dimanche 13 février 2011

Sombres héros

Florence and the machine, la machine judiciaire, bien sûr, celle du Mexique, effroyable machine, totalement asservie au pouvoir politique. Florence Cassez, la belle engeolée, condamnée à 60 ans de prison, est-elle innocente, coupable seulement d'être tombée amoureuse d'un criminel dont elle ignorait les activités?, je n'en sais rien, mais cette obstination de la justice mexicaine à méconnaître les incohérences du dossier et autres infractions qui ont entaché la procédure (arrestation "téléguidée", témoignages douteux, exactions policières...), surtout à refuser à Florence Cassez la possibilité de faire valoir ses droits - en rejetant ainsi son pourvoi en cassation -, tout ça pour que son cas serve d'exemple dans la lutte qu'a engagé Calderón, le "vertueux" président, contre les gangs (qu'il s'agisse des cartels de la drogue ou, comme ici, de petites bandes spécialisées dans l'enlèvement crapuleux, véritable fléau au Mexique), a quelque chose de révoltant. Faut-il pour autant boycotter voire annuler, comme certains le souhaitent, les nombreuses manifestations prévues chez nous en 2011 dans le cadre de l'Année du Mexique? Non car je ne crois pas que cela apporterait grand-chose (sinon irriter un peu plus le pouvoir mexicain - Calderón m'a l'air susceptible comme une vieille chatte), d'autant qu'une telle réaction, exprimée à chaud, dans le feu de l'événement et sa médiatisation, se situe au seul niveau culturel dont on sait le peu de poids pour régler un problème certes juridique mais surtout politique. Et puis c'est toujours pareil, les plus touchés par ce genre de décision ne sont jamais ceux sur lesquels on veut faire pression. C'est comme les boycotts de manifestations sportives qui ne pénalisent que les sportifs. Pourquoi faire payer à de jeunes artistes mexicains (qui ne sont sûrement pas, eux, à la solde du pouvoir et dont beaucoup, j'imagine, ne sont pas convaincus de la culpabilité de Florence Cassez) l'intransigeance de leur gouvernement. Tant qu'on y est, autant annuler aussi l'exposition consacrée à l'Indonésie et qui doit avoir lieu cet été à l'espace culturel Louis Vuitton, sous prétexte que Michaël Blanc - dont le sort, soit dit en passant, n'intéresse plus personne aujourd'hui - est toujours emprisonné là-bas. Prendre la culture en otage, c'est une façon de se donner bonne conscience à peu de frais...

PS. J'apprends à l'instant que Florence Cassez elle-même n'est pas favorable à l'annulation de l'Année du Mexique dans la mesure où l'événement pourrait, au contraire, être l'occasion de plaider sa cause et de ne pas l'oublier. Dont acte...



Quelques images du Mexique (Sierra Norte), déjà vues mais ici dans une nouvelle version dédiée à Florence Cassez. Sol y sombra.

8 commentaires:

vladimir a dit…

100% d’accord. Et j’aime bien aussi ta vidéo. Le carton final et les sons que tu as ajoutés: les bruits de pas dans un couloir, une porte qu’on ouvre et qu’on referme comme dans une prison, j’imagine que c’est le côté "sombra" du clip.

Buster a dit…

Ah mais non, je n’ai rien ajouté, ce qu’on entend c’est sur l’album de Blood, Sweat & Tears.

vladimir a dit…

"Le gouvernement mexicain se retire de l’année du Mexique…" Tu disais quoi déjà? Que Calderon était susceptible comme une vieille chatte? Ah ah... Bien vu.

Anonyme a dit…

assez de cassez! franchement qu’est-ce qui vous intéresse buster dans cette affaire? pourquoi prendre fait et cause pour une jeune femme dont on ne sait quasiment rien? j'aurais aimé vous lire sur des sujets autrement plus passionnants comme la tunisie et l’égypte.

Buster a dit…

Ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte se passe de commentaires. Je suis heureux comme tout le monde que des peuples se soient ainsi libérés de despotes capillaroteintés, mais je n’ai rien de plus à ajouter. L’Histoire ici est trop forte pour qu’on l’affaiblisse par des blablas de circonstance, des discours lénifiants qui dans la majorité des cas (et je n’aurais pas échappé à la règle) n’ont fait qu’accompagner les événements, comme un train qu’on prend en marche, ce qui n’a pas grand intérêt...
Pour Florence Cassez, c’est différent, c’est le destin d’une femme pour laquelle je ne prends pas fait et cause (je ne sais pas si elle est aussi innocente qu’elle le prétend) mais que je veux défendre, parce que 1) ses droits qui sont ceux de tout individu aux prises avec la justice n’ont pas été respectés; 2) au-delà de sa surmédiatisation (il y a déjà un livre et il y aura sûrement un film), elle reste profondément seule (ok, elle communique facilement avec l’extérieur, mais cette faveur n’est-elle pas justement en rapport avec la sévérité de sa condamnation, totalement démesurée, à valeur purement symbolique); 3) elle a un très joli minois, argument mineur, minable même, mais j’assume...

Vladimir, bah oui... fallait s’y attendre d’autant que c’est la France qui invitait le Mexique.

Anonyme a dit…

hum... l’argument 3 est sûrement plus important chez vous que vous voulez bien l’avouer, et ce que vous dites sur la tunisie et l’egypte aurait pu faire l’objet d’un vrai texte, non lénifiant et même assez drôle (despotes capillaroteintés, j’aime bien la formule), c'est dommage.

vladimir a dit…

Faut dire que Sarko fait tout aussi pour énerver les Mexicains. Dédier l’Année du Mexique à quelqu’un que les Mexicains considèrent comme une criminelle, ça ne pouvait que coincer un peu. Sinon tu crois qu’il faut boycotter les Tex-Mex

Buster a dit…

Anonyme, quand on voit que le débat sur la question tunisienne aujourd’hui en France tourne essentiellement autour de l’affaire Alliot-Marie (elle est nulle... ça va, on le sait, on peut passer à autre chose), toujours la même politicaillerie franco-française, qui passionne les médias plus que le destin de la Tunisie (maintenant que Ben Ali s’est tiré et que la rue s’est calmée, le reste on s’en fout), je ne regrette pas de n’avoir rien écrit sur le sujet et ainsi de ne pas avoir participé (à mon échelle) au grand cirque médiatique...

Vladimir, oui dans ce genre d’affaire, Sarkozy et ses gros sabots, c’est pas l’idéal... maintenant il ne faut pas se tromper de cible. Tirer à boulets rouges sur Sarko pour ses maladresses me semble totalement déplacé, car ces bravades de petit coq, aussi ridicules soient-elles, ne sont rien à côté de l’arrogance du gouvernement mexicain. Ce qui compte c’est bien de dépasser les atermoiements de la diplomatie et d’internationaliser l’affaire (cours de justice, des droits de l’homme...), en poursuivant par exemple l’ancien chef de la police, soupçonné de corruption et aujourd’hui ministre de la sécurité (!), qui a "monté" l’arrestation de Florence Cassez et truqué de nombreuses preuves - il n’y a que ce con d’Emmanuel Barbier pour avoir gobé les "témoignages" de certaines victimes. Et la presse justement a son rôle à jouer en appuyant ceux qui cherchent, par tous les moyens, à sauver FC au lieu de stigmatiser comme toujours le mal-dire (réel) de Sarko...