dimanche 28 août 2011

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Vu La piel que habito d'Almodóvar. La réussite du film vient moins du récit, alambiqué mais sans plus, assimilant sans trop de difficultés les allers et retours temporels, que de la façon avec laquelle Almodóvar croise cinéma de genre (le thriller fantastique) et art contemporain, Franju et Louise Bourgeois... Le cinéma d'Almodóvar a toujours été citationnel et on peut s'amuser, là encore, à pointer les emprunts: outre les Yeux sans visage de Franju, Tristana de Buñuel (l'ouverture sur Tolède), Rebecca et Vertigo d'Hitchcock, mais aussi Fritz Lang via le personnage de grand paranoïaque que joue Banderas (le monstre c'est lui, bien sûr, plus que sa "créature", pauvre créature emprisonnée, offerte en permanence, selon un dispositif panoptique, au regard de son créateur qui, lui, reste emmuré dans sa toute-puissance)... autant de citations qui s'intègrent parfaitement au récit. Reste qu'à jouer la carte de "l'abstraction intime", pour reprendre le titre d'une expo consacrée à Louise Bourgeois (on peut voir aussi le film comme un hommage en creux à l'artiste franco-américaine, décédée l'an dernier et qui aurait eu cent ans cette année), à opter pour une mise en scène aseptisée, aux couleurs froides, Almodóvar prenait un risque, celui de la désincarnation, là où chez Bourgeois il s'agit plus de décharnement, à travers notamment ses poupées en tissus aux corps entrelacés et dont les coutures sont comme autant de cicatrices (dans le film, plus que les fameuses araignées géantes, symbole maternel et maternant - la mère tapissière - chez Bourgeois, ce sont ces poupées que l'on voit, sous toutes... les coutures, manifestation exorcisante des traumas du passé). Le défi du film est là: passer de la (haute) couture, superficielle et souvent exubérante chez Almodóvar, dont il ne reste ici qu'un petit salon de confection, voire un reliquat grotesque (le costume de carnaval du demi-frère déguisé en tigre), à quelque chose de plus profond: la peau, puisque c'est bien connu, "ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est la peau" (Paul Valéry). Or, vu sous cet angle, le film n'est pas totalement convaincant: la longue scène devant le feu, quand la mère raconte à la jeune captive le passé de Roberto, donne l'impression d'un trop-plein narratif, la relation entre Roberto et sa victime aurait mérité plus de débordements, les personnages n'évoluent pas suffisamment, ils manquent d'ambiguïté, tout ça est un peu désaffecté... La froideur clinique recherchée par le cinéaste se révèle finalement invalidante, donnant, par exemple, à la transformation de Vicente/Vera un aspect purement artificiel (ce qui est scientifiquement parlant approprié mais artistiquement parlant assez dommageable). Plus que la figure transgenre proprement dite, c'est l'androgynie dans sa dimension mythique, avec ce que cela suppose de totalisant, qu'Almodóvar, à l'instar de Louise Bourgeois, semble ici convoquer, expliquant entre autres que ladite transformation n'a rien de réaliste, sur le plan physique autant que psychologique. Un choix justifié, au regard des enjeux du film, mais qui en limite aussi la portée, de sorte que, contrairement à ce que le titre annonce, la peau n'est pas si habitée que ça... sauf (miracle) au tout dernier plan.

PS. Vu aussi Habemus papam de Moretti. C'était dans l'avion qui m'amenait à Rome (avant le grand départ), l'écran était tout petit, le film en vosta... et pourtant, ça m'a paru génial. A revoir dare-dare, dès sa sortie.

32 commentaires:

la greffe - générale !-D a dit…

Mmm... en manière de provocation, je dirais, mais alors, en toute gratuité, et sans donner aucune espèce d'explication (au sujet du film "de Almodovar") : un vrai - voire un grand ? - film d'auteur... dans le mauvais sens du terme, ahem !-D

Buster a dit…

Tu fais allusion au fait que le cinéaste signe ses films sans son prénom, signe manifeste de l'Auteur mondialement reconnu?
C'est vrai qu'Almodovar c'était devenu comme une grande marque, dont on reconnaît le style au premier coup d'oeil, même quand il essaie, depuis quelques films, de s'en "dé-marquer".
La piel... j'ai bien aimé malgré tout, le film est brillant plus que clinquant. C'est under control en permanence, on sent la maniaquerie dans la mise en scène, comme chez tout grand auteur, sauf que là ça manque un peu d'intensité, il y a quelque chose de répétitif et même sclérosant à la longue, même si c'est le propos du film... ça manque de folie intérieure qui fasse vibrer les plans, le film reste un peu à plat, voire illustratif à certains moments, ce qui me fait dire que cette peau n'est pas assez habitée... Pas un grand film donc, mais un bon film quand même.

