jeudi 25 novembre 2010

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Faute d'avoir assisté lors de "la dernière Major" à l'intervention de Noël Herpe sur le célèbre texte de Truffaut, "Une certaine tendance du cinéma français", je vous livre, en guise de conclusion, la note qu'il avait rédigée, sur le même sujet, pour "Le dictionnaire Truffaut":

Cette "tradition de la qualité" louée après-guerre par Jean-Pierre Barrot dans l’Ecran français, Truffaut la connaît bien. Depuis les salles obscures au temps de l'Occupation, il avait pu se lover tout son soûl dans ce naturalisme cafardeux et prestigieux - jusqu'à y trouver le cadre d'un projet de film: La Ceinture de peau d'ange, histoire de dépucelage au fond d'un grenier que n'aurait pas reniée H.-G. Clouzot ou E.T. Gréville... Il connaît assez bien ses classiques pour aller trouver Pierre Bost et lui "emprunter" le scénario du Journal d'un curé de campagne - adaptation de Bernanos tendancieuse au possible, et que l'écrivain a récusée. Fort de cette pièce à conviction et de toutes les notes accumulées, Truffaut écrit un premier jet d'une trentaine de feuillets, qu'il soumet à Bazin: celui-ci l'invite à modérer ses attaques ad hominem, et à les équilibrer par des contre-exemples élogieux. Ainsi ramené à des bornes plus raisonnables, "Une certaine tendance du cinéma français" paraît en janvier 1954 dans les Cahiers. C'est peu d'écrire qu'il provoque un coup de tonnerre dans un ciel serein: si l'on excepte les timides coups de griffe d'un Jean-Louis Tallenay, d'un Michel Dorsday ou de Truffaut lui-même, la "tradition de qualité" jouit alors d'une légitimité incontestée, consacrée tous les ans à Cannes ou à Venise (consensus qu'égratigne le polémiste dès le début de son article) et relayée par de puissantes structures corporatives. C'est de ce côté que vient le premier contre-feu, avec la réaction indignée de Charles Spaak: " (...) votre collaborateur, écrit-il à Doniol-Valcroze, marque son impatience que 'Feyder et Spaak tombent définitivement dans l'oubli'. A première vue, il me paraît que nous sommes beaucoup qui auront plus de difficulté à oublier le nom de Jacques Feyder qu'à retenir celui de François Truffaut." Blessé de plus près, Bost reproche plus simplement au jeune homme d'avoir "manqué d'élégance". Il ajoute: "Ça m'ennuie de vous le dire, mais c'est bien le moins que je vous le dise." Surtout, le pamphlet truffaldien va diviser les lecteurs et la rédaction même des Cahiers, irritant Pierre Kast par ses relents de puritanisme ou de maurrassisme, gênant Bazin, qui continue de défendre Clément et Autant-Lara - fût-ce au prix de contorsions jésuites entre ces déjà anciens et les futurs modernes... Le seul Doniol assume l'infléchissement polémique que l'article ne va pas manquer d'imposer à la revue, avec le succès que l'on connaît.
De quoi s'agit-il, au juste? Rebondissant sur la célèbre formule de Bazin ("Après Robert Bresson, Aurenche et Bost ne sont plus les Viollet-le-Duc de l'adaptation cinématographique"), Truffaut s'en prend d'abord à une certaine pratique de l'adaptation littéraire: celle qu'ont notamment illustrée Aurenche et Bost dans leur travail pour Autant-Lara, traduisant Le Diable au corps et Le Blé en herbe en autant de scènes supposées répondre à une spécificité spectaculaire du septième art... L'exemple le plus intéressant qu'il en propose (parce qu'il démonte le compromis où se maintiennent ces adaptateurs/littérateurs) est la première rencontre des amants du Diable au corps, déplacée du quai d'une gare à une école-hôpital: "Quel est le but de cette équivalence? Permettre aux scénaristes d'amorcer les éléments antimilitaristes ajoutés à l'œuvre, de concert avec Claude Autant-Lara. Or, il est évident que l'idée de Radiguet était une idée de mise en scène, alors que la scène inventée par Aurenche et Bost est littéraire." Truffaut se fait moins subtil et plus sadique en décortiquant leur traitement du Journal d'un curé de campagne. A plaisir, il en détache des fragments de dialogues blasphématoires qui détournent, selon lui, non seulement la lettre, mais l'esprit du livre: le "Tout est grâce" de Bernanos devenant "Quand on est mort, tout est mort"!
C'est ici que se profile une croisade morale, dont la querelle de l'adaptation n'est que le point de départ (presque un lieu commun de la cinéphilie française depuis les années 20). En mêlant de manière parfois brouillonne les enjeux éthiques et esthétiques, en convoquant à la barre les réalisateurs artisans du cinéma "de qualité" (alors qu'il prétend n'instruire que le procès des scénaristes), Truffaut dévoile l'essentiel de l'accusation: le péché originel du "réalisme psychologique" de l'après-guerre, c'est son peu de foi en l'homme; c'est une vision systématiquement négative qui n'en finit pas de fouiller les plaies de l'Occupation, ou de recycler une ironie flaubertienne devenue mépris... D'où les imprécations moralisantes qui traversent le texte; d'où l'appel à ces hommes providentiels qui pourraient sortir le cinéma français d'une adolescence prolongée et dépressive, tout en consacrant l'unité du réalisateur-auteur (là où ne règne qu'un professionnalisme impersonnel...). Et Truffaut de citer les noms de Renoir, Bresson, Cocteau, Becker, Gance, Ophuls, Tati, Leenhardt: cela s'appelle la "politique des auteurs", mais c'est une autre histoire qui commence. (Noël Herpe, Le dictionnaire Truffaut, 2004)

