dimanche 3 juillet 2011

DSK (2)

Ah bah ça alors, la femme de chambre, que "l’ignoble" DSK aurait tenté de violer, ne serait pas la pauvre petite oie blanche (hum...) qu'on nous décrit depuis le début.

Rappel non pas des faits (tout le monde les connaît) mais de mon opinion (et de son évolution) sur l'affaire:

Billet du 17 mai (je traite l'événement sur le mode humoristique...).
L’invraisemblable vérité. A en croire beaucoup, "Felony", le dernier film de Barbet Schroeder serait un pur chef-d’œuvre. Digne des meilleurs Fritz Lang, période américaine. Un homme politique très puissant (Michael Douglas, excellent) se trouve accusé de viol par la femme de chambre (Halle Berry, plus sexy que jamais) du grand hôtel où il a passé la nuit. Tout l’accable (son départ précipité de l’hôtel, sa réputation d’homme à femmes - on parle même d’addiction sexuelle -, des prélèvements ADN concordants...), le procès est une formalité pour l’accusation, le héros va être condamné, mais au dernier moment un événement inattendu permet de l'innocenter. C’était une machination ourdie par certains grands milieux d'affaires pour l'éliminer de la scène politique. Happy end, sauf que...

Billet du 20 mai (on passe aux choses sérieuses).
L’affaire DSK où l’art de parler pour ne rien dire... Elle, l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol, lui, nie les faits. Point barre. Fermez le ban. Tout le reste n’est que divagations, ragots et règlements de comptes. Que les intimes de DSK soient bouleversés par ce qui lui arrive et trouvent honteux qu’on le montre ainsi menotté, hagard et pas rasé, quoi de plus normal. Que certains, surtout des femmes, se disent choqués par notre manque de compassion à l’égard de la victime présumée, quoi de plus normal. Toutes ces réactions indignées, qui touchent à l’affectif, sont parfaitement légitimes (même si elles ne sont pas exemptes d'un certain déni dans le premier cas, de démagogie moralisatrice dans le second), et vouloir les opposer n’a aucun sens. Mais à nous les ressasser ainsi, en boucle, toujours identiques, elles finissent non seulement par prendre toute la place au niveau médiatique (au point qu'un événement comme le festival de Cannes se trouve réduit à la portion congrue - voir les provocations d'un Lars von Trier, amenant à son exclusion du festival, quasiment passées inaperçues), mais surtout par aller à l'encontre du but recherché.
Le processus de "scandalisation" qui aux Etats-Unis caractérise la première étape, accusatoire, de la procédure judiciaire est en soi discutable (le perp walk a quelque chose d’injuste dans la mesure où le suspect est finalement traité comme s’il avait été pris en flagrant délit), mais c’est la surmédiatisation qui, comme toujours, rend cette étape insupportable. L'obsession du scoop et la course à l'audience sont telles que ce qui pouvait encore passer il y a une vingtaine années pour un simple droit à l’information s’apparente aujourd'hui au pire mercantilisme...

