vendredi 9 septembre 2011

[...]

L'amour toujours.

Vu Impardonnables de Téchiné et La guerre est déclarée de Valérie Donzelli, deux films qui s'opposent, sans s'exclure mutuellement (on peut parfaitement aimer les deux). D'un côté, Téchiné l’Ancien, le romanesque, le temps qui passe, les lignes de fuite... De l'autre, Donzelli la Jeune, un certain romantisme, l’amour à l’épreuve, l'élan vital. Dans Impardonnables, une Venise vue de loin (aux jumelles), sans gondoles - elles sont toutes bâchées (sauf à la fin quand Dussolier vient chercher Bouquet) -, c’est le récit qui est vénitien: fluide, filaturé et troué d’impasses (lagune et lacunes); dans La guerre est déclarée, le monde entre parenthèses (± enchantées), l'autarcie positive - au risque d’exagérer l’émotif/les motifs -, c’est toute la vitalité du film, une vitalité assez rare dans le cinéma français.
Deux beaux films donc (pour l'instant, les deux meilleurs films français vus cette année, en attendant les Bonello, Garrel et autres Dumont), même s'ils ne sont pas totalement réussis. Pour aller vite: le Téchiné finit mieux qu'il ne débute, du fait même de son irrésolution, maintenue avec audace jusqu'au dernier plan; à l'inverse, le Donzelli démarre mieux - la première demi-heure (du coup de foudre amoureux aux premiers symptômes manifestés par l'enfant) est absolument prodigieuse, en termes d'invention et de rythme - qu'il ne se termine: certaines scènes passent moins bien - cf. l’annonce de la maladie de l’enfant aux membres de la famille, filmée comme une réaction en chaîne (ce qui toutefois relève plus du péché de gourmandise que du pathos racoleur) -, la volonté de désamorcer le tragique se fait par moments un peu trop sentir et la fin, "dabadabada" sur la plage - un homme et une femme... et un enfant -, détone franchement.
Téchiné renoue finalement avec le meilleur de son œuvre (Hôtel des Amériques), même si Impardonnables manque régulièrement de se noyer (mais c'est cette fragilité qui fait la beauté du film); quant à Donzelli, son film, son deuxième, gagne en puissance fictionnelle par rapport au premier, l’ultra-frais et hyper-référencé Reine des pommes (qui garde malgré tout ma préférence, pure question de sensibilité), quand bien même l'ombre de Truffaut (via les clins d’œil et surtout la vitalité), ou encore celle de Demy, voire de quelques héritiers de la NV - de Frot-Coutaz à Tonie Marshall - ou même de ses précurseurs: je pense au Jacques Becker d'Antoine et Antoinette ou de Rue de l'estrapade), y serait toujours présente... Le sentiment de filiation dans un film, c'est beau aussi.

45 commentaires:

Stéphane Beaujean a dit…

Ah non non, la fin du Donzelli ne détonne pas. Elle est très triste cette fin. L'enfant comme ultime vestige d'un amour détruit (le pull à carreaux bleu et rouge fait écho aux premières scènes) , un couple désuni mais encore complice. Et bien sûr l'interdiction de se plaindre, car l'enfant, soit le plus important, est sauf...

Lao Tsu Ben a dit…

"Bonello, Garrel et autre Dumont." autre Dumont ? C'est bien - vous au moins ne faites pas de procès d'intentions. Les bandes-annonces de ces films sont horribles (Donzelli inclus - je ne veux pas voir ces images)- le Dumont- à la limite- je veux bien voir le Dumont- si je voulais blaguer je dirais que ça a l'air GOTHIQUE. Mais bon en même temps. Pas de détestation pour la Piel Del Habito sinon mais une indifférence presque totale. Le film ne dit rien.

Buster a dit…

Stéphane,
J’avais bien compris la séquence. Elle se justifie au niveau du récit (peut-être plus par rapport à l’histoire du couple Donzelli-Elkaïm que par rapport à celui du film). Ce qui me gêne ici, c’est la convention. "Comment finir un film" se demandait Bozon (celui qui gifle Donzelli au début du film!) dans un texte récent de Trafic. C’est très compliqué, et dans le cas de Donzelli je trouve dommage qu’elle finisse ainsi son film sur un cliché, même si ça fait écho au début, alors que tout le reste apparaît comme une sorte de machine (de guerre) pour justement tordre le cou aux clichés inhérents à ce genre du film.

