jeudi 22 septembre 2011

[...]

Excipit ruizien.

"Voici ma propre fiction théorique: dans le rêve éveillé qu’est la réception d’un film, il y a une contrepartie, c'est nous qui commençons à projeter un autre film sur le film à l'écran. Je dis bien projeter. Des images qui partent de moi et se superposent à celles du film même. De sorte que le double film, comme dans la double vision des traditions bretonnes, devient protéiforme, plein de palpitations, comme s'il respirait.
Sans doute, tous les films n'ont pas le pouvoir de nous transporter jusqu'à cette transe jouissive. Et je ne sais pas si les industriels qui fabriquent des films seraient heureux de produire ce type d'œuvres.
Etat extrême, entre crainte et tremblement (Kierkegaard). Fascination, attraction. Qu'il faut équilibrer par quelques distanciations.
Involvement and detachment.
"Le film, comme le rêve, signifie ce qu'il dit et dit ce qu'il signifie", affirme Hobson.
Le film montre quand il dit et dit quand il montre (c'est moi qui le dis).
Le film n'est donc pas un langage?
Oui, peut-être un langage, mais composé seulement de verbes." (Raúl Ruiz, Poétique du cinéma 2, 2006)

Un cerveau trop gros.

Vu l'Apollonide de Bonello. Son meilleur film, et pourtant... Film d'esthète, de bordélographe raffiné, mais sans âme véritable. Film composé et compassé, plus mortifère (syphilitique - au passage la chtouille c'est la chaude-pisse, pas la syphilis) que baudelairien, plus fumeux que michauxien, cinéma de salonnard branché - cf. l'artiste dans le tableau lors de la soirée mondaine: Bonello en Velazquez - qui peine à transcender son sujet, faute de l'ancrer dans un récit qui donne véritablement du corps à ses personnages (un comble!), se contentant de faire joujou - intellectuellement - avec des poupées-créatures, des fleurs artificielles, déjà mortes avant même que le film commence... Jolis cadres et belles lumières (hormis les horribles split-screens) mais aussi des poses, en veux-tu en voilà, et pire, un sous-texte pesant (benjaminien: la catastrophe à venir) que n'arrangent pas les allers-retours avec le présent, effroyablement surlignés ("Nights in white satin" des Moody Blues, "Bad girl" de Lee Moses, et je ne parle pas de l'épilogue, le télescopage temporel, du bordel 1900 aux trottoirs d'aujourd'hui...). Bon, soyons juste, il y a dans le film deux scènes (vaguement bunuéliennes) qui sont réussies: la scène d'amour dans la baignoire remplie de champagne (scène sponsorisée par Moët & Chandon) et surtout celle où l'une des filles (un vrai petit Renoir) parle de sexe à son client en pseudo-japonais. Et puis il y a ce plan, magnifiquement grotesque, de "la femme qui rit" pleurant des larmes de sperme, un plan digne du meilleur Argento, où se dégage une réelle émotion (c'est d'ailleurs le seul personnage touchant du film, celui de "la Juive", dommage que Bonello abandonne sur la fin sa dimension hugolienne - le finale vengeur, qui confère au film un petit côté Unforgiven, arrive là comme un cheveu - ou plutôt un poil de chatte - sur la soupe), émotion mêlée de regret, celui finalement que le film n'ait pas vraiment épousé cette veine fantastique mineure, un peu kitsch (j'ai pas dit bordélique), qu'il effleure par instants, Bonello préférant surcharger le tableau (la correspondance maison close/enfermement ça va cinq minutes), l'étouffant par cette emprise chez lui du cérébral (du Lost highway de Lynch au Eyes wide shut de Kubrick), que ne compense pas la seule échappée du film (la scène impressionniste au bord de l'eau, référence au Plaisir d'Ophuls, est un peu attendue). A un moment, une des filles s'effondre à la lecture d'un traité d'anthropométrie où il est écrit que les prostituées ont comme les criminels de petits cerveaux. Le film, lui, c'est plutôt l'inverse: un cerveau trop gros...

[ajout du 24-09-11: il y a un cinéaste auquel m'a fait penser le film de Bonello, c’est Evgueni Bauer, via l'époque, la morbidité, la magnificence des décors, le travail sur le cadre - jusqu’aux splits screens! Ce qu'ils ont en commun c’est le dandysme. Sauf que celui, décadent et suranné, de Bauer me touche davantage que celui, plus chic, de Bonello]

Minuit dans le jardin du bien et du mal.

La mobilisation générale n'aura donc pas suffi. Troy Davis, 42 ans, condamné il y a 20 ans à la peine de mort pour le meurtre d'un policier blanc, a été exécuté cette nuit à la prison de Jackson (Georgie) alors qu'il était probablement innocent. Pour lui, le "doute raisonnable" n'a pas joué, son jugement fut plutôt, comme pour beaucoup de Noirs, below the reasonable doubt. De la barbarie de la justice américaine au silence d'Obama, j'éprouve depuis ce matin un profond sentiment de dégoût.

145 commentaires:

Anonyme a dit…

Un peu sévère mais pas faux (la critique du Bonello)

Vincent a dit…

Un peu sévère mais pas faux (le silence d'Obama)

Alban a dit…

Sévère et faux (l'exécution de Troy Davis)

Anonyme a dit…

Des bonnes intentions mais du mauvais humour (les deux derniers commentaires)

stéphane a dit…

L'aspect esthétisant du film est un peu agaçant, mais j’aime bien son côté déambulatoire, qui va d’un personnage à un autre sans jamais se fixer, c’est assez fascinant à la longue.

Anonyme a dit…

à la looooongue, oui...

Buster a dit…

Je n’ai pas du tout été sensible à cet aspect envoûtant du film. Sur le même registre, les Fleurs de Shanghai de Hou Hsiao-hsien était autrement plus réussi (bien que lui aussi un peu surestimé). Ce qui me gêne chez Bonello, c’est le côté conceptuel de son cinéma, qui culminait dans l’atroce Cindy, the doll is mine (un monument de prétention minimaliste), cette impression que chaque plan, on pourrait même dire chaque regard, chaque geste, est aussi un commentaire sur ce qui est représenté. Ce mouvement déambulatoire dont il est question à propos du film n’a pas vocation à envoûter mais au contraire, en circulant d’un objet à l’autre (filles, clients, argent, pipes à opium...), à interroger l’environnement social, politique, économique, philosophique, etc. dans lesquels ils évoluent. Et plus on esthétise l’objet plus le commentaire qui lui est associé devient pesant. Je suis complètement réfractaire à cette conception de l’art et du cinéma qui s’en inspire. C’est pourquoi je n’ai retenu du film que les rares moments où l’esprit de sérieux tombait un peu. Pour un vrai regard, empreint de poésie, d’humour, de subversion, sur les "objets", les choses, le sexe, les choses du sexe, préférer Monteiro (le sous-titre du film, Souvenirs de la maison close, fait mystérieusement écho à Souvenirs de la maison jaune, mais il n’y a aucun rapport évidemment).

Anonyme a dit…

Pas d'accord. ce film est une splendeur absolue qui ne tourne pas à vide. c'est d'une richesse prodigieuse, assurément le plus beau film de l'année. je ne comprends pas et suis assz choqué qu'on dise que l'esthétique du film soit totalement vaine.
chris

Buster a dit…

Splendeur absolue, richesse prodigieuse, plus beau film de l’année... les superlatifs c’est bien mais faut pas en abuser. Sinon vous m’avez mal lu, je n’ai jamais dit que l’esthétique du film était vaine. Au contraire. Bonello refuse le beau pour le beau, de sa position d’artiste (moderne) il le questionne constamment, dans tous les sens, le violente même, et c’est cette réflexivité qui me gêne tant elle parasite le film et l’empêche de décoller... Vous allez me dire que c’est justement le propos: l’emprisonnement, la mort, des fleurs qui se consument, etc. etc, sauf qu’à nous le ressasser de façon litanique pendant deux heures, Bonello assèche complètement son film, il ne fait que décliner le même geste, à travers cette succession de tableaux/natures mortes, ça excite le regard, le film est beau, mais ne vit pas, or un film ça doit vivre, respirer, même s’il ne parle que de la mort.

Anonyme a dit…

Lu sur Chronic'art :

"le film doit aussi sa réussite à la position trouble d'un cinéaste souffrant de trouver beau ce qu'il filme."

vladimir a dit…

Viens de voir le film, assez d’accord avec ce que tu dis, mais curieusement moi ça ne m’a pas gêné, il y a quelques trucs qui passent moins bien (une tendance par moments à la délectation morose, l’épilogue) mais dans l’ensemble j’aime bien. Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais un film très original, qui tranche avec ce qu'on a l’habitude de voir.

Buster a dit…

C’est vrai que ça ne ressemble à rien de connu, et quand j’évoque Lynch ou Kubrick c’est vraiment ponctuel. Reste que
1) la démarche, si originale soit-elle, on la sent quand même un peu trop, à travers cette volonté de faire original justement, d’échapper à l’académisme, qui était le gros risque de ce genre de film, et d’inscrire l’oeuvre dans quelque chose de plus grand que ce qu’il raconte... (j’y reviens pas)
2) il y a quand même un cinéaste auquel j’ai pensé durant tout le film, enfin pas exactement, le film me faisait penser à un certain cinéaste mais je n'arrivais pas à savoir qui, et depuis j’ai trouvé, c’est Evgueni Bauer, grand réalisateur russe du temps du muet, avant 17, via l’époque, la morbidité, la magnificence des décors, le travail sur le cadre (jusqu’aux splits screens!)... il faudrait y revenir.

Pierre Léon a dit…

C'est une bonne idée, Buster, cette connexion avec Bauer. Reste à savoir jusqu'où ira le parallèle — Bauer est le véritable point de passage entre un art élégant et angoissé à la fois et l'envolée furieuse des expériences postrévolutionnaires. Si dans le sillage de l'Apollonide apparaît un Koulechov (qui fut décorateur et assistant monteur volontaire chez Bauer), nous pouvons espérer quelque chose de notre vieux jeune cinéma d'auteur.

Buster a dit…

Oui, espérons...

(sinon comment va la panthère noire?)

vladimir a dit…

Intéressant. Je ne connais pas du tout Bauer. Des films à conseiller ?
Ou plûtot quels films on peut voir de lui aujourd'hui ?

nolan a dit…

Pour rebondir sur un commentaire, je trouve le film d'une splendeur absolue. Je trouve également que le film évite tout les travers qu'un tel sujet ne manque pas d'apporter. A l'exception du "télescopage" final dont vous parlez. C'est tellement bien que la scène qui s'extirpe du huit clos (la sortie à la campagne) est aussi fascinante que les autres (et pas vraiment mortifère). Ok, les superlatifs, ça va bien 5 min mais "film composé, compassé, ... fumeux, ... mortifère et cinéma de salonnard branché", ça n'est pas très mesuré (pour ma part, je ne vous demande pas de l'être). Je ne connais pas Bauer (enfin pas celui dont vous parlez) mais je note cette référence. S'il a inspiré Bonello, c'est que ça doit être bien !

Buster a dit…

Vladimir, je ne connais pas Bauer aussi bien que Pierre Léon. J’ai vu quelques uns de ses films: Témoins muets (?), Une vie pour une autre, A la recherche du bonheur... il y a une vingtaine d’années au musée d’Orsay et en ai gardé un souvenir ébloui (même Sadoul en disait du bien!). Mais depuis rien. Il m’étonnerait que les films de Bauer existent en DVD.

Nolan, ce que je voulais dire c’est que les superlatifs c’est bien si on développe un peu derrière... Maintenant je vous accorde que mes propres termes sont un peu exagérés, manière peut-être de me faire entendre au milieu de ce concert de louanges, conscient de ma position ultra-minoritaire par rapport au film. Et que parmi les zélateurs j’aimerais entendre autre chose que beauté, splendeur etc., puisque là-dessus on est d’accord. Ce film je ne l’ai pas détesté, contrairement à ce que ma note pourrait laisser croire, mais il m’a agacé, dans la mesure où j’ai eu l’impression tout du long que Bonello s’ingéniait à me retirer d’une main ce qu’il m’offrait de l’autre (d’où un sentiment de frustration), que le geste (du film) ne se transformait jamais en acte (au sens pictural, qui dépasse l’effet-tableau), mais ne faisait que se répéter, prisonnier de l’effet de fascination que Bonello entrenait (peut-être malgré lui, il serait intéressant d’entendre Bonello non pas sur ce qu’il souhaitait faire mais sur le résultat, de mesurer l’écart, et je ne serais pas surpris qu’il ne soit pas si satisfait que ça, d’autant qu’on ne l’est jamais, mais là plus que d’habitude). Maintenant il est possible qu’à la revoyure (pas dans l’immédiat, dans quelque temps), ma position change un peu, je ne considère jamais la première vision d’un film comme immuable...

vladimir a dit…

Comment peut-on préférer La Guerre est déclarée à l’Apollonide ? :)

Buster a dit…

Oui c’est très dur à vivre, je commence demain une thérapie... :-)

Alban a dit…

Comparaison de la France de 11 avec la Russie de 17 est déraison.

