dimanche 27 mars 2011

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Revoyant Liz Taylor dans la Chatte sur un toit brûlant, je repensais à ce que disait Rohmer à propos d'Ava Gardner dans la Comtesse aux pieds nus, à savoir que les personnages interprétés par les grandes actrices américaines étaient pratiquement toujours vus de l'extérieur, rarement du côté de la femme... C'est vrai, c'est d'ailleurs pourquoi toutes ces grandes actrices sont aussi des stars.

Là, l'extrait de l'entretien:

"L'autre jour, je revoyais à la télévision un film que j'avais beaucoup admiré dans ma jeunesse - je ne le jugerai pas, ça m'était difficile de le revoir doublé, je n'ai pas été déçu, non, mais je pensais à autre chose. C'était la Comtesse aux pieds nus. J'avais beaucoup admiré les grandes figures de femmes dans le cinéma américain, et ce personnage, interprété par Ava Gardner, en était un. Mais je me suis dit: tiens, c'est un personnage qui est purement vu de l'extérieur! En repensant à toutes ces grandes actrices, à tous les rôles qu'elles ont joués, c'était souvent des rôles très énigmatiques, très mystérieux! On était rarement du point de vue de la femme. Or, il se trouve que j'y suis. Comment ça se fait, je n'en sais rien. Ça s'est fait tout naturellement, ça s'est fait peu à peu. Dans les Contes moraux, il y a un observateur extérieur, c'est un homme, et puis il s'est trouvé qu'ensuite ce sont des femmes. Maintenant, j'aurais envie de faire un personnage principal qui soit un personnage masculin. Mais je me sens un peu gêné, moins à l'aise que si c'était un personnage féminin (rire gêné). Comprenne qui pourra, moi je n'en sais rien, est-ce que je me suis féminisé à ce point?" (Eric Rohmer, 1992)

Ce futur personnage, à la fois principal et masculin, dont parle Rohmer, c'est celui de Conte d'été, personnage indécis (qui finalement, pour ne pas avoir à choisir entre deux femmes, préférera fuir, sous prétexte d'un magnéto huit pistes à saisir d'urgence), préfigurant les trois derniers grands personnages masculins de son œuvre que sont le duc d'Orléans, Fiodor et Céladon.
Cela dit Céladon, des cinéastes hommes qui ont filmé les femmes du point de vue de la femme, on en trouve quand même, en dehors de Rohmer. Citons: Ophuls, Sirk, Mizoguchi, Naruse... Mais parmi les cinéastes d'aujourd'hui je n'en vois aucun (ne pas confondre douceur et féminisation). Si Tarantino parle des femmes et de leur pouvoir, ce qui rend ses derniers films plutôt jouissifs, c'est toujours du point de vue du mâle évidemment... Quant à Aronofsky et ce qu'il en est du désir de la femme, à travers cet abominable cygne noir, c'est vu non seulement du côté de l'homme, de son côté le plus mâle, mais aussi le plus crétin: aussi bête que ses pieds.

34 commentaires:

Christophe a dit…

Almodovar non?

Buster a dit…

Almodovar, on pourrait le penser en effet, mais je ne crois pas, c’est comme pour Cukor... on est dans quelque chose d’hystérisé mais je n’y vois pas de vrai passage du côté de la femme. Chez les cinéastes que je cite (on peut y ajouter Matarazzo), cette impression n’est bien sûr pas constante, elle surgit au détour d’un plan, d’un regard, d’une parole... qui fait que tout d’un coup on sent que quelque chose a basculé, que le cinéaste a glissé de l’autre côté, du côté féminin (je pense à la formule d’Aragon, "être un homme, c’est pouvoir infiniment tomber"), c’est là dans ce rapport à l’infini, à l’angoisse qui lui est indissociable (les lacaniens parleraient du manque dans l’Autre), que le franchissement s’opère... S'il fallait prendre un seul exemple ce serait le dernier plan sublime de Tourments, le film de Naruse.

bruno andrade a dit…

Hellman dans China 9, Liberty 37, Verhoeven dans Showgirls, peut-être?