Alors? Bonnes feuilles ou mauvaise Herpe? Sur ce que je lis, je ne vois pas grand-chose à redire... au contraire, c'est même mieux que la plupart des commentaires qui louent aveuglément le texte... Donc, Herpe a-t-il caricaturé ses propos pour rendre son intervention plus spectaculaire, ou a-t-il été encore plus loin - en défendant la "qualité française" contre Truffaut - pour créer la polémique et faire de cette intervention un joli petit scandale, ce qui était peut-être le but du jeu?

Sinon je joins deux autres notes de Herpe - sur Clouzot et sur Rebatet - qu'on peut lire aussi dans "Le dictionnaire Truffaut":

Sur Clouzot:
Le cas Clouzot est hautement emblématique de la relation incestueuse et ambivalente qu'entretient Truffaut avec le cinéma de papa... Premier acte: une filiation fusionnelle et vaguement coupable, qui lui fait revoir le Corbeau jusqu'à treize fois à la fin de l'Occupation. "Mes goûts, en fait, après Paradis perdu, c'était le Corbeau, de Clouzot, parce que c'était noir et que c'était dur à voir, et puis les Anges du péché, de Bresson." Entre l'idéalisme de Bresson ou de Gance et la cruauté de Clouzot, l'adolescent fait feu de tout bois pour exorciser la névrose familiale et le malheur des temps... Quitte à se retourner, par la suite, contre certaines de ses premiers amours: ce sera fin 1957, dans les Cahiers, un de ces portraits charges où Truffaut est déjà passé maître. Le titre - "Clouzot au travail, ou le règne de la terreur" - dit bien qu'il s'agit moins de critiquer les Espions que d'en espionner les méthodes de fabrication, entre les lignes du livre de Michel Cournot Le Premier spectateur... Le film? Il est écarté d'un trait de plume, et d'un mot qui a déjà fait le tour de Paris: "Aucun journal n'a osé reproduire ce mot de Jeanson à propos des Espions: "Clouzot a fait Kafka dans sa culotte", admirable formule qui en sept mots réussit à rendre compte très parfaitement de la portée exacte de l'entreprise."
En fait, Truffaut s'acharne essentiellement à dénoncer le hiatus entre un discours (affichant, selon l'interlocuteur, des ambitions métaphysiques ou sociales, exhibant un souci maniaque de réalisme) et une pratique forcément moins sublime: cynisme avec lequel Clouzot auditionne de jeunes comédiens, traite son personnel ou lorgne vers le public; misérabilisme décoratif qui vient réduire à néant la précision visionnaire du story-board... Avec une férocité qui semble se mesurer à celle du cinéaste, le polémiste met en relief une impasse caractéristique de toute une génération (et qu'il traque alors jusque chez le Clément de M. Ripois ou de Barrage contre le Pacifique): une volonté de puissance qui échoue, en dernière analyse, à capter la moindre parcelle de réel. Clouzot apparaît ainsi comme un Antéchrist de la politique des auteurs, même si - ou parce que - Truffaut lui garde une admiration tombée de haut... C'est cette admiration qui l'emporte, à travers l'un de ces retours aux pères humiliés qui deviendront bientôt un classique truffaldien: lettre à Clouzot en 1964, au lendemain de l'accident cardiaque qui a arrêté le tournage de l'Enfer, et lettre en 1976 pour lui proposer de tourner un film, un avant sa mort.

