lundi 15 août 2011

LVT

LVT, comme il y a LVMH, c’est-à-dire un cinéaste du luxe, poursuit avec Melancholia ce qu’il avait entrepris avec Antichrist. Après l'Antéchrist, l'Apocalypse... Après le rouge de l’hystérie (cf. ma note), le gris de la mélancolie. Après Le Cri de Munch, Melancholia du même Munch, mais aussi Brueghel, les préraphaélites... et bien sûr Wagner dont le Tristan et Isolde court tout au long du film, prélude à l’apocalypse annoncée qui se révèle être, mélancolie oblige, une délivrance. Voilà pour le programme, scindé en deux parties: une première à la Festen, qui voit une jeune femme fuir ce qui est censé être le bonheur: ses propres noces; une seconde à la Vargtimmen, qui voit la sœur de celle-ci tenter vainement de l’aider, et ce d'autant plus vainement qu'elle doit faire face à ses propres angoisses - normal, une planète, nommée Melancholia, s'approche à toute vitesse de la Terre! Sur le papier c’est plutôt exitant, à l’arrivée... bah c’est du Lars von Trier: exaspérant et par moments (malheureusement trop rares) fascinant. Melancholia c’est un peu la version noire de The tree of life (le nihilisme de von Trier vs le mysticisme de Malick). Ce qu'il y a de mieux dans le film c'est le côté SF, sauf qu'il n'y a pas de SF, ou plus grand-chose, tant tout y est écrasé par l'imposante (et glaçante) vision que nous offre LVT du monde. On pense donc un peu à Bergman, un peu aussi à Losey (la deuxième partie), dans ce qu'il peut y avoir parfois de massif chez eux, mais sans qu'il s'en dégage la moindre émotion. Des haut-le-cœur, ça oui puisque c'est en caméra portée (ne pas oublier de prendre sa nautamine avant de voir le film), mais rien qui vient du cœur... On me dira que c'est ça la mélancolie, d'accord... reste qu'il y a quelque chose aujourd'hui de mort chez von Trier, c'est devenu du cinéma post mortem... Pourtant l'idée de reléguer dans la seconde partie l'héroïne au second plan, au profit moins de la sœur que de la planète Melancholia, de plus en plus menaçante, de sorte que LVT c'est, comme l'a souligné je ne sais plus qui, autant son héroïne ("Justine c'est moi") que la planète elle-même (la mégalo-mélancolie ça existe?), l'idée disais-je était intéressante en soi (et l'effacement du personnage est plutôt bien rendu), mais, je me répète, tout ça est gâché par l'effroyable lourdeur de la mise en scène - il y a un petit côté Marienbad (en plus physique) dans la façon dont von Trier intègre ses personnages (ici littéralement ancrés) au décor/paysage (un jardin-terrain de golf) - que ne compensent pas les effets, faussement désinvoltes, de la caméra portée. La mélancolie de von Trier n'a rien du spleen baudelairien. Nulle invitation au voyage... Du luxe, certes, mais sans le calme ni la volupté. A la place c'est plutôt terreur et vanité. Oui c'est ça, LVT: Luxe, Vanité, Terreur...

PS. Pour apporter un peu d'humour, à propos d'un film qui en manque cruellement, on notera ici la présence de Jack Bauer, le héros de 24. Dans la première partie, il est dépassé par les événements (il passe son temps à dire incredible); dans la seconde, il croit pouvoir les anticiper (le flyby de la planète Melancholia), mais évidemment ça ne se passe pas comme prévu. Plus trop dans le coup le père Bauer (hé hé).

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