lundi 10 octobre 2011

Haka

Ou l'art d'impressionner l'adversaire: Ka mate (le plus connu) ou Kapa o pango (le plus spectaculaire). Cela dit, parfois, ça fait plutôt rigoler:

Je reviendrai sur le rugby (mais pas tout de suite)... En attendant, une petite piqûre de rappel à valeur de mise au point:

Les messages (personnels) se multipliant à propos de ce qu’on pourrait appeler l’affaire Griffe, je me vois obligé de répondre, d’autant que cette fois c’est moi qui suis pris à partie. On me reproche (gentiment) d’avoir laissé faire, de ne pas être intervenu (ou très mollement) et finalement d’avoir renvoyé tout le monde dos à dos... Et alors? OK c’est Griffe qui met le feu aux poudres par la violence de ses propos contre Bonello et un certain cinéma français, OK c’est Aristide qui le premier l'attaque en l’accusant de brasser des poncifs avec arrogance, OK c’est Griffe qui en retour balance la première insulte. Et puis c’est l’escalade avec les interventions musclées d’Alban, M., Paul... Et pour finir le troll Nobody dénonçant une "ratonnade"! Arrivé à ce stade, c’est sûr, j’aurais dû réagir, jouer les indignés comme il se doit (c’est la mode), sauf que la provocation était quand même un peu grosse et qu’y répondre c’était relancer la machine (à invectives)...
On connaît ce phénomène d’engrenage qui est propre au net et l’effet "caisse de résonance" que subit n’importe quel propos un tant soit peu virulent. Il y a de l'intransigeance chez Griffe, il y aussi de l'impétuosité et même parfois une forme d'intempestivité. C'est normal que ça fasse réagir, et celui qui provoque doit donc s'attendre à ce qu'on lui réponde de façon tout aussi provocante. Seulement il y a des bornes à ne pas dépasser - à propos de bornes (informatiques), je viens d'apprendre que l'accès à mon blog serait bloqué dans certaines bibliothèques municipales, comme un vulgaire site porno, au motif qu'on y tiendrait des propos choquants! Bon, revenons à nos moutons (qui ne sont pas des agneaux). Le problème c’est que 1) Griffe a le sang chaud et s’emporte assez vite dès qu’on l'attaque; 2) la multiplication des interventions à son encontre a créé comme un effet de meute que l’intéressé n’a évidemment pas supporté; 3) j’ai senti malgré tout, de part et d’autre, un certain plaisir (malin?) à s’envoyer des "fleurs", c’est d’ailleurs pour ça aussi que j’ai parlé de "cinoche" (formule un peu malheureuse, j'en conviens)... Bref, pour conclure, je dirais que le match n'a pas tenu ses promesses, qu'on y a surtout réglé des comptes, qu'il fut émaillé de nombreuses fautes, avec une flopée de cartons jaunes (Aristide et M. pour excès d'agressivité, Griffe pour injures répétées...) et un carton rouge direct (Nobody pour avoir craché sur l’adversaire, à peine entré en jeu)... étant entendu, bien sûr, que le vrai coupable c’est, comme toujours, l’arbitre!
Ah oui, parce que j'oubliais: tout ça manquait terriblement d'humour...

Sinon j'ai vu le dernier Garrel, billet à venir (aïe).

62 commentaires:

vladimir a dit…

Pour ce qui est d’impressionner l’adversaire, le fil autour de Bonello c’était du genre kapa o pango ! (hé c’est de l’humour, hein ?)

Buster a dit…

J'avais compris :-)

William Faulkner a dit…

Between grief and nothing... I will take Griffe !

Anonyme a dit…

Entre les Montebourg du web et le Mélenchon de la critique... je ne choisis pas !

Anonyme a dit…

Entre la critique qui dort et le web qui la réveille, je choisis le matin !

apprêts - a dit…

Pas mal de choses à dire sur cette affaire…

Pour commencer, j’ai vite regretté que la polémique autour du film ait tourné presque aussitôt aux attaques personnelles. En tant qu’ « arbitre », tu aurais dû, Buster, recentrer vers le jeu, enfin je crois. Quoiqu’il n’était pas sûr que les joueurs eux-mêmes eussent tellement envie de revenir au match – j’entends, sur le film lui-même.

Ensuite, j’ai lu le texte de Valzeur – posté jouissivement par Griffe – après avoir vu le film de Bonello. Comme toi, j’adhère moyennement au contenu (d’humeur) et à la veine fielleuse, si ce n’est « haineuse ». Il n’en pointe pas moins, cependant, pas mal des limites du film – avec une relative mais sagace précision. Mais, on sent que le type est trop satisfait de sa prose, pour qu’il veuille bien prendre la peine de réfléchir au-delà de son ressenti du moment.