Buster a dit…

? Personne ne compare la France de 11 à la Russie de 17, mais le film de Bonello au cinéma de Bauer. Quant à l’époque, je pointe seulement que les films de Bauer se passent à peu près à la même période (avant la révolution de 17) que celle du film. On pourrait ajouter qu’à cette époque (qui est celle de l’amitié franco-russe) la bonne société ne devait pas beaucoup différer entre Paris et Saint-Pétersbourg.

stéphane a dit…

Bonsoir Buster,
J'ai quand même l'impression que vous reprochez à Bonello de n'avoir pas réalisé le film dont vous rêviez vous-même.
Bonello prend le parti d'un film-voyage, d'une rêverie mélancolique -le sous-titre du film est explicite- expliquant le mouvement en arabesques du film, semblables au volutes d'opium. Les tics auteuristes sont là mais pas suffisants pour condamner le film.

Buster a dit…

Non non, je ne reproche pas à Bonello de n’avoir pas fait le film que j’espérais, d’autant que ce que j’attends d’un film c’est justement qu’il me surprenne.
Or ici, de quoi s’agit-il? Non pas de raconter une histoire (ce que j’accepte parfaitement), mais de capter l’atmosphère d’une époque, la fin du XIXe, prélude aux grandes catastrophes qui vont marquer le suivant, à travers l’ordinaire de quelques filles dans un bordel de luxe. Très bien, rien de novateur, c’est une vision romantique de l’époque qui est assez conventionnelle, mais pourquoi pas, objet (au sens artistique) sur lequel Bonello va travailler (en tant qu’artiste), cherchant non seulement à le magnifier (plastiquement) mais aussi à dépasser le formalisme pour atteindre à une véritable réflexion sur l’objet (principe de l’art contemporain), notamment sa portée historique, jusqu’à nos jours. Or autant la première étape (la plus facile, superbe travail de Josée Deshaies, sa chef op habituelle) est assez convaincante, autant la seconde est pour moi un échec. Vous parlez du sous-titre (Souvenirs...), justement à quoi il renvoie ce sous-titre? Pas à Monteiro bien sûr, ni à Proust, il ne s'agit pas de réminiscence... Le "téleportage" dans le futur (c-a-d aujourd'hui) du personnage joué par Céline Sallette, à la fin du film, laisse à penser que c’est elle qui se souvient, du moins que c’est la prostituée dans ce qu’elle représente depuis toujours: l’aliénation, le plus vieux métier du monde, soit quelque chose de transhistorique, sinon mythique... Eh bien ça, Bonello n’arrive pas à le transcrire autrement que par le biais de métaphores faciles (les arabesques de la caméra c’est l’Ophuls du Plaisir autant que les volutes d’opium), de plages musicales qui ne font que paraphraser ce qui est déjà présent à l’écran (les Moody Blues et leur Mellotron sirupeux soulignant la pose alanguie des filles, la soul traduisant la richesse intérieure de ces "bad girls", l’adagio du concerto n°23 de Mozart pour leur destin tragique...) et enfin ce finale dont l'aspect plaqué vient à mon sens entériner l'échec de Bonello quant à la dimension réflexive qu'il a voulu apporter à son film. Reste donc un film fascinant, d’une splendeur sans égal, etc, etc., ce qui est déjà pas mal.

stéphane a dit…

Vu comme ça, il est difficile de vous contredire. Mais est-ce que vous ne placez pas la barre trop haut ? N’êtes vous pas trop exigeant par rapport au film, ce qui ne peut que vous décevoir à l’arrivée.

Buster a dit…

Non, il ne faut pas inverser les rôles, l’ambition elle est du côté de Bonello, c’est lui qui place la barre très haut, s’il l’avait placée moins haut, le film aurait obtenu plus facilement mon adhésion. Moi je ne demande qu’à aimer les films. L’Apollonide est un beau film mais à partir du moment où l’auteur y greffe un discours supplémentaire, j’en tiens compte et si cette greffe ne prend pas, mon jugement ne peut être que négatif quelle que soit la beauté du film. C’est marrant, la critique a toujours tendance à être plus indulgente avec les films ambitieux sous prétexte que leurs auteurs prendraient des risques et auraient donc droit de rater des choses, ce qui fait qu’on passe outre la pompe d’un Malick ou le pompiérisme d’un von Trier. Au contraire, il faut juger les films à la hauteur de l’ambition que les auteurs y ont mis. Plus un film est ambitieux, plus on se doit d'être exigeant sur le résultat, enfin il me semble...

Anonyme a dit…

En même temps ce n'est pas à Pierre Léon qu'on demandera une critique du film (entendre : de CE film) par simple souci d'honnêteté intellectuelle.

nolan - pour christopher nolan. J'ai bien conscience que le cinéma de Bonello n'a rien à voir avec ce dernier (quoique...) mais BON.

Pierre Léon a dit…

Difficile à trouver, les Bauer, Vladimir. Il y en a beaucoup sur les torrents, sinon ce dvd : http://www.milestonefilms.com/movie.php/madl/
avec deux films, mais très cher, quand même.
Chère Anne O'Nyme, signez vos exigences d'honnêteté intellectuelle, et alors nous serons d'aplomb, pas de souci.

jph a dit…

Le film n'est pas que splendide, c'est aussi un grand film sur le désir !

Alban a dit…

Je commentais le commentaire de Pierre Léon, Buster. Attendre qu'un Koulechov survienne, c'est confondre la France de 11 et la Russie de 17.

Buster a dit…

C'est une blague ou quoi? Il faut être nécrophile pour trouver du désir dans ce film... Pas une once de jouissance, Bonello fait comme les filles, il simule!

Buster a dit…

Au TEMPS pour moi Alban

Alban a dit…

Sinon, il faut lire Julius Versilov ces jours-ci, il est cinglant sur l'accueil critique du Bonello et ça fait du bien parce qu'en effet tout le monde se montre assez complaisant/mollasson.

"ce qui fait scandale maintenant dans le cinéma se dit-on, dans le cinéma d'auteur, français, c'est au fond, de ne pas aimer les mêmes films que la totalité de la masse critique..."

Buster a dit…

Je ne connais pas ce Julius Versilov mais c'est vrai que la quasi-unanimité critique autour de ce film interroge. Le problème n'est pas que tout le monde aime (quoique) mais que personne, parmi ceux qui sont moins enthousiastes, ne veut en dire du mal.

Griffe a dit…

Oh la la oui, énormément de complaisance, pas la moindre discordance, ce qui est effarant s'agissant d'un film proprement ABOMINABLE ! Allez, je ne résiste pas au plaisir de taquiner Buster et les autres en copiant/collant mon critique de cinéma préféré :

valzeur
Par où commencer devant un tel désastre ? Allez tiens, par un détail du si amusant texte de Vincent Garreau : "à la suture du XIXème et du XXème siècle". Suture pour crépuscule puis aube. Un carton au début de l'"Apollonide" précise l'époque :"Novembre 1899". Il est suivi par un autre qui ajoute "Au Crépuscule du 19ème siècle". Voilà une précision qui méritait d'être faite pour le cas où quelques mal-comprenants eussent imaginés que novembre 1899, c'était le mitan du siècle. Plus loin, on aura "Mars 1900" suivi d'un autre carton "A l'aube du 20ème siècle". Beauté de la symétrie emphatique. Ce n'est qu'un détail, mais le parfait échec de l'Apollonide tient aussi bien en son dessein général qu'en une constellation de détails qui en souligne la parfaite inanité (beaucoup de en, hein ?). Par où va-t-on rentrer dans l'"Apollonide" ? Par une phrase prononcée en cours de film par Noémie Lvovsky - la Madame - à une postulante putain débarquée de sa province : si la chair de la jeunette convient à la maquerelle, ce n'est pas le cas de sa voix. "Tu as la voix molle" dit-elle, d'ailleurs d'une voix molle à l'unisson de l'intégralité de la distribution. Tout ce qu'on a entendu avant et qu'on entendra après est rendu mollement, comme si vraiment c'était trop dur d'être une putain ou un client fin de siècle. Et il ne faut pas imaginer de sussuraisons libidinales, le film est bien loin de ça. Et puis parlons un peu des voix, d'aujourd'hui totalement avec le vocabulaire qui va avec ; "Fait chier, y a pu de savon antiseptique" (Hafsia Herzi). Diction pâteuse, articulations mangées : du naturalisme mollasson surnageant comme du mazout dans les eaux grisâtres d'une reconstitution à peine potable. Les actrices ne sont pas des personnages, juste elles-mêmes dans une sorte de jeu de rôle amélioré. Bonello les traite comme un grand corps constitué : pas d'individualité, des prénoms qui flottent, deux ou trois sont mises en avant par une singularité physique - dont la fameuse mutilée. Peu de scènes menées à bien, des fragments plutôt, comme si Bonello passait tout son film à chercher un sujet et à abdiquer pour rendre grâce au Dieu d'aujourd'hui : le méta-cinéma. "L'Apollonide" est un méta-film, c'est-à-dire qu'il renvoie à d'autres œuvres préexistantes avec lequel il entretient un dialogue à base de citations qui expulsent très vite la moindre fiction du film. On veut tutoyer les géants, mais on reste entre soi douze niveaux plus bas : Hé ! la boîte à mystère de Belle de Jour, Oh ! le tatouage qui fume de l'Atalante, Ah ! L'examen concentrationnaire de Monsieur Klein, Uh ! La fumette opiomane des Fleurs de Shanghaï. Et bien sûr en figure tutélaire, David Lynch convoqué par l'intermédiaire d'un vieux rêve qui louche en début et fin de film avec plein de cuts bizarres et d'interrogations subrogatoires (rêve ou réalité ? thèse ou antithèse ? thé, café). Splendidoïde torsion du réel fantasmé qui s'avère un leurre, le restant de ce très long film présentant une linéarité de mort cérébrale. "L'Apollonide - Souvenirs de la maison close" (admirez le "la" et le "souvenirs" si peu poseurs) n'est en fait qu'une chronique vidée de tout événement comme si la fiction se rétractait au contact de Bertrand Bonello. Advienne une mutilation affreuse dans le film et que pasa ? Rien, on saute en avant. Une jeunette croustillante arrive : passions, rivalités à venir ? Tintin, que dalle. Une malheureuse attrape la syphilis ? Elle meurt, et puis voilà.