Sur Rebatet:
Il serait trop facile de distinguer Docteur Vinneuil et Mister Rebatet, le subtil critique musical ou cinématographique et l'hystérique pamphlétaire antisémite des Décombres... D'abord, parce que l'un et l'autre échangèrent leurs plumes sous l'Occupation, ne faisant qu'un seul Lucien Rebatet: l'intellectuel pronazi est également l'auteur des Tribus du cinéma et du théâtre - qui s'en prend avec fureur à une cinématographie française "enjuivée", qui dans sa chronique de Je suis partout poursuit le procès du réalisme poétique, de cette atmosphère d'"oppression et de chienlit marxiste" attachée à l'avant-guerre... Peu à peu, cependant, le point du vue du critique de films va se dépolitiser, et l'inviter à soutenir une "renaissance du cinéma français" qui ne coïncide pas vraiment avec la révolution nationale (il n'a du reste que sarcasmes pour la production à l'eau de Vichy). C'est sans doute ce mélange de fièvre polémique et d'intuitions esthétiques qui lui vaudra les marques de sympathie du jeune Truffaut - alors qu'il n'est plus que François Vinneuil, plumitif vieillissant dans un placard d'extrême droite. C'est peut-être aussi un certain goût des causes perdues et des pères humiliés qui (alors qu'il chronique sévèrement dans les Cahiers de février 1954 une nouvelle édition de l'Histoire du cinéma de Bardèche et Brasillach) lui inspire ces lignes troublantes: "Les idées politiques de Brasillach furent aussi celles de Drieu La Rochelle; les idées qui valent à ceux qui les répandent la peine de mort sont forcément estimables..." Le chroniqueur de Rivarol est d'ailleurs le premier à suggérer une filiation, en écrivant à son "disciple" d'Arts, le 25 novembre 1955: "Voilà un an que j'ai envie de vous voir, parce que vous me rappelez le jeune Vinneuil des années 30. Mon vieil ami Jacques Becker m'a dit énormément de bien de vous..." Il s'ensuit une correspondance amicale, le bébé frayant le chemin au dinosaure parmi les curiosités américaines de la saison... "Les camarades de mon âge, le remercie Rebatet, ne sont pas fichus de me procurer ces petits tuyaux que vous m'offrez généreusement parce qu'ils recopient leurs fiches d'avant-guerre." Au risque de mettre en colère Jacques Doniol-Valcroze et Pierre Kast, qui s'irrite de cette "crise aiguë de maurrassisme", Truffaut va même jusqu'à déjeuner avec l'auteur de Mémoires d'un fasciste - prélude à une série d'entretiens qui paraîtront dans Dimanche matin sous le titre "Le jeune amateur et le vieux critique". Au-delà du dandysme apolitique et provocateur que cultive alors Truffaut, on voit bien ce qui peut rapprocher les deux polémistes: l'amour du grand récit classique hollywoodien et la rage éveillée par la tiédeur "littéraire" d'un certain cinéma français - même si, en défendant Grémillon ou Autant-Lara [?] dans le contexte bien-pensant de l'Occupation, Rebatet s'avérait curieusement plus à gauche que son cadet... Dans sa préface au recueil de textes d'André Bazin Le Cinéma de l'Occupation et de la Résistance, Truffaut ne fera que citer à charge les imprécations des Tribus du cinéma et il achèvera de s'éloigner de cette famille de critiques à travers le pitoyable Alain Laubreaux, mis en scène dans le Dernier métro sous la figure de Daxiat. Il n'empêche qu'Henri Langlois ose rappeler, en 1975: "Je n'ai connu que deux critiques: François Vinneuil, François Truffaut" et ajoute: "Le vrai critique n'écrit pas pour le présent et, quand il dit du mal d'un film, il vous donne encore envie de le connaître."

Pour mémoire, le texte de François Truffaut: "Une certaine tendance du cinéma français".

PS. Quand on relit les critiques de Truffaut, surtout celles publiées dans Arts, on se rend compte à quel point il y avait un ton Truffaut, un ton qui tranchait avec le reste de la profession, ton marqué par la véhémence, un humour souvent vache et le goût des jeux de mots (ah "Si jeune et déjà poney" à propos du cinéaste Nakahira et son film Passion juvénile), autant d'éléments qui témoignent, chez le futur auteur des 400 coups, d'une liberté d'écriture sans équivalent à l'époque, préfigurant - d'une certaine manière - les blogs d'aujourd'hui...

33 commentaires:

T.G. a dit…

Excellente note! C'est ce que Truffaut appelait "la critique à l'état furieux", et c'est ce ton qu'on retrouve souvent dans les papiers d'Arts (qu'ils soient signés de Truffaut ou de quelques autres). Pour rappel Rebatet est l'auteur du monumental Les Deux étendards, un roman passionnant. Mais un personnage peu sympathique.

Buster a dit…

Merci T.G. Oui chez le Truffaut critique il y avait quelque chose de furieux. Je crois que c’est De Baecque dans son livre sur la cinéphilie qui parlait de Truffaut comme d’un "cinéphile furieux", rappelant que pour lui, quand il était ado, aller voir des films était déjà en soi quelque chose de violent puisqu’il devait voler l’argent de ses parents pour se payer les séances, sans compter toutes ces histoires de trafic de photos... Et l’"emprunt" du scénario de Bost pour alimenter son pamphlet participe de cette violence, de même que ses autres textes critiques, surtout ceux publiés dans Arts, où il s’agissait pour lui de rétablir (et peu importe les moyens on pourrait dire) la vérité, sa vérité, entre les vrais auteurs et les fausses valeurs du cinéma français.