Tout insupportable que soit le produit final, et tout vaniteux que soit son auteur, L’Apollonide mérite qu’on en discute calmement. Cela reste un film qui suscite le débat. Il y a ce que j’appellerai un effet « Gillette à deux lames ». Je m’explique : une première lame pour faire réagir (ou même scandaliser, si l’on veut), et la deuxième pour interroger. Un effet, apparemment recherché, sinon calculé, qui est là en tout cas, seulement pour ceux qui veulent poursuivre le « travail du film ».

Ce film est une date, un événement en soi, car il produit sur le spectateur un double effet, assez inédit. JFR (Jean-François Rauger) dans un échange informel, déclarait : « L’Apollonide est assez ennuyeux… mais c’est un film d’un ennui passionnant ! » Je ne le suis pas tout à fait sur ces deux termes. Personnellement, je ne parlerais pas d’ennui. Ce n’est pas ça qui m’a le plus frappé. Je l’ai plutôt trouvé « pénible ». Pénible, mais fascinant. Sidérant, d’une certaine façon. Comme peut l’être, disons la connerie, d’une manière générale.

Ainsi, ce film m’interroge en tant que spectateur. Non pas tant dans mon appréciation du résultat fini, mais davantage dans ma relation avec les autres films (le cinéma, mes habitudes, ce pourquoi je vais voir des films) et celle avec les autres spectateurs (ceux qui ont « adoré », et pourquoi il y aura toujours une mésentente entre eux et moi, etc.).

Aussi, qu’a-t-il donc voulu faire ? Pourquoi ça ne marche pas sur moi ? Pourquoi ça m’agace autant ? Pourquoi je le rejette alors que les autres l’encensent ? Le film est-il si dérangeant ? Que m’apporte un film pareil ? Est-ce que je ne serais pas dans l’erreur ? Comment il aurait pu réussir son film (sa thèse) selon mes exigences ?

- rasage a dit…

[suite et fin]

Dans le fil de discussion de l'autre fois, il y avait Pierre Léon (un des interprètes dans le film), qui a plié les gaules, aussitôt que l’atmosphère lui a paru désagréable. Mais, même sans lui demander à se prononcer sur la qualité de l’ouvrage, si on avait cherché à creuser certaines questions, il aurait pu nous aider à comprendre. Comment se passait le tournage ? Quelles étaient les relations de Bonello avec l’équipe du film ? Le résultat final correspond-il au projet initial, etc ?

Au lieu de ça, Griffe, alors qu’il avait été à peine égratigné au début, a immédiatement dégainé son colt, et s’est mis à tirer dans le tas, parce qu’il s’est senti outrageusement attaqué : il s’est mis alors à cracher sur à peu près tout ce qui bougeait, ou allait contre ses propos. Là, pour moi, c’était très tôt : « carton rouge » ! Autant on pouvait le suivre dans son rejet du film, autant sa manière de larver la discussion était détestable. Comportement lamentable de cuistre paranoïaque.

De plus, les arguments avancés (contre le film) n’allaient somme toute pas bien loin ! Et enfin, comble de tout, il demande d'une part un minimum de respect, à ceux qu’il agresse ?!? et d'autre part, fini même par jouer les faux martyrs. Mmmh… à l’arrivée, du très mauvais cinoche - je te l'accorderais volontiers !-]

Cette affaire nous éclaire toutefois sur deux ou trois choses d’internet, qu’on savait à peu près déjà… Premièrement, on a l’impression toujours aussi vive que personne ne lit correctement son voisin. Deuxièmement, que là non plus, pas plus qu’ailleurs, le débat ne peut avoir lieu – ou alors, sous réserve d’un bon nombre de conditions. Et troisièmement, que pas mal de planqués, des « anonymes », attendent (des mois, des années) un « coup » – une querelle, un dérapage – pour se manifester ou intervenir en nombre (ou en « meute »), afin de régler d’anciens comptes… sur un blog annexe à celui de leur victime !?!

Ah ! elle est belle, la blogociné !-[

Anonyme a dit…

Dans le genre "planqué" qui "tire dans le tas", vous vous posez là, monsieur le raseur !

Buster a dit…

Oui bon, je ne serai pas aussi sévère avec Griffe, peut-être parce qu’à défaut de supporter les attaques personnelles il supporte quand même la contradiction. Le ton est monté très vite, du fait aussi que les commentaires n’étaient pas modérés (je ne les ai découverts que tard le soir et le mal était déjà fait). Et puis c’est toujours difficile de répondre sereinement à des attaques non injurieuses mais quand même acerbes. Cela dit l’inverse est vraie, difficile aussi de rester serein quand on se fait insulter (je parle là des détracteurs)... Hé hé. Bon allez, l’affaire est close.