Commentaires du 21 mai (je m'explique...).
(...) Je crois qu’il s’est en effet passé quelque chose dans la chambre 2806, mais quoi exactement? Il faudrait déjà avoir la version des faits selon les deux intéressés (pour l’instant c’est le rapport de police d’un côté et le silence de l’autre). Dans le "témoignage" de la femme de chambre (du moins tel que le rapporte la police), le seul truc qui me gêne c’est la description comme quoi DSK lui aurait sauté dessus, à peine qu’elle soit entrée, comme une bête sauvage à l’affût, comme si par-là on voulait couper court à toute ambiguïté sur le caractère consenti ou non d’un éventuel acte sexuel. L’expression "sauter dessus" est ce qui est systématiquement rapporté à propos de DSK dans ses relations aux femmes. C’est peut-être un satyre, mais je trouve ça un peu étrange, je ne peux m’empêcher de penser au film de Costa-Gavras, Z, et à l’expression "il a bondi comme un tigre" à laquelle tous les témoins recouraient pour décrire la scène du meurtre, répétant ainsi bêtement ce qu’on leur avait dit de dire. Maintenant, si DSK a vraiment sauté sur la femme de chambre dès son entrée, c’est peut-être aussi qu’il l’a prise pour une autre. On oppose deux scénarios, celui de l’obsédé sexuel (bizarre que depuis il n’y ait pas eu d’autres révélations que celles que l’on connaissait déjà) et la grosse machination politique. Mais il y en a plein d’autres, à commencer par une affaire simplement crapuleuse, pour extorquer du fric à un VIP réputé pour être un chaud lapin, sans savoir d’ailleurs - et c’est là le hic - que le VIP en question était le patron du FMI. Oui bon, je vois trop de films. Attendons.
(...) Je pense que la distinction séduction/viol que certains (surtout à gauche) mettent en avant est trop réductrice, car il y a entre les deux la question du harcèlement et dans le cas de DSK, oui peut-être, il aurait pu être poursuivi pour cela dans le passé. Mais là encore, qu’est-ce qui vous permet de croire comme d’autres (surtout à droite) que le harcèlement sexuel (ou simplement la boulimie sexuelle) conduit automatiquement au viol ou même à sa tentative? Je ne cherche pas à le disculper (même si personnellement je souhaiterais qu’il soit innocent, bien qu’il ne pourra jamais l’être totalement), mais je ne m’associe pas à l’hallali orchestré par quelques dirigeants puants. Donc, je le répète (et quand bien même je me permets d’échafauder des scénarios abracadabrants): attendons.
(...) J’en ai un peu marre de ce reproche récurrent d’absence d’empathie envers la victime présumée parce qu’on s’indigne du traitement infligé au présumé coupable. On n’est pas obligé à chaque fois qu’on parle de DSK de rappeler à la fin qu’on pense aussi à la victime. Et puis, c’est la procédure américaine et son système accusatoire qui fausse la réception qu’on peut avoir au départ d’un tel fait divers (je ne parle même pas des juges qui doivent flatter leur électorat). En surexposant médiatiquement le présumé coupable (surexposition d’autant plus violente qu’il est célèbre), tout en préservant le plus possible (difficile de nos jours) l’anonymat de la victime supposée, on pipe un peu les dés, car du coup le public tend à se déterminer par rapport au seul suspect, soit en collant à ce dont il est accusé, et alors on se lance (...) dans les formules vengeresses (Fury n’est pas loin), soit en s’indignant de l’humiliation qu’une telle surexposition provoque immanquablement.
Et ne me dites pas que dans cette histoire ceux qui demandent de la compassion pour la victime ne préjugent pas de la culpabilité de DSK. Dans pratiquement tous les papiers que j’ai lus appelant à plus d’empathie pour la victime présumée (certains ont même lancé une pétition), on voit vite que leur jugement concernant DSK est fait depuis le début. Bon, vous me direz que l’inverse est vrai, que ceux qui s’offusquent de la manière dont il a été traité sont pour la plupart convaincus de son innocence. Oui mais pas moi...

Quant aux propos sexistes qui fleurissent un peu partout et font bouillir (à juste titre) les féministes, c’est le reflet de notre société, l’affaire DSK en est le support, mais c'en est un parmi d'autres. Là encore c'est la surmédiatisation de l'affaire qui amplifie démesurément le phénomène. Ne pas tout confondre.

Commentaire du 24 mai (l'idée chez moi que DSK soit coupable commence à faire son chemin).
(...) Mélange de sentiments divers: incrédulité (ce n’est pas possible), colère (et la présomption d’innocence?), horreur (et si c’était vrai?), fascination (il y a quelque chose de fou), tristesse (quelle déchéance)...

Billet du 25 mai (tout ce fric dépensé, étalé, m'indispose).
Après DSK 1: l'invraisemblable vérité et DSK 2: le lynchage médiatique, on attend beaucoup de DSK 3: le pouvoir et l'argent (sortie le 6 juin). Une production Anne Sinclair Films.

Commentaire du 26 mai (la perversion chez DSK, je n'y crois pas, ce que je crois au contraire c'est à son penchant, éminemment machiste et propre à l'homme de pouvoir, pour les relations ancillaires).
Mabuse? Pas de rapport direct avec l'affaire, mais avec DSK. Maintenant que le choc du scandale est amorti, on revient aux fondamentaux: le pouvoir et le fric, l’emprise des tout-puissants sur les petites gens, du patron sur l’ouvrière, qui lui fait croire que parce qu'elle n’ose pas se défendre au début (de peur de perdre son emploi) elle est consentante, et que de toute façon elle ne dira rien (toujours de peur de perdre son emploi), et que quand bien même elle parlerait on pourra toujours s’arranger financièrement...
Sinon incroyable le nombre de militants socialistes qui restent convaincus que DSK est victime d’un coup monté - ils lisent trop mon blog :-) Certains croient même qu’il va être blanchi et pourra se présenter aux présidentielles!

