lundi 7 mars 2011

Biette intermezzo

"C’est dément" ou Biette l’amateur.

Vu Biette intermezzo de Pierre Léon sur Cinécinéma Club. Il s’agit de la version courte de son film sur Jean-Claude Biette. Ce que j’admire le plus dans les films de Pierre Léon, outre leur musicalité, c’est qu’ils donnent quand on les voit cette même envie de faire des films que chez Biette et Arrietta. Il y a là comme une transmission, voire une contagion... Arrietta donnait envie de faire des films à Biette qui lui même donnait envie de faire des films à Léon qui lui même donne envie de faire des films à... A qui au fait? Il existe une nébuleuse Biette, dans laquelle on pourrait regrouper, en dehors d’Arrietta, les cinéastes "Diagonale" (dont fit partie Biette), comme Vecchiali, Guiguet, Treilhou..., mais aussi Zucca, Skorecki et donc Pierre Léon, ainsi que d’autres réalisateurs qui lui sont proches: Riboulet, Manning, Pasquier, son frère Vladimir et les anciens critiques de la Lettre du cinéma (Bozon, Rinaldi, Ropert, Esdraffo...), autant de cinéastes qui partagent une même conception du cinéma, même si leurs films sont assez différents. Et c’est vraiment ce qui se dégage en premier du film de Pierre Léon: une forme de sensibilité partagée, qu’il s’agisse d’acteurs (Françoise Lebrun, Jean-Christophe Bouvet, Valérie Jeannet, Jeanne Balibar, Micheline Presle...), de cinéastes (Adolpho Arrietta, Paul Vecchiali, Marie-Claude Treilhou, Benjamin Esdraffo, Serge Bozon, Christine Laurent, Manoel de Oliveira...) ou de critiques (Jacques Bontemps, Jean Narboni, Bernard Eisenschitz, Sylvie Pierre, Louis Skorecki, Marie Anne Guérin...). Le film mêle des extraits des films de Biette, des témoignages par ceux qui l’ont connu et ont travaillé avec lui, quelques réflexions sur son œuvre (ainsi Skorecki parlant d’"étrangeté domestique" ou Bozon de "secret intransitif"...) et un long extrait de sa pièce de théâtre Barbe-bleue, mise en scène par Christine Laurent à Lisbonne. L'ensemble est d’une douceur toute féline (on voit souvent des chats dans le cadre), à l’image de Biette, imprégné aussi d'une certaine mélancolie (on y entend entre autres les Intermezzo de Brahms), tel ce dernier plan d’Howard Vernon lui/nous souhaitant "bon voyage"...

En attendant la version longue (sur laquelle je reviendrai plus... longuement, hé hé), vous pouvez voir Biette intermezzo, toujours sur Cinécinéma Club:

- mercredi 9 mars à 12h25.
- lundi 14 mars à 12h30.
- jeudi 17 mars à 23h30, précédé à 22h10 de Loin de Manhattan de Biette (à ne pas manquer).
- vendredi 18 mars à 17h30.
- samedi 19 mars à 10h55.
- dimanche 20 mars à 14h20.
- samedi 26 mars à 19h40.

Sinon, aucun rapport, mais j'adore la chanson "Radio 1" de Joseph d'Anvers, extraite de son nouvel album Rouge fer:


Joseph d'Anvers, "Radio 1", 2011.

Enfin, puisqu'on est au rayon promo, j'en profite pour vous conseiller les vidéos de Jeanne Dielman, vous pourrez y découvrir de très rares courts métrages signés par des réalisateurs de renom, ainsi par exemple: Mysterien eines Frisiersalons de Bertolt Brecht et Erich Engel (1923), Pourvu qu'on ait l'ivresse de Jean-Daniel Pollet (1958), Maria Callas Porträt de Werner Schroeter (1968), Colloque de chiens de Raoul Ruiz (1977), J'ai faim, j'ai froid de Chantal Akerman (1984), Inventário de Natal de Miguel Gomes (2000)...

Ah, et puis ça encore... (à méditer):

"Je sais qu’il y a des gens qui sont très nostalgiques de leur enfance, de leur jeunesse, ou d’une époque... Il y a eu les post-résistants, les post-soixante-huitards, les post-je-ne-sais-quoi!... Des gens dont la pensée est mobilisée autour d’une certaine époque... même des gens très grands, comme Renoir. Renoir est extraordinairement moderne, mais en même temps il est fasciné par l’époque 1900. Ne parlons pas de Pagnol... je trouve que c’est une très mauvaise peinture de son temps - par ailleurs j’aime bien Pagnol! - mais les problèmes familiaux qui se posent chez lui ne sont pas ceux des années 30, mais ceux de la fin du XIXe siècle! Moi non, pas du tout. Prenez la Femme de l’aviateur, c’est une des premières choses que j’ai écrite, j’essayais d’écrire des romans, d’ailleurs c’est une histoire, disons très inspirée par la vie. Je ne l’ai presque pas changée, et ça été écrit en 1945. Quand c’est sorti, en 1980, on a dit: 'c’est tout à fait moderne', alors!..." (Eric Rohmer in Eric Rohmer: "Tout est fortuit sauf le hasard", 1992)

4 commentaires:

Christophe a dit…

vous conseillez quels films de Biette à quelqu'un qui adore le critique époque Cahiers mais a absolument détesté Le champignon des Carpathes?

Buster a dit…

Si vous avez vraiment détesté le Champignon des Carpathes, je ne sais pas si vous aimerez les autres films de Biette. Personnellement j'aime beaucoup Loin de Manhattan (qui passe donc le 17 mars sur Cinécinéma Club), Trois ponts sur la rivière, Saltimbank... Il y a aussi le Complexe de Toulon que certains considèrent comme son meilleur film, mais je ne l'ai jamais vu.

Vincent a dit…

Bonjour,

merci pour l'info. J'ai bien apprécié les deux films. Je n'avais jamais vu aucun film de Biette jusqu'alors. Et merci pour ton blog, il est, je crois, le seul à autant parler de tous ces réalisateurs français que j'aime beaucoup mais dont j'ai beaucoup de mal à voir les films.

(est-ce que Pierre Léon a toujours ses films sur dailymotion ? je ne trouve rien)

Buster a dit…

Merci à toi.

Pour les films de Pierre Léon:

http://www.dailymotion.com/pierre-leon