Lao Tsu Ben,
Bonello, Garrel, Dumont… je les cite uniquement parce que leurs films vont sortir prochainement, sans rien préjuger de ce qu’ils valent (Bonello et Dumont, jusqu’à présent je n’ai jamais été vraiment convaincu). Sinon les bandes-annonces, impossible de se faire une idée à partir de ça, c'est du marketing, le plus souvent mauvais, la BA du Donzelli est totalement inepte, quasi contre-productive, on y voit que les scènes justement un peu faibles du film, ce qui donne l'impression d'une petite chose mièvre. Il faudrait interdire les bandes-annonces.

vladimir a dit…

Finalement, t'es pas si emballé que ça par le Donzelli?

marie a dit…

c'est de qui déjà cette citation qui dit qu'il vaut mieux partir du cliché que d'y arriver?

Anonyme a dit…

Hitchcock.

Buster a dit…

Hitchcock, je confirme :-)

Vladimir, si si, je suis emballé par le Donzelli, même si je suis davantage dans la critique "oui mais" que dans la critique "oui-oui"... Pour l’instant, hormis Brooks, Oliveira, Hong, Fassbinder, Reichardt et Moretti dont je place les films un cran au-dessus (je viens de revoir Habemus papam: magnifique, aucune réserve ou alors une minime: le tournoi de volley un poil trop long), c’est ce que j’ai vu de mieux cette année...

PS. LTB, "autre Dumont?" OK, j’ai corrigé la faute.

Anonyme a dit…

Un tournoi de volley trop long et pourtant scandaleusement interrompu avant les demi-finales ;-)

vladimir a dit…

Pas mal Habemus Papam. J’attends ta note. As-tu lu celle de ta copine (Amélie Dubois) dans Chronicart?

Buster a dit…

Comment ça "pas mal"? Génial, tu veux dire. La critique de Dubois (qui n’est pas ma copine), je viens de la lire, elle est nulle, complètement à côté de la plaque (mise en scène faiblarde !?! c'est n'importe quoi). 
En attendant ma note (pas facile tant ce film est riche – comment croiser religion, psychanalyse, théâtre et sport, Bartleby et la Mouette, les thèmes morettiens... et cette histoire de pape qui veut rester en retrait, en proie à une angoisse massive à l’idée de devoir apparaître au balcon, de passer ainsi des coulisses à la scène, expliquant qu’il n’ait jamais pu devenir acteur), je recommande d’aller faire un tour sur le site du film, remarquable:
 http://www.habemuspapam.it
(il faut cliquer sur chaque cardinal)

vladimir a dit…

D'accord, je reformule : Très bien Habemus Papam, malgré quelques baisses de rythme. J'attends toujours ton billet.

Par contre : Pas terrible La Guerre est déclarée !

Aristide Filoselle a dit…

Vous aussi, alors ? Je ne vois guère de différence entre ce Donzelli et un quelconque Honoré, notamment dans l'utilisation des références. Truffaut ? C'est clair qu'elle s'y réfère, mais qu'en fait-elle ? Du Lelouch : fausse naïveté, faux naturel, émotion imposée à coup d'effets idiots et de musiques tyranniques. Daney disait qu'après un Lelouch il avait toujours l'impression d'avoir traversé un fleuve de confiture à contre-courant... Vous parlez de "vitalité", ça veux dire quoi au fond ? Que ça bouge, saute, hystérise constamment ?

