vendredi 20 mai 2011

DSK

Le sinthome.

L’affaire DSK où l’art de parler pour ne rien dire... Elle, l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol, lui, nie les faits. Point barre. Fermez le ban. Tout le reste n’est que divagations, ragots et règlements de comptes. Que les intimes de DSK soient bouleversés par ce qui lui arrive et trouvent honteux qu’on le montre ainsi menotté, hagard et pas rasé, quoi de plus normal. Que certains, surtout des femmes, se disent choqués par notre manque de compassion à l’égard de la victime présumée, quoi de plus normal. Toutes ces réactions indignées, qui touchent à l’affectif, sont parfaitement légitimes (même si elles ne sont pas exemptes d'un certain déni dans le premier cas, de démagogie moralisatrice dans le second), et vouloir les opposer n’a aucun sens. Mais à nous les ressasser ainsi, en boucle, toujours identiques, elles finissent non seulement par prendre toute la place au niveau médiatique (au point qu'un événement comme le festival de Cannes se trouve réduit à la portion congrue - voir les provocations d'un Lars von Trier, amenant à son exclusion du festival, quasiment passées inaperçues), mais surtout par aller à l'encontre du but recherché.
Le processus de "scandalisation" qui aux Etats-Unis caractérise la première étape, accusatoire, de la procédure judiciaire est en soi discutable (le perp walk a quelque chose d’injuste dans la mesure où le suspect est finalement traité comme s’il avait été pris en flagrant délit), mais c’est la surmédiatisation qui, comme toujours, rend cette étape insupportable. L'obsession du scoop et la course à l'audience sont telles que ce qui pouvait encore passer il y a une vingtaine années pour un simple droit à l’information s’apparente aujourd'hui au pire mercantilisme. Ce qui m’a d'abord frappé dans cette affaire c’est le décalage au niveau de l’information entre Internet, sur lequel j’ai appris la nouvelle dans la nuit de samedi à dimanche, via une info émanant du New York Post, sans autre commentaire, ce qui rendait la chose totalement surréaliste, rapidement suivie par toute une flopée de nouvelles infos, elles plus ou moins fiables, et le traitement différé de l’événement par la presse et la télévision qui n’avaient rien à dire de plus que ce que l’on savait déjà (par le Net, donc, c’est-à-dire pas grand-chose), obligées dès lors de broder à n'en plus finir et d’ouvrir des débats oiseux (entre autres sur le rôle de certains médias et de la classe politique qui connaissaient les antécédents sexuels de DSK et n’ont jamais rien dit, comme si aurait dû jouer le principe de précaution!) sans se rendre compte un seul instant que tout ce déballage, jusqu'au plus sordide - je pense à Bernard Debré et ses propos de caniveau, normal, me direz-vous, c’est un urologue -, faisait le jeu, encore une fois, de la blondasse frontiste.
Pour le coup, c'est ailleurs que l'on trouve les "interprétations" les plus intéressantes sur l'affaire: paroles insolites, insolentes, éminemment discutables mais acceptables parce que s'écartant des analyses faussement objectives dont nous gavent journalistes et politiques pour atteindre à la seule chose qui vaille, pour l'instant, en dehors de se taire: le point de vue artiste. Ainsi celui de Luis de Miranda dans Libé donnant de DSK une image à la fois kantienne et sadienne:

