lundi 20 décembre 2010

WikiLeaks

Bon alors, WikiLeaks, vous en pensez quoi? Dérive totalitaire ou vertu démocratique? Avant-goût fascisant de la transparence absolue ou expression libertaire du droit à tout savoir? La vérité est ailleurs évidemment. Non pas entre les deux, mais dans la combinaison des deux, soit une sorte d’hybridation, avec ce que cela suppose de monstrueux, véritable mutant journalistique, qui prône la divulgation, au nom de la transparence, de toute information, quelle qu’elle soit, et peu importe les implications, dès l’instant qu’elle sort de l’espace privé; non pas que sa connaissance soit forcément d’un grand intérêt mais parce qu’il ne saurait y avoir d’information de cet ordre qui se trouve ainsi soustraite autoritairement à la connaissance du public. OK. Et après? Je veux dire: que fait-on d’une telle information? Ou plutôt: que fait-on de telles informations? Car c’est par milliers qu’elles arrivent ces informations. Non pas d’un coup, mais à un rythme suffisamment soutenu - WikiLuke, le site qui divulgue plus vite que son ombre - pour que rapidement se pose la question de leur traitement, donc de leur portée.
Et c’est là qu’on voit qu’il est fort Assange (ne dit-on pas malin comme Assange?). En s'en remettant au "professionnalisme" de cinq grands journaux, à qui a été confié le soin de publier les fameux câbles diplomatiques, WikiLeaks s'acquitte de la tâche, ingrate mais nécessaire (et dans ce cas précis, impossible à mener seul, vu le nombre de télégrammes), qui consiste pour tout journaliste d'investigation à recouper les informations (par définition "fuitées") qu'il possède pour s'assurer de leur validité et juger lesquelles méritent d'être diffusées, ce qui fait que certaines resteront secrètes malgré tout - dans "Leaks" il y a l'X -, gagnant pour le coup, via cette collaboration avec la presse, la "responsabilité" que Washington et ses larbins atlantistes se refusent à lui reconnaître (au point d'envisager de nouveaux dispositifs juridiques qui permettent de le poursuivre comme criminel), par crainte non pas que soient dévoilés des secrets d'Etat, puisque, à écouter la plupart des journalistes (surtout ceux qui voient d'un mauvais œil que WikiLeaks empiète sur leur territoire) tout ce qu'on y apprend on le savait déjà (sauf que, eux, ils ne le disaient pas), donc, par crainte non pas que certains secrets soient dévoilés, ou que la vie de quelques informateurs soit menacée, mais que ce nouveau type de journalisme (car c'en est un, quoi qu'on en pense) ne devienne assez vite incontrôlable... ce qui, en fait, semble déjà être le cas.
Pour le meilleur: quoi de plus beau qu'un contre-pouvoir totalement libre - il ne fait aucun doute qu'à l'avenir, WikiLeaks, s'il arrive à se "développer" sur le plan journalistique, n'aura plus besoin de passer par la presse officielle pour traiter la masse d'informations dont il disposera. Et pour le pire: on risque d'entrer dans une escalade de feux et de contre-feux, entre, d'un côté, des Etats de plus en plus paranoïaques, verrouillant toutes les informations, même les plus inoffensives, et de l'autre, WikiLeaks - et tous les autres sites du même genre qui vont inévitablement lui emboîter le pas -, cherchant à faire sauter les verrous, soit plus une guerre de hackers, souvent sans scrupules, qu'une vraie bataille pour le droit à l'information.

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