vendredi 5 août 2011

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Je ne suis pas super motivé pour écrire une (super?) note sur Super 8 qui n'est pas un super film... Non pas que le film soit détestable - c'est gentiment vintage - mais parce que franchement je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus que ce qui a déjà été dit. Pour cela il aurait fallu qu'Abrams se révèle un super cinéaste, ce qui n'est pas le cas - à côté de Spielberg ou de Dante, il ne fait vraiment pas le poids, de même qu'il n'arrivait pas à la cheville de De Palma avec son Mission: impossible III, conclusion: je n'ai même pas vu sa version de Star trek. Pour l'instant c'est dans Lost, la fameuse série à rallonge (et à la réputation un peu surfaite), que le talent d'Abrams s'est le mieux exprimé, à travers notamment son goût immodéré pour le cliffhanger, qu'il nous ressert ici de façon dégradée, en repoussant jusqu'à la fin la rencontre avec la créature, sauf que dans un film d'une heure cinquante, la frustration qui en découle n'a rien de jouissif...

Donc exit la note.
[ajout du 06-08-11: Bon allez, quelques mots quand même. Super 8 c’est quoi? Du millésimé 80 + quelques trucs pompés à droite et à gauche dans les films récents + les meilleurs spécialistes d’effets spéciaux (ILM et compagnie). Au total un pur produit de consommation qu’on avale d’une traite, sans trop rechigner (sauf à la fin, la rencontre avec la créature - complètement con – et le finale proprement dit, guimauve à volonté, mais c’est pas grave puisque c’est la fin), et qu’on oublie aussi sec une fois le générique terminé (où l’on voit le petit film amateur tourné par les enfants, une sorte de Bugsy Malone chez les zombies filmé en super 8). Autant dire que c'est très infantile, que ça sent le réchauffé, surtout que ça ressemble à un condensé de série, où les temps forts (ceux du récit) auraient été systématiquement remplacés par des scènes d’action (un vrai festival pyrotechnique), qui plus est de façon purement arbitraire (tout y est interchangeable, sauf la première scène, la meilleure, le déraillement du train au moment du tournage, car il y a là un vrai crescendo dramatique), de sorte que, par exemple, l'histoire entre les deux pères passe totalement à l'as... Le seul truc marrant du film, hormis quelques répliques qui mises bout à bout ne doivent pas dépasser la minute, c'est la façon dont se manifeste la "chose" au début, faisant tout disparaître (câbles électriques, moteurs, chiens, fours à micro-ondes...), surtout catapultant les objets dans tous les sens, ce qui donne aux séquences un côté toonesque - on pense à Tex Avery!].

PS. Beaucoup de critiques spielbergiens, qu’on appellera "les adorateurs du rayon bleu", voient en Super 8 un chef-d’œuvre. La nostalgie n’est plus ce qu’elle E.T.

Sinon, un petit quizz. Voici deux extraits d'entretiens de deux cinéastes différents (niveau de difficulté: 3 pour le premier, 2 pour le second, sur une échelle de 5). Qui parlent?

A propos du rapport au public:

La technique, la mise en scène, ça n'est guère qu'une sorte de prostitution qui ne m'intéresse pas du tout. Faire un film, c'est-à-dire raconter l'histoire d'un homme, d'une femme, de deux ou plusieurs personnes, en moins de deux heures ou en au moins deux heures, c'est une entreprise terrifiante qui mérite bien davantage qu'une habileté technique de prostituée. Non que certains éléments de la technique n'interviennent pas, et notamment dès qu'il s'agit de condenser. Mais les gens préfèrent que vous condensiez, ils acceptent tout naturellement que la vie soit condensée au cinéma. Et vous découvrez alors que les gens préfèrent cela parce qu'ils ont déjà compris ce que vous vouliez dire, et sont en avance sur vous. Il y a alors une sorte de compétition entre eux et vous, et vous cherchez à les heurter, pas à leur plaire: vous leur montrez que vous savez ce qu'ils vont dire, pour être plus honnête que ce qu'ils peuvent imaginer...

