lundi 24 janvier 2011

Céline out

Quelques notes, prises récemment et que je livre groupées pour le prix d'une seule... (normal, c'est les soldes):

Sur la (énième) polémique autour de Céline... Décidément on n’en sort pas, c’est toujours le même débat stérile entre d’un côté ceux qui privilégient le génie littéraire - à l’instar de Proust, Kafka, Joyce, Woolf, Faulkner, Beckett (pour s’en tenir au seul XXe siècle) - de l’auteur du Voyage..., justifiant ainsi son entrée dans la Pléiade, et de l’autre, ceux qui considèrent d’abord l’homme et son antisémitisme, personnage suffisamment abject pour qu’on l’exclut aujourd'hui de l’édition 2011 du Recueil des célébrations nationales... Du quoi? Du Recueil des célébrations nationales... Bah oui, on se bagarre à propos d'un truc que personne (ou presque) ne connaît, pondu chaque année par le ministère de la Kultur, qui consiste à célébrer l’anniversaire (centenaires et cinquantenaires) d’événements touchant à l'Histoire et au patrimoine culturel de la France... bref, des célébrations officielles dont on peut se réjouir qu’on ait finalement écarté Céline, non pas que Frédéric Mitterrand - décidément une vraie couille molle celui-là (après ses propos tiédasses sur Ben Ali) - ait eu raison de céder à l’injonction de Serge Klarsfeld de retirer immédiatement l’immonde Céline (au nom des victimes et enfants de victimes de la Shoah), mais tout simplement parce que Céline aurait été le premier à fustiger de telles manifestations...

J'écoute en ce moment Learning de Perfume Genius, une sorte de Sufjan Stevens en miniature, avec son piano bringuebalant et sa petite voix plaintive... L'album dure à peine plus longtemps que le dernier morceau de The age of Adz, c'est plutôt triste, mais c'est très beau...

Céline (suite). "Célébration" ou "Commémoration"? La question n’a pas grand intérêt (même si, c’est vrai, le second terme est moins ambigu que le premier) dans la mesure où: 1) il s'agit ici de la mort de Céline, et que jusqu'à preuve du contraire on ne célèbre pas une mort mais on la commémore; 2) l'amalgame entre célébration et commémoration n’avait jamais posé problème jusqu'ici, ce qui fait qu’on trouve dans les précédents recueils des figures historiques comme, par exemple, Thiers ou Robespierre, figures aux mains autrement plus sales (on peut même dire tachées de sang) que celles de Céline... D'ailleurs Mitterrand, dans sa préface à l’édition 2011, ne s’y était pas trompé, écrivant: "Me conformant à l’usage qui invite à former des vœux à l’intention de tout heureux jubilaire, j’exprimerai celui que notre Recueil puisse gagner en diversité et puisse aiguiser encore, si faire se peut, votre goût de la découverte, pour matérialiser de mieux en mieux la conscience historique des Français, en commémorant les heures sombres comme en solennisant les dates fastes, en faisant également surgir des ténèbres d’une mémoire, parfois ingrate, des personnalités, des lieux ou des événements qui ont pris leur part dans la fresque qui conduit jusqu’à nous". Seulement voilà, Frédéric Mitterrand c'est le champion des transformistes, encore plus rapide que Brachetti pour retourner sa veste...

J'écoute aussi Barbara de We Are Scientists. C'est plaisant mais il y manque le petit plus qui colore un album, cette touche de je-ne-sais-quoi qui procure l'émotion... J'écoute, j'écoute, mais rien n'y fait: le déclic ne se produit pas. Dommage.

Céline (suite). Le distinguo entre "d’accord pour commémorer Céline" et "pas d’accord pour le célébrer", c’est du blabla - on joue sur les mots. Céline est un bloc, des plus complexe, et à ce titre il doit être considéré (célébré ou commémoré, peu importe, ce qui compte c'est la façon dont on accompagne l'événement) dans son ensemble. Comme pour beaucoup d'autres, me direz-vous... Oui, sauf que chez Céline, il y a vraiment quelque chose de particulier, qui touche à la question de l'antisémitisme, comme si, par la violence de ses pamphlets, il cristallisait sur lui toutes les passions que soulève l'antisémitisme (plus encore que le racisme ou le fascisme en général), sorte d'étalon dans l'ignominie, permettant pour le coup d'absoudre les nombreux écrivains qui, eux, se sont - seulement, pourrait-on dire - comportés en vrais collabos pendant la guerre (ce qui ne fut pas le cas de Céline). Et puis Finkielkraut, qui ne dit pas que des âneries, n’a pas tort de pointer - dans cette décision de retirer Céline des célébrations au dernier moment, sous la pression de Klarsfeld - le risque d’accréditer l’idée d’un "lobby juif" tout puissant, et de faire ainsi paradoxalement (là c’est moi qui parle) le jeu de l’extrême droite...

3 commentaires:

©Je-Me-Moi, inc. a dit…

Ce qu'on ne pardonne pas à Céline, ça doit être d'avoir écrit des pamphlets qui sont aussi,scusez-moi, de grands œuvres littéraires. Je ne sais pas pour les autres, mais Bagatelles, ça déménage. Littérature sublime et inacceptable. C'est franchement limite.

Dans un aut'genre, idéologie dégueulasse plus talent, y a Peckinpah aussi, tiens.

Tandis que la France ne cesse d'avoir ce prurit célinien, nous on se passait les Bagatelles en boudin dans la photocopieuse, en lisant ça et on rigolait bien. La copie d'origine était 100% exempte d'avoir été cueillie sur des sites pas fréquentables, si vous voyez ce que je veux dire.

Mais que Céline ne passe pas partout, je trouve ça très bien, qu'il n'y ait pas moyen de le récupérer totalement, c'est quand même une manière de rendre justice.

©Je-Me-Moi, inc. a dit…

Qui plus est:

L'antisémitisme de Céline n'est pas exempte d'admiration, en fait. Question trrrrès compliquée.

+ Bagatelles, c'est évident que ça tire aussi à bout portant. La merde éclabousse pas mal tout le monde. Misanthropie à tout-va. Mais en-deçà, aussi, l'idéologie abjecte de la pureté raciale, ce genre me machin, ÇA c'est quand même à ne pas mettre dans toutes les têtes, franchement.

Buster a dit…

Personnellement je n’aime pas tout chez Céline. J’adore Voyage au bout de la nuit, bien sûr, j’aime assez Mort à crédit, pas trop D’un château l’autre et pas du tout Nord, mais j’aime beaucoup Guignol’s band, surtout le n°2. Quant aux pamphlets comme Bagatelles, si je leur reconnais une force stylistique, il est quand même difficile de les lire jusqu’au bout sans que, à un moment donné, cela vous tombe des mains...
Sinon je prévois une dernière note sur Céline et sa non-célébration.