(ps. c'est aussi la limite du grand film d'Auteur quand il s'attaque au cinéma de second rayon, il y a là comme une contradiction à la fois esthétique et économique qu'il est très difficile de surpasser)

vice(s) - et versa a dit…

Euh, merci... pour TES explications !-D

Oui, c'est à peu près ça...

La "signature sans prénom" - depuis de nombreux films déjà - c'est aussi "l'indéfini sexuel" (hé hé ! cette expression va être tendance, tu vas voir :-] à partir duquel PA a fait son "fonds de commerce, si je puis dire.

Plutôt que de s'en "dé-marquer", j'avancerais qu'il essaie de "légitimer" de plus en plus son cinéma aux yeux de la critique (ou de la "cinéphilie") "distinguée" ; d'améliorer la "qualité" de sa marque en quelque sorte. De la "peau-finer" ?-]

Pour moi, un film très "correct", et très intéressant. Et, à l'arrivée, un "bon film quand même" :-] Ce qui m'intéresse là-dedans - en esta "piel" (o, si prefieres, en esta pelicula) - c'est comment par rapport à des contraintes narratives (de mélange des genres) et commerciales, il y glisse des éléments tout à fait personnel. Par exemple, voir la fin, le retour à la boutique : le film semble conçu pour aboutir à cette conclusion dramatique (et morale).

PS : c'est aussi cet aspect qui me plaît assez : c'est déviant, mais chic (et inversement !-]

Buster a dit…

D’Almodovar je crois avoir vu tous les films (même les tous premiers, période Movida), signe de l’intérêt que je lui porte. Si je suis un peu plus réservé sur le dernier, c’est juste en comparaison de ses autres films dont aucun d’ailleurs n’est franchement raté, parce qu’en plus de son talent de conteur (qu’on a trop tendance à privilégier) Almodovar est un grand cinéaste du collage (expliquant que c'est certainement celui qui maîtrise le mieux la citation), collage de toute sorte (peinture, puzzle, patchwork...), et que, à ce titre, je veux dire esthétiquement parlant, ses films sont toujours passionnants... Celui-là aussi, mais un peu moins pour les raisons exposées dans ma note. Maintenant, comparé aux derniers films d’Aronofsky, Malick, Abrams, etc., c’est un "pur chef-d’oeuvre" :-)

DnD a dit…

Tout à fait d'accord sur le "trop-plein" narratif de la confession près du feu, que j'ai trouvée assez incongrue. Mais c'est ma seule réserve, je crois.
J'aime beaucoup ce que vous écrivez autour du collage.
En revanche, si le film est assez "froid", pour faire court, je ne le trouve pas désincarné. Pour moi, c'est une forme d'apnée. En vérité, le mot me vient en tentant de vous écrire, et il me vient après cette confession fleuve... Alors je me dis que c'est peut-être ce qui la sauve. Le personnage de Marisa P. est la première à en sortir et c'est comme quelqu'un reprenant un souffle trop longtemps attendu. Puis ce sera Banderas. Et enfin Vera, et alors le film, car le souffle du film est bien du côté de Vera, même si la maîtrise d'Almodovar n'est pas sans rapport avec celle du personnage de Banderas :-)
Mais j'arrête d'élucubrer. Cela me fait plaisir de lire quelques mots en faveur du film. Il y en a peu, en fait.
Je risque un pari (puisque tel est mon joyeux espoir !) : les derniers films d'Almodovar, depuis "La Mauvaise éducation" seront très fortement réévalués, mais ça va prendre un moment :-)))