Griffe a dit…

Quant à moi, je suis presque à 100% d'accord avec l'excellent valzeur qui sévit sur Chronicart et a écrit :

"Je n'aurais pas cru qu'à ce point, mais "Habemus Papam" figurera dans mon Top 3 des PIRES films de l'année. Indigence, complaisance, infantilisme débiloïde, la coupe est pleine. Dès le postulat de départ, tout s'effondre. Comment imaginer qu'aucun des cardinaux n'aspire secrètement à devenir pape ? Que ce soit une corvée et que tous aiguillonnés par l'affreux personnage de Moretti deviennent de vieux garçonnets joueurs ? Un tournoi de volley pour cardinaux octogénaires, voilà de l'idée qui porte loin le cinéma. Avec des ralentis sur des vieillards en soutane comme une pub Nike revue par le Fellini de Roma. Je crains qu'on ne soit plus près des Don Camillo, série en tout point supérieure à cette fantaisie oecuménique bébête. Le seul élément intéressant réside en la comparaison entre acteurs que permet le film : Piccoli est sublime de finesse, il sauve à peu près toutes ses scènes (la dernière est même d'une certaine force) ; à côté, piètre histrion, Moretti est carrément exécrable. Argument ad hominem : comme Von Trier, il suffit de voir ses films pour deviner que c'est un sale type (au moins, le danois ne joue pas dans les siens). Cette poésie burlesque de sous-Iossellani avec pleins d'Homo Infantilus retombant en enfance est vraiment gerbante. D'autant qu'après 30 minutes pénibles (le conclave), la partie Piccoli est quasiment sacrifiée au profit des états d'âme du psy de l'Enfer. Mais, bon sang, quand pourra-t-on voir un film adulte cette année ?"

J'ajouterai que pour un type prétendument de gauche et qui se recueillait publiquement (via son journal intime) sur la tombe de Pasolini, dresser un portrait à ce point complaisant du haut-clergé, au point de les faire passer pour de grands gamins irresponsables, est affligeant. De même qu'il est pathétique de reprendre, au plan près, les meilleures scènes de "Palombella Rossa" pour les parodier lamentablement en leur retirant toute cruauté.

Ce qu'il y avait de bien chez Moretti, c'était sa cruauté s'exerçant en priorité contre lui-même. Il se voyait et se montrait en maniaque, en raté, en loup-garou, sans se chercher d'excuses, sans se soucier d'être traité d'égotiste, avec un toupet tel qu'on lui pardonnait tout. Mais en s'atténuant, cette cruauté s'est changé en une prétention d'autant plus insupportable que le talent n'est plus là, qu'il ne reste que des lambeaux de ce que son cinéma fut, que ses personnages se sont tous infantilisés et que Moretti en est réduit à se donner en toute occasion le dernier mot, en bon bourgeois possédant son film (comme dans la scène des cartes, ou encore celle de la discussion sur Darwin, seule conversation sérieuse entre le psy et les prêtres - un comble, il y avait tellement de choses à leur faire dire ! - et qui tourne sans effort à l'avantage de Moretti, qui apparemment n’a plus rien d’autre à faire dans le cinéma que faire valoir sa petite personne.) Bref, on a affaire à un cinéma complètement réac, inoffensif et informe. Je tombe des nues, Buster !

Buster a dit…

Super, ça va castagner...

Vis-à-vis du Donzelli, je ne suis pas en total désaccord avec ce que dit Aristide, sauf que tous ces défauts ne m’ont pas gêné, qu’il y a chez la donzelle un tel plaisir (communicatif) à enchaîner les scènes, à brasser du récit, que le mouvement général l’emporte, mouvement qui n’a rien à voir avec l’émotion ressentie, plus exactement que c’est cette joie (un peu fofolle) à filmer qui crée l’émotion et non les situations tragi-comiques... La référence à Truffaut, je la pointe, mais à vrai dire je m’en fous un peu, ce n’est pas l’essentiel.