Billet du 2 juin (suite...).
DSK disséqué. Ce qui est sûr à propos de DSK c’est qu’il va plaider non coupable. Ce qui est sûr aussi c'est que je me suis trompé sur l'homme, indépendamment de ce qu’il a fait. De lui, je ne savais rien finalement, sinon qu’il était un jouisseur, un vrai, qui aime les femmes et l’argent, les mauvaises langues diront l’argent de sa femme, une femme que, d'ailleurs, je ne croyais pas si fortunée (Anne Sinclair restait pour moi l’ancienne journaliste de "7 sur 7", aux yeux bleus et pulls mohair, qui avait sacrifié sa carrière pour celle de son mari - cela dit une femme qui dilapide sa fortune pour sauver un mari infidèle qui l'a une nouvelle fois trompée, et dans des circonstances autrement plus méprisables, moi je trouve ça beau, on est toujours dans la tragédie). Son style de vie - désinhibé, donc, pour ce qui est du sexe et du fric - n’était pas compatible avec celui d’un candidat à la présidence de la République. Moins parce qu’il se posait en homme de gauche (ne soyons pas hypocrites) que parce que ce style de vie n’est plus en phase avec l'époque.
DSK est une caricature à lui tout seul. Si son modèle économique est encore d’actualité, sa conception du pouvoir, elle, est d’un incroyable archaïsme. On pourrait citer les années 60, John et Robert Kennedy comme référence (la frénésie sexuelle des deux frangins est aujourd'hui bien établie), et voir en DSK une sorte de soixante-huitard embourgeoisé ("jouissez sans entraves"), mais je crois qu’il faut remonter plus loin encore, à l’époque véritablement bourgeoise des rapports entre maîtres et domestiques. En un sens JFK, je veux dire Jean-François Kahn, n’avait pas tort de parler de "troussage de domestique", sauf que ça ne se dit pas, surtout en rigolant, parce que ce n’est pas politiquement correct - misère de notre époque où tout ce qu’on dit doit être pesé et soupesé, le moindre petit dérapage entraînant sur-le-champ, orchestrés par tous les ayatollahs de la bien-pensance, levée de boucliers et pilorisation - eh oh, je préfère quand même une bonne blague, même grivoise, à l’éternel sermon antisexiste!
Car si l’on peut s’offusquer du machisme de certains (la muflerie a ses limites), il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Ras-le-bol de ces discours pudibonds, pire, de ces saillies verbales qui, à l’image des tabloïds américains, assimilent DSK à un monstre pervers...
Cinématographiquement parlant j’évoquais Fritz Lang, on pourrait donc aussi évoquer Renoir (via Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau). Car quand bien même DSK serait victime d’un coup monté, c’est lui et lui seul qui s'est mis dans le caca (le complot aurait alors juste consisté à appuyer sa nomination à la tête du FMI, c’est-à-dire à l’envoyer aux Etats-Unis, sachant que c’était le seul pays où il risquait d’être inculpé pour une affaire de mœurs). Maintenant si les tests ADN sont réellement concordants, il devra, pour se défendre, reconnaître un rapport sexuel consenti avec la femme de chambre et dénoncer ensuite un traquenard (sinon on ne voit pas pourquoi elle l'accuserait), et c’est là qu’on entre dans la bataille la plus sordide, celle entre avocats, où tous les coups sont permis pour discréditer la partie adverse, un truc qui m’a toujours débecté. Bref, tout est glauque dans cette histoire, comme dit l’ami Dany...

Commentaires du 7 juin (un peu de Strauss et de Kahn).
Si je défends, d’une certaine manière, JF. Kahn ce n’est pas parce que je considère le troussage de domestique comme une chose insignifiante qui ne relèverait pas du viol, mais parce que 1) on sent bien que dans la bouche de Kahn il ne s’agit pas de faire une bonne blague (...). Kahn manifeste ici sa gêne, cherchant maladroitement à sauver ce qui pourrait encore être sauvé de son ami DSK qui à ses yeux a sûrement commis l’irréparable (on n’est plus dans le déni des premières heures), mais pour lequel il cherche des circonstances atténuantes (en gros, un jeu de séduction qui aurait mal tourné); 2) la formule "troussage de domestique", utilisée par Kahn est presque un lapsus, non pas qu’il cautionne inconsciemment ce genre de pratique, mais parce qu’il révèle ainsi à demi-mot quel type de rapport pouvait avoir DSK avec certaines femmes, jouant non plus de la séduction mais bien de son pouvoir.
(...) Sinon JF. Kahn s’en remettra, je crois même qu’il reviendra doucement mais sûrement sur la scène médiatique. C’est le sentiment de honte qui pour l’instant lui impose de se retirer... une honte qui n’a rien à voir avec celle des faux-culs-bénits de la droite pour qui DSK a sali l’image de la France (la femme pour eux c’est la nation)...