Buster a dit…

Salut Bruno,

Showgirls ne correspond pas vraiment à ce que j’essaie d’exprimer (et je n’ai pas vu China 9...). D’ailleurs il faudrait que je sois plus précis. Le genre de film auquel je pense doit s’articuler autour d’un personnage féminin, qui est le centre du film. Pour prendre un exemple plus récent que Naruse, il y a le Mirage de Guiguet... (que tu connais bien!) Plusieurs fois, on ressent ce basculement vers le féminin, notamment lors de la balade en bateau sur le lac Léman, quand l’héroïne semble perdue dans ses pensées (amoureuses) et que le cinéaste raccorde sur le paysage, ce voile blanc où se fondent le lac et les montagnes.

bruno andrade a dit…

Je pensais précisément au Mirage, aussi qu'a certains Fassbinder et Cottafavi. Le Verhoeven, c'était une blague, mais je ne suis pas certain qu'il ne correspond pas a ce qui vous formule. Il y a des moments dans ce film, surtout vers le final, où on voit peut-être ce basculement vers le féminin, surtout dans la séquence à l'hopital et à l'auto-route. Mais c'est de tout une autre nature que ce qui nous voyons dans les films de Guiguet et Mizoguchi, ça c'est sûr - c'est plutot walshien (p.ex. The Revolt of Mamie Stover) ce sentiment de connaissance et d'acceptation de soi-même dans le Verhoeven.

bruno andrade a dit…

Borzage! How could I forget him...

Buster a dit…

Borzage, oui bien sûr... c'est dans les plus beaux mélodrames que ces glissements vers le féminin sont les plus sensibles.

Vincent a dit…

Jia Zhang Ke ?

Buster a dit…

JZK, non, enfin je ne vois pas...

Je dis basculement vers le féminin, mais c'est impropre et ça prête à confusion. C'est basculement du côté de la femme qu'il faut dire, il faut vraiment distinguer le sexe du genre. Et des cinéastes hommes qui ont été voir du côté de la femme, ils sont quand même très rares.

SR a dit…

Demande réflexion, pas rien.

Mais Guiguet, certainement pas et moins Le Mirage qu'aucun autre, qui est d'un lyrisme sacrificiel (du féminin) très masculin.
Verhoeven non plus, Black Book étant un film magnifique (après Show Girls), enfin basculé du point de vue du personnage féminin, de bout en bout – mais vu de l'extérieur (un extérieur toujours concupiscent, et c'est un des ressorts de son cinéma brillant, pervers et redoutable).

Cukor c'est un cas. Un faux misogyne (un vrai misanthrope) en quelque sorte, et dans ce qu'il a fait de meilleur il a filmé des femmes en autant d'autoportraits (sans complaisance sur lui-même, ainsi). Femmes trans-himself, FTM (homo) si l'on veut faire du queer, folks.

Donc il y a Rohmer. Et puis...

Ben Tourneur, voyons.
McCarey. Lubitsch. Minnelli. James L. Brooks ! :-)
Hawks.
Je parle là de ceux qui sont fichus de filmer un rapport à forces exactement égales entre un gars et une fille.
Pas un hasard si ce sont des grands (les plus grands ?) qui se sont souvent illustrés dans un genre « mineur » (jugé moins noble, moins... viril ?) :
la comédie — et pire ! : la comédie sentimentale.

(après, j'aimerais que ces messieurs ici m'expliquiez ce que vous entendez exactement par « aller voir du côté de la femme », la distinction entre sexe et genre, ou femme et féminin, etc. etc. Voui voui je suis curieuse...)

SR a dit…

ah, et Chabrol of course !!

SR a dit…

et oh Manoel (est sous votre nez).