Christophe a dit…

Sur ce fameux "emprunt", lire "La nouvelle vague vue par Henri Jeanson" dans Le Crapouillot spécial Histoire du cinéma.

white - herpe a dit…

Lu une bonne partie de notes de NH dans ce dico. Effectivement, il n'y a rien de choquant là-dedans. Rien qui fasse sauter au plafond : ni dans le fond, et encore moins dans la forme !-] (non, passequeu il y a encore de très méchantes langues qui disent que j'écris comme un manche !-]

Pas sûr que Herpe ait "caricaturé ses propos", mais au contraire, il se peut bien qu'il se soit "lâché" (ou, à l'inverse, qu'il ait été "modéré" par A. De Baecque & A. Guigue). On peut sentir des "frémissements" (d'alacrité ?) dans sa note consacrée à Chabrol - je l'ai déjà dit.

Il y avait un "pari", ou un "défi" à relever dans la proposition de Bozon. "Spectaculaire", oui : un tiers de mon texte (que personne ne pourra lire ?-] Tel que je l'ai vue, la performance m'a paru une provocation - douteuse -, surtout par les temps qui courent. Et finalement, ce "joli petit scandale" (plus "petit" que "joli" :-] n'aura pas fait grand bruit, puisque la plupart des spectateurs - je ne vise personne - n'y trouvant rien à redire ;-]

PS : et alors ? ça y est ?! tu l'as emballée Anne de la Flibuste, au moins ?-] est-ce qu'elle est "canon" ?-DDD

Buster a dit…

En tous les cas, ton amie Anne t'a laissé un petit "poulet" sur l'autre note... Hé hé.

Anonyme a dit…

C'est bien gentil tout ca... Mais au lieu de s'extasier aveuglément sur les élucubrations de Trufffaut, pourquoi ne pas tout simplement VOIR les films dont il parle ? (et qui souvent bien supérieurs aux siens).

Buster a dit…

Qui s’extasie aveuglément sur les élucubrations de Truffaut?

Sinon les films dont il parle, bah oui, on les a VUS. Et ce qu’on peut dire c’est que si certains (le Diable au corps, Un homme marche dans la ville, le Salaire de la peur...) sont supérieurs à d’autres (la Symphonie pastorale, l’Auberge rouge...), aucun de ces films dits de scénaristes n’égale les films plébiscités par Truffaut, tels le Carrosse d’or, le Journal d’un curé de campagne, Orphée, Casque d’or, Madame de..., les Vacances de M. Hulot, ni mêmes ses propres films, du moins les meilleurs (Tirez sur le pianiste, la Peau douce, Baisers volés, les Deux Anglaises, l'Homme qui aimait les femmes, la Chambre verte...).
Maintenant c’est vrai que le Dernier métro c’est assez mauvais (moins toutefois que Une belle fille comme moi, l'Argent de poche ou l'Amour en fuite), même si le film n’a rien à voir, contrairement à ce que prétendent certains, avec cette "tradition de qualité" qu’a vilipendée Truffaut dans sa jeunesse.

Anne Indies a dit…

C'est drôle comme les vieux débats n'en finissent jamais... Comment peut-on aujourd'hui aimer Clouzot, Carné ou Autant-Lara ? Du premier je sauverais Le Corbeau, du second Le Jour se lève et du troisième absolument rien, même pas le sinistre Diable au corps.

Laurent Namura a dit…

Mais surtout, comment peut-on aujoud'hui aimer Truffaut ? Qui fut à n'en pas douter un excellent critique, avant de devenir un cinéaste très médiocre. Le débat ne fait que commencer...

Buster a dit…

Anne Indies > Je ne serai pas aussi expéditif.