Griffe a dit…

Donc une chronique sans caractères avec des motifs insignifiants, des panotages en veux-tu, en voilà, du plat sur du replat. Surtout pas d'histoire ou alors micro-fictionnée et mentionnée comme en passant (l'expulsion de la maison). Bon, on va me dire que le sujet de Bonello, c'est le fantasme. Et là, l"Apollonide" devient tout simplement un film-catastrophe. Lire les dithyrambes de la presse spécialisable et puis mourir. Un exemple : "une utopie malade où la douceur a le goût du poison" (JS Chauvin qu'on a connu plus affûté) ; un autre : "Réflexif et sensuel. Suave et toxique" (Lalanne). Ma supposition : l'attachée de presse a fourni aux critiques un kit portatif de suppositoires cantharidés à utiliser pendant la projection (un par demi-heure) et SURTOUT pendant la rédaction de leurs articles (un tous les quarts d'heure). Je n'en vois pas d'autre tant le film a le désirogramme à zéro. Il ferait débander un pendu. "Absence de regard médiateur" est-il dit ici. Autrement dit moins élégamment, Bonello n'a pas de regard, ce qui est crève les yeux. Il ne trouve jamais la bonne valeur de plan, rechigne à l'acte physique, est obsédé par l'immanence hygiéniste mais ne fait rien ressentir. Pas de chair, et pas d'images non plus. D'où la floraison de formules creuses qu'on lit partout "images mentales", "film-cerveau" (que notre goût transformerait avantageusement en un "film-chatte" ou "film-bite"). Et bien sûr, notre rusé metteur en scène sème partout de petits cailloux Battant-Lacaille (oups Lacan-Bataille…) pour stimuler la comprenette alanguie de nos amis reporters. La filandreuse scène de la cuisine voit ainsi l'une des pensionnaires ricaner sur un de ses clients à qui elle a promis pour rire de se crever les yeux afin qu'il ait plus de trous à baiser (cochez sans rigoler - ça va être dur - la case Bataille). Un client peintre ne cesse de s'extasier devant le sexe ouvert - et pudiquement caché au spectateur - de sa putain préférée (cochez la case Lacan-Courbet). Il est temps de pointer le vrai sujet de l'Apollonide : l'impuissance, l'impuissance à créer, à bander, à voir. L'impuissance à être un cinéaste, un artiste, un regardant. Et si le film échoue, c'est parce que les figures féminines ne sont pas regardées et que les figures masculines n'existent pas. Les hommes du films sont tout simplement des lavettes. Tous. Pas un pour rattraper l'autre (même l'odieux mutilateur ressemble à un danseur de tango pommadé). A un moment, Lvovsky dans la énième scène pompée à un réalisateur de renom (Doinel au bordel chez Truffaut) déroule les beautés de ses protégées et devant l'hésitation du client, lui propose d'aller quérir un garçonnet tout mignon de 19 ans si cela l'inspire plus (vous pensez bien que non…). Mais chère Noémie, si excellente actrice honteusement livrée à vous-même ici, ce n'est pas un giton qu'il faudrait proposer, mais un fort des Halles avec un bon gros croc de boucher à leur décapsuler la prostate à toutes ces endives semi-mâles !

Griffe a dit…

Et c'est là que Bonello censément sort sa carte maîtresse genre "j'ai réfléchi à mon sujet" : tous les clients sont des réalisateurs (dont un excellent, Jacques Nolot), ou des substituts de réalisateurs (Guillaume Verdier, le fétiche du mortel Civeyrac) ou des substituts de producteur (Louis-Do de Lencquessaing, le faux Balsam de l'immonde Père de Mes Enfants), en bref des hommes qui travaillent le regard, et qui à part ça ne sont bons à pas grand chose voire rien. On replonge bien profond dans le méta-cinéma : "condition de l'actrice soumise au regard du metteur en scène". On en baille, et ça ne tient pas. Ces clients mous de tous leur bulbe ne peuvent à aucun moment représenter, tel que le film les montre, une autorité dominante, oppressive sur les pauvres figures de femme qui font plus ou moins ce qu'elles veulent, congédient ceux dont elles sont las avec des poils de chatte, se refusent au triolisme, etc… A un moment, il est dit à la jeune débutante qu'elle doit simuler. Or le film, dans ces rares moments physiques, les montre silencieuses, non gémissantes, des bouts de bois actionnés par des pantins. On ne va pas ressortir la suspension d'incrédulité qui s'est depuis longtemps réfugiée dans un trou de souris (Lacan ? Bataille ?) mais à ce stade, il est peu de dire que l'on ne ressent ni désir, ni compassion, ni aucun sentiment humain pour ce pauvre ballet rose qui se veut transgressif. Et l'on trouve assez abject l'espèce de suspense autour de la mutilation dans la dernière partie du film. Comme s'il y avait tellement peu de chair dans son film que Bonello aspirait secrètement à la détruire pour en attester l'existence. D'où certainement l'aberrant effet de signature qui le présente dans l'une des scènes les plus grotesques du film. Alors, donc : Foufina ou je ne sais pas qui, la putain balafrée, est exhibée chez des gros pervers menés par une douairière. Celle-ci dirige les choses qu'on fait subir à la malheureuse maquillée en Gelsomina-Pierrot de Foire du Trône (la maquilleuse n'est pas très subtile non plus, ceci dit, je crois qu'elle est lacanienne). Un domestique s'avance vers elle pour accomplir les actes ignominieux. C'est Bonello, stupeur ! Et tremblements de connerie, parce qu'en se présentant en tortionnaire passif de Boudina, il se met sur le même plan que Mel Gibson plantant la croix dans la Passion du Christ (je suis sûr qu'il va adorer la comparaison).

Griffe a dit…

Et à bien y réfléchir, et ce quels que soient leurs mérites comparés en tant que metteurs en scène, la posture de Gibson a un sens (le Christ rachète aussi ses pêchés – molestage de divorcée, etc…) alors que celle de Bonello n'est que de la pose emphatique, comme s'il battait sa coulpe pour son regard de mâle dominant metteur en scène (quelle connerie sans nom !), comme s'il prenait sur lui la faute de ses collègues (quelle connerie abyssale ET sans nom !). Le plus drôle est que la vieille morue demande à Bétassou Bonello de pincer les seins de la Femme qui Rit (comme la Vache plutôt que le Hugo). Plan frontal du groupe humain : Bonello, Foufina, une ou deux pouffes qui s'excitent, bientôt Gros Xavier qui va rentrer dans le champ (note : Kubrick aurait refusé qu'une telle scène figure dans les bonus DVD de l'édition philippine de Eyes Wide Shut). Et là qu'advient-il ? La main de Bertrand passe sur le torse blanc de la victime. Et ? Et ? Rien ! Pas de pincement détectable ! On a scruté mais nada. Trois hypothèses : a) Bertrand Bonello ne souhaite pas pincer les seins de sa gentille actrice dont c'est le premier rôle, b) la douairière est bigleuse (comme le film) et il peut donc sauvegarder son âme éternelle et faire agir son libre-arbitre, c) ce film l'Apollonhideux est encore plus con qu'il est concevable (personnellement, je parie sur les 3). Point sur le générique : Bertrand B. est crédité comme scénariste, metteur en scène, producteur, musicien, et le voilà est aussi acteur (figurant, bon..) Cela ne vous rappelle rien ? Chaplin ! Hosanna ! Encore un mot sur la musique imprécise et pompeuse avec des gongs qui surgissent à tout moment, n'importe comment, à contretemps, comme s'ils soulignaient des rituels absents et qu'on ne cherche même plus à imaginer : Bonello, en plus du reste, est certainement le moins musical de tous les cinéastes musiciens (cf son montage, son mixage, tout…). Ce looooooooong développement aura permis, je l'espère, d'étayer le jugement d'antinet (voir plus bas) que je partage entièrement. Ne manque plus qu'un envoi. Skorecki a dit un jour que les mauvais spectateurs faisaient les mauvais films. Que n'a-t-il ajouté les critiques de cinéma ! Enfin, consolons nous, il existe peut-être un monde parallèle où l'"Apollonide" est un "film mental" (je veux y vivre !). Bonne journée…

(lu sur Chronicart)

Buster a dit…

Ha ha... pour ce qui est d'en dire du mal, je suis servi, je pourrais jamais être aussi vache. La prose de ce valzeur me rappelle quelqu'un mais qui?

Pierre Léon a dit…

Alban, ne succombez pas à cette tendance terrible du commentateurisme , et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ou me faire dire ce qu'on aurait tant aimé que je dise pour me le faire dire. Même tendance qui consiste à parler à la place des films, à la place des gens, et s'envoyer tout ça à la gueule, comme le texte cité par Griffe, que je n'arrive même pas à lire jusqu'au bout, tant il postillonne de haine sur le carreau. Mais je suis sûr que vous ne faites pas ça, Alban, je ne sais pas qui vous êtes, mais je l'espère. Koulechov était un cinéaste plutôt apolitique et ce qui l'intéressait, c'est le jeu avec les images. C'est un enfant. Je n'avançais aucune hypothèse historique. Bon, je vous accorde volontiers que toute analogie a des limites. Parlons sérieusement (et plus légèrement). Vous connaissez les films de Bauer ?
Buster, Julius Versilov, c'est tout simplement Zohiloff. Ça se reconnaît, non ?

Alban a dit…

Non, Pierre, je ne connais pas Bauer mais vous (et Buster) m'avez donné envie de le connaître. Sinon je le trouve très bien le texte cité par Griffe. Il tient la route, il est plus drôle que haineux, à moins de prendre trop à coeur ses attaques ad hominem, qui en valent bien d'autres. Et puis j'aime qu'il parle de la fabrication du film, de sa matière, avec précision, ce que n'ont pas fait les critiques qui s'en sont tenus à des formules poétiques creuses et bassement promotionnelles. "Julius Versilov, c'est tout simplement Zohiloff" - j'allais le dire.

Griffe a dit…

Tiens, vous faites la fine bouche, Pierre. Mais si une certaine haine ou un certain dégoût (absolument justifiés de mon point de vue) s'étalent bel et bien dans ce texte de valzeur, ce qui court tout le long du film de Bonello, et que décrit valzeur très précisément, cette morgue qui se soutient des signes extérieurs de la modernité les plus clignotants, cette componction « trash », ne sont-elles pas beaucoup plus vulgaires ? Que reste-t-il au spectateur qui a subi deux heures la brutale bassesse de ce film puis lu un peu partout que c'était un nième "chef-d'oeuvre vénéneux" sinon un coin d'internet pour lui régler son compte avec les moyens du bord, férocement ? Ne devenez pas le Patrice Leconte du ciné d'auteur en méprisant la moindre voix dissidente quand elle est rauque et ne sait pas se tenir. Le cinéma d'auteur français n'attend pas son Koulechov, elle attend ceux qui iront dans la rue et en reviendront avec de quoi oublier leur petite personne, oublier l'histoire de l'art et du cinéma qui deviennent les lacs de trop de Narcisse petits-bourgeois. Bauer, Courbet, Bataille : Bonello n'est pas à leur hauteur, bien qu'à force d'être flatté à gauche et à droite il va finir par se croire au-dessus d'eux. C'est pourtant seulement quand il connaîtra sa vraie taille qu'il pourra commencer à grandir.

Pierre Léon a dit…

Et vous, Griffe, ne venez pas me reprocher ma fine bouche. Ma mère m'a fait comme ça. Je ne vous parlais pas du film de Bonello (ce que je ne ferai pas, par "simple souci d'honnêteté intellectuelle", comme il m'a été conseillé plus haut), mais de ce nouveau langage du net, qui n'est pas, comme vous le semblez le penser, dissident le moins du monde. Ce que je trouve justement terrible aujourd'hui, c'est d'être coincé entre une critique officielle, qui recycle sans vergogne son manuel de la Politique des Auteurs, mixé, en effet, avec quelques phrases piquées dans les dossiers de presse (j'en sais quelque chose), et les vagues successives de ressentiment au verbe haut. C'est ce qui m'a décidé de cesser d'écrire depuis un an, sincèrement atteint par cette situation. Lâchement, j'en conviens, et non sans dommages (je finis par, moi aussi, à écrire comme un cochon).
Vous dites : "que reste-t-il au spectateur, etc." Ben rien. Ce qu'il a toujours fait : voir les films, les aimer ou pas, en parler ou pas. Quelque chose a-t-il changé ? Le spectateur a-t-il un droit de regard ? Un droit de réponse ? Et pourquoi dites-vous que le cinéma d'auteur attend "ceux qui irons dans la rue et en reviendront avec de quoi oublier petite personne, etc."? Vous avez de la chance d'avoir découvert la véritable mission du cinéma. Ça n'empêche pas d'essayer de comprendre ce que d'autres font, ailleurs, autrement. Je ne méprise pas le texte de Valzeur, je n'arrive pas à le lire, je trouve qu'il est peu efficace, parce trop saturé. Et reliez-vous, à propos de mépris. Comme on dit dans "Deux dames sérieuses", de Jane Bowles : "Vous ne me connaissez pas assez pour me haïr."

Griffe a dit…

"Nouveau langage du net", connais pas, j'y lis trop de choses, de belles et surtout de moins belles, mais de toute manière qu'est-ce qu'on lit dans les magazines, dans les livres..? Et puis je trouve ce qu'écrit valzeur plutôt juste et bien senti, même si bien sûr ça se sent qu'il a jeté ça sur son écran dans un mouvement de mauvaise humeur, et alors ? Et si ça rend son message « inefficace » quelle importance si j’y lis ce qu'on ne lit nulle part ailleurs ? Ce serait du ressentiment si on n'y trouvait pas de gaieté de cœur. De ressentiment, par contre, je trouve que « L'Appollonide » en déborde, alors évidemment c'est moins immédiatement reconnaissable (puisque Bonello maîtrise un tant soit peu le superficiel) mais c'est bien là.
Puisque selon vous j'ai découvert la mission du cinéma (alors que je n'ai fait que rappeler une vieille évidence impressionniste, renoirienne, rivettienne), je vais pousser plus loin en faisant mon Godard : il ne s'agit pas d'un « droit » mais évidemment d'un « devoir de regard », qui vaut pour le spectateur comme pour le cinéaste. Valzeur a vu juste en voyant que Bonello ne voyait rien. Skorecki disait qu'une critique de film pouvait valoir et même surpasser un film. Qui voit ? Selon moi : valzeur, pas Bonello. Après, bien sûr, on peut en discuter - mais qui veut discuter ? Discute-t-on sur le net ? A coups de petites phrases assassines, d’aphorismes, d’anathèmes, de références, peut-être, oui. C’est évidemment ailleurs que ça se joue – sauf qu’ailleurs, c’est trop loin. Comme vous dites, on ne se connaît pas. Et « L’Appollonide » n’est ni ailleurs ni autrement, c’est un quartier général.