Buster a dit…

Merci Sandrine pour cette mise au point... Evidemment nous ne sommes pas tout à fait d’accord. Guiguet n’est pas là-dedans (cf. Surgère dans les Belles manières ou Patachou dans Faubourg St Martin), et dans le Mirage, c’est plus l’image de la mère que la position de la femme, mais pour le lyrisme sacrificiel, on pense surtout au dernier plan et sa sublime cruauté, alors que dans le plan sur le lac, il me semble que Guiguet échappe à ça justement, qu’il y a là une forme de mélancolie infinie qui d’ailleurs fait écho au dernier plan de la Visiteuse avec Fabian.
Sinon, Tourneur, McCarey, Lubitsch, Minnelli, James L. Brooks, Hawks... j’ai l’impression que vous m’avez cité, outre Rohmer, vos cinéastes préférés. Maintenant est-on vraiment "du côté de la femme"? J’avoue que c’est plus intuitif qu’autre chose, mais pour moi l’expression dépasse un rapport de forces strictement égales entre un homme et une femme, c’est aussi une question de mise en scène, ça touche à l’amour, quand la sensibilité (pas spécialement féminine) du cinéaste le conduit vers l’envers inavouable de l’amour, quand dans un plan, au lieu de célébrer la femme, de la célébrer comme on la possède (position virile), tout semble au contraire se perdre en elle, dans une sorte de fuite infinie. Hum, pas très clair, désolé...

PS. Les derniers Oliveira sont très beaux, mais on est vraiment dans l’image, pour moi c’est du côté de l’homme, à la différence d'un film comme Val Abraham, non?

Lucie a dit…

C’est pas très clair en effet . autant je vois bien ce que peut être un rapport de forces strictement égales entre un homme et une femme, autant j’ai du mal à comprendre ce qu’est un plan où tout semble se perdre en elle. J’entrevois ce que vous voulez dire, mais c(est quand même très vague. Peut-être voulez-vous distinguer position féministe et position féminine ou ( de la femme ?).

Buster a dit…

Oui c’est pas clair, et comme en ce moment j’ai la tête complètement dans le sac ça risque de ne pas s’éclaircir davantage. Ce que je veux dire c’est que dans quelques films de grands cinéastes masculins, centrés sur un personnage féminin, le rapport à la femme parfois s’inverse (et je cherche les cinéastes chez qui cette inversion se produit souvent), que l’héroïne du film n’est plus vue de façon iconique (l’image de la femme par l’homme) ou mythifiée (Hollywood) ou je ne sais quoi mais toujours extérieure, mais comme à travers un vrai regard de femme. "Comme" car bien sûr il ne s’agit pas d’un vrai regard de femme, on sait que c’est vu par un homme et en même temps on se dit que seule une femme pourrait filmer comme ça, surtout on ressent le basculement de l’homme à la femme, ce mouvement où le regard loin de magnifier ou d’avilir la femme, semble s’identifier totalement à elle. Pourquoi par exemple ce que je ressens chez Naruse à travers le personnage d’Hideoko Takamine je ne le ressens pas chez Kinoshita avec pourtant la même actrice. Cet écart dans le regard me laisse penser que Naruse, parfois, passe du côté de la femme.

Bon je développerai tout ça plus tard, discuter de ce problème avec des femmes est un exercice à la fois agréable et redoutable, et là je manque un peu de forces.

Anonyme a dit…

et les cinéastes gay?

SR a dit…

J'ai, mais la chose va de soi à mes yeux, cité PARMI mes cinéastes préférés en effet. Je me suis abstenue par exemple pour Guitry, quoique j'aurais pu en poussant un peu le bouchon, hésité pour quelques autres (Edwards, Bergman, Grémillon). Mais j'ai paré au plus pressé, commentant vite (Riches et célèbres de Cukor, c'est un très grand film « de femmes », au fait ?).

Bien entendu, pas tout Oliveira (Francisca, Val Abraham, La Lettre, Inquiétude, Le Principe d'incertitude)... mais derrière ces « films-là » du cinéaste se cache (à peine) le plus souvent une femme : Agustina Bessa-Luis. La romancière, la scénariste. (ou Madame de LaFayette !).