Peut-être d’ailleurs faudrait-il juger ces oeuvres non par auteur (sauf pour Clouzot et Duvivier qui, quoi qu’on en pense, furent de véritables auteurs au sens même où l’entendait Truffaut) mais en fonction de la période à laquelle elles appartiennent. Le réalisme poétique à la Carné-Prévert, ça a vieilli mais ça reste encore regardable comme dirait l’autre, grâce au brio des dialogues et la qualité des acteurs, les monstres sacrés du cinéma français (à la limite du cabotinage, mais ça passe, car il y a autour toute la fantaisie des seconds rôles qui sont comme des facteurs de dédramatisation). C’est vrai qu’à partir des années 40, il y a une complaisance dans la noirceur assez insupportable, pare xemple chez un réalisateur comme Yves Allégret (cf. ses films écrits par Sigurd, certainement ce qu’il y a de pire dans le naturalisme poisseux). Le cas Autant-Lara est un peu à part. Ses films faits sous l’Occupation ne sont pas déplaisants (notamment Douce), et La Traversée de Paris est supérieur à bon nombre de films qui traitent de l’Occupation. Pour le reste... il n’y a que Moullet pour trouver un réel intérêt aux Patates (quoi que). Reste donc Clouzot et Duvivier. Pour le premier, j’aime bien le Corbeau, mais je préfère quand même des films comme Manon ou le Salaire de la peur (pas convaincu en revanche par son Mystère Picasso). Quant à Duvivier, je n’ai jamais compris l’engouement suscité par ses films d’avant-guerre (la Bandera, Pépé le moko...), très schématiques et bourrés de clichés (la Belle équipe y échappe un peu). Dans le pessimisme noir, son film Panique réalisé après la guerre est effroyable, mais Michel Simon y est vraiment génial et le film reste cent coudées au-dessus de son remake, l’insignifiant M. Hire de Leconte. Reste que les meilleurs Duvivier sont peut-être ses deux Don Camillo.

Laurent Namura > Vaste débat en effet... J'y reviendrai.

Christophe a dit…

est ce que vous savez si l'entretien Truffaut/Rebatet a été republié quelque part?

Christophe a dit…

Autant-Lara, outre l'incontestable chef d'oeuvre qu'est Douce, je retiens Le blé en herbe, La traversée de Paris et Le Journal d'une femme de chambre.

Quant à Clouzot, c'est effectivement un véritable auteur même si dès les années 50, son cinéma a sombré à force de complaisance dans la misanthropie. Quai des orfèvres est le plus célinien des chefs d'oeuvre du cinéma français.

Carné a fait, avant les années 50, quelques bons films, généralement ceux dans lesquels la poésie faisandée de Prévert (ou de Jeanson: Hôtel du Nord) est la moins envahissante: Jenny, Quai des brumes, La Marie du port, Le jour se lève.

Sinon, plusieurs films de Henri Decoin sont à redécouvrir. Battement de coeur, Entre onze heures et minuit, Fille du diable montrent le talent d'un des rares artisans de cinéma populaire français, des films brillants sans être envahis par les prétentions et le cynisme de mauvais scénaristes.

Buster a dit…

Je ne connais pas bien le cinéma de Decoin, en dehors de ses adaptations de Simenon et autres polars (Entre onze heures et minuit, que j’ai vu il n’y a pas très longtemps, est assez brillant en effet), et bien sûr ses films avec Darrieux, on pourrait dire ses Darrieux films (comme il y a eu ensuite les Bergman films de Rossellini et les Karina films de Godard), qui valent surtout par la fraîcheur et le jeu très moderne pour l'époque de Darrieux.

Pour l’entretien Rebatet/Truffaut, je ne sais pas mais il m’étonnerait fort qu’il ait été republié.

Anonyme a dit…

Ce débat est très intéressant. Chacun défend les Clouzot, les Carné, les Duvivier ou les Autant-Lara qu'il préfère... (Pour ma part je citerais "Quai des orfèvres", "Le jour se lève", "La tête d'un homme" et "Occupe-toi d'Amélie” comme les chefs-d'oeuvre de ces cinéastes qui furent avant tout des "auteurs"). Cela prouve en tout cas que le cinéma d'avant la NV n'est nullement réductible au réquisitoire caricatural de Truffaut. Il était temps qu'on s'en rendît compte !

Christophe a dit…

A noter que Les patates a fait l'objet d'une défense d'une page et demi de Michel Delahaye, blindée de références à la psychanalyse (c'est le début du virage coco), dans le numéro 218 des Cahiers.
Ils sont donc au moins deux.

Christophe a dit…

le réquisitoire de Truffaut était caricatural mais fort bien vu.

Buster a dit…

Christophe > J'ai écrit Moullet dans mon commentaire mais c'est bien à Delahaye que je pensais.

Anne Indies a dit…

Les cahiers ont réévalué Autant-Lara dans les années soixante. Narboni et Comolli aimait Le Journal d'une femme en blanc (et non de chambre, Christophe), et Biette a consacré un texte à Gloria. Par contre, voir dans un texte de Delahaye l'amorce du virage coco, c'est mal connaitre le bonhomme.
Sinon, je préfère Duvivier ou le trop méconnu Gréville à Clouzot et Autant-Lara (Douce, quelle horreur !). Et puis Vigo, Grémillon, Renoir et Ophuls les écrasent tous, non ?
Dernière chose : que les défenseurs de la qualité française arrêtent de faire comme si la nouvelle vague avait étouffé leurs idoles. Elles étaient déjà très déclinantes à l'époque et ont continué à faire des films après. Et c'est encore elles que l'on célèbre le plus dans les histoires officielles du cinéma et les grilles TV.