Lao Tsu Ben a dit…

Entièrement d'accord avec Griffe. Peu efficace le texte de valzeur? Parce qu'il donne des exemples à la différence de presque toutes les critiques que j'ai pu parcourir quand on ne nous parle pas pour la énième fois des larmes de sperme? Je veux bien qu'on trouve le style un peu impur mais il me paraît aussi d'une précision éclatante. Les mots sont justes! "Peu efficace parce que trop saturé" "postillonne de haine jusqu'au carreau"? Saturé ? de haine ? de dégoût ? de bon sens ? Trop concentré ? Pas assez dilué ? Je n'en sais rien mais je comprends mal. Et j'ajouterai: On ne parle pas de Lucien Rebatet là (comme pourrait dire Zohiloff)!

Pierre Léon a dit…

Griffe, vous allez trop vite. Vous lisez n'importe comment. Parce que vous lisez trop vite. Je n'ai pas dit que l'Apollonide était ailleurs et autrement. Je n'ai pas parlé de l'Apollonide. Quant à l'histoire de la mission, c'était ironique, évidemment : je me méfie de ceux qui savent avec une telle certitude ce que doit ou ne doit pas être le cinéma ("évidence impressionniste, renoirienne, rivettienne", c'est quoi, tout ça ?). Moi, je ne sais pas, j'essaie. Ce que vous pratiquez là, c'est de l'injonction. Et votre renfort, là, il n'a pas besoin de ramener Rebatet dans cette histoire. Encore une fois, on ne peut pas discuter, ni rire, simplement se maintenir tant bien que se peut dans la barque puante de l'invective. J'avais qu'à fermer ma gueule. Je la ferme. Bien fait pour moi.

vladimir a dit…

A part ça, merci Pierre pour le tuyau sur Bauer, mais 50 euros + les frais de port c'est trop cher pour moi. Je vais me rabattre sur Koulechov ! :)

Griffe a dit…

Mais, Pierre, d’une part je sais bien que vous étiez ironique, d’autre part nous faisons la même chose, c’est-à-dire que je me demande ce qu’on peut « espérer de notre vieux jeune cinéma d'auteur », c’est tout. Et j’espère (appelez-ça une injonction) qu’il laissera tomber ses prétentions au Grand Art ou au Chef-d’œuvre, qu’il se la jouera moins et qu’il retournera à la réalité. Renoir disait qu’en sortant de chez eux les jeunes gens de la Nouvelle Vague avaient renoué avec l’impressionnisme. Notre monde n’est ni celui de 1880 ni celui de 1960, il n’en existe pas moins, il suffit d’aller y voir, les espaces et les gens ne manquent pas. « Ce que d’autres font ailleurs autrement », de quoi, de qui parlez-vous ? Et qui vous empêche de rire, et qui refuse de discuter avec vous ? Je vous ai peut-être mal compris, c’est possible, mais c’est bien vous qui vous en allez trop vite.

Buster a dit…

Bien, je découvre deux choses:
1. que Zohiloff est toujours vivant
2. qu’il a fait des émules.
J’ai lu (en entier!) le texte de valzeur. Arrêtons le délire, c’est enlevé, on sent que le type a un certain bagage culturel (qu’il étale d’ailleurs un peu trop complaisamment), seulement ce n’est pas si drôle, le style est assez pénible (gargarisme verbal, le type doit se relire à haute voix), ce n’est pas si clair (il confond méta-film et citations...), il n’y a pas de vraie distance critique (il colle trop au film), et surtout je me demande quel intérêt il y a à écrire une tartine aussi longue sur un film qu’on dit détester à ce point. Tout ça est-il bien sincère? ne sommes nous pas ici dans une sorte d’impétuosité de façade?

Anne O'Nyme a dit…

Vladimir et les autres, oubliez plutôt la légalité, inscrivez-vous là : http://rutracker.org/forum/index.php et tapez par exemple "Евгений Бауэр" dans la barre de recherche ; hocus pocus.


(Pouvez modérer ce commentaire, Buster, m'en fâcherai pas outre mesure.)

Griffe a dit…

Vrai, Buster, il y a de la théâtralité, voire pas mal de cabotinage, dans la tartine de valzeur – et c'est justement ce que j'aime ! Ça nous change du sérieux universel de la critique institutionnelle, qu’on croirait spécialement payée pour se retenir de se marrer. Or, ce n’est pas parce que le film de Bonello manque totalement d’humour qu’il faut se mettre au diapason.

Griffe a dit…

Pour mémoire :

Passionnant, "l'Apollonide" dérangera certains — une pute défigurée y pleure des larmes de sperme — mais laissera les cinéphiles bouleversés. (Le Parisien)

L'un des plus beaux films sur la chair féminine. (Télérama)

Un vrai mélodrame au souffle tragique et au faste éteint. (Première)

Bonello n'a jamais été aussi libre, aussi concentré, sa virtuosité discrète explose. (Libé)

Réflexif et sensuel, suave et toxique. (Inrocks)

Cette hétérogénéité, qui tient du manifeste artistique et politique, produit une dissonance qui confine au sublime. (Le Monde)

Une oeuvre d'une radicale splendeur, aussi généreuse que cruelle, qui, tout en sécrétant un indéniable plaisir des costumes et du décor, ne le cède en rien sur le terrain de la surprise et de l'acuité. (Critikat)

bibi a dit…

te fatigues pas griffe, on a compris que toi et valzeur vous ne faites qu'un!

Griffe a dit…

"On" croit donc que je passe mon temps à me jeter des fleurs sur le blog de Buster ? Ben non.

Buster a dit…

Le manque d’humour de la critique officielle, on est d’accord, je passe mon temps à le déplorer, mais ce n’est pas nouveau, Rohmer et Rivette ne faisaient pas dans l’humour (à vrai dire, à part Chabrol et Moullet, il n’y a pas eu beaucoup de critiques "marrants"). OK le pire c’est le critique qui énonce avec aplomb et sérieux des âneries, maintenant l’humour aussi il faut, en plus d’être bon, qu’il repose sur un énoncé solide... or sur le net, les deux conditions sont rarement remplies. On y lit beaucoup de textes sans intérêt, et ceux qui sont intéressants sont souvent gâchés par un humour limite, vulgaire et méprisant (ce à quoi je cède parfois moi-même - effet de contamination?). Quand je lis du dénommé valzeur à propos de Moretti "il suffit de voir ses films pour deviner que c’est un sale type", une phrase que je considère comme de l’humour (mauvais), parce que sinon c’est d’une abjection totale, franchement je n’ai pas envie de lire le reste... Tous ces petits Zohiloff qui fleurissent sur les forums et déblatèrent les films (et leurs auteurs) avec la même morgue que celle qu’ils dénoncent chez les critiques installés, sont quand même assez vite lassants, non?

Anonyme a dit…

Ah tiens, je croyais que vous aimiez bien Zohiloff.

Buster a dit…

En fait Zohiloff je l’ai perdu de vue depuis un bout de temps, j’aimais bien il y a quelques années, depuis son blog c’était un peu de la fumisterie (il serait le premier à le reconnaître)... Lui, qui a pourtant écrit les pires saloperies, avait au moins un mérite, celui d'avoir été le premier dans son genre, mais surtout que son style mariait assez drôlement injures, traits de génie, argumentation spécieuse, mauvaise foi et syntaxe d’un enfant de dix ans... Alors que ses épigones, c’est mieux écrit mais ça sonne complètement faux.

Aristide Filoselle a dit…

Pour info : BFI a sorti un beau coffret DVD avec plusieurs films de Bauer. On le trouve sur Amazon pour pas cher.
Sinon, oui, on parle trop sur internet. J'ai bien dit "on parle", pas "on écrit". Vous lire est épuisant, en particulier Griffe qui brasse des poncifs avec une arrogance presque touchante.

Griffe a dit…

Précisez donc, Aristide, montrez donc toute l'étendue de votre originalité. De quels poncifs parlez-vous ? De quelle arrogance ? Et qui vous oblige à lire quoi que ce soit sur internet ? Et pour quelle raison venir balancer votre petite insulte gratuite ? Et pourquoi parler de moi à la 3ème personne du singulier ? Ce n'est pas de la lâcheté, de l'arrogance et du mépris, ça ? Quant à moi, je dialogue, ou du moins j'essaie. Soyez à la hauteur ou fermez-la.

Anonyme a dit…

La BM du seigneur, film sorti cette année et depuis un peu oublié, figure peut-être, malgré ses maladresses, parmi les antidotes possibles, au "vieux jeune cinéma d'auteur"

Aristide Filoselle a dit…

Exemple de poncif :
"elle attend ceux qui iront dans la rue et en reviendront avec de quoi oublier leur petite personne, oublier l'histoire de l'art et du cinéma qui deviennent les lacs de trop de Narcisse petits-bourgeois".
A faire des généralités à partir de dégouts, on tombe dans ce genre de poujadisme. Ne reprochez pas à un film d'être trop intelligent ou cultivé. relisez-vous : d'autres ont utilisé à peu près les mêmes arguments contre la Nouvelle Vague.
Et je précise que je n'ai pas vu le Bonello, dont je n'aime pour le moment aucun film. Je ne cherche donc pas à le défendre, mais je m'élève contre le genre d'arguments rances que vous utilisez. Ici, comme dans d'autres de vos commentaires.

PS. J'aime beaucoup ça aussi : "Qui vous oblige à lire quoi que ce soit sur internet ?" Aurai-je donc moins de légitimité à vous lire parce que je ne vous apprécie pas ? ça, c'est bien un argument de "Patrice Leconte", comme vous dites. Et après, vous vous réclamez du dialogue. Comme si ceci, là où nous échangeons actuellement, avait quelque chose à voir avec le dialogue !

Buster a dit…

Juste une parenthèse, en ce qui concerne les films de Bauer en DVD, l'édition Milestone et celle du BFI sont les mêmes (Mad love): mêmes films - les Ténèbres de l'âme féminine, Après la mort, La mort du cygne - même docu sur Bauer signé Tsivian, seul le prix change: 50$ (soit 37 euros) contre 10£ (soit 11 euros).
Pour les "torrents", merci Anne O. on peut télécharger: A la recherche du bonheur, Après la mort, les Enfants du siècle, Vie pour vie/Une vie pour une autre, le Roi de Paris.

Lucie a dit…

J’ai été voir sur la page facebook de Versilov (Zohilof), il y parle de vous Buster, en mal évidemment, croyant sûrement que vous défendez le film de Bonello. Pourtant votre texte dont personne ne parle, parce que pas assez méprisant je suppose, alors que vous avez été un des premiers sur le net à dire du mal du film, à rebours de toute la cinéphilie moutonnière, je le trouve vachement drôle, lui au moins.

Buster a dit…

Merci Lucie... mais ce que dit Versohilof je m’en fous.

Sinon l’abjection elle n’est pas que sur le net. Là Péron dans Libé à propos de Restless (un film que j'aime beaucoup): "Henry Hopper, fils de Dennis, qui était probablement en train d’agoniser pendant que son fils tournait, ne crève pas l’écran."

Griffe a dit…

« Rance », « poujadiste », vous n’êtes pas excessif, vous par contre, Aristide. Je ne reproche pas au Bonello d’être trop intelligent, je lui reproche d’être bête. Et la bêtise d’un certain « jeune » cinéma français vient selon moi du fait qu’il ne met pas le nez dehors, contrairement à la Nouvelle Vague (puisque vous la citez). Quant à la légitimité, c’est vous qui posez la question en ces termes. Vous faites évidemment ce que vous voulez, mais si vous venez jeter des insultes sans autre forme de procès, attendez-vous à ce qu’on vous prie d’aller vous faire foutre. Ce n’est pas avec vous, pauvre débile, que je dialogue, c’était avec Léon et Buster.