Et il faut voir comme souvent il y eut ces femmes à l'écriture, déterminantes pour certains films (puisque c'était un temps où être une femme et dans le cinoche, mise en scène, prod, ne se concevait pas ou presque pas - Ida forever !).
Qui connaît les noms de :
Leigh Brackett.
Anita Loos.
Vina Delmar.
Sally Benson.
(par exemple)
???

Et je voulais quand même citer (si si) : Hitchcock. Pas tout, du tout, mais...
Rebecca. Les Oiseaux... = Daphné du Maurier.

De même que « pas tout » d'aucun de ceux que je citais.
Quand « le sujet » s'y prête, voilà un point de réflexion je crois. Le sujet. Récit-personnage (qui parle ?) + Mise en scène-regard (de quoi parle-t-il/elle ?).

Et il conviendrait je crois de se poser aussi la question alors inverse, de femmes metteurs en scène qui adoptent le regard d'un perso masculin. (Mazuy dans Peaux de vaches... Duras dans Les Enfants (!), Bigelow dans The Hurt Locker, Lupino dans The Hitch-Hiker...) Voir à quel point le « fait culturel » d'être une femme, un homme, interfère dans la création — de même sa sexualité, ou son extraction sociale.
Bien sûr que oui, cela compte. Mais pas comme « essence » (du féminin ou que sais-je). Précisément.

PS : s'il y en a bien un, j'ai beau eu me creuser (et ce n'est pas faute qu'il en ait filmé de très beaux, et de très « modernes » — cf. Lupino, encore — persos féminins) qui fait partie de ces cinéastes pour moi les plus grands sans jamais avoir « traité » un point de vue féminin, c'est Lang (contrairement à Preminger, qui lui a quand même adapté Sagan par ex., si l'on veut prendre toute la mesure, euh, politique — de la chose).

Enfin je pense que chercher et penser par « auteur » n'est pas tellement indiqué en la matière, on en voit vite la limite.

(Enfin quant au machisme critique/cinéphile — combien de filles aux Cahiers en ce moment ? -... je passe)

'33 a dit…

Ce qui différencierait les cinéastes totalement du côté de la femme (Mizogushi, Sirk, Ophuls + Fassbinder et Demy, non ?) de ceux qui admirent les femmes tout en ayant un point de vue extérieur sur elles (Tarantino, Hawks, Snyder, tous ces grands cinéastes gouines), ce serait donc tout simplement - je vais enfoncer une porte ouverte - leur propre orientation sexuelle ?

Le cas de Rohmer n'en deviendrait que plus épineux... En même temps, je ne suis pas sûr d'adhérer à la vision d'un Rohmer totalement du côté de la femme. D'ailleurs c'est quoi "un vrai regard de femme" ? Nécessairement la fragilité, l'hésitation, la sentimentalité ? Dans ce cas une butch n'est pas une femme ?

Buster a dit…

’33, je ne savais pas que Mizo, Ophuls et Sirk étaient homo...
En fait je ne crois pas à l’équation cinéastes du côté de la femme = cinéastes gay, dans la majorité des cas les cinéastes gay ne s’aventurent pas du côté de la femme, du moins il doit y avoir la même répartition que pour les cinéastes hétéro. C’est peut-être différent pour les cinéastes trans (mais je n’en connais aucun, il faudrait que Larry/Lana Wachowski fasse un film sans son frère). Après évidemment on peut estimer que ce petit tour du côté de la femme peut correspondre à la part même infime de féminin, sa sentimentalité comme l'écrivait je ne sais plus qui, qui existe chez un homme (les hétéro 100% sont le plus souvent des gros cons). Et ça devait être le cas chez Rohmer. Peu importe la proportion, l’essentiel est ce qui permet de nourrir la création, non?