A propos de la critique de cinéma:

Je lis par exemple, ici et là, ce qui a été écrit sur le Diable probablement. Nulle part, je ne lis: "Bresson commence son film par un champ vide, et le termine par un champ vide". Partout on me parle du suicide de ce jeune homme et de l'écologie. J'entends bien que tout cela est essentiel au film, mais justement à cause du discours filmique tenu par Bresson et que je n'ai vu aucune part analysé. Non seulement les critiques manquent de méthode, mais un dégât terrible a été fait par un terrorisme du discours idéologique. Il semble qu'on revienne, mais bien timidement, à la réhabilitation de la cinéphilie. En fait, il n'y a qu'une chose à faire: voir les films et les revoir jusqu'à ce que leur grammaire vous devienne évidente. J'ai détesté du premier coup les Nus et les morts, mais je l'ai revu huit fois avant de pouvoir analyser mon refus, qui devient du coup beaucoup plus qu'une antipathie instinctive, même s'il s'enrichit de cette subjectivité. Le rôle du critique est de passer outre le contenu du film et son propre rapport au film pour retrouver le discours filmique. Aucun message n'est séparable de sa forme, mais l'erreur ordinaire de nos jours c'est de confondre le contenu du discours avec le comment du discours, finalement de porter un jugement moralisateur sur le réalisateur et son propos.

26 commentaires:

bruno andrade a dit…

Second one is Vecchiali.

Buster a dit…

Bingo! and the first?

vladimir a dit…

N'empêche, Super 8 c'est quand même mieux que Goodbye Charlie :))

Buster a dit…

Tu parles, c’est le film intergénérationnel par excellence, fait pour séduire le plus grand nombre, plus roublard tu meurs.. c’est pour ça d’ailleurs qu’il se laisse voir sans déplaisir.
Il y a une dizaine d’années, peut-être moins je ne sais plus (c’était à l’époque de Loft story), Stéphane Bouquet avait évoqué le SAD, syndrome adolescence durable, à propos de l’attachement qu’il jugeait excessif des Cahiers pour, entre autres, les teen movies. Là on est en plein dedans.

Lucie a dit…

Pas encore vu Super 8 (pas trop envie du coup)

Pour l'extrait n°1 : Eustache peut-être ?

Buster a dit…

Eustache? Pas bête, mais ce n'est pas lui.

Super 8, c'est un film pour cinéphiles en culottes courtes, mais vous pouvez essayer quand même!

Anonyme a dit…

Pour la première citation du quizz, il n'y a guère que Pialat pour parler comme ça...

(cette fois, je suis à peu près sûr de mon coup! si ça vous chante, vous pouvez faire durer le suspense quelques jours auprès de vos milliers de lecteurs! :-D

Anthony Prunaud.

Buster a dit…

Pialat? On se rapproche...

Anonyme a dit…

Ah, zut! encore raté!

Il s'en est fallu de peu pour que j'en mette ma main au feu!

Et moins facile que je croyais, ce quizz!

(bravo)

Anthony Prunaud.

Buster a dit…

Bah alors, personne n'a encore trouvé?

Anthony vous n'étiez pourtant pas loin.

sr a dit…

Pas très inspirant cette histoire de mise en scène en prostituée, chais pas : un Garrel genre ?

sr a dit…

ou un Rozier, moui (si c'est bien un frenchy).

Griffe a dit…

Dites-moi, cher Buster, pardonnez cet hors-sujet, mais est-ce que vous auriez sous la main l'entretien avec Gégauff publié par Limelight (numéro "Florilège") où il parle de la Nouvelle Vague sans y aller avec le dos de la cuiller ?

Buster a dit…

Négatif.
C'est ni Eustache ni Pialat ni Rozier...
En fait c'est pas un frenchy. Là ça devient fastoche.

Griffe, je n'ai pas cet entretien dont vous parlez...
Si vous le dégotez n'hésitez pas à le publier.

sr a dit…

ah parce que j'avais d'abord pensé à Fassbinder (qui parlait beaucoup du rapport aux spectateurs et de les provoquer), mais comme il semblait françois vue l'approche en commentaires...

Buster a dit…

Das ist nicht Fassbinder

Lucie a dit…

Coriace ce quizz... si même SR sèche :)

A tout hasard... Pasolini ?

Jeff McCloud a dit…

John Cassavettes ?

Buster a dit…

Yeaaaah... Jeff a gagné.

Il s’agit de l’extrait d’un entretien de Cassavetes (par Labarthe) paru dans les Cahiers en 1968 (peut-être pas très bien traduit)

L’entretien de Vecchiali (trouvé par Bruno) était lui paru dans Cinéma 77

Lucie c’est encore raté... La prochaine fois, je suis sûr, sera la bonne ;-)

Lucie a dit…

Je ne joue plus...

Non je plaisante ;)

Anonyme a dit…

Sinon la note sur Super 8, quoique un peu sévère (un pur produit de consommation, euh non quand même), est assez juste.