Alban a dit…

C'est pas l'Almodovar mais le Téchiné qu'il faut voir en ce moment ! L'excellente (critique) Axelle Ropert dixit : "Faut pas se fier à la bande annonce et au titre, lourdingue et pas du tout au diapason du film. Téchiné parvient à faire ce après quoi il cherche depuis toujours, mais souvrent freiné par des lourdeurs scénaristiques (ses films des années 90) ou des tentatives maladroites de s'eesayer à l'air contemporain (les échanges par ordinateur entre dequenne et duvauchelle dans le précédent, si maladroits) : atteindre une vitesse du romanesque telle qu'on ne sache plus si c'est la liberté des personnages, la fuite en avant du temps ou la mort au travail qui donne cette allure filante. Là, il réussit sur tous les tableaux, sans doute parce qu'il a abandonné l'air du temps, l'envie de scénarios trop chargés , et que, commen souvent les cinéastes français, il est le meilleur quand il accepte une certaine invraisemblance et un certain archaïsme, qui sont ceux de grémillon, ophuls, guiguet, etc. En plus, chose étonnante, il filme la morbidité avec un sens nouveau de la malice, et évite tout à fait la pompe viscontienne attendue (cf. le dernier plan entre dussollier et bouquet). J'adore la liberté de ses personnages, qui fait qu'on accepte tout à fait que bouquet et asti soient de vieilles amantes. Et Bouquet, si souvent agaçante par son côté grande bourgeoise trash, est ici merveilleuse de simplicité."

Buster a dit…

D&D,
L'aspect désincarné c'est plus la menace qui pèse sur le film, de par son côté FIAC, que la réalité, mais vous avez raison, j'exagère certainement les défauts du film au détriment de ses qualités, ce qui est paradoxal vu que j'avoue en même temps bien l'aimer.
Disons que du film j'ai surtout apprécié la première partie, la plus clinique, cette succession de petits gestes très précis, sans paroles, puis la rupture de ton que représente l'arrivée de l'homme-tigre. La confession près du feu casse le rythme et la suite est un peu décevante, les deux flashbacks correspondant aux rêves respectifs de Roberto et de Vera, c'est une bonne idée, même si elle n'est peut-être pas très bien exploitée... surtout c'est la dernière partie, le retour au présent, qui m'a déçu, je trouve que ça manque de tension, à trop vouloir refuser l'outrance qui accompagne généralement ce genre de film, Almodovar étouffe un peu son récit. Vous parlez d'apnée, on peut dire aussi asphyxie... Mais c'est vrai que la fin est très belle avec ce retour du personnage chez lui, comme si de rien n'était, comme s'il disait "voilà je suis maintenant une femme mais c'est moi Vicente", ce qui du coup donne un nouvel éclairage au film, sur la question de l’identité sexuelle... Seulement ça arrive un peu trop tard à mon goût, d’où la dimension miraculeuse, j’aurais préféré que cette douceur qui annihile en quelque sorte la froideur du film, qui fait que le personnage se trouve finalement "bien dans sa peau", ait été amenée progressivement dans la seconde partie, peut-être existe-t-elle mais je ne l’ai pas ressentie.

Alban, j'ai vu Impardonnables hier soir, et c'est vrai que le film est pas mal du tout. C'est du Téchiné light c'est pour cela qu'il est réussi. J'en parlerai en détails prochainement.

vladimir a dit…

Tiens, tu ne modères plus les commentaires ? C’est sympa, on va pouvoir balancer des horreurs ! :D
A part ça, et pour rester correct, je n’ai aimé ni " La Piel que habito" que j’ai trouvé très ennuyeux, surtout la deuxième partie, ni "Impardonnables" que j’ai trouvé très insignifiant, surtout la deuxième partie. Et réciproquement.

Buster a dit…

T'as bien fait de passer, ça valait le coup!

vladimir a dit…

OK, j'ai pas développé :) je ne reviens pas sur le film d'Almodovar puisque j'éprouve les mêmes réserves que toi, sauf que pour moi elles sont suffisamment conséquentes pour rendre le film déplaisant. Pareil pour le Téchiné, je ne vois pas en quoi il faut tout accepter au nom du romanesque, d'abord c'est un film pas un roman, et le problème n'est pas que les personnages soient libres ou pas ou que ce soit vraisemblable ou non, c'est qu'on y croit pas une seule seconde à cette histoire. Et je ne parle pas seulement de l'histoire d'amour passée entre Carole Bouquet et Adriana Asti mais de tout le reste qui sonne faux du début à la fin.