Buster a dit…

SR, hé hé, le "pas-tout" c’est très féminin ça (blague lacanienne)
Bon sinon ça commence à s’éclaircir, c’est vrai que penser par cinéaste n’est pas la meilleure approche, plutôt par film, voire passage dans un film, car je reste convaincu que ces moments de basculement du côté de la femme sont assez rares, sauf que chez certains cinéastes (forcément grands) ça l’est un peu moins. La question de la femme scénariste cachée derrière le cinéaste est intéressante, on pourrait d’ailleurs, à travers notamment les films d’Oliveira écrits par Agustina Bessa-Luis, repérer les moments où Oliveira adoptant le point de vue de l’héroïne (exemplairement Ema dans Val Abraham) ne fait que traduire celui d’Agustina (la voix-off de Val Abraham, etc) et ceux où justement il court-circuite le roman/scénario pour rendre compte directement du désir de l’héroïne (je pense à ces plans vers la fin de Val Abraham où l’on semble plonger dans une sorte d’abîme, préfigurant la disparition d’Ema)... Idem pour Hitchcock/Daphné du Maurier (je pense aussi à certains passages des Amants du Capricorne, plus du côté de la femme que les Bergman-films de Rossellini, ou Marnie, magnifique mais pour ce qui est de la psyché féminine, hein, bon...) Quant à Fritz Lang je ne vois pas non plus de films où il ait été voir du côté de la femme, même et surtout pas dans ceux écrits par Thea von Harbou.
Pour les cinéastes femmes, en équivalent inversé (même si je ne suis pas certain d’une stricte équivalence), The Hitch-hiker de Lupino est un bon exemple, parce que justement si Lupino a fait là un film d’hommes, on voit que son regard fluctue en fonction des personnages, féminin sinon maternel pour les deux automobilistes, plus viril pour le psychopathe réduit à un flingue et un oeil qui ne se ferme jamais, mais l’abstraction de l’ensemble tend peut-être à pondérer cette vision...

SR a dit…

Ce qu'il y a d'indéniable chez CERTAINS (pas tous ! — running blague) cinéastes homosexuels — et ce que je disais de Cukor me semblait clair — c'est que les personnages de femmes sont pour eux (l'étaient surtout, dans des temps où il ne fallait pas un instant penser à la représentation de l'homosexualité - classée maladie mentale, et crime aux yeux de la loi - dans le cinéma mainstream i.e. hétéro) l'occasion d'autoportraits en creux, et de porte-voix d'une condition sociale, opprimée, exploitée, d'êtres persécutés ou muselés. C'est une forme romanesque-politique.
Mais il y a aussi des cinéastes homos misogynes, et de très bons (Vecchiali).
Et caro '33, des butchs sentimentales. :-)

(Entièrement d'accord sur « c'est quoi un vrai regard de femme ? » – un peu comme le truc condescendant des mecs avec « une écriture féminine »... un vrai regard de femme : celui de Leni Riefensthal, nan ?)

Buster a dit…

"Un vrai regard de femme", bah oui quoi, rien de condescendant dans la formule. Si le sexe n’est pas déterminé par disons une essence biologique, il n’empêche qu’il existe bien deux choix de jouissance pour le sujet, quelle que soit son anatomie, et qui correspondent soit à la position homme soit à la position femme. Quand je dis "un vrai regard de femme", ça renvoie à la norme, le regard d’une femme (au sens anatomique), c’est juste pour distinguer du "regard féminin" qui renvoie à la position femme, comme le "regard masculin" renvoie à la position homme. Le regard d’une "camionneuse" est de ce point de vue masculin, le regard d’une "coiffeuse" est lui féminin.

Sinon on est d’accord pour Cukor et Vecchiali (ah le Café des Jules!)

sébastien a dit…

SR : « (Enfin quant au machisme critique/cinéphile — combien de filles aux Cahiers en ce moment ? -... je passe) »

Aujourd’hui : Charlotte Garson, Elisabeth Lequeret, Sophie Charlin, Florence Maillard, Isabelle Zribi.

En 1994 (au hasard) : Laurence Giavarini, Camille Nevers, Camille Taboulay, Marie-Anne Guérin.

SR a dit…

Ah ? au comité de rédaction ? J'en vois deux parmi les actuelles. Toutes au hasard citées en faisaient partie — puis d'abord je me suis laissé dire que Camille Nevers, c'était un mec.