Sur le Bonello, en revanche, on peut continuer de discuter, le film a en effet quelque chose de sidérant (dans tous les sens du terme). Ennui passionnant, pas vraiment (on peut dire ça de certains films de Bergman, voire d’Antonioni). Ici je parlerais plutôt d’attraction ennuyeuse :-)

Anonyme a dit…

Pour jouer à saute-mouton entre anonymes, je dirais que la critique ce sont les démons de la nuit, et internet les paumés du petit matin. Moi aussi, je préfère les seconds.

Buster a dit…

Hé hé... en forme les anonymes!

Pierre Léon a dit…

Je comprends plus, le Bonello vous le trouvez agaçant ou sidérant?

Buster a dit…

Bon évidemment c’est encore un fake, pas le vrai Pierre Léon.

L’Apollonide, je n’aime pas, je l’ai dit, c’est un film qui m’a agacé du début à la fin. Sidérant, c’est dans le sens où l'emploie "apprêts-rasage", à la fois fascinant et consternant: un film sidérant de prétention, sidérant de fausseté, etc...

Eva a dit…

Par certains aspects le film de Bonnello évoque celui de Kechiche, « Vénus noire ». Il en est à la fois l’écho et le contrepoint. Les deux formes un tout peut-être plus fort que chaque film pris isolément.

Buster a dit…

Comparer les deux films serait intéressant en effet. La Vénus (noire) de Kechiche et l’Apollon(ide) de Bonello. D’un côté le naturalisme (Vénus), de l’autre le conceptuel (Apollonide), on est sur deux registres différents, le premier visant à épuiser le regard, là où le second cherche à le diffracter. Le Kechiche est détestable mais cohérent dans son mouvement (aller au-delà du voyeurisme). Le Bonello repose au contraire sur une séduction totalement factice, ce n’est qu’une succession d’artifices (citations, mise en abyme...) pour déjouer les pièges de l’académisme, une suite de petites touches socio-historiques mais qui ne débouche sur rien (quid du fantasme? quid du sexisme?)

imax - planques a dit…

- Hé, mais je suis moins « paumé » que vous le dites, « Anonyme de 16h 07 » !?!-]

Si le comm a été posté à 3h du mat’, c’est parce que j’avais des bricoles à faire jusqu’à minuit et des brouettes ! Et comme je n’étais pas trop crevé, j’ai pris le temps de répondre au billet…

Merci tout de même pour le témoignage de sympathie !-]

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- Par contre, « Anonyme de 13h 08 », vous me faites doucement rigoler… Tiens, allez ! je vais faire mon « Griffe » !-]

Espèce de crétin fini, comment pouvez-vous lâcher des âneries pareilles !!! Car, de nous deux, le plus planqué, c’est bien vous ! Si vous aviez suivi un tant soit peu correctement le blog de votre hôte, vous sauriez à qui vous avez affaire, puisque, contrairement à vous, mes commentaires sont signés ou très facilement identifiables (ce qui revient au même) !

Et donc, pour vous, je « tire dans le tas » ? Sur Bonello, d’abord : je crois avoir suffisamment justifié mes positions sur le film pour pouvoir me le permettre. Ensuite, sur Griffe [euh, le vrai, hein !-] : je ne le connais pas personnellement, mais il se trouve que je lisais régulièrement son blog, m’étant arrivé par ailleurs d’y poster des comms. C’est une personne complexe (ou ambiguë, comme on voudra) mais, selon moi, l’une des plus intéressantes de la blogociné. Je sais par exemple qu’il a collaboré un temps – un an et demi environ – à Vomitif (les âmes sensibles préfèrent qu’on dise « Positif » ;-), dans les années 2000. Il ne le sait peut-être pas (ou s'en fout tout court), mais j’ai de l’estime pour lui, malgré son sale caractère. C’est autant de raisons pour lesquelles je prends la liberté (le risque ?) d’être aussi sévère avec lui. Il vaut mieux que le personnage exécrable qu’il a montré ici. Et enfin, le reste (du « tas »), c’est qui, c’est quoi ? Les « anonymes », les « planqués » ! Là, si le terme de « planqués » (que vous êtes manifestement) vous embarrasse tellement, remplacez-le par : « lâches », « mesquins » ou « chicaneurs ». Vous verrez que certains vous iront tout aussi bien !-]

Bien sûr, c’est pour plaisanter… n’est-ce pas ?-D

Plus sérieusement, donc. Monsieur le courageux « Anonyme de 13h 06 », puis-je simplement vous demander si, d’une part, vous avez vu le film de Bonello ? et, d’autre part, ce que vous a inspiré l’affaire Griffe ?