Aristide Filoselle a dit…

Relisez, mes commentaires. Je ne vous insulte pas, contrairement à vous. J'insulte vos petites idées, à la rigueur. Considérer que le cinéma français souffre de ne pas mettre assez le nez dehors me semble plus que court. Et puis, des entités comme "le jeune cinéma français", ça n'existe pas. Commencez par là : évitez les généralités, elles engluent les idées. Si vous n'aimez pas le Bonello, dites en quoi, précisément, le plus précisément possible, plutôt que de vous perdre dans des discours généraux. Et puis n'accordez pas tant d'importance à la critique officielle, vous risqueriez d'en devenir amer.
Sinon, je fais comme Léon, tellement content de dialoguer si cordialement avec vous qu'il s'est cassé.

Griffe a dit…

Je ne vais pas relire vos commentaires de flic, je préfère continuer à vous insulter. Je vais me jeter à pieds joints dans les généralités qui me plaisent et je vais attacher l'importance que je veux à la critique officielle. Je vous emmerde.

bibi a dit…

te fatigues pas griffe, on a compris que toi et aristide vous ne faites qu'un! :-DDDD

Griffe a dit…

"On" croit donc que je passe mon temps à me jeter des seaux de merde sur le blog de Buster ? Ben non.

Anonyme a dit…

La phrase de Péron sur Restless est ignoble, en effet, signe que la critique officielle se webise de plus en plus. Il y a un nivellement par le bas. ce n'est pas que les forumeurs font de la bonne critqiue (on reste dans le commentaire cucul ou cinglant) mais que les professionnels en arrivent, pour être dans le coup, à singer les amateurs du net. Pitoyable

Les adorateurs de Versilov sont perturbés, après avoir conchié le dernier Moretti, ils s'aperçoivent que le maître a aimé le film et vont donc devoir réajuster leur juegement. Ha ha les bouffons.

Anonyme a dit…

Tu penses à qui ?

les puritains sauvages a dit…

C'est un peu épuisant la métacritique.

Buster a dit…

Ah tiens, les Anonymes qui s’interpellent maintenant, ça devient borderline...

Puritain sauvage, on est d’accord.

Sinon, pas surpris que Versilov aime Habemus papam. Ce qui serait plus étonnant c’est qu’il aime "Léon Morain" prêtre! Ha ha ha...

Alban a dit…

Oui mais alors la méta-méta-métacritique, c'est-à-dire les types qui critiquent les types qui critiquent la critique, c'est pire que tout.

Alban a dit…

Euh je m'y perds, ce serait plutôt la méta-métacritique, non ? En tout cas ça fait effectivement fonctionnaire de police (suivez mon regard dirigé vers Aristide machin).

vladimir a dit…

Buster, il marche pas le lien d'Anne O'Nyme pour télécharger les Bauer (peut-être parce que je parle pas russe)

Buster a dit…

Pas la peine de comprendre le russe, tu suis la procédure indiquée par "Anne" (hum), avec le nom d'enregistrement et le mot de passe, et c'est bon.

vladimir a dit…

Ouais, bah ça marche pas!

Sinon tu sais que sur L'Apollonide tu dis à peu près la même chose que Ferenczi dans Télérama?

Et Restless c'est si bien que ça?

Aristide Filoselle a dit…

Alban. Non, non, aucun métatruc. Au contraire, un agacement vis-à-vis d'un positionnement s'appuyant sur ce que la critique dit des films plus que sur les films eux-mêmes. Et un rejet violent de toutes les généralités, dont l'imprécision et l'immaturité mènent parfois à des aberrations du genre : "oublier l'histoire de l'art et du cinéma qui deviennent les lacs de trop de Narcisse petits-bourgeois"... (allez dire ça à Straub ou Godard, vous verrez comment vous serez reçu). Face à ces donneurs de bons et mauvais points, ces petits juges colériques, je ne suis pas sûr d'être le plus "flic" de tous. D'ailleurs, en quoi contester un positionnement intellectuel relève-t-il du flicage ?

Buster a dit…

Vladimir,
Non? Pareil que Ferenczi? C’est épouvantable... Je double mes séances de thérapie :-)
Et Restless j’aime vraiment... tiens, je vais écrire une petite note.

Aristide,
Au fait vous en pensez quoi du Bonello?

M. a dit…

Parmi les critiques vraiment drôles, y a aussi Camille Nevers et François Bégaudeau. Drôle d'association, je sais (j'espère que SR ne m'en voudra pas trop).

Buster a dit…

Nevers, oui très drôle... Bégaudeau? On peut citer aussi Fargier.

Alban a dit…

@ Aristide Filoquoi ?
C'est-à-dire que votre message, enfin vos messages, sont pleins à craquer de ce que Pierre Léon appelait plus haut des injonctions : faites ci, faites ça. Je comprends un peu la réaction de Griffe : on a envie de vous rire au nez.

Aristide Filoselle a dit…

Buster.
Pas vu le Bonello, pas très envie. (Je préfère revoir les Bauer, et relire ce que Lourcelles a écrit sur lui). Mais ça ne m'empêche pas de regretter que l'on s'en serve pour dire des bêtises sur le cinéma (je ne parle pas de vous)...
Autres critiques drôles : Truffaut, Daney, Biette. Qu'est-ce qu'ils deviennent ceux là ? Accordons à Burdeau, Aubron, Tessé d'essayer de l'être parfois.

Aristide Filoselle a dit…

Alban
S'attaquer au nom de famille, ce n'est pas très beau... Oh, zut, vous allez encore me dire que je suis dans l'injonction. En tous cas, c'est mieux que l'invective, que je laisse à Griffe. Mais ce dernier, loin de me rire au nez, m'envoie me faire foutre. C'est moins élégant. Moi c'est "vieille évidence impressionniste, renoirienne, rivettienne" qui me fait rire.

Gérard Holtz a dit…

Griffe, Aristide et Alban se sont mis d'accord pour faire exploser le record du nombre de commentaires. Heureux de participer à cette belle performance sportive.

Buster a dit…

Mobilisez-vous... :-)

Alban a dit…

C'est vrai que vous n'êtes pas très drôle, Aristide Flicozélé.

Dieu a dit…

vous fatiguez pas les gars, on a compris que Buster, valzeur, Alban, Griffe, Pierre Léon, Julius Versilov, Aristide Flicozélé, Gérard Holtz, lao tsu ben et Anonyme vous ne faites qu'un!

Maxime Loiseau a dit…

Si je peux me permettre, et j'espère ce faisant ne tomber ni dans l'injonction ni dans l'invective mais, accessoirement, contribuer par mon effort à battre le record de commentaires, je voudrais seulement conseiller à Aristide Filoselle de relire ses commentaires avant de les poster, de ne pas éviter les généralités, elles libèrent les idées, de ne pas se sentir obligé de nous dire précisément ce qu'il aura pensé du Bonello quand il l'aura vu, et d'accorder un peu plus d'importance à la critique officielle, car elle rend tout le monde très amer. Cordialement.

Aristide Filoselle a dit…

Maxime, comment se porte votre frère ?
1) Les généralités engluent les idées lorsqu'elles sont réductrices. Par exemple, lorsqu'il s'agit de réduire toute une cinématographie ou une génération aux défauts d'un seul film ou cinéaste. Ou de réduire le cinéma à une seule définition, un seul mot d'ordre. Chacun est singulier, tout est possible : voilà ma généralité à moi. Pour le reste, je crois qu'il est bien de lutter contre l'imprécision. 2) L'amertume est une triste chose. La seule réponse à « la critique officielle » serait-elle donc l'attaque ? N'est-ce pas lui accorder trop d'importance que de s'y référer constamment pour affirmer nos propres goûts et dégoûts ? Mais bien entendu, et cela explique l'accueil que certains m'ont réservé ici, ces remarques très simples reviennent à contester le ton et le contenu de 90 % des commentaires de ce blog. Encore un effort pour être révolutionnaire ! (Sur ce, je disparais définitivement.)

Griffe a dit…

Et dire que j’ai perdu tout ce temps à généraliser amèrement avec 90% des gens, alors que quelqu’un détenait la question, l’explication et la solution, et que ce quelqu’un c’était vous, Aristide Filoselle ! Le minoritaire, c’est vous ! Le contestataire, c’est vous ! Le révolutionnaire, c’est vous ! Où avais-je la tête ?
C’est vous qui, en quelques commentaires, m’avez fait comprendre que généraliser, c’est mal (surtout quand c’est réducteur), que couper les cheveux en trente-quatre c’est beaucoup mieux, qu’il faut se garder de parler avant d’avoir atteint l’extrême précision des exemples qu’on donne et du langage qu’on emploie. A ce titre, d’ailleurs, je dois dire que la critique du film par Buster est très légère, pour ne pas dire qu’il aurait mieux fait de se taire. Demander à un film d’avoir « une âme véritable » et de « transcender son sujet », quels poncifs drôles, presque touchants ! Hélas, c’est réduire le cinéma à une définition ! Et Pierre Léon qui n’a pas aligné deux phrases sur le film, une honte ! Quant à moi, inutile d’y revenir, vous m’avez fait mordre la poussière. Bref, tout le monde aurait dû la boucler, ce blog devrait fermer, et j’aurais des menottes que vous auriez tous mal aux poignets, je peux vous le dire.
C’est vous, Aristide, qui m’avez aussi fait comprendre que la critique, quand bien même elle fabrique des gloires, quand bien même elle fait pendant des décennies la publicité des mêmes qui d’ailleurs s’en portent de plus en plus mal avec le temps (cf. Garrel, Desplechin, Bonello etc.), quand bien même elle est l’une des premières interlocutrices des cinéastes, quand bien même elle a abdiqué son rôle de défricheuse, quand bien même elle est trop souvent vendue au langage vicié de l’époque ou à l’industrie du divertissement débile, la critique : on s’en fout ! On l’oublie ! On ne la critique pas ! Non, non et re-non. L’amertume, on la ravale ! L’exigence, on la place ailleurs ! Vous le voyez, mon insigne ?
La seule chose qui me gêne dans votre commentaire inépuisable, Aristide Filoselle, c’est cette histoire de singularité. Est-ce à dire que, par exemple, il aurait fallu que vous vous souciiez de ma singularité de gamin attardé ? Est-ce à dire qu’il aurait fallu que vous essayiez de comprendre ce que j’ai voulu dire en parlant de « mettre le nez dehors » et « d’évidence impressionniste, renoirienne, rivettienne » ? Si c’est ça, Aristide Filoselle, j’ai le regret de vous mettre en état d’arrestation !

Buster a dit…

Bon, après le voleur de portefeuilles voilà l’antiquaire escroc, ça craint sur ce blog...

Aristide, restez ou revenez sous un autre pseudo (Barnabé?), le "dialogue" (si si) avec Griffe me plaît bien...

Griffe a dit…

Dénonçons, dénonçons les poncifs et l'arrogance presque touchante ! Tenez, je nous ai trouvé un coupable, Aristide Filoselle, un certain Jacques Rivette. Il aurait fallu lui couper ses ailes de moineau, à celui-là, comme à tous ceux qui osent préférer ce genre de généralités vindicatives : « Le grand problème du cinéma français actuel est celui de la lâcheté. » ou encore : « La déconfiture du cinéma français va de soi : cela sent de plus en plus le renfermé ; ouvrez les fenêtres. » (in « Cahiers du Cinéma » 72 et 73, 1956). Si on l’avait suivi, si on l’avait laissé faire, celui-là, mais mais, ç’aurait été le fascisme poujadiste rance, non ?

Griffe a dit…

Errata : « proférer » et « 1957 ».

Anonyme a dit…

Griffe, je ne sais pas si Aristide va vous répondre, mais vous lui mâchez le travail. Si Rivette n'avait écrit que ce type de slogans, il n'aurait jamais été le grand critique qu'il fut. Et puis, la situation du cinéma français en 1957 n'avait rien à voir avec celle d'aujourd'hui. D'ailleurs, je suis sûr que Bonello connait son Rivette sur le bout des doigts.

Anonyme a dit…

PS. Je suis allé voir le texte de Rivette en question, car j'étais intrigué par ce ton qui ne lui ressemble guère. C'est un texte (celui du n°73) assez énervé, et certainement pas son plus lucide : il se dit déçu par Le Faux coupable et Un condamné à mort s'est échappé, auxquels il oppose la modestie de Sainte Jeanne de Preminger et de Sait-on jamais de Vadim... Je me disais bien que ce n'était pas du grand Rivette.

