lundi 6 juin 2011

Toutes ces fleurs

Bon d’accord, il reste encore Kaurismäki, Moretti, Bonello, Reichardt, Carpenter, etc., l’année est loin d’être finie. Mais pour l’instant, question cinéma, 2011 c’est quand même moyen moyen. Après Eastwood, les frères Coen, Aronofsky, Skolimowski, Hellman, Allen, c’est au tour de Malick de se "planter" avec son gros narbre. C’est bien simple, jusqu’à présent je n'ai véritablement aimé que quatre films parmi tous ceux qui sont sortis en salles: Comment savoir de James L. Brooks, l’Etrange affaire Angélica d’Oliveira, Hahaha de Hong Sang-soo et dernier en date, mais pas le plus récent: Je veux seulement que vous m’aimiez de Fassbinder. Quatre films en six mois, à ce rythme-là je n’aurai jamais les dix nécessaires pour établir mon top de fin d’année.

Quelques mots sur le Fassbinder:

D’abord un plaisir esthétique, celui de retrouver le 16 mm, le grain de l’image, les focales longues, créant une vraie poétique du flou, à travers notamment tous ces premiers plans de verres et de bouteilles - le père du héros tient une brasserie -, ce qui confère au film un aspect tachiste et miroitant absolument magnifique. Et ce n’est que de la télévision, comme quoi ce n’est pas la peine de dépenser des mille et des cents pour qu'un film soit beau. Ce téléfilm appartient à la période la plus riche de l'œuvre fassbindérienne, de par son esthétisme justement, si l'on compare aux premiers films, mais sans les excès esthétisants de la dernière période. Film éminemment politique, assimilant famille et capitalisme, éminemment œdipien (et donc autobiographique), Je veux seulement que vous m'aimiez emprunte au mélodrame social, ce que je préfère le plus chez Fassbinder. Ici on est un peu à la croisée de Kieslowski (et son "Décalogue") et de Kaurismäki (et sa trilogie ouvrière). En plus beau encore. Le film est traversé par un vrai motif, à la fois symbolique et pictural: le bouquet de fleurs que le héros offre invariablement aux quelques femmes qui peuplent sa vie, d'abord sa mère, depuis cette scène primitive quand, enfant, il avait volé des fleurs et qu'en retour elle l'avait battu avec une incroyable férocité, jusqu'à démolir le cintre qui lui servait de cravache; puis sa propre femme, une amie d'enfance (mais aussi la grand-mère de celle-ci, autant de substituts maternels), les fleurs offertes témoignant alors du geste minimal d'amour, prélude à tous les autres, infiniment plus coûteux - robe, bijou, machine à tricoter - amenant le personnage à s'endetter de plus en plus, donc à travailler de plus en plus, jusqu'à l'épuisement, jusqu'au vide (superbes séquences d'errance urbaine), jusqu'au geste fatal: le meurtre du "père"... La fleur donc (il n'est jusqu'au papier peint de l'appartement qui rappelle le motif floral). Au delà du politique, c'est bien le besoin d'amour qui, comme le titre l'indique, est au cœur du film, besoin d'autant plus récurrent que les parents, symbole du capitalisme petit-bourgeois de l'Allemagne d'après-guerre, n'ont aimé leur fils, véritable exploité, que le temps nécessaire à ce qu'il leur construise une maison. Il y a dans le film une scène merveilleuse, celle de la demande en mariage (le film n'est pas construit chronologiquement). On voit l'homme et la femme se promener au milieu d'un chantier sur un sol détrempé et boueux. L'homme offre à la femme son traditionnel bouquet et lui annonce qu'il veut l'épouser. Celle-ci laisse alors tomber le bouquet et enlace l'homme en signe d'acceptation. Mais nulle envolée lyrique. Au contraire, au moment même où elle apparaît transportée de bonheur, elle s'enfonce littéralement dans la boue, jusqu'aux chevilles. Tout Fassbinder est dans ce plan. Sublime.