Bien à vous,

Anonyme de 13h 08 a dit…

La différence entre Griffe et Pierre Léon est que ce dernier, pris à parti, a fui au plus vite tandis que l'autre est resté pour se défendre. Griffe est peut-être parano, mais sa réaction est plus honorable que celle, lâche et hautaine de Pierre Léon.

Quant au Bonello, pas vu, je n'en ai pas envie, j'ai l'impression (confirmée par vous et buster) que c'est très emmerdant.

Géraud a dit…

Mélenchon de la critique
Montebourg du web..

et Buster, c'est le Hollande de la blogosphère ? :)

Buster a dit…

Alors ça, c'est dégueulasse... Même Zohiloff n'aurait pas osé!

Grandaddy a dit…

François Hollande, surnommé Flamby pour sa mollesse, mais aussi surnommé Culbuto pour sa capacité à rebondir... un chat retombant toujours sur ses pattes... On pourrait dire "Just Like a Flamby Cat"

Anonyme a dit…

"JFR (Jean-François Rauger) dans un échange informel"

Mince alors, Serge Toubiana serait un pilier de Balloonatic et on ne le savait pas !

Anonyme a dit…

Où l'on reparle de l'affaire Griffe (c'est un peu crypté, mais pour qui sait lire entre les lignes tout va s'éclairer) :

http://mortagne.niceboard.com/t703-affaire-griffe-du-28-11-escroquerie-sur-mais

Buster a dit…

Flamby cat, hum... Merci grand dadais!

Toubiana sur Balloonatic? Si c’est vrai, je meurs...

L'affaire Griffe à Mortagne, c’est quoi ce truc?

stef a dit…

Le Bonello par Burdeau:

Certains, on le sait, n'assignent pas d'autre mission au cinéma: inventer du temps. L'Apollonide – Souvenirs de la maison close, qui sort en salles ce mercredi 21 septembre, sait superbement installer une durée qui lui soit propre.
Le décor s'y prêtait sans doute, une maison close parisienne à l'automne 1899 d'abord, «crépuscule du XIXe siècle», puis au printemps 1900, «aube du XXe siècle». C'était aussi un piège. Tant de grands cinéastes y ont élu résidence: Kenji Mizoguchi et sa Rue de la honte (parfois tenu pour le plus grand film du monde; une belle tirade en japonais pourrait ici lui rendre hommage), Max Ophüls et Le Plaisir, ou plus récemment Hou Hsiao-hsien et ses Fleurs de Shanghai (auxquelles il serait étrange que Bertrand Bonello ne songe pas).
Un décor adéquat ne suffisait pas. Il fallait tout de suite autre chose. C'est le bis repetita d'une réplique inaugurale décalée, si je ne m'abuse, du Venus in Furs que susurra il y a plus de quarante ans le Velvet Underground de Lou Reed: «Je suis fatiguée. Je pourrais dormir mille ans.» C'est la lassitude, le sommeil qui restera introuvable, car dormir serait trahir l'essence de la nuit et que la nuit ne peut s'éclairer que du feu dont nous brûlons: autre citation, empruntée à un client opportunément nommé Michaux.
C'est un début qui a lieu plusieurs fois, repartant du même instant, du même geste. C'est le rêve – littéralement –, fait par une prostituée surnommée «La Juive», qu'un client lui offre une émeraude, la demande en mariage et l'arrache à ces rideaux, ces sofas, ce cristal, ce champagne. C'est la transformation insensible et subite de ce rêve en cauchemar: «La Juive» portera bientôt la balafre d'un sourire figé qui rappelle autant le Joker des Batman que l'Homme – la Femme, en l'occurrence – qui rit de Victor Hugo et de Paul Leni, dont Brian De Palma a donné sa propre version dans Le Dahlia noir.

