vendredi 7 janvier 2011

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Corneille-Brecht de Jean-Marie Straub (2009).

Suis-je devenu consensuel?

C’est la question que certains se posent à la lecture de mon Top 15 de l'année où ne figureraient, à les en croire, que des films "attendus". D'abord je répondrai qu'une telle liste n’a pas vocation à surprendre, elle n'est que la traduction de mes goûts et plaisirs de spectateur, et comme je les affiche régulièrement sur le blog, il n’y a aucune raison qu'elle soit différente au moment du bilan. Les films retenus (mais c’est vrai aussi pour les albums) sont donc ceux pour lesquels j’avais déjà exprimé ma préférence, et ce à plusieurs reprises, au cours de l’année. Reste qu’effectivement, si l’on compare aux listes des Cahiers, de Chronic’art et des Inrocks, on y retrouve, plus que de coutume, de nombreux films en commun (plus de la moitié à chaque fois...), ce qui ne me ravit pas spécialement, mais bon, ne me contrarie pas non plus. C’est peut-être ça qui, inconsciemment, m’a poussé à avancer mon traditionnel top de fin d'année: le sentiment que la liste allait être très "consensuelle" et qu’il fallait donc la sortir avant tout le monde (de sorte que si elle ressemble à celles des autres, elle ait au moins le mérite de l’antériorité)... Sinon, bien sûr, il est plus facile de faire preuve d’originalité quand on passe en dernier, une fois que les autres ont rendu leur verdict et qu'on peut ainsi s'en démarquer... ou encore quand on intègre à sa liste, comme je le faisais les années précédentes, des films inédits, parce que non encore sortis (films de festivals vus en avant-première) ou jamais sortis (films anciens, découverts en DVD ou à l'occasion de projections spéciales...). Aussi, pour faire plaisir aux grincheux qui ne me trouvent pas assez original dans mes choix, voici en complément de mon Top 15 une liste alternative de dix "inédits" vus en 2010:

- A la barbe d’Ivan de Pierre Léon
- Confusion chez Confucius d'Edward Yang
- Corneille-Brecht de Jean-Marie Straub
- L’Etrange affaire Angélica de Manoel de Oliveira
- L'Extase des anges de Koji Wakamatsu
- Les Intrigues de Sylvia Couski d'Adolpho Arrietta
(+ les nouvelles versions de Pointilly et Grenouilles)
- Treno popolare de Raffaello Matarazzo
- Welt am Draht de R.W. Fassbinder

Là comme ça, c'est plus original?

12 commentaires:

Vincent a dit…

Elle est bien cette liste aussi (je n'ai vu que "Grenouilles" là-dedans).
Elle pose des questions surtout : qu'est-ce qui différencie ces films de ceux de l'autre liste ? En tant que film bien sûr et par rapport à vous, Buster. Est-ce que vous aimez, prenez plaisir à, appréciez autant, disons Straub et Campion ? Et pourquoi non ?
Pourquoi les deux listes sont-elles séparées, au-delà du problème de la date de sortie (problème que je me pose aussi mais qui n'est qu'un scrupule).
A quoi ressemblerait une liste, limitée (10, 12, 15) qui serait la fusion des deux ?
Que de questions :)

Buster a dit…

Merci Vincent, en fait il s’agit surtout d’un clin d’oeil, à la limite on pourrait faire 2 ou 3 listes supplémentaires. Ou mélanger tout ça...
C’était surtout une réponse ironique à quelques uns sur le blog mais aussi hors blog qui trouvent que je me cahiérise, chronic’artise ou inrockuptibilise... même si évidemment, n’ayant en rien changé, on pourrait renverser le problème et trouver - modestement - que ce sont les autres qui se balloonatisent, à défaut de se déballonner :-)
A part ça, je prends évidemment plus de plaisir à voir un Campion qu’un Straub. Les films de ce dernier ce n’est jamais une partie de plaisir. Si j’ai mis en exergue "Corneille-Brecht" c’est surtout parce qu’on peut le voir en ce moment, pour quelques jours, à Paris of course, mais c’est vrai aussi que j’aime beaucoup le dispositif esthétique du film. Il s’en dégage une force interne assez impressionnante. C'est beau, intense, lumineux, le contraire en sorte de "Film socialisme" (que je sais vous aimez, comme beaucoup d’ailleurs, ce qui ne me gène pas, à condition de ne pas se mentir, ce qui est malheureusement souvent le cas), deux oeuvres radicales qui s'opposent radicalement. Chez Godard: pseudo-symphonie, saturation, non-sens des mots, illusions perdues, pulsion destructrice... Chez Straub: rigueur dialectique, scansion, pureté de la langue, vérités immuables, élan vital...
Sinon je n’ai pas vu "O somma luce", quant aux deux autres courts, le peu que j’en ai vu m’a paru franchement nul (genre ciné-tract très primaire que pourrait réaliser n’importe quel idéologue un peu bas-du-front)

vladimir a dit…

Hum... liste un peu trop originale à mon goût :)