"C’est entendu, il y a quelque chose de bestial dans le royaume de DSK. Cette sauvagerie du désir n’est sans doute pas respectueuse de la diplomatie qui doit présider à la séduction érotique. Mais nous faisons le pari qu’au fond de lui, aujourd’hui, Dominique Strauss-Kahn est joyeux. Peut-être ne se l’avoue-t-il pas encore. Mais un tel passage à l’acte, à un tel moment de sa biographie, ne peut être que volontaire. J’ajoute qu’il est héroïque.
Cette chute, il l’a voulue, il l’a désirée. L’esprit en lui s’est allié à l’animal pour effondrer d’un geste vif la machine qui s’édifiait autour de lui, telle une prison prévisible et dangereuse. Cela a commencé par la Porsche. Premier acte manqué. Mais la voiture de sport ne fut qu’un coup d’essai timide. Si la femme de ménage a été agressée, l’ouvrière violentée, alors nous touchons au sublime, au sens kantien d’"au-delà médusant de la représentation". Un suicide politique plutôt que la mort de l’automate ou la possibilité d’un règne déchaîné.
Il y a quelques années, peut-être en 2003, j’ai dîné par hasard à côté de la table de DSK, dans un restaurant chinois de Belleville. Il était avec son épouse. En le regardant, je me suis dit que cet homme semblait las, tranquillement fatigué. Fini. J’ai été par la suite plutôt surpris par sa remise en selle au cœur de l’arène du monde. Je sentais là à la fois quelque chose de séduisant et d’ennuyeux: ce n’était pas clair. Ce corps massif et récalcitrant, je ne le voyais pas se soumettre à la logique rodée et lissée de la vie politique internationale. Et pourtant il est revenu. Probablement en partie malgré lui.
Pourquoi cette renaissance apparente? Parce qu’il est le produit du temps: il incarne au mieux la schize qui tiraille nos corps, entre homo sapiens et homo sentiens, entre une rationalité réductrice et une propagande anarchique pour le triomphe des sens.
DSK est un personnage philosophique, un symptôme de notre temps (un "saint-homme", dirait Lacan), en ce qu’en lui bestialité et rationalité luttent à l’extrême.
Une part de lui, profonde, veut le chaos, pourvu qu’elle trouve à y nourrir sa faim. L’autre rationalise, économise, ordonne avec une facilité apparente et désenchantée, une maîtrise des structures sans doute alimentée par l’énergie du désespoir. Comme président, il aurait été dangereux et, au fond, il le savait: une sorte d’hyper-Sarkozy, celui-ci étant déjà passablement pulsionnel. Entre les deux hommes, une inquiétante continuité se dessine, inquiétante en ce qu’elle en dit long sur l’inconscient des Français. Ce peuple aimable, admirable, semble vivre désormais à la limite de l’explosion psychotique, en plein retour du refoulé. Il veut du sang. Refoulé de quoi? De deux cents ans d’une devise intenable: "Liberté, égalité, fraternité". Un corset psychorigide qui craque de toutes parts, une injonction impossible et folle. Sublime, au sens kantien. C’est-à-dire réversible à tout moment en son contraire...
Finalement, je crois que DSK a deux raisons de se réjouir aujourd’hui, et nous avec lui: la première est que son passage à l’acte du Sofitel est un refus de l’avenir tout tracé que la plupart lui prédisaient. En cela, l’assaut de l’ouvrière de chambre est un geste fou de libération totale, presque une œuvre d’art, en ce que le geste lui permet aussi, au passage, de révéler qu’il n’a jamais été de gauche.
La seconde raison de se réjouir, c’est que ce suicide prouve, in fine, que la raison a triomphé de l’animal. L’étincelle spirituelle qui germe au fond de DSK a voulu nous éviter un président calligulien. Cet événement new-yorkais est un sacrifice, un renoncement à une surpuissance annoncée, un don à l’intérêt général français. En cela, DSK, tu es héroïque. Merci."

26 commentaires:

Lucie a dit…

J'ai l'impression que vous ne croyez pas vraiment à cette histoire d'agression sexuelle.

Buster a dit…

Disons que je crois qu’il s’est en effet passé quelque chose dans la chambre 2806, mais quoi exactement? Il faudrait déjà avoir la version des faits selon les deux intéressés (pour l’instant c’est le rapport de police d’un côté et le silence de l’autre). Dans le "témoignage" de la femme de chambre (du moins tel que le rapporte la police), le seul truc qui me gêne c’est la description comme quoi DSK lui aurait sauté dessus, à peine qu’elle soit entrée, comme une bête sauvage à l’affût, comme si par-là on voulait couper court à toute ambiguïté sur le caractère consenti ou non d’un éventuel acte sexuel. L’expression "sauter dessus" est ce qui est systématiquement rapporté à propos de DSK dans ses relations aux femmes. C’est peut-être un satyre, mais je trouve ça un peu étrange, je ne peux m’empêcher de penser au film de Costa-Gavras, Z, et à l’expression "il a bondi comme un tigre" à laquelle tous les témoins recouraient pour décrire la scène du meurtre, répétant ainsi bêtement ce qu’on leur avait dit de dire. Maintenant, si DSK a vraiment sauté sur la femme de chambre dès son entrée, c’est peut-être aussi qu’il l’a prise pour une autre. On oppose deux scénarios, celui de l’obsédé sexuel (bizarre que depuis il n’y ait pas eu d’autres révélations que celles que l’on connaissait déjà) et la grosse machination politique. Mais il y en a plein d’autres, à commencer par une affaire simplement crapuleuse, pour extorquer du fric à un VIP réputé pour être un chaud lapin, sans savoir d’ailleurs - et c’est là le hic - que le VIP en question était le patron du FMI. Oui bon, je vois trop de films. Attendons.