Christophe a dit…

Merci d'avoir corrigé ma coquille Anne.

Je ne vois pas le début du virage coco dans le texte précis de Delahaye, je rappelais juste que l'époque correspond effectivement au début de l'engouement de la revue pour la psychanalyse et pour le marxisme (les deux allaient de pair).
Pour rappel, la couv du numéro en question, c'est Eisenstein+Oshima+La vie est à nous.

pourquoi trouvez vous Douce "horrible" sinon?
Sinon, oui, Renoir, Ophuls, Guitry et Pagnol les "écrasent tous" mais on n'est peut-être pas non plus obligés de considérer le cinéma comme des Jeux Olympiques et donc de se priver de films bons/intéressants/superbes parce qu'ils n'auraient pas été réalisés par des cinéastes faisant partie du top five français.

Quant à votre dernière phrase, elle n'engage que vous.

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Christophe. Opposer le "vilain" Autant-Lara au "gentil" Vigo relève de la bagarre de cour de recréation. On peut très bien admirer à la fois l'un et l'autre, d'autant mieux qu'ils ne boxent pas dans la même catégorie...

Vincent a dit…

Tout cela est bien gentil, mais Christian-Jaque c'est le meilleur.
Sinon, je suis d'accord avec la remarque de Christophe sur l'aspect "compétition" entre tous ces braves gens (et j'ajoute perfidement que l'on a pas mentionné René Clair).

Anne Indies a dit…

Qui a parlé de compétition ? Il s'agit simplement de faire des rapprochements et des comparaisons, c'est l'un principes essentiels du geste critique. On ne peut ainsi pas lire le texte de Truffaut sans avoir en tête les cinéastes qu'il cherchait à défendre à travers son attaque. Et il avait plutôt raison : sur l'essentiel tout oppose Renoir et Clouzot, Vigo et Autant-Lara.

Anonyme a dit…

Et alors ? Il n'y a qu'une seule façon autorisée de faire du cinéma ?

Anna Indies a dit…

Bien sûr que non, mais il est normal qu'un critique qui se sent des velléité de cinéaste (comme Truffaut à l'époque) éprouve le besoin d'affirmer la voie qu'il s'est choisie, surtout lorsque celle-ci n'est pas celle qui correspond le plus au goût de l'époque. Et d'une façon générale, je préfère qu'un critique tranche, quitte à se montrer injuste, plutôt que de tout prendre sans affirmer un goût ou un parti-pris. C'est ce qui différencie l'histoire des Cahiers du cinéma de celle de Positif.

Buster a dit…

Je rappelle que dans son texte Truffaut se demandait déjà si on pouvait aimer à la fois la tradition de la qualité et le cinéma d’auteur. Sa réponse était non, parce que pour lui la tradition de la qualité (dominée par le réalisme psychologique) représentait le cinéma officiel, unanimement reconnu par la critique et le public de l’époque, et que le cinéma d’auteur, plus novateur, où le cinéaste était le plus souvent son propre scénariste, eh bien, que ce cinéma là pâtissait de cet engouement, que s’il n’était pas compris c’était à cause de tous ces films de littérateurs, sacrifiant la poésie au pittoresque et donc forcément plus confortables pour le public. Truffaut affirmait ses goûts, avec force et pas toujours objectivité (il le dit lui-même, il y a de la passion et du parti pris dans son examen du cinéma français), mais préparait aussi le terrain de la Nouvelle vague, donc le sien, en réclamant la fin du règne des scénaristes-rois comme Aurenche et Bost. On ne peut nier non plus que Truffaut réglait des comptes avec l’autorité, celle des pères, que représentaient à leur manière Aurenche et Bost. Il y a dans son texte une phrase éclairante: "Ils (Aurenche et Bost) se comportent vis-à-vis du scénario comme l’on croit rééduquer un délinquant en lui trouvant du travail". C’est pourquoi il ne faut pas, comme le fait Herpe, accorder trop d’importance aux "imprécations moralisantes" de Truffaut. Son texte est d'abord une formidable machine de guerre contre l’establishment cinématographique (il reprendra d’ailleurs la question de l’adaptation dans un autre texte qu’on peut lire dans son recueil "Le plaisir des yeux" et où il s’attaque encore une fois à Aurenche et Bost).