En revanche, ce qui est dit sur le Moretti me gêne beaucoup plus, ça m’est même franchement désagréable... ce valzeur, qui doit faire partie de tous ces bouffeurs de curés qui ont détesté le film parce qu’ils n’y ont pas trouvé leur compte, devrait arrêter d’aller au cinéma. On peut se moquer de la critique neuneu et consensuelle qui s’enthousiasme pour un oui pour un non, mais les pseudocritiques qui déversent leur petit fiel haineux sur les forums, c’est encore pire... à lire ce genre de truc, il y a de quoi gerber en effet.
Ce que vous dites après, Griffe, sur l’évolution de Moretti est plus intéressant même si je ne suis pas convaincu. Pour moi, ce qui pointe chez Moretti c’est davantage une forme de lassitude dans l’engagement qu’un véritable embourgeoisement, du fait qu’il apparaît de plus en plus comme le seul cinéaste italien engagé qui soit visible de l’étranger (comme le pape au Vatican), même s’il y a forcément un peu d’embourgeoisement chez lui. L’image des cardinaux, c’est pas très fin, d'accord, comme dans toute caricature, et j’ajouterais comme dans tout film de Moretti, même ses meilleurs (c’est la part grotesque propre à la comédie italienne), mais chez Moretti c’est secondaire. L’intérêt du film c’est bien l’autoportrait, le fait que les deux personnages du pape et du psy sont les deux faces d’un même personnage (le papsy), soit Moretti lui-même... ce qui pour moi est infiniment plus passionnant que tout le blabla attendu sur la religion. Il faudrait parler aussi de l’esprit de compétition qui traverse le film. J’y reviendrai dans ma note.

Griffe a dit…

D’accord – mais tout cela, la lassitude (déjà !), l’autoportrait, la compétition, on les trouvait il y vingt ans dans « Palombella Rossa » (je reviens sur ce film parce que c’est pour moi sa réussite majeure, et aussi son dernier grand film, son cinéma n’ayant fait ensuite que baisser) mais avec une vigueur de trait, une virtuosité dans le montage telle qu’on n’en avait pas vue depuis « Week-end » de Godard, une profonde inquiétude, alors que « Habemus Papam » est un bout-à-bout très lâche de deux portraits parallèles qui ne s’enrichissent ni ne dialoguent, faute d’être approfondis, car approfondir ces portraits aurait nécessité de poser clairement la question de ces deux fonctions, celle d’un pape et celle d’un psy, ce que Moretti n’a pas fait, ce que Moretti, si l’on s’en tient à ce qu’annonçaient tous ses films, n’allait pas faire, lui qui n’a jamais fait de cinéma « intellectuel », ne s’est jamais intéressé profondément à quelque description objective que ce soit (contrairement à Godard). Son cinéma était populaire (quand bien même il était surtout apprécié d’une frange de la petite-bourgeoisie) parce qu’il montrait un personnage singulier se maintenant en équilibre, par la seule force de la mauvaise humeur, sur une situation de crise. Mais aujourd’hui, il n’y a à l’évidence plus de mauvaise humeur, parce qu’il n’y a plus de crise – à moins d’appeler crise cette parodie de crise. Evidemment, Moretti se fiche complètement du clergé. Mais alors pourquoi l’avoir choisi ? A mon avis, parce que la crise en question étant une fausse crise, il fallait pour qu’on y croit un peu que son écho soit spectaculaire – et quoi de plus spectaculaire qu’un pape ? Moretti a filmé pendant 15/20 la crise, puis, après 1990, un certain bonheur de vivre, le bonheur de vivre d’un quarantenaire rangé des camions militants, devenu citoyen-consommateur lambda, et puis… il a viré faux-cul, c’était « La chambre du fils », où il en revenait à la crise, mais en faisant un détour par le récit consensuel, le pseudo-mélo. Sa douleur, de sans objet (donc énigmatique et passionnante) devenait motivée, simpliste – et ce n’était déjà plus Moretti, mais un Auteur comme dirait SR, quelqu’un qui se sert de moyens usés jusqu’à la corde (le deuil) pour se refaire une jeunesse créatrice. Je passe sur « Le Caïman », échec total à mes yeux, formel et scénaristique. Et là, cette histoire de pape en crise dont Moretti n’a rien que faire…