Depuis j'attendais... Et là, boum, le récit des événements fait par la femme de ménage était "erroné". Elle ne serait pas sortie de la chambre 2806 en état de choc, mais aurait au contraire continué son service, allant nettoyer une autre chambre de l'étage avant de revenir dans la 2806 (pour y faire quoi?). Elle aurait des liens avec des trafiquants de drogue et, le lendemain de l'arrestation de DSK, aurait téléphoné à son petit ami, détenu en prison, pour lui dire (en dialecte guinéen) de ne pas s'inquiéter, que le type (DSK donc) était plein d'argent et qu'elle savait ce qu'elle faisait, soit le scénario abracadabrant que j'évoquais au départ. Bigre, ça sent le non-lieu à plein nez cette histoire... Et son avocat, le grotesque Kenneth Thompson (qui m'avait piégé avec son groupe de femmes de ménage venues conspuer DSK devant le tribunal), qui avait appelé toutes les femmes de la planète, qui dans le passé auraient été violées par DSK, de se mettre en contact avec lui, et qui là en remet une couche en décrivant, force détails à l'appui (son discours reprend celui des tabloïds), comment DSK, the perv (digne d'un Emile Louis), a agressé, pour ne pas dire massacré, sa cliente... D'un autre côté, je comprends sa haine, vu le paquet de fric qui est en train de lui échapper.

Ce qu'on peut retenir de cette lamentable affaire (au demeurant fascinante), c'est que le temps de la justice est radicalement différent de celui des médias, même si là, en l'occurrence, vu la personnalité de l'inculpé, vu justement l'emballement médiatique que cette inculpation a provoqué, la justice a dû accélérer son travail. On peut retenir aussi que la mécanique judiciaire américaine n'a vraiment rien à voir avec la nôtre, mécanique à deux temps, avec un premier temps à charge pour l'accusé (considéré plus comme présumé coupable que comme présumé innocent), où l'on essaie de rassembler au plus vite (ici trop vite, avec trop de zèle, qu'on rattachera peut-être au fait que DSK allait quitter les Etats-Unis - c'est le syndrome Polanski) les preuves de sa culpabilité, et puis un deuxième temps, à charge pour la victime présumée cette fois, où l'on enquête sur sa crédibilité, fouille son passé, et si par malheur on découvre qu'elle a menti, alors c'est quasiment foutu pour elle... Elle aurait seulement menti sur son passé que déjà il eut été peu probable qu'un jury condamne DSK (puisqu'il faut l'unanimité), mais si en plus elle a menti sur le déroulement exact des faits (et quand bien même il y aurait eu tentative de viol - c'est aussi ça le drame, aux States, mentir à la justice est le pire des crimes), l'accusation s'effondre d'elle-même...

Reste la question principale. Si d'aventure DSK n'était plus poursuivi, qu'en serait-il malgré tout de son image en vue des présidentielles? Car quel que soit le dénouement (étant entendu qu'on risque de ne jamais savoir ce qui s'est réellement passé dans la chambre 2806), il restera quand même de DSK l'image d'un indécrottable baiseur... On pourra toujours arguer qu'il s'agissait pour lui d'enterrer sa vie de garçon/directeur du FMI avant de passer à celle, plus sage (sexuellement parlant), de futur Président de la République, ou encore d'assouvir un vieux fantasme, celui de la femme noire, pauvre et musulmane (soit l'opposé d'Anne Sinclair, diront les mauvaises langues), il n'empêche, je le vois mal revenir dans la course. Quelles seraient ses chances? L'image du "grand économiste" pourrait-elle, même en temps de crise, effacer celle, définitivement installée maintenant, du "gros bandeur bling-bling"? Moi j'en doute, mais en France, qui sait...

PS1. Si DSK était innocenté, la seule victime finalement de cette histoire serait Georges Tron dans la mesure où sans l'affaire DSK il n'y aurait jamais eu d'affaire Tron.

PS2. Maintenant que tout le monde, au prix d'un courageux retournement de veste, s'acharne sur la femme de ménage, je me verrais bien prendre un peu sa défense. Hé hé... je suis comme ça, moi.

2 commentaires:

guillaume a dit…

je relisais justement vos billets et commentaires avant que vous ne les repostiez, je dois reconnaître que vous aviez vu juste, l'hypothèse d'une affaire crapuleuse je ne l'avais lue que sur votre blog. donc mea culpa

Buster a dit…

Aucun mérite Guillaume, je ne faisais qu'envisager toutes les hypothèses même si, c'est vrai, à écouter les commentateurs, il ne semblait en exister que deux: soit il y a bien eu tentative de viol de la part de DSK (hypothèse de plus en plus forte à mesure que les jours passaient), soit c'est un complot politique (hypothèse faible, sauf chez les strauss-kahniens purs et durs, jusqu'au coup de théâtre de ces derniers jours).