Anonyme a dit…

Pour une analyse détaillée de cette problématique oedipienne de Truffaut, je vous renvoie précisément à l'article de Noël Herpe, récemment repris dans son livre "Journal d'un cinéphile" (Aléas, 2009, pp. 299-306).

grégaire - des boutons a dit…

antoine doinel a dit…

- Merci Antoine, mais vous êtes de parti pris : votre avis ne comptera pas !-] Toutefois, si vous tenez à lire intégralement le texte, il va vous falloir faire jouer vos relations : avec un nom comme le vôtre, vous devez avoir de l'influence !-]

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Anne Indies a dit, le 29 nov. [15h 22]

"[tout en étant plutôt en désaccord avec Herpe] je trouve l'indignation d'Albin tout à fait ridicule.
- Etant fortement en désaccord avec Herpe, je trouve votre laisser-aller tout à fait inquiétant :-]

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Passons maintenant aux choses sérieuses...

Réponse "groupée" à Anne et "Anonyme du 28, 29, et 30 nov." [probablement pas le même durant tout ce fil de comm ?]

- Entre parenthèses, la question (Anonyme) : "Qui l'est mieux ["vache sacrée" de l'Académie française du cinéma] que Truffaut ?".

Bah... Renoir, Bresson et Rohmer, si on prend les bons ! Et pour les autres : Carné-Prévert, René Clair. Mieux encore : Resnais ! Voire Pialat ! Mais, il est vrai que Truffaut passe pour une "institution" ; qui en tant que telle, ne m'intéresse pas.

Personnellement, je n'ai que très peu d'affinités avec l'oeuvre de Truffaut : il n'est en aucun cas pour moi une "vache sacrée", ni un "sanctuaire intouchable". Je trouve ses articles et ses films tous plus ou moins discutables, et assez loin de correspondre à mes goûts cinématographiques en général, ni même ceux touchant à la "Nouvelle vague", en particulier.

De cette période, les cinéastes qui me tiennent le plus à coeur, ont pour nom : Godard, Rohmer, Chabrol (ce qui ne surprendra personne), ou encore Pollet, Moullet, Lajournade, et à la limite Rozier, par exemple. Donc, a priori, je n'avais rien contre la démarche de NH. Oui au rétablissement (disons "objectif") des faits (environ 1/6è de l'exposé) ; mais, non à l'exécution pure et simple, et, pour couronner le tout, le rétablissement de valeurs rétrogrades - la Restauration !

Pas de "blasphème" dans cette "petite affaire", mais plutôt une "agression" (à la mémoire collective), non pas dans la note du dico, mais dans cette intervention publique, là où beaucoup n'ont rien trouvé à y redire. Les propos tenus, ont heureusement été contestés, avec élégance, la semaine suivante par rien moins que Jean Narboni. Alors pourquoi voir des "gardiens du temple" (expression en rien péjorative, me dira-t-on), des personnes qui apportent un réel point de vue d'historien et de critique en toute honnêteté - ou passion pour le cinématographe ?

Et si le problème était là aussi : dans la "cinéphilie encyclopédique" - et vétilleuse - encore et toujours !?-] Exemplairement, le fil de discussion de l'autre billet sur ce blog "[...]", daté du 25 nov., où tour à tour vous êtes en train de distribuer les bons points (pour ne pas dire "enfiler des perles") : il y a vraiment de quoi se gondoler !!!-DDD C'est à qui défendra le plus son ou ses quelques films préférés de tel ou tel réalisateur "injustement" mésestimé : "Ah tout de même, Autant-Lara, c'était un grand !" Et l'on se pâme encore pour tel Clouzot ("Ah, non, celui-là plutôt que l'autre, quand même !"), tel Duvivier, Carné, René Clément... Henri Decoin, aussi ?!! Mais, alors, mes amis, lâchez-vous : et Jean Delannoy ? et Jean Dréville ? et Maurice Tourneur ? et Guy Lefranc ? et Maurice Cloche ? et Jacques Feyder ? et Albert Lamorisse ? et Emile Cousinet, hein ? Pff, et personne ne parle de Marcel L'Herbier ?!!

Eh bien, quitte à me couvrir une nouvelle fois de ridicule, je préfère encore revoir pour la cinquantième fois les mêmes films de Renoir, Ophüls, Bresson, Vigo, ou certains Becker, Guitry, Pagnol, que de m'attarder sur les oeuvrettes de ces aimables faiseurs - qui ne vous auront appris ! La preuve, ici-même !-]

ooops ! a dit…

Euh, ce comm répondait aux interventions sur l'autre billet [...]", daté du mardi 16 novembre 2010.

Les lecteurs vigilants auront bien sûr rétabli par eux-mêmes l'erreur ;-]

(désolé)

houla !-] a dit…

Oh la la... toute fin du comm :

"qui ne vous auront RIEN appris !"

^.^

Buster a dit…

Prépare-toi Albin, ton heure de gloire est pour bientôt!