Buster a dit…

On est d’accord sur deux choses: Palombella rossa est bien le meilleur film de Moretti et la Chambre du fils est loin d'être le chef-d'oeuvre que tout le monde a vu. Pour le reste, je vous trouve trop catégorique. D’abord je note que la plupart de ceux qui n’aiment pas le film reconnaissent malgré tout la réussite du personnage incarné par Piccoli (qui ne saurait se limiter à sa seule prestation), ce qui est quand même l’enjeu principal du film et que dès lors considérer Habemus papam comme l’un des pires de l’année relève d’une certaine mauvaise foi (si je peux dire) - on juge là moins le cinéaste que l’homme Moretti, qu’on trouve pas assez anticlérical (de la même manière qu’on ne le trouvait pas assez antiberlusconien dans le Caïman, sauf que ce film n’était pas un film sur Berlusconi, pas plus que Habemus papam serait un film sur la religion). Et si Moretti se montre ici moins féroce avec les institutions, c’est que, depuis le Caïman, il l’est peut-être davantage avec lui-même. Il y a là comme un transfert de méchanceté. Il ne se donne pas le beau rôle, ne s’arrange pas pour avoir le dernier mot, bien au contraire. Sa parole au départ hautaine, du haut de sa suffisance de "meilleur psy", autoritaire, du haut de sa chaise d’arbitre, finit par se perdre dans le vide, alors que celle de Piccoli (la façon dont Moretti le fait entrer dans le film, en catimini, est un modèle de mise en scène) se fait elle progressivement entendre, via le théâtre, jusqu’au finale du balcon, que tout le monde interprète comme le point d’orgue de son renoncement, mais qu’on peut considérer aussi de manière plus positive: il a réussi à se présenter au public et à "déclamer sa scène", ce qui est une forme de happy end... Bon je ne vais pas développer tous mes arguments, j’ai un billet à écrire, mais cette idée d’un Moretti embourgeoisé, sans inspiration, qui ressasserait servilement ses thèmes habituels, pour moi ne tient pas debout. Amen. :-)

vladimir a dit…

Je suis d’accord avec Aristide Filoselle (ça me dit quelque chose ce nom) concernant le film de Donzelli, mais ta réponse me plaît bien aussi.
Pour le Moretti, on l’a entendu cent fois ce couplet du cinéaste devenu bourgeois, réac, tout ça parce que son cinéma ne serait plus suffisamment dérangeant. Est-ce que c’est pas ce genre de critique qui est réac ?

Griffe a dit…

Si c’est de ma critique que vous parlez, Vladimir, vous l'avez lue en diagonale. Le mot « dérangeant », je le laisse aux journalistes des Inrocks et du Figaro. « Réac », par contre, va plutôt bien, je trouve, à un homme qui admirait Pasolini et qui trouve le moyen de faire disparaître de sa représentation du Saint-Siège toute trace de politique (alors que tout le monde – sauf les bigots – sait bien qu’il n’y a pas plus politicien que le Vatican…). Et puis, admettez qu'après 1990, Moretti s'est bel et bien rangé. Du reste, il ne s'en est pas caché. Avec « Journal intime » et « Aprile » (deux films bourgeois que j’aime beaucoup), terminés les coups de sang, la haine de soi, l’autodestruction, la culpabilité, l'amnésie, l'obsession du « peuple » et du communisme. On pourrait d’ailleurs voir l’œuvre de Moretti comme une tentative réussie de soigner ses névroses et d’accepter sa condition de bourgeois. Mais un artiste dont tout l’art consiste à montrer sa maladie et qui un jour guérit reste-t-il un artiste ?

Anonyme a dit…

Ah non les impatients, pas de billet sur Habemus Papam avant que le maître des lieux ne nous ait expliqué comme promis en quoi Calla est le groupe le plus important des années 2000... ;-)

Buster a dit…

Hé oh, j’ai jamais dit ça, j’ai seulement parlé d’un des meilleurs groupes des années 2000. J’y reviendrai quand B. m’aura rendu l’album Scavengers que je lui ai prêté il y a plus de trois mois :-)