Anonyme a dit…

Attendre quoi ? La vérité saute aux yeux. Strauss-kahn n’est qu’un détraqué sexuel qui aurait du être arrêté depuis longtemps. Il a violé une femme, peu importe à quel moment, les faits sont là. Point barre comme vous dites !

Buster a dit…

Ben voyons, lynchons-le tout de suite tant qu’on y est. Vous vous permettez comme beaucoup des raccourcis entre le passé de DSK et les faits dont il est accusé. Je pense que la distinction séduction/viol que certains (surtout à gauche) mettent en avant est trop réductrice, car il y a entre les deux la question du harcèlement et dans le cas de DSK, oui peut-être, il aurait pu être poursuivi pour cela dans le passé. Mais là encore, qu’est-ce qui vous permet de croire comme d’autres (surtout à droite) que le harcèlement sexuel (ou simplement la boulimie sexuelle) conduit automatiquement au viol ou même à sa tentative? Je ne cherche pas à le disculper (même si personnellement je souhaiterais qu’il soit innocent, bien qu’il ne pourra jamais l’être totalement), mais je ne m’associe pas à l’hallali orchestré par quelques dirigeants puants. Donc, je le répète (et quand bien même je me permets d’échafauder des scénarios abracadabrants): attendons.

Anonyme a dit…

Et la victime présumée vous y pensez, ou seul vous importe le sort de Strauss-Kahn ?

Buster a dit…

J’en ai un peu marre de ce reproche récurrent d’absence d’empathie envers la victime présumée parce qu’on s’indigne du traitement infligé au présumé coupable. On n’est pas obligé à chaque fois qu’on parle de DSK de rappeler à la fin qu’on pense aussi à la victime. Et puis, c’est la procédure américaine et son système accusatoire qui fausse la réception qu’on peut avoir au départ d’un tel fait divers (je ne parle même pas des juges qui doivent flatter leur électorat). En surexposant médiatiquement le présumé coupable (surexposition d’autant plus violente qu’il est célèbre), tout en préservant le plus possible (difficile de nos jours) l’anonymat de la victime supposée, on pipe un peu les dés, car du coup le public tend à se déterminer par rapport au seul suspect, soit en collant à ce dont il est accusé, et alors on se lance comme vous (enfin je pense que vous êtes le même "anonyme" que précédemment) dans les formules vengeresses (Fury n’est pas loin), soit en s’indignant de l’humiliation qu’une telle surexposition provoque immanquablement.
Et ne me dites pas que dans cette histoire ceux qui demandent de la compassion pour la victime ne préjugent pas de la culpabilité de DSK. Dans pratiquement tous les papiers que j’ai lus appelant à plus d’empathie pour la victime présumée (certains ont même lancé une pétition), on voit vite que leur jugement concernant DSK est fait depuis le début. Bon, vous me direz que l’inverse est vrai, que ceux qui s’offusquent de la manière dont il a été traité sont pour la plupart convaincus de son innocence. Oui mais pas moi...

Quant aux propos sexistes qui fleurissent un peu partout et font bouillir (à juste titre) les féministes, c’est le reflet de notre société, l’affaire DSK en est le support, mais c'en est un parmi d'autres. Là encore c'est la surmédiatisation de l'affaire qui amplifie démesurément le phénomène. Ne pas tout confondre.

guillaume a dit…

tous les scénarios sont possibles, mais beaucoup sont improbables; DSK est" vraisemblablement" coupable de ce dont on l'accuse, disons à 99%. Est-ce que le 1% d'incertitude justifie qu'on le défende à ce point. That is the question.

B. a dit…

Intéressant ce que vous dites mais on pourrait aussi parler d'autres choses... Cannes par exemple.