Alban a dit…

Griffe, ne vous sentez pas obligé de répondre à la bêtise.

Sophie a dit…

Je voudrais poser une question naïve à Griffe et Aristide Filoselle : qu'appelez-vous la "critique officielle" ? Et celle-ci, à Griffe : quels sont les cinéastes qui selon vous sont scandaleusement négligés par la "critique officielle" puisque celle-ci ne s'intéresserait qu'à de fausses gloires ? Et vous Buster, qu'en pensez-vous ? Aucun des films que vous avez le plus aimé cette année n'a vraiment été oublié, ils ont tous trouvé des défenseurs ici ou là dans les revues et journaux "officiels"...

Griffe a dit…

Alban, c'est juste. Basta ! Sophie, lisez-moi mieux je vous prie, je n'ai pas dit que la critique ne s'intéressait qu'à de fausses gloires mais qu'elle fabriquait des gloires. Je n'ai pas parlé de scandale, je ne suis pas tant obsédé que ça par la critique, simplement un consensus comme celui autour du Bonello me fait réagir parce que j'ai trouvé le film affreux. J'appelle critique officielle les revues de cinéma, les hebdos ou quotidiens versés dans la politique des auteurs et les spécialistes qui traînent ici ou là dans les médias en ayant toujours quelque chose à dire sur les films qui sortent.

Griffe a dit…

Bon, c'est vrai que j'ai écrit : « quand bien même elle a abdiqué son rôle de défricheuse », et je veux bien m’en expliquer, pourvu qu’on ne me lise pas avec des yeux d’agent de la circulation des idées. Je veux dire que je ne lis plus de critique, comment dire, « en avant de l’art ». Contrairement à ce que déblatère l’autre anonyme, les phrases de Rivette que j’ai citées sont aujourd’hui les plus importantes de toutes. La critique qui existe, qui compare les cotes des uns ou des autres cinéastes, je m’en fous un peu. J’attends de la critique qu’elle se pose la question de ce qu’il peut ou va y avoir demain, pas seulement de ce qui sort mercredi. L’effet de mode a dévoré la passion. La mode c’est la question d’en être ou de prévoir d’en être (dans le camp du bon goût), la passion c’est se demander avec inquiétude et excitation, et nécessairement dans une certaine solitude (peuplée parfois et heureusement de complices), où on en est, ce qui fait obstacle au nouveau, ce qui peut l’aider à naître. Je ne veux pas vous citer de cinéastes ignorés, il y en aurait trop, et moi-même je ne les connais pas tous : ce sont tous ceux dont la critique officielle ne parle jamais pour discuter plutôt, par habitude, par paresse, par goût aussi sans doute, des derniers films d’auteurs. Le malheur est qu’il sort un film d’auteur par semaine. A ce rythme, la critique n’a jamais le temps de rencontrer le cinéma.

M. a dit…

Au lieu d'aboyer inutilement, Griffe, soyez cohérent, proposez donc vos services à une revue de cinéma (et je ne parle pas des Fiches du cinéma)... Vous ne le ferez jamais, évidemment. Et ne me dites pas que c'est par haine des institutions, de la critique établie. Celle-là, on est bien content de l'avoir quand on vient de sortir son propre film, on n'hésite pas à la citer sur son blog.
En vérité, c'est tellement plus commode de jouer les tireurs embusqués que d'être en première ligne... Ca demande un peu moins de courage.

Griffe a dit…

Mettez-moi la muselière, M. le Médiocre. Vous dites que j'ai la rage : vous pouvez donc me tuer. Et vous avez raison : je n’ai pas le droit d’être frustré, d’être énervé, d’espérer mieux et autre chose que ce qu’il y a, je n’ai pas le droit d’avoir des exigences, je n’ai pas le droit d’essayer d'exister et de produire avec les moyens du bord, je n’ai pas le droit de chercher des forces dans un bel article qu’une critique a écrit sur un de mes films, et j’ai tort de trouver les « Cahiers du cinéma » décevants tout en n’ayant aucune envie d’y écrire, d’ailleurs je n’ai pas le droit d’avoir une certaine idée de la critique si je ne suis pas une star du milieu, un de ceux dont on parle. Qui suis-je pour parler à voix haute alors que vous-même et vos semblables, les fielleux anonymes, gardez le nez bien enfoui dans votre mépris merdeux ?

Paul a dit…

Arrêtez de sous-entendre que vous contester = chercher à vous museler. C'est insupportable. C'est vous qui êtes fielleux. Vous jouez la victime alors que vous ne cessez d'attaquer à tort et à travers avec une violence insultante. Je comprends Pierre Léon et Aristide Filoselle qui finissent par s'éclipser. Vous reprochez à un certain cinéma français d'être narcissique mais c'est vous qui semblez régler vos problèmes personnels à travers des aboiements que vous ne savez même pas justifier. Sophie vous demande des "preuves", c'est-à-dire des noms de grands cinéastes négligés par la critique et vous êtes incapable d'en citer un seul. Par ailleurs, je n'aime pas ce côté "tous pourris" consistant à mettre toute la presse sur le cinéma dans le même sac. Je ne vois pas de grand rapport entre, disons, Michel Ciment et Stéphane Delorme, ou Alain Riou et Jean-Marc Lalanne. Vais-je moi aussi avoir le droit à une insulte en guise de toute réponse ?

M. a dit…

Vous êtes un maître en rhétorique, Griffe. Un peu plus et on m'accusait de vous reprocher d'exister. Calmez-vous un peu, mon garçon (voyez comme je vous flique). Respirez un bon coup, relisez-moi et vous verrez combien votre réponse est délirante, et complètement à côté de la plaque (en plus d'être insultante, là où mon message était "seulement" agressif - l'agressivité me rend agressif, que voulez-vous).

Je vous ne reproche ni d'être frustré, ni d'être exigeant, encore moins d'avoir un point de vue sur la critique. Ce n'est que votre imagination délirante qui vous le fait croire. Je vous reproche vos invectives constantes, vos insultes, votre mépris. Critiquer la critique, c'est très sain, c'est même nécessaire, mais seulement à condition qu'on l'aime malgré tout, et qu'on y croie encore un peu. Vous ne l'aimez pas et vous n'y croyez pas.
Je vous reproche vos contradictions : vous aimeriez que la critique change, mais vous ne faites rien pour qu'elle change. Vous ne voulez surtout pas en faire partie, et vous passez votre temps à l'insulter. Comment croyez-vous que vont réagir les critiques en découvrant vos messages haineux? Ils préfèreront passer leur chemin, vous ne les atteindrez pas.

Demandez-vous donc pourquoi ces reproches s'adressent à vous, et pas à Buster par exemple. Buster aussi a des exigences, des déceptions, des frustrations; lui aussi ne se prive pas de dénoncer tel unanimisme critique, d'aller à contre-courant. Et sans doute parfois s'appuie-t-il un peu trop sur ce qu'en dit la critique pour parler d'un film. Mais il est bien plus mesuré que vous (il est le premier à reconnaître qu'il lui arrive d'en faire trop, dans le bon comme dans le mauvais sens). Et surtout, c'est un point essentiel, je ne perçois chez lui aucun ressentiment. C'est avec des gens comme lui qu'on peut espérer bousculer la critique, et sûrement pas avec des snipers dans votre genre.

Griffe a dit…

Bien bien bien. Buster, désolé mais non, il n'y a pas de dialogue. On ne dialogue pas avec des crétins finis. Ce fil est devenu un nid de guêpes où le grand tort que j’ai eu d'exposer une ou deux idées qui me travaillent, je le paye en me faisant traîner dans la boue par des types qui ne comprennent pas le quart de ce que je raconte et n'ont pas la courtoisie élémentaire de demander des éclaircissements, plutôt que de me faire dire ce que je ne pense pas (« critiques = tous pourris », par exemple). Qui chassent en meute, se juchant sur le départ de Pierre Léon ou sur des « critiques qui passeraient par là » muets et invisibles pour me demander de me taire. Qui me traitent de « tireur embusqué » en n’ayant pas honte de le faire anonymement. Bref, il y a quelque chose de pourri dans votre blog, Buster, et je suis épuisé mais pas mécontent d’avoir pu faire sortir tout ce pus.

M. a dit…

Par où commencer (pour finir)?

1) Je ne suis pas plus anonyme que vous, monsieur-le-policier-qui-veut-voir-ma-carte-d'identité : vous signez Griffe, je signe M, j'ai toujours signé M ici, c'est tout. Si je sais qui vous êtes, c'est parce que j'ai déjà lu votre blog, dans le passé. Vous ne savez pas qui je suis parce que je n'ai pas de blog, parce que vous n'avez jamais rien lu de moi, sur Internet ou ailleurs. Pourquoi ne pas mettre mon nom? Parce que personne ne me connaît, parce que (au risque de vous surprendre) je ne suis pas du monde du cinéma, je ne fréquente pas les critiques, je ne suis même pas parisien et nous ne nous sommes jamais rencontrés. Tout le monde n'est pas dans le "milieu", vous savez. Pour vous, pour Buster, pour n'importe quel badaud passant par ici, je ne suis personne, donc que je m’appelle Jean Dupont ou Kevin Durand ne changera rien. Et pourtant j'existe, comme vous avez pu vous en rendre compte. Ca n'a pas l'air de vous plaire, vous m'en voyez désolé.

2) Je ne connais aucun des effrontés qui ont osé vous répondre. Nous ne nous sommes pas concertés pour vous tomber dessus. Pas de nid de guêpes ni de meute ici. Simplement des individus qui ne se connaissent pas et qui n’aiment pas votre comportement de petit caïd de récré. Bien sûr, je comprends que vous préfériez nous ranger tous dans le même panier (celui des « crétins finis ») plutôt que de vous remettre un tant soit peu en question. Il ne vous est sans doute pas venu à l’esprit que si tant de monde a un problème avec vous, c’est peut-être que le problème vient, disons au moins en partie, de vous (le « tant de monde » peut paraître abusif, mais depuis le temps que vous agressez les gens sur Internet, vous avez du vous faire un sacré nombre d’ennemis). De toute manière, il suffit de se souvenir de vos anciens échanges amicaux avec le grand philosophe Charles de Zohiloff pour se faire une idée du personnage, et de la grandeur de vos idées.

3) Avant d’exiger un peu de « courtoisie élémentaire », commencez par apprendre la politesse. Pensez également à répondre gentiment aux gens qui ne vous ont absolument pas agressé (je ne parle pas de moi mais du malheureux qui a osé répondre sur Rivette). Quant à nous reprocher de vous prêter des propos et des intentions imaginaires, là, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Charité bien ordonnée commence par soi-même, comme dirait l’autre.

4) Je sais que ce message est parfaitement inutile, vu la haute estime que vous faites de vous-mêmes, et le mépris avec lequel vous considérez tout ce qui n’est pas de votre avis. Je constate au passage que vous aimez vous imaginer en martyr glorieux, en grand incompris et en dissident courageux qui dirait tout haut les vérités pas bonnes à dire (si si, relisez-vous, vous verrez…). Si je réponds malgré tout, c’est donc aussi par rapport à Buster (que vous prenez bêtement à partie), dont j’apprécie le blog et les textes, et qui ne méritait pas ça.

5) So long, bastard.

Buster a dit…

Ouh là là, il s’en est passé des choses en mon absence, je lirai ça plus tard, à tête reposée.

Pour l’instant je me contente de répondre à la question que Sophie m’a posée. Oui, mes films préférés sont parmi ceux que la critique officielle a défendus, dans la mesure où tout film aujourd’hui trouvera au moins un défenseur chez les critiques, comme chez n’importe quel spectateur (certains "critiques", les guillemets s’imposent, ne sont que des spectateurs, même pas éclairés, des spectateurs lambda mais avec une carte de presse, payés pour donner leur avis sur les films, en gros dire si c’est chiant ou pas - ex. les nullos du Figaro). Plus généralement, je parle des mêmes films que la critique institutionnelle parce que je ne vois quasiment que les films commercialisés, pour moi les seuls accessibles (je n’appartiens pas au milieu du cinéma, même si je le fréquente, je l’ai déjà dit), aussi parce que les autres, ceux dont on ne parle pas mais qu’il m’arrive de voir de temps en temps, ne m’intéressent pas beaucoup, il faut bien l’avouer. Qu’il y ait de grands cinéastes dont on ne parle pas suffisamment, c’est indéniable, mais de grands cinéastes totalement ignorés, dont personne ne parlerait, je n’en connais pas - et pour cause :-) Contrairement à Griffe, je ne crois pas que le vrai cinéma se situe en marge du système plus que dans les films d'auteurs. Le cinéma est partout et nulle part...