Des fêtes, défaite

En même temps que le temps où son film va pouvoir s'épanouir, Bonello installe tôt le sentiment que cette durée est fragile, le pressentiment d'une rupture imminente. Rituels répétés, cartes qu'on tire, plans sur la comète. L'Apollonide vit dans un temps de sursis qui est simultanément un temps de terreur. Terreur que cela s'arrête: les prostituées sont belles, elles sont amies, se tiennent les coudes, la maison est luxueuse et parfaitement tenue, mais la défiguration guette, et avec elle la syphilis, les humiliations, les violences... Terreur, également, que cela ne cesse pas, les caresses prodiguées soir après soir, l'obligation de feindre le plaisir, l'impossibilité d'en sortir, les clients aux exigences pénibles à satisfaire.
La maison est close – on n'en sortira qu'à des occasions comptées. Elle est ouverte, aussi bien, grâce à ce temps qui n'est pas linéaire, rebrousse chemin, repart, va ailleurs, revient sur le lieu du crime. Elle est encore fermée à double tour, à la faveur même de ce temps pluriel, opiacé, labyrinthique.
La durée est donc ici une volute, une note. Peut-être la plus difficile à tenir: celle qui sait faire tinter chaque plan sur ses deux faces. Sa face de fête: Bonello ne craint pas d'offrir à son spectateur le plaisir d'admirer les jeunes beautés qu'il a sélectionnées. Et sa face de défaite: il n'a pas la naïveté de peindre sa maison close en havre soustrait aux brutalités du monde extérieur.

stef a dit…

(suite)

De la radicalité

Le précédent film de Bonello s'appelait De la guerre. Le cinéaste en panne d'inspiration joué par Mathieu Amalric y rejoignait une sorte de secte logée dans une demeure isolée, avec l'espoir d'y retrouver le sentiment indéfinissable, à la fois bonheur et panique, éprouvé au cours d'une nuit accidentellement passée dans un cercueil.
Bonheur et panique sont à nouveau réunis, indissociables, entre les murs de L'Apollonide. Il vaudrait mieux dire: ils le sont pour la première fois ; Bonello a enfin trouvé un cercueil selon son cœur.
En effet, de même que le plan a deux faces, rêve et cauchemar, fête et défaite, il y avait jusque-là deux Bonello, l'un dandy et l'autre radical. L'un amoureux des ivresses et des beautés enveloppantes de la mise en scène. L'autre poursuivant dans le retrait et l'ascèse une dureté et une sécheresse de trait qui en dépasseraient et en annuleraient les séductions troubles. L'un légèrement décadent. L'autre tourné vers les possibilités nouvelles, le cinéma de demain, l'ouvert…
Son beau premier long métrage, Quelque chose d'organique (1998), traitait déjà de cela à travers le couple Laurent Lucas/Romane Bohringer: comment être à la fois dedans et dehors, comment s'aimer au milieu de la foule, comment s'y prendre pour que coïncident le monde de l'amour et le monde tout court. Est-ce possible? Est-ce seulement souhaitable ? Il y avait une tension : intérieur/extérieur, radical/chic, seul/parmi les autres.
Avec L'Apollonide, la tension devient suspens, temps à l'état pur, attente de rien, sinon du pire qui n'est même pas certain.
Les audaces du film sont aussi remarquables que distribuées avec parcimonie: bifurcations, scènes interrompues au milieu de leur envoi, split-screens coupants, circulations énigmatiques du salon aux chambres, jeux de rôle, partie de campagne survenant alors qu'on ne l'attendait plus… Toutes ces audaces œuvrent à faire passer le dedans dehors – le dehors du libre déploiement des images –, aussi bien qu'à faire passer le dehors dedans – tirer encore un peu le verrou.

stef a dit…

(fin)

Bonello ne se soucie plus de ce qui se nomme ordinairement un «point de vue». Que faut-il penser de la prostitution? Est-il nostalgique des maisons closes du siècle passé? Oui: son film s'achève sombrement sur le spectacle des putes de 2011 tapinant sur les boulevards périphériques. Non: Clotilde est parmi elles; celle qui voulait par-dessus tout quitter la maison est à la fois passée ailleurs, dans un autre temps, et restée à la même place. Oui et non, next question.
Le spectateur a alors le choix. Il peut soupirer – quelques-uns ne s'en sont pas privés, à Cannes. Ils ont, à tout prendre, été relativement peu nombreux. (Je m'étais promis, n'y croyant plus, de ne faire aucune remarque d'« ambiance » : c'est raté.). Il peut aussi et surtout regarder, pour la première fois depuis l'ouverture de ce 64e festival de Cannes. Regarder quoi? Ce temps qui ne cesse d'éclore et de faner. Ces images qui semblent redouter de succomber à leur propre splendeur. Céline Sallette – Clotilde – qui a le regard le plus beau et le plus triste du cinéma français. Alice Barnole dans le rôle du monstre du lieu. Adèle Haenel qui parle d'une voix grave et fait la poupée mécanique, le pantin du désir. Et d'autres, beaucoup d'autres: Hafsia Herzi, Judith Lou Lévy, Joanna Grudzinska, Pauline Jacquard, Esther Garrel, Noémie Lvovsky dans le rôle de «Madame».