Buster a dit…

Il y a deux choses: la présomption d’innocence qui doit être prise en compte immédiatement et n’a que faire des statistiques, et l’intime conviction qui n’est pas non plus mesurable mais surtout n’intervient que si l’on a suffisamment de données pour peser le pour et le contre. Dans ce cas le 1% d’incertitude nous place-t-il "au-delà du doute raisonnable"?
Je conçois la part de déni (je l’ai écrit) qui joue chez ceux qui mettent en doute les faits dont on accuse DSK tant cette affaire vient enterrer leurs espoirs pour 2012. Au passage, il n’est pas certain que la popularité dont jouissait DSK au moment de l’affaire, du fait de son éloignement, de son aura de grand économiste et surtout qu’il n’était pas encore entré en campagne (sa trop grande technicité dans les débats était jusqu’à présent considérée comme son principal point faible, non caché celui-là), aurait été la même dans un an, sans l’affaire.
Mais gardons-nous de tout ce foin moralisateur sur les médias et les politiques qui savaient et ne disaient rien (si ce n’est dans les dîners) car la seule chose que l’on doit connaître d’un homme politique c’est son passé judiciaire. Tant qu’il n’a pas été condamné (ou que des affaires le concernant n’ont pas été étouffées - ce qu'il faudrait prouver), il n’y a pas à pointer d’éventuelles défaillances au niveau de sa personnalité, parce qu’à ce train-là c’est la moitié de nos dirigeants qui serait mise au ban de la vie politique. Et puis surtout ne généralisons pas. Si les faits sont avérés, le cas DSK restera malgré tout unique dans les annales. C’est aussi cela qui fascine, au-delà de l’horreur. DSK se serait mis d’un seul coup "hors-scène", c’est la définition du passage à l’acte, et il n’y a absolument aucun exemple comparable dans l’histoire récente (la double vie de Mitterrand ça n’a strictement rien à voir).

Désolé B, j’en ai remis une couche. Pour Cannes, je vote Le Havre de Kaurismäki, vote purement sentimental puisque je n’ai vu aucun des films en compétition.

marie a dit…

moi aussi Le Havre pour la compétition officielle même si je n'ai pas vu Bonnelo ni Alain Cavalier et que je me suis endormie très vite chez Almodovar

Anonyme a dit…

« le cas DSK restera malgré tout unique dans les annales »

Bravo Buster, très drôle !

Buster a dit…

Anonyme > Pas fait exprès (cela dit, vous avez quand même l’esprit... mal tourné)

Marie > La piel que habito, un Almododovar?
Pour Le Havre ça serait génial s’il avait la palme (mais j’y crois pas trop, le Malick semble tenir la corde), car même si ce n’est pas forcément le plus grand film de Kaurismäki (principe des palmes d’or), ça serait la reconnaissance du... DSK, le Désarmant Style Kaurismäki, un cinéma dont l’humanisme désespéré est d’une beauté sans égale, loin de toute emphase stylistique (ici c’est la pureté des lignes) et de toute démagogie dans le propos.

marco a dit…

Il y a aussi les frères Dardenne!

Buster a dit…

Ah non pitié, pas les frères Dardenne! Une palme d’or tous les six ans (après 1999 et 2005), et puis quoi encore... Je l’ai déjà dit, les deux frangins devraient être hors compétition. Prétendre à une troisième palme d’or est d’un grotesque fini.

B. a dit…

Bien vu pour Malick d’autant qu’avec l’affaire Strauss- Kahn, le D.S.K (Désarmant style Kaurismaki, comme vous dites :D) n’avait aucune chance de figurer au palmarès. Pas le moindre accessit !

Buster a dit…

:-)

Cela dit, pour le Malick, que je n’ai pas encore vu, je me méfie quand même de l’accueil négatif de certains... le coup de la pompe on me l’avait déjà fait avec le Nouveau monde, ce qui avait faussé ma vision du film (j’en ai parlé et ).
Le thème ici a de quoi effrayer. La question est de savoir si la démesure malickienne se trouve transcendée (mot un peu fort) par tous ces petits instants de grâce et d’émotion qui, dans le Nouveau monde, trouaient littéralement l’édifice du film et le sauvaient ainsi de l'emphase indigeste.

guillaume a dit…

aux dernières nouvelles, les tests ADN seraient accablants pour DSK. Alors ?