Ivan a dit…

Non, ça sonne juste.

Buster a dit…

Vladimir

Bon, là c’est mieux :-)

Je ne reviens pas moi non plus sur le film d’Almodovar, on a vu à peu près le même film mais on en tire pas les mêmes conclusions. C’est le problème, j’en ai déjà parlé, des films inégaux, qu’on peut juger en partie réussis ou en partie ratés. Des films à 2 étoiles ou une seule? Tout dépend de ce qui est réussi ou raté, il suffit de pas grand-chose pour passer de l’un à l’autre...

Pour le Téchiné, tu réponds à ce qu’en dit Axelle Ropert, car moi pour l’instant je n’ai rien dit sauf que je trouvais le film plutôt réussi (une agréable surprise en ce qui me concerne car habituellement je n’aime pas beaucoup Téchiné). Sur la question de la liberté des personnages ou encore de l'invraisemblance, je suis plutôt d’accord avec ce que dit A. Ropert, sans être aussi enthousiaste qu’elle. C’est une liberté disons conditionnelle, la relation passée entre Bouquet et Asti, par exemple, n’est pas si invraisemblable que ça au sens où Téchiné essaie quand même par deux fois de nous la légitimer. D’abord en rajeunissant Asti puisqu’il lui fait dire qu’elle a eu son fils à 45 ans et comme il nous est bien précisé aussi que celui-ci a aujourd’hui 24 ans, ça nous donne l’âge du personnage, à peine 70 ans, soit 15-20 ans seulement d’écart avec le personnage de Bouquet. L’autre moment, c’est l’extrait de Prima della Rivoluzione où l’on voit Adriana Asti jeune (elle doit avoir une trentaine d’années), un insert dont la seule fonction est de montrer qu’à 35-40 ans elle devait être très séduisante et pouvait très bien connaître l’amour avec une jeune femme de 20 ans... Bon je me perds dans des détails sans intérêt, c’est juste pour relativiser cette idée d’invraisemblance, ce qui n’entrave en rien la réussite du film... et le fait que ça sonne juste comme dit Ivan.

PS. J’attends les réactions d’Anton, Boris, Sacha, Dimitri, etc. @ Marie Laforêt :-)

vladimir a dit…

Pas convaincu... poil au nez. Bouquet aussi est censée être plus jeune dans le film. Je dirais 40-45 ans. Soit une différence de 25-30 ans avec Asti. Qu’est-ce que tu dis de ça ?

Buster a dit…

OK j’élargis la fourchette: Bouquet 18 ans (majeure quand même) et Asti 42-43 ans. Là, ça te va?

vladimir a dit…

Mouais, admettons... mais le film n'est pas meilleur pour autant.

Feodor a dit…

Si, il l'est.

Buster a dit…

Pour un russe (Russ) c'est forcément meilleur (Meyer), comme disait Tura Satana... Ha ha ha

SR a dit…

je me suis déjà fadée le super nase Super 8 (qui est pire pire que ce que vous en disiez, comment peut-on aimer des films de Spielberg et... ça ?), il faudrait encore aussi que je me force avec les A utres A uteurs ? Abrahms, Almodovar, Andrétéchiné... stop, je suis pour la suppression totale des a majucules au ciné !

Lao Tsu Ben a dit…

film lounge - "fétichisant" comme écrirait un journaliste - mal construit - dont la maîtrise du décorum est plutôt impressionnante mais laisse de glace - personnellement - même au moment du dernier plan plutôt grotesque malgré lui à l'image du reste du film qui l'est sciemment(grotesque).

Griffe a dit…

@ SR : eh oui, les cinéphiles, surtout les critiques de cinéma, sont incorrigibles, mais cette histoire de nom propre est vieille, et d'ailleurs avec Spielberg (que je déteste) c'est encore la même histoire, mais des pères ou oncles de Godard ou Rivette on est tombé dans l'étendard, le fétichisme, le tic de langage, dommage. Mais dites-nous, quoi voir qui soit moins connu, plus secret, et où en est cet article sur droite et cinéma ?