Je ne parle même pas des rédactions en chef, ou adjointes.
Et n'ai cité les Cahiers que parce qu'ils le valent bien. :)

Buster a dit…

Aujourd’hui au comité de rédaction il n’y a que Charlotte "Garçon" et Elisabeth "L’écoeuré"...
Sinon Camille Nevers, ah oui, un sacré mec, fallait pas lui marcher sur les pieds (à ce qu’on m’a dit) :-D

Vincent a dit…

pour Jia Zhang Ke je pensais à The World, Zhao Tao est plongée dans plusieurs histoires (il y a les déboires avec son petit ami mais aussi sa rencontre avec la russe ou les discussions avec les ouvriers) et j'ai l'impression que le propos n'est pas "qu'est-ce que c'est d'être une femme chinoise ?" mais "qu'est-ce que c'est d'être d'être chinois aujourd'hui ?" avant tout. Mais peut-être qu'en ignorant le sexe (bon, le film clairement ne l'ignore pas) on ne passe plus du côté de la femme ? Je ne sais pas, "C’est pas très clair".

Buster a dit…

Oui, c'est pas très clair, je suis pas tout seul à ce que je vois :-)

sébastien a dit…

SR/Camille Nevers :) Deux seulement aujourd'hui mais la nouvelle équipe n'est en place que depuis un an et demi. En 1994, les quatre que je cite n'avaient intégré que progressivement le comité de rédaction.

Lucie a dit…

Hum, ça s'éclaircit pas beaucoup en ce qui me concerne, mais j'ai l'impression que vous et vos interlocuteurs ne parlez pasde la même chose.

Buster a dit…

Oui, parler de la femme, c'est toujours casse-gueule, il faudrait mettre des majuscules par-ci des guillemets par-là pour éviter les malentendus, mais bon, c'est marrant, en tous les cas ça me distraie, ça me permet de penser à autre chose et en ce moment c'est exactement ce qu'il me faut. Maintenant c'est vrai que quand je parle du regard de la femme, du regard féminin, je me place du côté esthétique, poétique, de l'amour, du désir, etc... pas du tout du côté sociopolitique, d'où peut-être ces malentendus.

Griffe a dit…

Personnellement (et pour revenir à votre note), c’est un des causes, je crois, de l’ennui quasi total que j’éprouve devant les films de Tarantino (sa science du dialogue comme volcan mise à part). S’il suffit de renverser les rapports de force et de faire triompher les femmes dans des combats de coqs où se jettent des poules, oui ces films sont « jouissifs » (le mot est drôlement choisi), mais c’est quand même un peu facile.

QT varie d’ailleurs très peu, puisque c’est le même genre de renversement qu’il opère dans son dernier film, entre cette fois juifs et nazis, les juifs (rappelez-vous comme beaucoup fantasmaient sur leur sournoise féminité lippue) hypermasculinisés, devenant à leur tour bêtes comme leurs pieds (d’où la parade rhétorique bidon consistant à prétendre que le film est plus complexe qu’il n’y paraît car « les juifs n’y sont pas exactement les gentils »).

Il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler de renversement. Le modèle immuable pour QT, c’est l’homme qui se castagne. Il est le noyau de l’imaginaire de QT, au point que ses pseudo-renversements justiciers sont plutôt des sortes de clonages. On peut se contenter de ça – ou pas. Mais on ne me fera pas croire qu’il est une seule seconde question dans ces films du « pouvoir des femmes » (très très vaste sujet, car ce pouvoir existe, et pas du tout à la portée du « premier crétin venu » comme dirait Skorecki).