Buster a dit…

Alors quoi? Je crains que vous ne m’ayez pas bien compris. Mais je concède ne pas être très clair non plus, car incapable d’avoir une position vraiment ferme sur cette affaire, à la différence de beaucoup.
(Une parenthèse: les positions de chacun sont tellement tranchées, voire extrêmes, autour de moi, que l’humour même le plus inoffensif n’y trouve pas sa place. Si je dis par exemple Dominique Trousse-Kahn je suis sûr de même faire descendre autant par ceux qui soutiennent DSK que par ceux qui soutiennent la femme de chambre. Fin de la parenthèse.)
Donc ce que je voulais dire c’est que si je me refuse d'accabler DSK, ce n'est pas que je doute tant que ça de ce dont on l’accuse mais, nuance, parce que je redoute que tout cela soit vrai (hum, pas sûr d’être plus clair). En fait, j’attends surtout de savoir ce qu’il va dire parce que pour l’instant il nie les faits mais ne donne pas sa version. Soit il nie tout en bloc et évoque un coup monté (probabilité faible mais à prendre en compte), soit il reconnaît un rapport sexuel avec la femme de ménage mais soutient qu’elle était consentante (probabilité encore plus faible, car c’est le genre de discours qu’avancent systématiquement les agresseurs sexuels pour se défendre), et déjà on y verra plus clair. Pour le moment, ça ne sent pas très bon pour DSK, je vous l’accorde, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Et de toute façon, quand bien même sa culpabilité serait reconnue (probabilité forte, j’admets), ne comptez pas sur moi pour me joindre au lynchage médiatique, ce n’est pas mon genre.

guillaume a dit…

si si je vous ai bien compris et je vous remercie de prendre le temps de me répondre. Je comprends votre désarroi, peut-être êtes vous (étiez-vous) un strauss-khanien ?

Buster a dit…

Non, pas vraiment de désarroi, je ne suis pas et n’ai jamais été strauss-kahnien. Simplement un mélange de sentiments divers: incrédulité (ce n’est pas possible), colère (et la présomption d’innocence?), horreur (et si c’était vrai?), fascination (il y a quelque chose de fou), tristesse (quelle déchéance)...

Anonyme a dit…

et naturellement, toujours pas un mot pour la victime

SR a dit…

Beaucoup à dire dans cette « affaire ». Alors pourquoi dire "l'art de beaucoup parler pour ne rien dire" et beaucoup parler ensuite, Buster ? :)

Je vais vous dire ma chronologie réactive :
- dimanche matin, première nouvelle (dans un sourire de réveil) : "ça y est il s'est fait pincer... bien ! comme cela ça m'évitera d'avoir à me poser la question déjà problématique de voter ou non pour lui."
- dimanche aprèm, y pensant à deux fois (dans un flou rêve cinéphile) : l'image de Kiberlain en regard-caméra à la glace sans tain dans « Les Patriotes » d'Éric Rochant, la call-girl payée par les services secrets pour piéger le personnage de Stévenin en couchant avec lui. (Stévenin, très crédible en personnification "goy" de Strauss-Kahn avant l'heure.)
– dimanche soir, pensée à se faire peur par fiction d'anticipation : "s'il avait été élu à la présidence de la République et... s'il avait été coincé à ce moment-là au lieu de là ? Acte manqué réussi du "il l'a échappée belle - encore plus moche", mission suicide annoncé accompli.

Soulagement (soulagement a priori, oui).

depuis, pour faire court : j'ai attendu qu'il soit formellement inculpé et les charges retenues contre lui donc, pour en reparler, puis pour aller jeter un oeil à ses « images intolérables » du monsieur aux arrêts que vomissaient ceux-là qui réclamèrent à corps et à cris les dix jours qui avaient précédé l'image formelle d'un Ben Laden mort, quand bien même cette image aurait été (aussi !) « intolérable »... Je me suis dit c'est quand même fabuleux qu'on en soit là, enfin, vraiment, qu'une femme qu'une bonne, qu'une femme de ménage noire immigrée guinéenne aujourd'hui, dans ce pays que sont les États-Unis, qu'elle ait les tripes et la loi avec elle pour accuser un homme de viol, d'agression sexuelle, cet homme dont elle avait en plus le toupet d'ignorer la renommée franco-internationale et le(s) poste(s) de haute responsabiité...
impardonnable : c'est qui, Strauss-Kahn ?