Buster a dit…

Cette année il y a eu aussi Aronofsky, Allen, Au-delà, l'Arbre de vie, l'Ars melancolica...

Lao Tsu Ben, un film lounge et grotesque c'est plutôt bien, non?

Lao Tsu Ben a dit…

qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. J'aime bien ce que vous dites sur le film parce que c'est tout à fait ce qu'on attend qu'on dise sur le film (de mon point de vue en tout cas). Je suis très sérieux en disant "lounge" tout en sachant que c'est lapidaire expéditif etc. Vous vous êtes très bien appesanti... Et "lounge" non - ça sonne mal dans ma bouche personnelle - c'est un endroit avec des lumières tamisés pour que les gens se sentent bien ou mal. J'ai une dent contre le film. On peut dire "tape à l'oeil" on peut dire "rutilant" mais j'ai regretté le Cronenberg académique (et je pense à la superbe bande-annonce de son dernier film qui commence avec un postulat complètement bête comme à l'époque et qui a l'air d'un mélo génial et palpitant). J'ai vu tous les films de Joe Wright récemment et Almodovar me paraît pâle en comparaison.
Il y a un type qui parlait précédemment des réalisateurs académique qui essayaient de faire du cinéma bis. Pour moi Almodovar c'est académique.

SR a dit…

hmmm, Griffe, je suis en off et ne vois plus rien, presque plus rien, mais il y a dix jours j'ai beaucoup aimé 'Mes meilleures amies' (The Bridesmaids), avec 'Comment savoir' ça me va, deux films de l'année à ce jour :)
- j'aime souvent, parfois beaucoup, les films de Spielberg, pas toujours et il faut faire le tri et le retri, lui au moins n'est pas un GROS petit malin (contrairement à son épigone péteux de Super 8 - à l'image du môme héros du film, qui n'a rien d'enfantin [les enfants, le film, en plein "on mime les grands" et on feint d'être fan de miniatures], tout lui est dû et c'est acquis d'entrée... qu'il est géniaaaal, et que le monde et la pyrotechnie sont à sa botte).

(ouh, ce truc de droite et cinéma, ça date d'un blog mort et le reste... à l'avenant !)

Buster a dit…

LTB
Ah d’accord, je n’entendais pas "lounge" dans ce sens. Après, l’académisme oui bien sûr, il y a une forme d’académisme ici, surtout par rapport au propre cinéma d’Almodovar, moins novateur dans sa forme que dans le passé. Il m’est difficile de le défendre becs et ongles puisque je n’en suis pas fou moi non plus. Mais je ne le rejette pas en bloc au nom du film d’Auteur (le film est plus ambitieux que prétentieux). Almodovar ne travaille pas vraiment le genre (à la différence d’un Jess Franco dont l'Horrible Dr Orlof est certainement une meilleure variation du film de Franju), qui lui sert seulement de support pour mettre en scène ses obsessions. Et à l’arrivée, même si je préfère l’Almodovar de la Fleur de mon secret, même si tout est loin d’être réussi (le justaucorps de l’héroïne est absolument hideux - Gaultier, beurk, c'est la part la plus horrible du film), le film n’est quand même pas si atroce que ça...

Anonyme a dit…

SR, Buster
Et Arrietta alors, on en fait quoi? ;-)

SR a dit…

Aaanonyme (je me demandais si quelqu'un - Buster ou - la ferait celle-là) :
alors alors je l'ai eu au tél il y a quelques jours et il m'a dit préférer dorénavant et (pas) désormais qu'on l'appelle UFO ERRATA :))

Alban a dit…

Hey, Buster, à part ça vous avez lu l'article définitif de Chronicart sur le nouveau Donzelli ?

Buster a dit…

UFO ERRATA, est-ce que ça veut dire que les films d’Arrietta sont des ovnis que le cinéaste n'a de cesse de vouloir rectifier?