Du cinéma français

Ce dernier nom amène à évoquer un autre aspect. L'Apollonide est évidemment un film sur le cinéma: le désir, les femmes offertes au regard, la dilatation d'un temps qu'il faudra tôt ou tard interrompre pour retourner à l'air extérieur. C'est une métaphore inévitable. C'est aussi un peu plus que cela.
Tout comme Bonello a choisi l'actrice et réalisatrice Noémie Lvovsky, il a choisi pour tenir de petits rôles les acteurs et réalisateurs Jacques Nolot, Xavier Beauvois, Pierre Léon, Vincent Dieutre, Damien Odoul. Cela ne saurait être un hasard. Il n'est pas neutre, non plus, qu'on l'entende lire la lettre qu'un préfet envoie à Madame, ni qu'il revienne à une autre cinéaste, Pascale Ferran, de lire un autre texte: l'extrait d'un livre d'anthropométrie rapprochant les prostituées et les criminels et en raison que les unes comme les autres ont des cerveaux de taille anormalement petite.
Le message qu'on croit pouvoir lire, on ose à peine le dire, tant il est à la fois évident et dit sur le bout des lèvres. Le cinéma français se nourrirait de chair fraîche, d'ingénues, de jeunes premières. Il serait une vaste maison close. Pour le meilleur et pour le pire. Ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, répétons-le encore une fois, un peu autrement. Sur ses vieux jours, François Truffaut aimait déclarer qu'il demandait seulement à un film d'être réussi alors que, plus jeune, il attendait qu'à travers lui, le cinéaste rende sensibles son plaisir et son angoisse à faire du cinéma. Ce plaisir et cette angoisse sont au cœur de L'Apollonide. Il n'est sans doute pas indifférent que ce film d'une ambition extrême fasse suite à un autre, logistiquement plus léger, ni que Bonello ait d'autres projets dans ses tiroirs traitant des mêmes choses: la défiguration, le plaisir, le sexe et la mort…
Mais plaisir et angoisse sont des mots faibles, en l'occurrence. Ce que le spectateur ressent en voyant L'Apollonide, c'est, comme rarement, la jouissance et l'effroi d'être cinéaste.

Buster a dit…

Merci Stef, je vais lire ça attentivement.

Pierre Léon a dit…

J'ai beaucoup ri en découvrant une lettre anonyme parlant d'honneur et de lâcheté. Et ce fut un rire oxymorique. Est-ce qu'on répond aux lettres anonymes ? C'est comme négocier avec des preneurs d'otages, non ? En même temps, j'y tiens, moi, à ceux que tous ces professeurs de comportement corrigent en permanence en leur tapant sur les doigts avec leur petite règle en plastique rageuse.
Bon, lanonime, je vais quand même vous dire une chose que vous comprendrez peut-être : je n'ai pas voulu continuer parce que Griffe m'a semblé très à cran et que le pugilat ne m'intéresse pas. J'ai eu d'autres échanges avec Griffe, et je sais que ce n'est pas indifférent, souvent irritant, parfois marrant, en tout cas un dialogue, quelque chose où l'on apprend un peu l'un de l'autre. L'empoignade qui s'en est suivie n'a fait que confirmer mes craintes. Le dialogue a disparu, ou plutôt il a été traîné dans une arrière-cour et roué de coups. Insinuations, sous-entendus, insultes crypto, bref, je me suis cru dans un Desplechin. Merci bien. J'ai passé mon chemin. Alors, vous avez raison : j'ai été lâche. On ne laisse pas sans secours quelqu'un qui se fait tabasser dans une impasse.

Anonyme de 13h 08 a dit…

J'ai rien compris.

Неизвестный человек a dit…

Finalement tout le monde l'aime bien Griffe.

M. Poireau a dit…

Voyez Buster, l’arbitre de France-Galles, lui, n’a pas hésité à sortir le carton rouge dès le début ! :)

Buster a dit…

Ha ha, mais ce carton rouge a aussi faussé le match, les Gallois n’ont pu pratiqué leur jeu habituel et les Français ont complètement déjoué.

PS. "Arnaud (Nîmes)", je n’ai pas publié votre commentaire, vous comprendrez pourquoi, je n’ai pas envie que ça reparte en sucette (même si ça plaît à certains).