J'ai écouté des trucs, lu des machins (dont le texte ici copié-collé que je trouve total complaisant et fastoche de hauteur de vue s'abstrayant de la mêlée aboyante à coups "philosophes" de name-dropping si digne si profond si haute kultürrr – je trouve beaucoup plus fort, plein de défauts antipathiques admis sans se défausser et reparcourant une juste chronologie sensible-sauvage personnelle dans le recueil lucide de son autocomplaisance y compris, le texte du jour de Christine Angot dans Libération).
Je le pense coupable des faits retenus à charge, mais on s'en fout et on a bien raison.
Les petits Français me font rire, ce chevillé machisme rehaussé d'anti-américanisme crasse, un "festival" !
Les petits Français qui adorent rien tant que cracher sur les autres en se rengorgeant, tout scandalisés de ces états-uniens barbares, eux les si civilisés, et puis quand même tout réjouis d'enfin tenir le haut du pavé de la nouvelle série planétaire, leur feuilleton à EUX enfin mais hein quand même (super) produit par les americains. Avec LE Français ce héros, et tant pis si le héros est LE méchant. Regarde Micheline, we're in hollywood now, big show big sucksex !!

Humiliés graves et infatués totaux nos concitoyens nos journalistes nos commentaratateurs qui ont trouvé là un rôle à leur mesure dans la marche actuelle d'une Histoire chaude bouillante, histoire dont le bon peuple de France regarde passer un à un tous les trains sans bouger une oreille (pour l'instant) ; en jacassant. S'empressant ensuite d'aller voter pour la « blondasse frontiste » (c'est pas un peu sexiste ?) par exemple.

« DSK » - live in NY -, après « 24 heures » à Abbottabad et avant « Les Soprano » en zone euro, ça a de la gueule non ?

Buster a dit…

Merci de la visite, je me disais bon alors quand est-ce qu’elle va passer SR? :-) et pan, vous arrivez au moment où j’avais décidé de ne plus répondre aux commentaires...

L’art de parler pour ne rien dire, c’était évidemment une blague, je pointais le blabla politico-médiatique mais j’anticipais aussi ma propre démarche puisque j’avais décidé de jouer le jeu, de dire dans les commentaires exactement ce que je pensais (pas toujours très fin, c’était le danger) au moment même où j’y répondais, sachant que cela allait fluctuer au fil des jours, que ce que je disais un jour risquait d’être différent le lendemain. Car ce qu’il y a de passionnant dans cette affaire c’est bien, du fait d’y avoir eu accès dès le début et de l’avoir suivie live, de sentir comment votre opinion évolue. C’est pour ça qu’il faut prendre les déclarations de chacun en fonction du moment où elles ont été faites. Défendre DSK le lendemain de son arrestation (avec ces images repassées en boucle) c’était en soi compréhensible, même si ça relevait du déni. Continuer de le défendre une semaine après, pourquoi pas (on en saura plus le 6 juin), mais avec la même conviction, sans être traversé par le moindre doute, c’est déjà plus problématique, là on est dans une forme d’aveuglement. Pareil pour les textes publiés ici et là dans la presse. Le texte de Miranda peut paraître fastoche mais il a été écrit dans la foulée, le lendemain des faits, au moment où 80% des gens de gauche sont persuadés qu’il s’agit d’un complot. Moi je le trouve très fort, malgré ce côté au-dessus de la mêlée... Celui d’Angot est bien aussi, elle dit des choses très justes, même si ça part dans tous les sens, comme d'habitude, mais il est écrit huit jours après et bénéficie donc de plus de matière romanesque, Angot peut y faire jouer plus facilement son talent d’écrivain (à l’opposé j’aurais bien aimé lire Houellebecq sur le sujet, à travers notamment son concept de sexualité social-démocrate à laquelle s’opposait finalement la sex-addiction très bourgeoise de DSK).

(à suivre)

Griffe a dit…

http://www.dailymotion.com/video/xitad0_good-bye-patron-par-la-parisienne-liberee_news#from=embediframe

guillaume a dit…

où en êtes-vous dans vos réflexions dix jours après les faits ? Estimez-vous enfin DSK coupable "au-delà du doute raisonnable ?

Buster a dit…

Pour moi l’affaire touche à sa fin, elle sera terminée le 6 juin quand DSK dira sa version des faits. Si la relation sexuelle est confirmée (on ne voit pas comment il pourrait en être autrement), il aura beau raconter ce qu’il veut, ça ne m’intéressera plus. Je garderai l’image hallucinante d’un des types les plus puissants du monde, tombé pour avoir abusé sexuellement son exact contraire: une femme noire, pauvre et musulmane.

Quant aux conséquences de l’affaire, tel l’avenir du PS (Aubry vs Hollande), je m’en fous comme de ma première culotte