Griffe, je ne vois pas les choses comme ça. Pour moi la question soulevée par le film est moins politique que philosophique. Etre à la hauteur de ce qu’on attend de vous, surtout quand vous êtes seul et que tous les regards sont braqués sur vous, c’est vraiment ce qui intéresse Moretti. Les arcanes du pouvoir pontifical, on s’en fout, d’autant que, vous le dites vous-même, tout le monde sait que c’est à l’image de n’importe quel Etat... La clé des champs en contrepoint du rituel liturgique et du discours psy, c'est magnifique, ça allège le dispositif, même si c’est moins virulent que dans le passé... Est-ce cela l’embourgeoisement? Je ne sais pas, peu importe, la force du film est ailleurs. Michele Apicella n’existe plus, du moins a-t-il vieilli. Moins féroce mais toujours sincère peut-être même davantage, car dans le personnage morettien, il s’était aussi installé à la longue une forme de jeu avec le spectateur. Aujourd’hui, l’artiste se met encore plus à nu. Plutôt que de faire semblant, de faire croire que son militantisme est toujours intact, Moretti nous parle de nouvelles failles, celles qui guette l'artiste resté longtemps en première ligne, du droit au renoncement, etc, et je trouve ça très beau.

Vladimir, Aristide Filoselle c'est dans Tintin.

vladimir a dit…

Ah bon, alors je suis d’accord avec cet Aristide "brillant" et tintinesque, même si, comme tu le dis, le problème des références n’est pas le plus important. En fait, dans ce film j’aime surtout le jeu de Jérémie Elkaïm alors que celui de Valérie Donzelli, je le trouve un peu maniéré et même ,parfois assez pénible.
Sinon Griffe, vous fâchez pas, j’aime bien généralement vos interventions sur ce blog ( c’est le seul que je fréquente), comme celles de SR, ou de Pierre Léon. Mais là vous êtes un peu expéditif. L’artiste et ses névroses, le risque d’embourgeoisement, ça touche pratiquement tous les cinéastes dès qu’ils sont reconnus. Je crois Buster que tu en avais parlé, je ne sais plus à quel propos, où tu évoquais la dictature d’un certaine critique reprochant à l’artiste vieillissant d’être de plus en plus centré sur lui-même. Et tu ajoutais: parce que tout le monde n’est pas Straub !

Buster a dit…

Ah ouais, j’ai dit ça? je me souviens plus, mais ça me ressemble assez...

Pour La guerre est déclarée, tu veux dire que tu aimes bien la façon dont Elkaïm lance la cacahuète mais pas la manière avec laquelle Donzelli l’attrape au vol :-)

vladimir a dit…

Exactement :D

Aristide Filoselle a dit…

J'ai évoqué les références dans le Donzelli parce que Buster semblait ému par ce "sentiment de filliation", et c'est une question intéressante dans le cinéma français d'aujourd'hui. Chez Donzelli ou Honoré, qui me semblent proches, la filiation reste très superficielle : de Truffaut ou Demy, il ne retiennent que la surface et s'en servent comme d'une sauce. Je crois que Moretti était plus profondément truffaldien lorsqu'il avait l'idée de faire Bianca (peut-être son plus beau film, selon moi) après avoir vu La Femme d'à côté...
Sinon, la critique idéologique d'Habemus Papam faite par Griffe (et d'autres) relève des mêmes mécanismes que ce que l'on appelle le "politiquement correct" : il y avait un film politique fort à faire sur le Vatican et Moretti ne l'a pas fait... Or, ce que les cinéastes ne font pas ne devrait pas nous intéresser. Les moments "Don Camillo" (les prêtres qui se mettent à danser, la partie de volley) m'agacent et le film n'est pas sans défauts (beaucoup trop de musique...) mais l'idée centrale est très forte, j'y vois une remise en cause de l'esprit de pouvoir et de puissance que l'Italie berlusconienne n'a cessé promouvoir de la façon la plus vulgaire qui soit - vieux fantôme fasciste qui semble continuer à séduire une grande partie des italiens. Un homme a qui tout est offert, de la façon la plus "incontestable" (parce que divine), refuse ce pouvoir qui ferait de lui l'homme le plus proche de Dieu sur terre. Je ne suis pas sûr que cette idée, menée ici jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au refus le plus absolu et assumé de tout pouvoir, soit si "réac" que ça. Ce que Griffe appelle l'embourgeoisement de Moretti correspond plutôt à un changement d'axe : c'est moins la lutte qu'il questionne aujourd'hui que le pouvoir, celui des pères, des psychanalystes, des politiciens, du pape. Et, malgré les apparences, je ne crois pas que son point de vue se soit tant ramolli que ça.