M. Poireau a dit…

Sans ce carton rouge, les Français n’auraient jamais gagné, c’est sûr, les Gallois méritaient davantage de se qualifier- remarquez le match ne servait qu'à désigner laquelle des deux équipes allait se faire écraser en finale par les All Blacks ! :)

Buster a dit…

J’ai dit que l’arbitre avait faussé le match (l’exclusion du joueur après seulement 20’ de jeu est très sévère...), mais le résultat j’en sais rien, à 15 contre 15 le match aurait été différent. Au vu de la partie, les Gallois méritaient de gagner, sauf qu’ils n’ont pas gagné, ratant de nombreux coups de pied (au moins 2 buts de pénalité, 1 drop et une transformation, ça fait beaucoup), autant dire qu’ils ont leur part de responsabilité dans l'élimination...
Pour la finale, c’est un fait, la France ne sera pas favorite, quel que soit l’adversaire (Nouvelle Zélande-Australie sera sûrement plus serré qu’on ne le croit, pas sûr qu’on assiste à un grand match, là non plus).

M. Poireau a dit…

Vous pensez vraiment que l’Australie ou la France peuvent empêcher les All Blacks de gagner la Coupe du monde chez eux ?

Buster a dit…

Non bien sûr, ce serait une énorme surprise. J’adore les Blacks (les Gallois aussi d’ailleurs)... Ils ont perdu Carter mais pour le match contre l’Australie ils récupèrent Dagg je crois à l’arrière. Un seul regret: de ne pas voir d’entrée Sony Bill Williams, un joueur absolument merveilleux. Sinon ils vont jouer face à la meilleure défense du monde, c’est pour ça que le match devrait être très tactique.

M. Poireau a dit…

C’est Kahui qui va jouer à l’aile à la place de Williams, un bon joueur lui aussi. La meilleure attaque contre la meilleure défense, ça promet !

Buster a dit…

Oui Dagg, Jane, Nonu, Williams, Kahui... c’est très fort derrière. Mais il leur faudra de bons ballons, et sans Carter pour organiser le jeu ça va être plus compliqué, même si Cruden le Baby Black a du talent.

Allez bon match!

Anonyme a dit…

On se croirait un peu chez Maître Eolas...

Buster a dit…

Hé hé... c'est plus reposant de parler rugby que de Bonello!

M. Poireau a dit…

Pas si serré que ça le match, il y avait vraiment deux classes d’écart entre les deux équipes.

M. Poireau a dit…

Et Sony Williams, on ne l’a pas vu longtemps ! :)

Buster a dit…

Oui, les Australiens ont déçu, ils ont été sur le reculoir en permanence... Très empruntés, empêtrés, dans un jeu stéréotypé, la faute à des Blacks pas géniaux, mais incroyablement agressifs, qui ont toujours avancé.

M. Poireau a dit…

Les Australiens sont catastrophiques en mêlée. Je me demande comment ils ont pu battre les Sud-Africains.

Buster a dit…

La mêlée australienne est en effet d’une faiblesse crasse, indigne à ce niveau, aussi parce qu’elle est très naïve.

En fait tout c’est joué dans le premier 1/4 d’heure, comme souvent avec les Blacks, qui font des entames de match monstrueuses, à 100 à l’heure, comme si le haka leur procurait une décharge d’adrénaline supplémentaire... C’est là qu’il faut résister, voire les contrer (facile à dire). Le match n’a pas été serré parce qu’ils ont réussi à marquer d’entrée. Mais passé le premier 1/4 d’heure, malgré une large domination qui leur a permis de gérer le match, le score n’a évolué que sur des coups de pied (12-6 pour les Blacks, ce qui n'est pas énorme, compte tenu de la débauche d’énergie).

M. Fougère a dit…

Je me permets de m’ imiscer dans le débat. Je pense que les All blacks auraient pu ajouter 20 pts de plus s ils avaient voulu , ils en ont gardé sous le pied pour la finale. Contre la France, ça sera different, on va prendre une raclée monumentale

Buster a dit…

Ha ha... M. Fougère :-D
Possible que les Français prennent une raclée, surtout s’ils jouent comme dans le match de poule (mêlée déficiente, défense approximative...), maintenant l’équipe est sur courant alternatif (un coup bonne un coup mauvaise), surtout ce sera une finale de Coupe du monde, rien à voir avec un match de poule ni même un test-match. Il y aura plus de pression (d’un côté comme de l’autre) qu’il faudra gérer. Je ne les vois pas l’emporter, mais la raclée c’est pas sûr... (au fait ça veut dire quoi une raclée? à partir de combien de points d'écart on parle de raclée? 20? 30?)
Contre les Australiens, si les Blacks avaient pu gagner avec une plus grande marge ils l’auraient fait. L’Australie c’est comme l’Angleterre pour la France, c’est l’ennemi juré, si on peut l’humilier on va pas se priver. Non non, les Blacks ont vraiment joué à fond...

Anonyme a dit…

Parler de rugby c'est plus reposant que de parler du Bonello, mais c'est aussi plus chiant, non ?

Buster a dit…

Surtout quand on n’aime pas le rugby!