Le Bonello est irritant, antipathique même par moments, mais plus intéressant, en termes de cinéma, que beaucoup de films peu vus, peu commentés, films souvent sympathiques mais guère plus. En fait ce qui m’a agacé c’est autant le film que son accueil dithyrambique (que toute la critique aime, pourquoi pas, mais qu’elle l’aime sans discernement, c’est ça que je trouve aberrant), encore que le retour de bâton, qui commence à s’exprimer ici et là sous forme de diatribes haineuses, m’agace tout autant. Le problème n’est pas qu’on aime ou qu’on n’aime pas le film, mais qu’au sein de la critique il ne fasse pas davantage débat... C’est en ce sens qu’on peut considérer, comme Eisenschitz, que "la critique" aujourd’hui n’existe plus, qu’il n’y a plus que "des critiques", pris dans l’urgence du "papier", passant d’un film à un autre, indifférents à ce qu’en disent les autres, ne remettant jamais en cause leur propre engouement ou scepticisme (il faudrait peut-être créer une agence de notation des films, un Moody’s movies, qui ne se contente pas de mettre des étoiles au moment de leur sortie mais anticipe la façon dont ces films vont évoluer avec le temps), un manque de débat qui explique en partie la situation actuelle: d’un côté, une critique officielle, retranchée dans sa bulle (ce qu’on peut prendre pour de l’arrogance); de l’autre, une "critique" parallèle, faisant feu de tout bois, prompte à démolir tout ce qui vient "d’en face". Et tout ça avec le plus profond sérieux.

Lao Tsu Ben a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Paul a dit…

Griffe, aucune meute, mais trois ou quatre lecteurs qui, sans se connaître, ont estimé que l'on ne pouvait pas dire n'importe quoi n'importe comment. C'est la question lancée par P. Léon à propos du texte de Valzeur, question qui a suscité pas mal de réactions (et certaines en votre faveur, je vous le rappelle) sur ce blog, justement parce qu'il se maintient à un niveau qui ne sombre jamais dans le "pus" ou le "pourri", comme vous dites si finement. Je regrette que votre dernier commentaire corresponde exactement à ce que j'avais prévu dans le mien : l'insulte plutôt que la réponse à des questions claires. Après, ne jouez pas les incompris puisque vous avez eu toutes les occasions d'éclaircir votre point de vue. Mais vous semblez estimer que nous sommes trop crétins pour mériter des réponses.

Buster, il n'y a rien de pourri sur votre blog, mais juste des lecteurs exigeants qui ne veulent pas se contenter de la rhétorique bilieuse des Zohiloff, Valzeur ou Griffe. Je précise que je suis moi aussi souvent déçu par les Cahiers et que je n'aime pas le dernier Bonnello, mais là n'est plus la question. La question c'est, pour citer un film que Griffe aime autant que vous et moi : "Ma come parla !"

Mr nobody a dit…

Une sorte de ratonnade par opportunité M? Vous avez vu qu'il y avait deux ou trois gars patibulaires qui s'en prenaient à un sdf dans une impasse, vous vous êtes dit que vous pourriez les aider, c'est exact?

vladimir a dit…

C’est quoi cette histoire de Moody’s movies?

Buster a dit…

Rien juste une blague (pas drôle d’ailleurs), ce que je voulais dire c’est que la réception de certains films repose sur des critères extrêmement fragiles (effet de mode, affects...) qui souvent ne résistent pas avec le temps (je pense au dernier Donzelli que j’aime bien pourtant), et je me demandais dans le cas du Bonello qui mélange avec pas mal de complaisance esthétisme et intellectualisme (une sorte de Robbe-Grillet d’aujourd’hui en moins pervers), combien de temps durerait l’état de grâce?

Sinon je suis effaré par tout ce que je viens de lire.

Paul a dit…

Buster, je comprendrais tout à fait que vous ne preniez pas parti dans cette suite malheureuse d'échanges, dans cette discussion qui a dégénéré parce que chez certains les insultes ont vite fait place à toute forme d'argumentation. Mais, quand même, il faudrait que vous répondiez à ça : pensez que votre blog s'est alors transformé en une impasse où un SDF a été victime d'une ratonnade ? Je suis désespéré par le peu de valeur que certains accordent aux mots. Mr Nobody, ce que vous faites porte un nom : diffamation.

Paul a dit…

Errata. Il fallait bien sûr lire : chez certains les insultes ont remplacé toute forme d'argumentation.

Buster a dit…

Oui c'est consternant. Mais qui parle? J'ai l'impression que ce Mr Nobody n'est pas un nouveau venu et qu'il a (largement) participé aux échanges (plus qu'au dialogue pour le coup). On va en rester là. Les commentaires sont clos, je ne les modère pas, que tout le monde retrouve son sang-froid, son sens de l’humour aussi... ce n’est que du cinoche après tout.

P'tit Gibus a dit…

Si j'avais su, j'aurais pas v'nu.

Alban a dit…

Griffe, souvenez-vous de Cocteau : "Ce qu'on te reproche, cultive-le : c'est toi-même."

M. a dit…

Qu'il aille donc cultiver des légumes plutôt, histoire qu'on se repose un peu. Et pourquoi pas des carottes, qui sait, ça le rendra peut-être aimable.

(j'essaye de retrouver mon sens de l'humour)

Anonyme a dit…

La rééducation, voilà la solution !

Anonyme a dit…

Et dans un camp, de préférence...

(M. m'a communiqué son sens de l'humour)

MR Hire a dit…

Hello everybody, relisez donc le fil, les premières insultes, the firsts damages, viennent d'Aristide "Griffe qui brasse des poncifs avec une arrogance presque touchante.", et les premiers commentaires de M, qui accusera ensuite un peu plus loin Griffe d'avoir écrit les premières insultes, la différence entre Griffe et M n'est pas tant dans la qualité de l'insulte mais dans l'honnêteté et M est malhonnête comme est malhonnête tout Dupont de Lajoie. Have a good day my friends.

Paul a dit…

"C'est pas lui m'sieur, c'est l'autre".
Mr Hire, vous n'êtes qu'un (attention ça va faire mal) un rapporteur à quatre chandelles ! Allez, rentrez en classe les gosses.

Anonyme a dit…

Petit exemple de malhonnêteté, entre mille : Paul : "C'est vous qui êtes fielleux (...) c'est vous qui semblez régler vos problèmes personnels à travers des aboiements..." Bref, c'est pas lui m'sieur, c'est l'autre ?

Griffe a dit…

Ah bon, Buster, « c’est que du cinoche » ? Je ne voulais plus intervenir sur ce fil, mais alors là…
Du coup, je comprends mieux pourquoi vous avez tenu à relancer le « dialogue » entre Filoselle et moi. Mais au fait, quel dialogue ? Il a avancé quelles idées, quels arguments, votre Aristide ? Il n’a pas même vu le Bonello… Non, il est juste venu pour dire et répéter ça : que j’étais arrogant, agaçant, violent, un juge colérique, un donneur de points, un poujadiste avec des arguments rances, un brasseur de poncifs… Trouvez-moi autre chose dans ses commentaires, je vous en prie.
Ensuite, deux ou trois types (qui n’en font peut-être qu’un seul, allez savoir, avec des salauds pareils) se sont relayés pour m’agoniser d’injures, en vous passant de temps en temps la pommade, en bons fayots qu’ils sont (« C'est avec des gens comme Buster qu'on peut espérer bousculer la critique », « Buster dont j’apprécie le blog et les textes », « Buster, il n'y a rien de pourri sur votre blog », « Buster, je comprendrais tout à fait que vous ne preniez pas parti dans cette suite malheureuse d’échanges »…).
Et vous, qu’est-ce que vous trouvez à dire ? Que le commentaire de Nobody est consternant, et que tout ça c’est du cinoche ? Avec la dernière mauvaise foi, des types me règlent mon compte, en m’attaquant personnellement, en caricaturant ce que j’ai dit plus haut, et vous ne trouvez rien à dire là-dessus ? Rien que : « C’est du cinoche » ? Vous les laissez chercher à me faire taire sans trouver ça consternant ? Vous l’avez lu, ce fil qui vous effare ? Vous n’avez pas vu que, comme le dit Mr Hire, ce n’est jamais moi qui ai commencé à attaquer ? Que j’ai seulement avancé une ou deux idées, avec lesquelles on peut être évidemment en désaccord sans me blesser, pourvu qu’on me parle comme je parle, avec un respect de base qu’on doit à autrui ? Dites-le, si ça vous plaît, cette « hystérie du conformisme » dont parlait Pasolini à propos du fascisme. Au moins je saurai à quoi m’en tenir.

M. a dit…

"cette « hystérie du conformisme » dont parlait Pasolini à propos du fascisme."

Bravo Griffe, vous venez d'atteindre le point Godwin. Je n'en attendais pas moins de votre part.

M. a dit…

Je propose la légion d'honneur pour Griffe, qui a vaillamment survécu aux assauts répétés de fascistes anonymes (qui n'en formaient d'ailleurs sans doute qu'un seul).

Anonyme a dit…

Agonir d'injures, pas "agoniser". Mais le lapsus est intéressant.

Aristide Filoselle a dit…

Je reviens juste pour préciser que je ne suis ni Paul, ni M., ni aucun Anonyme. Et que, de retour après deux jours d'absence, je suis effaré par le tour que tout ça a pris. J'admet avoir été un peu brutal, ironique (et l'ironie passe mal sur internet) mais je n'admet pas que l'on me désigne comme responsable des mots des autres, notamment de mots comme "ratonnade" ou "fascisme" dont je respecte trop la gravité pour les employer à la légère. Oui M., c'est effectivement une parfaite démonstration de la loi Godwin. Peut-être avons-nous tous été victimes d'une expérience scientifique...

Mr Nobody a dit…

Bien sur Aristide, tu n'es personne, toi M et Everybody avaient une chose en commun, celle de vous arrêter sur des détails, agonir agoniser, c'est pas moi c'est l'autre, effarement, point godwin, permettez que je ne cite que les derniers commentaires, Griffe a une chose en plus de vous en plus des insultes, il parle de cinéma, il explique ou tente d'expliquer en quoi il aime un film ou pas, mais vous Aristide, de quoi avez-vous parlé? Vous, M ou Everybody? Aristide, tu es un troll !

M. a dit…

"aboyer" serait donc une injure? C'est peut-être un peu agressif, comme dans l'ensemble le ton de mon message (qui aurait sans doute été plus courtois si le reste de la discussion l'avait été également), mais ce n'est pas une injure.

Mais voyez donc la réponse de Griffe : "M. le Médiocre", "fielleux anonymes", "mépris merdeux"...
Le pire, dans son cas, est que ses injures sont réellement gratuites puisqu'il ne me connaît pas, et que mon seul tort a été de pointer (un peu agressivement, donc, je le reconnais*) quelques unes de ses contradictions.

* contrairement à lui qui ne reconnaît rien...

Quant au petit chien-chien de Griffe (le troll qui rajoute de l'huile sur le feu), qu'il retourne au néant d'où il vient.

Aristide Filoselle a dit…

Oui, c'est ça Mr Nobody, je suis le troll fasciste qui vous attends dans les ruelles obscures, comme un crétin fini, pour vous frapper avec ma matraque de flic !

Anonyme a dit…

Comme il est drôle de voir nos compères commencer à reconnaître qu'ils ont été "un peu" agressifs, "un peu" brutaux. Et comme l'accusation de fascisme les excite ! Encore un peu et ils feront leur coming out. Attendons.

Anonyme a dit…

Anonyme, l'ironie vous connaissez ?

Anonyme a dit…

Oui, c'est le propre des petits coquins excités.