Sinon, quelques mots de tennis:

J'ai vu la finale de Roland-Garros entre Nadal et Federer. Difficile de se passionner totalement pour un match dont on connaît à l’avance non pas le scénario et ses ressorts dramatiques (sinon à quoi bon regarder), mais le résultat. OK, Federer a quasiment fait jeu égal avec Nadal pendant trois sets et trois jeux. Pour autant il n'a pas gagné, il n'a pas battu Nadal... Comme d'habitude, serait-on tenté d'ajouter. C’est pourquoi sa victoire sur Djokovic en demi-finale m’avait laissé un sentiment partagé. Heureux pour celui qui, dans l’absolu, reste le plus grand joueur du monde, déçu pour la finale car seul Djokovic était à même de battre Nadal, même si battre Nadal en finale d’un tournoi Masters est une chose et que le battre en finale d’un tournoi du grand Chelem en est une autre (on pourrait transposer au tennis - du moins au tennis sur terre battue - la définition du football selon Lineker: 22 joueurs qui courent après le ballon pendant 90 minutes, et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne; soit, à propos de Roland-Garros: deux types qui se renvoient la balle pendant au moins trois sets, et à la fin c’est Nadal qui gagne). Federer avait beau jouer le meilleur tennis qu’il ait jamais joué sur terre battue, Nadal avait beau ne plus être le Nadal de 2008 qui, cette année-là, avait étrillé le Suisse en finale, le différenciel restait en faveur de l’Espagnol. Notamment sur les points importants. Question mental, Nadal est toujours aussi monstrueux, comme l’était en son temps Borg qu’il vient d’ailleurs d’égaler avec ce sixième titre à Paris. Respect.

PS. Avec cette victoire Nadal a aussi vengé "el pepino", le concombre espagnol, injustement accusé de meurtres. A ce propos, j'apprends que la "police" allemande tient aujourd'hui un nouveau suspect: la pousse de haricot mungo, plus connu sous le nom de "germe de soja". Autrement dit un mineur. Non mais franchement, dans quel monde vit-on...

13 commentaires:

marie a dit…

il y a aussi le prochain Hong Sang-soo

Buster a dit…

Ah oui c’est vrai, le tout dernier alors, The day he arrives (l’avez-vous vu? j’ai cru comprendre que vous étiez à Cannes) parce que le précédent Oki’s movie, qui est superbe, n’est pas encore sorti lui non plus.

FG a dit…

http://youtu.be/Sqd_ahexAsM


J'ai plutôt apprécié le dernier Mike Leigh (quoique, il était déjà sorti en 2010 je pense), le dernier Peter Weir, Road to nowhere de Hellman, Agua fría de mar de Paz Fábrega, et Devil

Buster a dit…

Ja ja ja... viva el pepino!

'33 a dit…

Je pensais à peu près la même chose que vous avant Cannes, mais le festival m'a redonné (un peu) espoir pour cette fin d'année. Et même (un peu) espoir dans le cinéma d'auteur : Allen (je ne suis pas du tout d'accord avec vous, pour le coup), Moretti, Almodovar, Honoré, Bonello, tous ces auteurs dont je n'aimais pratiquement aucun film récent m'ont positivement surpris.
Et puis la saison des blockbusters n'est pas encore arrivé ; l'été est une période riche pour qui aime fureter hors des sentiers auteuristes (ce n'est sans doute pas votre cas, mais j'attends énormément du prochain JJ Abrams)

Buster a dit…

Espérons, espérons...

Mais le Woody Allen est lui désespérant. Franchement je ne comprends pas ce qui vous plaît dans ce film. Pour paraphraser et détourner (gentiment) ce qu'en dit Lalanne, je définirais Minuit à Paris comme "une carte postale sur les cartes postales".

'33 a dit…

Mais Lalanne adore, bien plus que moi encore ! c'est un de ses films préféré de Cannes (et de l'année).

'33 a dit…

par ailleurs, c'est très bien les cartes postales, j'adore ça.

marie a dit…

oui espérons que le jour heureux où The day he arrives arrivera sur nos écrans est un jour qui arrivera bientôt pour aller le revoir en dehors du tourbillon cannois.
Pas encore vu le Allen donc par encore d'avis sur ce film mais moi j'aime bien les cartes postales, c'est peut-etre la première chose que je lis sur ce film qui me donne envie d'y aller finalement. ( le titre dans les inrocks "mauvaise allen" etait un peu facile mais quand même petit sourire en tournant vite la page )

Buster a dit…

Sauf que c’est un film, ce qui compte c’est moins l'illustration que ce qui est écrit au dos de la carte. Là je n’y ai lu que "Bon souvenir de Paris".

Buster a dit…

PS: ’33, je sais bien que Lalanne l’adore, c’est d’ailleurs pour cela qu’il distinguait film-carte postale et film sur les cartes postales. D’où ma formule :-)

Anonyme a dit…

les deux plus grands films de l'année pour l'instant c'est bien celui de Malik qui est absolument prodigieux et dans un registre radicalement opposé celui d'Allen qui lui est un véritable enchantement.

Tietie007 a dit…

Moi j'ai adoré Padre Padrone ...