Le Donzelli pas encore vu. Donc pas lu de critique non plus. Je sais que Momcilovic est une des rares voix dissonantes dans l'incroyable concert de louanges qui accompagne le film. J’avais bien aimé la Reine des pommes, mais là c’est bizarre ce film, genre "ça n’arrive qu’aux autres" en plus joyeux et fougueux, ne m’attire pas beaucoup.

SR a dit…

oui ! (comme son nom de musique dans une grenouille déserte)

V.B a dit…

Grand Almodovar, du niveau de Parle avec elle (qui vieillit bien mieux que La Fleur…), qui ne me semble pas être en voie d’une recherche de légitimation quelconque puisque voilà plus de 10 ans (Tout sur ma mère) qu’il vogue sur le succès (et bien plus longtemps qu’il a été sacré Auteur, sauf dans son pays semble t il où certains le voient encore comme un traitre à la movida converti au design bourgeois), et ce même s’il risque au niveau de la réception de connaitre le destin d'un W. Allen, alternant succès populaire (Volver, bof) et accueil poli (voir condescendant, cf Le Monde, pour celui là). La Piel est d’une élégance narrative incroyable (j’ai pensé à Eyes wide shut) et non moins incarnée (vous avez parfaitement raison sur cette rupture de ton apportée par le tigre, tout droit sorti de la TV, réminiscence du violeur de Kika, et sur la simplicité à l’émotion contenue de la fin, magnifique). Je n’étais vraiment pas fan de ces deux derniers films, pour moi signe d’un essoufflement et d’un narcissisme qui tournait à vide. Là l’histoire de Jonquet lui donne un élan qui lui permet de toujours revenir à ce qui le travaille : transsexualisme, folie buñuelienne (Archibald de la cruz), emboitement narratifs (qui ne m’ont pas semblé aussi lourds que vous, notamment le 1er: c’est rare de retrouver des monologues au cinéma), classicisme– plutôt qu’académisme, et collage en effet… et à une douceur soyeuse, glaçante mais bien vivante (et parfois même drôle, le dénouement se fait quand même grâce à un tube de lubrifiant). Chaque détail qui pourrait passer pour gadget et inutile (les beaux plans de Vera nettoyant sa chambre et l’aspirateur serpent) son justifiés dans le récit (elle n’est jamais en contact avec Marilia), et sa façon de citer L. Bourgeois est plutôt fine (je sais ça va faire bondir certains, le début qui cite en quelque secondes Bourgeois et Munro m'a fait craindre le pire), tout comme cette histoire de yoga (L. Bourgeois au même niveau que le yoga ça me va). Seul, à mon sens, le personnage de collègue chirurgien n’est pas très réussi.
Quant au Donzelli : allez y ! J'avais découvert, ravie, en partie grâce à vous, La reine des pommes (dans mon souvenir vous étiez très enthousiaste…il est vrai qu’à l’époque le film est sorti en catimini), ce serait dommage que celui-ci pâtisse de son accueil ultra consensuel: le film ne l’est absolument pas, certains critiques ne s'y sont pas trompés (mais oubliez ceux qui vendent le film comme une histoire qui fait du bien: ça n'a rien à voir).

Alban a dit…

"Un traitre à la movida converti au design bourgeois" : j'acquiesce assez ! Son film n'a aucune tenue ni aucune folie, bref, aucune densité, les images succèdent aux images, propres, lisses, sans chair sans os sans sang sans rien, boostées par un défilé de musiques qui donnent au film une pure apparence de forme. Ce serait une série Z, avec un zeste d'humour, je dirais OK, mais là, qu'est-ce que c'est pompeux ! Le pire de l'Auteurisme, effectivement.

Buster a dit…

Merci VB et Alban d’alimenter ainsi le débat. Les positions semblent assez tranchées sur ce film. Pour ma part, je serais plus nuancé, ni enthousiaste ni consterné… Un film à revoir peut-être dans quelques années.

Le Donzelli, lui j’irai le voir prochainement. C’est vrai que la Reine des pommes, j’avais croqué dedans à pleines dents, il y avait là un sens du rythme et une liberté de ton assez remarquables, une fraîcheur surtout, qui est celle des premiers films et qu'on craint toujours de voir disparaître dans les oeuvres suivantes, du fait de l'expérience acquise (effets mieux maîtrisés mais parfois aussi davantage calculés). J'espère me tromper.