Buster a dit…

Griffe, je ne connais évidemment pas tous ceux qui vous ont attaqué... comme d’ailleurs je ne vous connais pas non plus. Je ne sais pas qui a commencé, à partir de quels mots on est passé de l'agressivité à l’insulte, la frontière n’est pas très nette, ce que je constate c’est qu’il n’a pas fallu longtemps pour que ce fil parte en vrille. Quand je dis que c’est que du cinoche, je sous-entends qu’il n’était question au départ que de cinéma, et qu’en arriver à ce type d’échanges à propos de cinéma c’est quand même navrant. Maintenant vous me demandez de prendre parti... pour qui? pour quoi? Votre discours est toujours assez violent, moi ça ne me gêne pas, j’y suis habitué, mais comprenez que d’autres ne le supportent pas, et vous répondent sur le même ton, avec l’effet de surenchère et de dérive que cela entraîne inévitablement. Pour le coup, adieu le débat d’idées... qui de toute façon n’avait aucune chance de s’installer. Dans le fond ce fil n’a fait que confirmer ce dont se plaignait Pierre Léon, et si j’ai un regret, au-delà des blessures que cela a pu provoquer, c’est d’avoir laissé les choses s’envenimer... je ne pensais pas qu'en l’espace d’une journée on en arriverait là. Je ne suis pas suffisamment présent sur mon blog pour contrôler les dérapages Le point Godwin ayant été en effet atteint, je mets fin au fil et réinstalle la modération des commentaires, ça sera moins vivant, mais aussi moins à vif...

Griffe a dit…

« Je ne sais pas qui a commencé », bref, vous ne voulez pas le savoir, parce qu’il suffit de remonter le fil. « Il n’était question au départ que de cinéma », oui, jusqu’à ce que deux ou trois types s’en prennent à moi gratuitement (ce que d’ailleurs, par peur d’être relus et mis en face de leurs contradictions, ils se sont dépêchés de confesser sur la fin). « Maintenant vous me demandez de prendre parti... » : pas exactement, je constatais plutôt votre indulgence vis-à-vis des ces types. « Votre discours est toujours assez violent (…) comprenez que d’autres ne le supportent pas », votre parti est donc pris ? « (…) et vous répondent sur le même ton » : ainsi, c’est moi qui ai commencé. Avec l’air de ne pas y toucher, vous en avez dit assez long, merci. Les crétins seront rassurés. Je vous laisse avec eux.

Buster a dit…

Vous ne m’avez pas compris, ce que j’essaie de dire c’est que votre hargne, qu’on peut appeler aussi passion, dans les échanges peut susciter des réactions hostiles. D’accord c’est Aristide qui le premier, réagissant à ce que vous veniez de répondre à Pierre Léon, vous a accusé de "brasser des poncifs avec une arrogance presque touchante", une vacherie que vous avez pris pour une insulte gratuite, le sommant de s’expliquer, ce qu’il a fait de façon plus virulente encore, poujadisme, etc..., et en retour vous le traitez de pauvre débile. On est là dans une spirale de l’invective qui ne pouvait qu'amplifier. C’est pour cela que je tiens tous ceux qui y ont participé comme responsables, sans désigner nécessairement des coupables.

Griffe a dit…

Oui, c’était une insulte gratuite parce qu’il n’avait rien d’autre à dire, parce qu’il n’a rien dit d’autre. Il est venu pour rompre le fil de la discussion, avec le toupet de me désigner comme le seul coupable de cette rupture, rejoint ensuite par d’autres. Qu’on me traite d’arrogant, passe, mais qu’on s’explique. Quand l’explication est : « poujadiste » et rien d’autre, pas besoin d’attendre le centième commentaire pour parler de point Godwin. C’est dès le départ que j’ai été sommé de me taire, avec tout un tas de sous-entendus dégueulasses. Au moins, moi, j’ai été clair et je le suis resté : ces types sont des débiles. Face à la bêtise et au mépris, on fait quoi ?

M. a dit…

Ma dernière réponse à Griffe :

"ce que d’ailleurs, par peur d’être relus et mis en face de leurs contradictions, ils se sont dépêchés de confesser sur la fin" : non non, c'est vous qui ne relisez pas, puisque dès mon second message je reconnaissais avoir été agressif (et sûrement pas par peur de quoi que ce soit). Mais vous avez surenchéri.
Et, que ce soit bien clair, ce n'est pas parce que je reconnais avoir été agressif que je fais un mea culpa. Je pense toujours la même chose de vous, je dirais même que ça a empiré.


"gratuitement" : il n'y avait rien de gratuit dans mon message; en revanche, vos insultes en guise de réponse l'étaient.

Aristide Filoselle a dit…

Je tiens à rappeler que le ton de ma fameuse remarque qui aurait mis le feu au poudre (et qui n'était effectivement rien de plus qu'une vacherie), vient en réaction à un article assez violent de Valzeur et à un échange assez brutal de Griffe avec P. Léon (il suffit de relire).
Sinon, Griffe, je n'ai rien confessé parce que je n'ai rien à confesser. J'ai admis ma part dans la violence des échanges d'autant plus facilement que je l'ai toujours assumé (contrairement à vous qui jouez au pur offensé). ça ne vous dédouane de rien, notamment d'avoir été cent fois plus violent que moi dans les termes. Alors, cessez de jouer la victime et de vous justifier au nom de je ne sais quelle légitime défense.
Allez, je vous quitte pour de bon. Sinon, ce sera sans fin. Et je vous promet de ne plus jamais intervenir sur ce blog.

Griffe a dit…

Ils me haïssent, ça c’est naturel, c'est normal, on ne revient pas dessus. Ils se mettent à plusieurs et n'en ont pas honte. Tout contents, ils barbotent dans leur haine commune de qui s'est montré « assez violent », « assez brutal ». Un échange un tout petit vif (et pourtant cordial), c'était déjà trop pour eux, il fallait qu'ils interviennent, il fallait qu'ils viennent remettre de l'ordre. L'hystérie du conformisme les possède, la peur de quoi que ce soit qui dépasse ou qui s'écarte, et ça ne les effraie pas. Non, ils se soutiennent les uns les autres et se justifient, sans fin. C’est lui le problème, pas nous. A l’index !

Griffe a dit…

J’ai bien conscience que tout ça pourra paraître bien dérisoire et confus au lecteur de passage. Mais au fond, ça n’est pas dérisoire du tout. Quelque chose s’est joué ici qui n’est pas moins important qu’une discussion sur le dernier Moretti ou le prochain Dumont.
Quand on parle de cinéma, il semble pour certains qu’il faille s’en tenir à la position lointaine d’esthète, en surjouant éventuellement la mauvaise humeur si le film ne nous plaît pas, mais sans avoir l’air surtout de juger ni les auteurs ni les interlocuteurs (ni la critique). Comme s’il y avait jugement et jugement, le jugement « neutre » qui résumera l’opinion ou le goût personnels, et le jugement « mauvais » qui considère que le goût et l’opinion révèlent et engagent celui qui les exprime.
C’est ce jugement-là seul qui m’intéresse. On peut réduire les discussions sur le cinéma à un passe-temps agréable, on peut aussi tenter d’élever ces discussions vers des questions plus générales, qui inévitablement finissent par recouper nos façons de vivre et de voir les choses.
Ce qui m’a été reproché ici, c’est d’avoir exprimé un avis général sur « un certain cinéma français » (ce sont mes mots exacts, on voit que je n’ai pas parlé du cinéma français en général), avis aussitôt taxé de « poncif » qui « fait rire ». C’est d’avoir affirmé cet avis sans mettre de gants : du coup, j’étais brutal (alors qu’à aucun moment je n’ai été réellement agressif envers Léon ou d’autres). C’est dire que l’habitude s’est tellement perdue d’entendre des avis qui tranchent qu’on est devenu incapable de les accueillir pour ce qu’ils sont : des points de vue, et de leur répondre à la même hauteur.
Au lieu de ça, l’impuissance (des Aristide, M, etc.) à argumenter, à entendre et respecter un point de vue, aussi tranchant soit-il, les a conduits à cette forme particulière d’hystérie qui dénie, toujours au nom du grand nombre, au singulier tout droit à se singulariser.
Au nom du nombre : « je fais comme Léon, tellement content de dialoguer si cordialement avec vous qu'il s'est cassé », « Je comprends Pierre Léon et Aristide Filoselle qui finissent par s'éclipser », « Comment croyez-vous que vont réagir les critiques en découvrant vos messages haineux ? », « si tant de monde a un problème avec vous » etc.
Et voyez comme ce « nous » leur vient facilement : « vous semblez estimer que nous sommes trop crétins pour mériter des réponses », « Quant à nous reprocher de vous prêter des propos », « Peut-être avons-nous tous été victimes d'une expérience scientifique... »
Ce que j’ai exprimé, au départ, c’est un avis. De manière hargneuse, dites-vous ? Je ne trouve pas. Passionnée, c’est sûr. C’est que je ne prends pas à la légère la sclérose du « vieux jeune cinéma d’auteur ». J’en espère beaucoup, comme j’espère beaucoup de la critique. Mais espérer, c’est exiger, sinon ça reste une formule creuse. Et exiger, ça se fait avec force, pas timidement.

Griffe a dit…

Qui a peur de la force ? (Je ne parle pas de ma force, mais de la force avec laquelle j’ai exprimé mon avis.) Les faibles qui en rêvent. Faibles, ils ont prouvé tout du long qu’ils l’étaient : pas un argument, incapacité totale à revenir sur le seul terrain qui comptait : celui du cinéma, pas une idée. Et leur rêve de force, ils l’ont réalisé en se mettant à plusieurs pour régler mon compte.
Remarquez que leur violence à eux est toujours ponctuelle, une simple réaction à la mienne, à les écouter ce serait une agressivité ironique, légère, on croirait presque qu’il ne s’agit que de grimaces faites de loin, presque gentiment, pour me faire comprendre.
Mais ma violence, lisez-les bien, celle-là est essentielle, constitutive. « Vous ne le ferez jamais », « vous ne cessez d'attaquer à tort et à travers », « vous qui semblez régler vos problèmes personnels », « tant de monde a un problème avec vous », « il suffit de se souvenir de vos anciens échanges amicaux avec le grand philosophe Charles de Zohiloff pour se faire une idée de vous », etc. Je suis comme ça, moi, j’ai toujours été comme ça. Eux c’est seulement à cause de moi qu’ils deviennent mauvais, ils ont bon fond, mais moi je suis un violent : c’est ma nature. Et il faut bien qu’un jour on se mette à trois pour me le signifier, que je suis insupportable.
Mais revenons-en un moment au fond des choses : j’ai exprimé un avis, taxé de « poncif ». J’ai demandé : quel poncif ? Seule réponse : parce qu’on ne peut pas faire de généralités, parce que « chacun est singulier ». C’est ainsi au nom de la défense de tout le monde qu’ils attaquent quelqu’un. Sans même s’en rendre compte, et tout en prétendant faire le contraire, ces gens-là défendent le général contre le singulier, la masse anonyme contre l’individu.
J’ai fait le tour, non ? Je n’ai pas parlé de ma violence. Elle avait un but précis, faire ressortir ça : que ces types-là n’en veulent pas à mes idées, sinon ils les contrediraient une par une en argumentant, non, ils m’en veulent personnellement, parce que j’ose exprimer des avis tranchants. Parce que, comme vous dites, je suis « passionné ». Ils réprouvent la passion. Les généralités ne les embêtent pas, tant qu’elles sont dites mollement, modestement, tant qu’elles ne font pas de vagues. On a bien affaire à une hystérie du conformisme et à rien d’autre.

Buster a dit…

Je comprends votre amertume Griffe, mais ne vous croyez pas tout seul, certains ont pris votre défense, et une amie qui lit mon blog (d’un oeil très distrait) m’a dit avoir été choquée par la manière dont vous avez été attaqué. Si on se limite au seul fil on peut estimer en effet que c’est vous la victime. En relisant les commentaires, j’ai aussi l’impression que le texte de valzeur, que vous avez balancé sur mon blog avec une évidente délectation (texte que je persiste à trouver plus mauvais que le film dont il parle) et votre échange avec Pierre Léon, n’ont été que des déclencheurs, et que les attaques dont vous avez été l’objet viennent de beaucoup plus loin. Il semble que vos détracteurs vous lisent depuis pas mal de temps sur le net, et que d’une certaine façon ils ont moins réagi par rapport à ce que vous veniez de dire que pour l’ensemble de votre oeuvre, d’où cette violence qui de l’extérieur peut paraître complètement démesurée, ce qui évidemment ne serait pas arrivé si je n’avais pas "libéré" les commentaires, véritable boîte de Pandore, surtout quand on a affaire à des gens très réactifs (eux mais vous aussi). Le premier responsable, c’est donc moi. Comme dirait l’autre, la leçon a été profitable (monsieur), et je ne laisserai plus ce genre de débordements se produire.

Anonyme a dit…

J'avais déjà senti le bluff avec Le pornographe.
C'était si clair que je ne lui ai même pas donné une deuxième chance. Voir Léaud jouer dans ce film ça m'avait fait tellement mal au coeur..