Sinon je ne demande pas mieux que de parler du Bonello. J’attends seulement que ses défenseurs m’expliquent précisément, au-delà du blabla admiratif, ce qu’ils y ont compris. Pour l’instant je reste sur ma faim. Au passage, le papier de Burdeau n’est pas très convaincant (la dernière phrase "Ce que le spectateur ressent en voyant L'Apollonide, c'est, comme rarement, la jouissance et l'effroi d'être cinéaste" vaut son pesant de cacahuètes).

MG a dit…

sortir la phrase de burdeau de son contexte est profondément malhonnête.

Buster a dit…

Bon la parenthèse rugby est refermée... on repasse aux choses sérieuses et désagréables.

Non MG je ne sors pas la phrase de son contexte. D’abord le contexte on peut le lire un peu plus haut dans les commentaires (envoyé par Stef). Ensuite il ne s’agit pas d’une phrase prélevée au hasard mais de la dernière qui a donc valeur de conclusion ou de résumé, c’est précisément la vision qu’a Burdeau du film. On peut en discuter, mais pas avec vous, ce serait perdre son temps.

Arnaud (Nîmes) a dit…

Hi hi hi ! ça m'amuse drôlement que votre dernière phrase adressée à MG ressemble pas mal à mon commentaire que vous avez préféré passer sous silence , et qui était destiné à l'anonyme de 13h 08 !! Rien de bien méchant non plus!

Mwai, très moyen , l'article de Burdeau ... Il ressert quelques jolies tartes à la crème de la critique ,sans apporter un regard original !! c'est comme s'il était tout content d'identifier les références qu'on lui a servi avec de grosses louchées sous le nez!!

Buster a dit…

OK, celui-là je le publie...

Vincent a dit…

J'imagine bien le critique qui aurait demandé à Hawks ou à Ford s'ils ressentaient "'L'effroi d'être cinéaste"

Buster a dit…

Je crois que Ford lui aurait administré une bonne fessée!

Cette phrase est à mettre en parallèle avec une autre, trouvée sur Chronic’art: "le film doit aussi sa réussite à la position trouble d'un cinéaste souffrant de trouver beau ce qu'il filme." On a là deux exemples d’une critique totalement aveuglée. On peut défendre le film dans les limites qui sont les siennes (du bon du Bonello...), mais délirer à ce point pour justifier l’importance (démesurée) qu’on lui accorde, moi ça me sidère...

§ a dit…

C'est intéressant "l'effroi d'être cinéaste", ça dit bien toutes les limites de Bonello. Toute la part de pause pseudo-romantique qu'il y a dans son cinéma, et surtout de puritanisme : il ne filme jamais aussi bien un corps que lorsqu'il est traité comme un pantin et soumis à des regards forcément pervers. L'intérêt de son dernier film est qu'il affronte ce problème à bras-le-corps dans une sorte de quête impossible de la chair : je veux filmer des corps mais je ne peux pas vraiment, alors je filme des prostitués. C'est touchant un curé qui va aux putes, non ?

Buster a dit…

Le puritain et les putains... d'accord mais pourquoi "l'effroi d'être cinéaste"? Si Burdeau avait écrit "la jouissance d'être cinéaste et l'effroi d'être puritain", j’aurais compris, pas difficile (vieux clichés), mais dire "la jouissance et l'effroi d'être cinéaste", n’est-ce pas confondre dans le même mouvement: cinéma, perversion et puritanisme... une confusion qui est peut-être celle de Bonello, c’est fort possible, mais que Burdeau entend de façon positive, comme la preuve éclatante de l’exceptionnelle réussite du film.

max pécas a dit…

l'apollonide: un curé qui va aux putes? si seulement...

Buster a dit…

Hé hé... mais j’aime bien ce que dit §... le problème c’est que cette conception du cinéma ne me passionne pas du tout. Chez Bonello, c’est toujours le dispositif, trop voyant, qui m’indispose. La choix du casting avec tous ces cinéastes dans le rôle des clients, et Lvovsky en mère maquerelle, c’est quand même pénible, on sent trop le discours derrière.
Et puis il y a la façon dont on rend compte du film. J’ai l’impression que Burdeau perçoit les limites du film mais ne veut pas le reconnaître d’où sa formule passe partout.
Sinon je note que § a écrit prostitués au masculin. Le regard porté ici sur le corps de la femme est-il puritain ou gay?

Arnaud (Nîmes) a dit…

Asexué.

§ a dit…

"La jouissance et l'effroi d'avoir une bite", me semblerait plus juste.

Buster a dit…

C'est vrai qu'être cinéaste et avoir une bite, c'est pas la même chose...

Arnaud: asexué ou asexuel?