Buster a dit…

J’ai déjà pas mal parlé de Tarantino à propos d’Inglourious basterds. Et notamment de cette question du pouvoir des femmes, ce qui m’avait d’ailleurs valu un joli coup de gueule de Pierre Léon. Ce que vous dites je le conçois volontiers, mais pourquoi dissocier tchatche et baston. La force de Tarantino c’est dans la combinaison des deux. La tchatche sans la baston, c’est soûlant, la baston sans la tchatche c’est très con... Après, le mix des deux est plus ou moins bien réussi chez Tarantino (jamais totalement c’est sûr). Quand je parle du pouvoir des femmes, je ne me limite pas à la castagne, j’y inclus la parole. Le combat de coqs par des poules comme vous dites n’a de sens que si c’est encadré par du blabla. Tarantino c’est d’abord du rythme, blabla et boumboum... (sauf Jackie Brown, son plus beau film, un magnifique portrait de femme, via le regard de Robert Forster), ça renvoie à la BD, au film d’exploitation... mais ce n’est pas que ça évidemment, le sous-genre n’est là que comme modèle esthétique à partir duquel Tarantino construit une oeuvre cohérente, où l’on peut repérer des constantes, ainsi des femmes vengeresses, ça vient peut-être de Russ Meyer, du Meyer aldrichisé, peu importe, il y a là une dimension comico-tragique de la femme dominante qui n’a rien à voir avec une quelconque thèse à défendre, ni même un message à délivrer, mais qui questionne quand même, car les films de Tarantino en disent peut-être plus que ce que lui s’imagine (ou pas) nous dire, c’est l’oeuvre qui parle, on pourrait dire à sa place, et ce qu’elle dit, de façon grotesque (c'est de la caricature), débile à certains égards, à travers l’image monstrueuse de la femme guerrière, militarisée, voire fascisante, n’est pas sans résonnance avec cette question du pouvoir des femmes...

Griffe a dit…

Tiens, ça me fait penser que « le baston » des années blousons noirs s’est féminisé en « la baston » des cours de collèges dans les années 80/90…

Vous avez raison, il n’y a pas de raison de dissocier chez Tarantino les dialogues des scènes d’action, qui fonctionnent un peu pareil. Si j’apprécie davantage les scènes de « tchatche », c’est sans doute qu’il y entre quand même un peu de sens, de psychologie, de morale, etc. D’où, pour ces scènes, ma relative curiosité. Je suis invité dans ces joutes, au lieu que les échanges de coups de feu ou de pied ne me laissent pas de place. Je ne citais pas Skorecki par hasard. Comme lui, l’enfermement dans un genre me paraît être un peu une aberration, surtout quand c’est un « sous-genre » à dominante parodique.

Mais « l’œuvre qui parle » dit quand même quelque chose qui m’irrite, une chose qui a, me semble-t-il, à voir avec un « message », lié à une sorte de culpabilité de peut-être justement s’en tenir au virilisme de ces sous-genres que QT « exploite », on peut le dire.

Buster a dit…

La féminisation du mot baston va bien finalement avec le cinéma de Tarantino :-)

Oui il y a du sens chez Tarantino, aussi bien à travers les joutes verbales que dans les scènes de baston, et quand bien même les secondes répondraient aux premières, le sens qui s’y dégage n’est pas exactement le même. Mais plus que le sens c’est la signification qui m’intéresse chez lui, à travers notamment sa façon de travailler les figures de la sous-culture, ce qui est, toute proportion gardée, comparable à la peinture d’un Lichtenstein, mais disons plus post-moderne que pop art. Le rapport à la BD est quand même très marqué chez Tarantino, c’est pourquoi je vois son cinéma à l’instar de la BD comme quelque chose d’assez réflexif qui brouille le sens. L’auteur s’y met beaucoup en scène à travers tous ces personnages intarissables. J’avais écrit il y a quelque temps un petit truc sur les titres originaux de ses films, entendus comme des onomatopées de comic strips, on avait pris ça pour un gag mais c’était très sérieux. L’onomatopée est toujours relative à la langue, d’où le lien entre tchatche et baston. De plus c’est très archaïque, il n’y a pas de syntaxe, c’est de l’émotion brute, proche en cela de la violence primitive. D’où l’idée que le cinéma de Tarantino, emprunté au bis, c’est un peu la civilisation vs la barbarie. Mais dans une vision toujours grotesque, amorale, au sens mythologique... La femme tarantinienne, vengeresse ou revancharde, relèverait de cette vision.