Buster a dit…

Oui je vous l’accorde la formule est un peu exagérée, c’était pour marquer le coup, une façon ironique de m’opposer à ceux qui, à propos de ce film, crient au chef-d’oeuvre.

rubik - abaque ?-] a dit…

(pour "meubler", parce que ça ne bouge plus beaucoup ici, on dirait ?!-D

Echange à la suite de la projection de Super 8 :

- Bon, je ne trouve pas ça nul... Disons qu'il y a un truc qui sauve ce film - d'être complètement nul - c'est la fin. Avec un objet, qu'on voit tout au début, avec insistance, et qu'on retrouve dans les vingt dernières minutes sans qu'on sache trop pourquoi. Il s'agit de... de ?
- De... du... truc autour du...
- Oui, du pendentif. Parce que tout le film ne parle que de ça - l'absence de la mère. Le monstre, c'est la figure qui réprésente cette absence - c'est le pendant... du pendentif.
- La mère, on la voit dans l'autre film - celui tourné en famille...
- Mais si on voulait dire du mal, uniquement pour dénigrer le film, on pourrait aussi dire : voilà, il y a plein de passages qu'on ne comprend pas. A un moment, on voit un "rubik's cube", qui traverse et troue le mur de la chambre du garçon.
- C'est pour construire le vaisseau spatial - on l'a vu dans le film du chercheur...
- Oui, mais, où il va ce rubik's cube - celui que ramasse le garçon, et qui le laisse dans sa chambre ? Il va s'écraser contre un réservoir, et... et ? Plus rien !? Ensuite, à la fin, il y a le "magnétisme" - puisq'il est question de ça. Bon, le vaisseau, il magnétise telles et telles bagnoles, telles et telles armes : oui, mais pourquoi pas toutes les bagnoles ? pourquoi pas toutes les armes ?
- Non, c'est bien. Comme les enlèvements. Quelques moteurs - huit fours - et des chiens...
- Moi, à la fin, j'avais un espoir : il y a eu ce plan sur le visage de celui qu'ils appellent "dents-de-lapin" - ou je ne sais plus quoi -, je me disais : "Chouette, ils vont lui décoller son appareil (dentaire)" ! Eh bien, non ! Bon toi, tu l'aimes bien ce film, on dirait...
- Oui, j'aime bien.
- Mouais. Bon. Vraiment ?
- Oui.
- Bon. Moi, j'ai lâché au deuxième tiers. Quand ils sont dans le fourgon militaire. Juste après qu'ils se fassent choper au collège. Après pour moi, c'est du n'importe quoi - trop irréel - trop débile même ; ça m'a saoulé. Pourtant, cette idée que le monstre a un pouvoir de télépathie, c'était pas trop mal. J'ai quand même continué à suivre, mais de loin - je me suis détaché. J'ai lâché, mais je ne me suis pas endormi - je me suis laissé distraire, disons.
- Non, moi - tout était bien.
- Ah ? Bon. Nan, rien, alors...

Et puis, on a changé de conversation.

Buster a dit…

Tout le problème est là, le film est plaisant à regarder mais ne fonctionne pas sur le plan fiction. On a en permanence l’impression que les effets spéciaux sont là pour combler les lacunes du récit. Bien sûr que l’absence de la mère est le coeur du film, mais à multiplier les fausses pistes, en entrouvrant plein de petites portes qui ne débouchent sur rien, juste pour retarder la rencontre avec le monstre (et non égarer le spectateur, ce qui peut faire la force d’une série lorsqu’elle reste ainsi perpétuellement ouverte), bref à nous enfumer en permanence avec tous ces gadgets eighties (dont le faux rubik’s cube est en sorte l’emblème), le transfert de la mère à la créature (psychanalyse bêta, je simplifie à dessein) tombe complètement à plat, l’histoire se trouve évidée comme les bagnoles du film. C’est dommage parce qu'il y a un côté ferraille dans Super 8 que j’aime assez.

'33 a dit…

Star Trek c'est fabuleux, beaucoup mieux que Super 8 (je suis d'accord avec vous) et Mission Impossible 3. C'est le film d'action-aventure moderne parfait, à mes yeux. C'est ce qu'il a fait de mieux.

Buster a dit…

C'est vrai que n'ayant pas du tout aimé MI:3 et n'étant pas fan de Star trek, j'avais fait l'impasse sur le film. Maintenant, si c'est aussi bien que ça...