mercredi 24 novembre 2010

La forêt, le monde


Lancelot du lac [l'ouverture] de Robert Bresson (1974). [via cellule75]

(...) Cerné de pans obscurs, creusé de profondeurs aveugles, Lancelot du lac n'est pas pour autant un film glacé, austère ou abstrait. Pour communiquer sa "vision" afin que le spectateur pénètre de plus en plus l'essence de l'Impression, chaque fois qu'il en a le pouvoir, Robert Bresson privilégie les moyens d'ordre sensible de préférence aux facteurs d'ordre intellectuel. Dès la séquence précédant le générique, il impose la présence d'une pulsion organique par l'insistance d'une rumeur formidable et comme venue du fond des âges, parcourant un monde crépusculaire dévasté par la violence, le carnage et la mort. Une épée s'enfonce dans une cotte de mailles, un corps est décapité, le sang coule dans le silence de la forêt, deux mains noueuses serrent un fagot de branches mortes qui craquent... La volonté de l'auteur à exprimer d'abord une réalité physique, matérielle et sensible éclate dans ces secondes hallucinantes qui signalent la présence d'un monde sourd, obscur, menaçant, livré au délire meurtrier de la guerre... (Jean-Claude Guiguet, "Lancelot du lac", NRF, janvier 1975)

2 commentaires:

Vincent a dit…

Ça faisait très longtemps, mais je trouve que ça fonctionne toujours aussi mal. Les premiers plans sont plus proches de l'épisode du chevalier noir dans "Sacré Graal" que d'autre chose. Les pendus semblent sortis d'un film fantastique espagnol des années 70. J'aime assez la photographie (La musique aussi) mais la forêt peine à faire croire à une forêt des origines. Bref, on est bien loin de Boorman. comme pour Rohmer, j'ai l'impression que Bresson était passionné par son sujet mais ne savait pas comment le prendre. Rohmer a du moins tenté une approche radicalement originale.

Buster a dit…

Ah, Vincent, difficile de vous répondre... "Lancelot du lac" pour moi aussi, ça fait très longtemps. Je n’ai jamais voulu le revoir (les explications dans une prochaine note), mais ces premiers plans qui précèdent le générique sont assez conformes au souvenir que j’en ai. Je ne sais pas si ça fonctionne mal, ce qui est sûr c’est que ça ne fonctionne pas comme les autres films de chevalerie. Et c’est bien cette différence radicale et toute bressonienne qui à l’époque m’avait subjugué, au point de rendre (momentanément) les autres films que je voyais affreusement anecdotiques.