Aristide Filoselle a dit…

PS - Il y a une logique dans tout ça : comme le chanteur de Calla, Jérémie Elkaim semble constamment être en train de sortir de son lit, la gorge et le nez encombrés par on ne sait quelle fatigue (ou cacahuète). ça doit être ça cette "vitalité", ce "plaisir communicatif" dont vous parlez...

Buster a dit…

Je suis d'accord, j'y ajouterai juste le propre pouvoir de Moretti en tant qu'artiste.
Sinon le Pouvoir des Pères, des Psychanalystes, des Politiciens, du Pape... celui de la Parole aussi, ça en fait des P, ça me rappelle la critique de Lalanne sur le Pater de Cavalier, film intéressant, mais très inférieur à celui de Moretti.

PS. Elkaim sortant du lit et en même temps "vite alité" :)

Aristide Filoselle a dit…

Je n'ai pas lu la critique de Lalanne sur Pater : rien à foutre de l'avis d'un benêt sur un film raté. Je n'ai d'ailleurs pas lu de texte de Lalanne depuis "La maison du bonheur" (à moins que je confonde là l'âne). De toute façon, tous les textes de J.M. Lalanne sentent un peu le P, non ? : je suis très honoré que votre ass aillasse à mon indolent nain Dolan, bien que son vent sente à ce gus...

Vincent Ostria a dit…

"Habemus Papam" dérange et questionne le réel.

Anonyme a dit…

Moretti un sale type, Lalanne un benêt...
Dites moi Buster, ça flingue dur sur votre blog !

Buster a dit…

Mouais, ça commence à déraper et j'aime pas ça.

Vincent: étrange et belle formule, est-ce à dire que le film vous a plu?

Aristide Filoselle a dit…

"Dérange et questionne le réel" c'est un topos, non ? N'est-ce pas la définition de tout film digne de ce nom ?
(Décidément, je préfère les dérapages).

Buster a dit…

Possible... Fiction et documentaire.

Dérapages OK, mais contrôlés :-)

Anonyme a dit…

Le V.O., ici, est un fake; j'en suis (presque) sûr!

Mais... Comment savoir? :-D

Anthony Prunaud.

Anonyme a dit…

Pardon, j'enlève le "(presque)"!

A.P.

Buster a dit…

Ah ben mince alors... je préfère les dérapages aux fakes!

VO a dit…

Impardonnable ! La guerre est déclarée !

Anonyme a dit…

- Unforgiven? :-(

- La Guerre des boutons? ;-D

AP

VF a dit…

- Tout est pardonné...

- La guerre de Troie n'aura pas lieu !

nolan a dit…

Bonjour,
J'ai écrit la même chose que vous (pas fait exprès - je viens de lire votre post -, pas au mot près loin de là et en partie seulement) sur la Guerre est déclarée (publication le 25 septembre): excellente première demi-heure et une certaine gêne sur les deux passages que vous citez. Mais je fus moins séduit que vous et à vrai dire, j'ai eu un peu de mal à savoir ce que je pensais vraiment du film.

Buster a dit…

Oui on a vite fait de basculer d’un côté ou de l’autre, le film est constamment sur le fil mais c’est justement cette mise en danger permanente qui le rend attachant. Les défauts viennent plus de la fougue et d’un certain appétit du récit chez Donzelli que de bas calculs manipulateurs. Son film est dans la lignée des précédents qui étaient plus jubilatoires (et que je préfère d'ailleurs) mais moins risqués aussi, notamment le premier Il fait beau dans la plus belle ville du monde où elle se mettait déjà en scène de manière provocante, au bon sens du terme, puisqu’elle y apparaissait enceinte jusqu’aux yeux, la grossesse (réelle) rayonnante...

nolan a dit…

Merci pour le lien, je vais aller voir ça.

monOmbre a dit…

Bonjour
Faisant le tour du net pour réparer certaines rumeurs, car un imposteur se répand en mon nom, je vois qu'il a sévi aussi ici. Je n'ai pas écrit ça sur le Moretti. Je m'en fous du Moretti.
Vincent Ostria le vrai

Anonyme a dit…

Tiens! mon censeur préféré est parmi nous! :-D

Je m'explique rapidement - sans m'étendre non plus. Vers la fin août, j'avais posté quelques commentaires "critiques" au sujet de son "top 50 de la décennie" (voir son blog), qui lui ont fortement déplu.

