment c’est Time out d’Andrew Niccol, encore un truc pas adulte... ha ha ha)

vladimir a dit…

Dis donc, j’ai du mal à envoyer mes messages, c’est normal ?

Sinon, dans le genre pas adulte, tu as vu Drive finalement, tu en penses quoi ?

Griffe a dit…

J’aime aussi beaucoup le premier Guédiguian, entre Dernier été et A la vie, à la mort !, quand il était très pasolinien, avec de belles fulgurances fordiennes. Après, j’ai attendu Mon père est ingénieur pour être à nouveau emballé.
Buster, vous écrivez « enchanté ». Je reprends les premiers mots de valzeur dans notre échange : « je trouve ça mauvais MAIS j'ai quand même un tout petit peu marché à la fin ». Est-ce que ça n’est pas arrivé à tout le monde en écoutant une chanson de variété de mauvais goût, un peu idiote, mal fagotée ? J’ai fini par comprendre que les bons Guédiguian (celui-ci en est un) tirent leur force d’une pure, brute et bête nostalgie. Contrairement à une symphonie, une chanson ne vous fait pas traverser quarante états. En général, elle a une sorte d’effet consolateur, avec un parfum de complaisance. On peut refuser qu’un film serve à bercer les âmes en peine, mais dans la gratitude que beaucoup éprouvent pour Guédiguian et son cinéma, il y a de ça, il me semble. Son film est, si l’on veut, idiot, naïf, magique comme une chanson. Du reste, le titre vend la mèche. Ces Neiges ont la rigueur d’une partition et le charme mélancolique d’une mélodie douce-amère.

Buster a dit…

Griffe, OK vous m’avez convaincu, j’irai le voir... ;-)

Vladimir,
Je ne comprends pas, tes messages arrivent sous forme de spams et je n’arrive pas à les déspamer, je suis obligé de t’enregistrer en administrateur pour les publier, c’est pénible d’autant que si j’oublie après de te désenregistrer, quand je réponds c’est sous ton nom que ça apparaît, enfin bref...

Drive? J’en pense rien. Le début est pas mal, le type dans sa bagnole, le côté embarqué, ça fait très jeu vidéo... après, on retombe vite dans les tics et le toc de ce genre de cinéma: (super)héros taiseux (aussi expansif que son cure-dent!), ultraviolence (graphique?... mouais), psychopathes à tous les étages, inserts clipoïdes, c’est brillant, assez bluffant dans sa forme, sauf que ça tourne à vide. Refn a tout du cinéaste hyperdoué mais qui n’a pas grand-chose dans le crâne.

vladimir a dit…

Oups, je suis confus :)

j'espère que le commentaire va passer sans problème.

Buster a dit…

Celui-là est bien passé. Tu vois quand tu veux!

Lucie a dit…

C'est magnifique Les Neiges du Kilimandjaro, je parle de la chanson de Pascal Danel évidemment :)