Buster a dit…

:-D

Griffe a dit…

Je vais faire mon straubien de service (encore que je n'aime pas tellement "O Somma Luce" ni "Corneille/Brecht") : les deux ciné-tracts ont nettement plus d'amplitude que la plupart des machins militants bas du front auxquels j'imagine vous pensez. Le texte de Rousseau dans le "Gatti" est très beau et magnifiquement dit par Straub. Quant à "Europa 2005", est-ce qu'un seul lieu filmé par l'un des réalisateurs de nos films préférés de 2010 existe plus que celui-là ? Et il aura suffi à Straub et Huillet de deux plans, deux panoramiques d'autant plus émouvants qu'ils sont un peu maladroitement exécutés.

Buster a dit…

En fait ces deux ciné-tracts je les ai vus il y a déjà plus d’an. Du "Gatti", je n’ai pas gardé un souvenir particulier, même du texte de Rousseau... Je n’y avais vu à l’époque qu’un "coup de gueule", rien de plus, en tous les cas rien de vraiment straubien (mis à part la voix de Straub)... Pour "Europa 2005", je n’ai pas vu le film dans sa totalité (je l’avais attrapé par hasard sur rai tre, est-ce d’ailleurs le même film?), et si la répétition du même mouvement (un pano aller et retour) finit par conférer une certaine force au film (dans mon souvenir, il s’agit du même plan non pas vu plusieurs fois mais bien répété plusieurs fois de suite, comme en témoignent les nuages, le vent et les aboiements du chien un peu différents à chaque fois), on est quand même loin de la puissance du "plan straubien". Vous parlez de maladresse, c’est bien ce que j’avais ressenti, mais moins dans l’exécution du geste que dans sa répétition, tout ce minimalisme un peu scolaire...

Buster a dit…

Je viens de me rendre compte que ces deux ciné-tracts sont en fait deux Rousseau... Si le second (Pour Joachim Gatti) est signé Jean-Jacques, le premier (Europa 2005) est lui signé Jean-Claude.

9-3 a dit…

« Europa 2005, 27 octobre » on peut le voir là : http://www.youtube.com/watch?v=EGU06JQ92lc

Au départ, il s’agissait, dans le cadre du centenaire de la naissance de Rossellini, de donner une suite à Europa 51. Straub et Huillet ont pensé à la tragédie de Clichy sous Bois en 2005 d’où sont parties les émeutes dans les banlieues. Il semble que le film ait été filmé et monté par JC Rousseau. La contribution de Straub et Huillet se serait-elle résumée, outre l’idée, à l’ajout du carton « chambre à gaz, chaise électrique » ?

Buster a dit…

Merci 9-3, je viens de revoir le film, pour le coup je lui reconnais plus d’impact que lors de ma première vision, je lui trouve même un petit côté... lyn-chien (le Lynch de Dumbland), ce qui va faire hurler de rage les straubiens purs et durs :-). Cela dit, ce carton tout de même... Dans la version sur le net, il est répété à la fin de chaque panoramique, est-ce la même chose dans celle qu’on peut voir aujourd’hui en salles?, parce que bon, une fois ça va, on est dans la formule même du tract, le slogan qui questionne violemment les faits, au-delà de son caractère volontairement "outré"... mais cinq fois, ça ne passe plus, les mots résonnent différemment, surtout péniblement, on tombe là dans l’idéologie un peu bas-du-front dont je parlais initialement...

Griffe a dit…

Oui, étrange idée de répéter le film cinq fois avec à chaque fois le même texte en impression. Il suffit d'un rien pour passer de la gravité à la lourdeur. Sinon, témoin du tournage de ce film, je peux vous dire qu'il a été cadré par Straub et Huillet eux-mêmes, et que Jean-Claude Rousseau (et Christophe Clavert) étaient effectivement présents ce jour-là.

Anonyme a dit…

pas d'accord ,c'est justement la répétition des mêmes mots à la fin des cinq plans séquences qui donne toute sa force et sa cohérence au film.

Buster a dit…

Merci Griffe pour ces précisions...

Anonyme, détrompez-vous, le film aurait au contraire gagné à jouer sur l’opposition entre cette insistance du geste (la répétition du même plan-séquence) et la fulgurance d’une formule choc.