En essayant d'arrondir les angles, entre autres choses (dans un message privé), je lui ai mentionné l'existence de ton blog, Buster. Et là, à nouveau, réaction négative à mon encontre!?

Par la suite, deux commentaires (de moi) censurés! Notamment, un - plutôt détaillé - dont le contenu a été purement et simplement déformé!?! Enfin, une note du jour (de lui) pour dire qu'il était à deux doigts de supprimer la fonction commentaire sur son blog!?

Anthony Prunaud.

PS: quant au "topos" - du vrai VO -, il concerne Attenberg (formulation à l'identique).

Buster a dit…

Hé hé... Ostria, il a un petit côté skoreckien, faut pas trop le faire chier, cela dit je l’aime bien.

Anonyme a dit…

Aux étourdis qui seraient tentés d'intervenir sur le blog "Le regard des mannequins", du vrai VO, je soumets gracieusement un exemple de ce vous appelez, Buster (oui, pardon de vous avoir tutoyé plus haut, hum, hum) "trop le faire chier"...

Voici donc le contenu du commentaire censuré, de son billet intitulé "Top 50", daté du 21.8.11, et qui se trouve être ma réponse à son commentaire du 25 août, 10:43 (juste avant celui du 26 août, 19:36):

[début]

Cher "Monsieur monOmbre",

Merci d'avoir satisfait ma prière, "en grande partie"; et croyez bien que je suis navré de donner à ce fil de commentaires des allures de vulgaire tchat, mais admettez que vos réactions appellent la réplique! Aussi, permettez, s'il vous plaît, au moins le droit de réponse - sur deux ou trois points...

En premier lieu, dans votre commentaire ci-dessus, vous dites: "vos réflexions sur mon snobisme (...), elles ne tiennent pas la route". Vous n'allez sans doute pas apprécier mais, désolé, je crois qu'il y a des assertions qui s'en approchent à s'y méprendre. Par exemple:

1- "Ce que vous ne connaissez pas n'est pas forcément nul ou inférieur à ce que vous adorez",
2- "(Rivette, le snob théâtreux de la NV)",
3- "il y a des chefs d'œuvre inconnus, contrairement à ce qu'on dit"!

Notez, comme je l'ai déjà dit, que je n'ai rien contre cette posture! Aussi, la première formulation me convient assez!
Non pas tant dans son adresse directe à mon endroit, mais plus dans ce qu'elle dit en général, sur l'ignorance et les fixations que les uns et les autres peuvent manifester (ou qu'on peut tous avoir). Et, aussi, pour la simple raison que cette phrase pourrait tout aussi bien s'appliquer, à ce qu'il semble, à vous et les autres blogs (que vous ne fréquentez pas), et donc que je vous recommande vivement (si ce n'est déjà fait: petite requête Google, etc.).

Ensuite, vous allez jusqu'à déduire un peu trop rapidement que j'"adore Rivette". Or, ce n'est pas le cas! quoique je suis prêt à soutenir que les films mentionnés (ayant alors omis Secret défense), sont, à mon humble avis (que vous le vouliez ou non), des films de premier ordre dans l'histoire du cinéma. Et pas uniquement français.

Enfin, ne voulant pas vous ennuyer davantage, et pour vous montrer que je ne cherche pas systématiquement querelle, je vous suivrais au moins dans votre sage proposition d'abandonner la recension des bons (et des mauvais) cinéastes; et, si vous y tenez, la poursuite de cet "échange"?

[fin]

Voilà, inutile de me remercier! :-D Et, le pire, c'est que malgré cet accrochage, je l'aime bien aussi, ce bougre!?

Anthony Prunaud.