Bon à part ça, le débat tourne un peu au dialogue de sourds. Il faut revenir au texte de Truffaut. A la base de sa critique, il y a la notion d’"équivalence" qui voit des scénaristes comme Aurenche et Bost, lorsqu’ils adaptent un roman, remplacer les passages qu’ils jugent intournables par d’autres totalement inventés. Pour Truffaut, il n’y a rien d’intournable dès l’instant que ces passages sont pensés visuellement, en images, et non de façon littéraire. Le problème, évidemment, c’est qu’il généralise à partir d’un cas très particulier. On peut même dire qu’il nous fait une petite fixette sur Aurenche et Bost, car si ces derniers sont retrouvés dans beaucoup de scénarios et/ou dialogues de l’époque, on ne peut mettre dans le même sac tous les films qu’ils ont co-écrits, quel que soit le réalisateur. S’il y a des films à comparer c’est plutôt à ce niveau. Il y a quand même une différence entre un Autant-Lara écrit par A et B et disons... un Delannoy écrit par les mêmes...

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Buster. N'en déplaise à Grégaire, il y a une certaine différence entre Feyder et Couzinet. Il y a une certaine différence entre un beau film ("Jeux interdits") et un nanar prétentieux ("La Symphonie pastorale"), même s'ils sont écrits par le même scénariste... Cette différence s'appelle tout simplement la mise en scène. Un concept qui semble avoir quelque peu échappé au jeune Truffaut, obsédé qu'il était par son sainte-beuvisme de l'"Hauteur". Et qui échappe du même coup à ses admirateurs... grégaires, puisqu'ils se reposent sur les tables de la loi truffaldienne, sans prendre seulement la peine de VOIR les films en question.

sot - en auteurs a dit…

Bonjour "Anonyme"...

...ou plutôt devrait-on dire "Noël Herpe" : himself ? son porte-parole ? ou son attaché de presse ?-]

Car, quand on reprend vos commentaires ici, ou sur le billet du ma 16 nov., voilà ce qu'il en ressort...

Ainsi, vous avez écrit :

a) le 29 nov. | 19h 07
"[...] plutôt que de répéter béatement les approximations truffaldiennes [au sujet de ces excellents films.]"

b) le 30 nov. | 00h 22
"Nous [je souligne] sommes nombreux à trouver cette "Amélie" brillantissime ! En tout cas elle infirme complètement les théories de Truffaut sur Aurenche et Bost comme littérateurs honteux [...]"

[sur le présent billet]

c) 28 nov. | 00h 46
"[...] au lieu de s'extasier aveuglément sur les élucubrations de Trufffaut, pourquoi ne pas tout simplement VOIR les films dont il parle ? (et qui souvent bien supérieurs aux siens)."

d) 28 nov. | 13h 27
"[...] Cela prouve en tout cas que le cinéma d'avant la NV n'est nullement réductible au réquisitoire caricatural de Truffaut. Il était temps qu'on s'en rendît compte !"

e) Le 29 | 19h 02
"Et alors ? Il n'y a qu'une seule façon autorisée de faire du cinéma ?"

[surtout ici]

f) Le 30 nov. | 00h 18
"Pour une analyse détaillée de cette problématique oedipienne de Truffaut, je vous renvoie précisément à l'article de Noël Herpe, récemment repris dans son livre [...]"

g) Le 30 nov. | 23h 47
"[...] Un concept qui semble avoir quelque peu échappé au jeune Truffaut, obsédé qu'il était par son sainte-beuvisme de l'"Hauteur". Et qui échappe du même coup à ses admirateurs... grégaires, puisqu'ils se reposent sur les tables de la loi truffaldienne [...]"

Ensuite, entendons-nous un peu, si vous le voulez bien.

Pourriez-vous essayer, ici du moins, de considérer vos contradicteurs, en l'occurrence Buster et moi-même - qui seuls prenons la défense de l'article polémique (soutenus cela dit par "jacques t." et "antoine d.") - comme des "admirateurs... grégaires" ("qui se reposent sur les tables de la loi, etc.", ou "béats" ? Nous en reconnaissons volontiers (nous nous en sommes expliqués ici ou ailleurs) les approximations et les limites.

Rappelons maintenant une fois encore l'importance de ce document. Toute approximative qu'elle soit, vu son contexte de rédaction, c'est bien le moins qu'on puisse lui reprocher ! Narboni l'a brillamment replacé dans l'ambiance vichyste de l'époque ; et la portée du texte a été signalée par Buster, dans le comm daté [29 nov. | 23h 48]. C'est un des textes-manifeste de la NV, dont l'onde de choc s'est répercutée partout dans le monde !!! Il n'y en a pas eu d'équivalent, jusqu'à aujourd'hui. Vous devez en partie, à FT - minime dans cet article -, les "clés" qui vous servent aujourd'hui pour le dénigrer !

Et pour finir, ne vous en déplaise, quelles que soient les chefs-d'oeuvre de "ces cinéastes qui furent avant tout des "auteurs" [Clouzot, Carné, Duviver, etc.] l'oeuvre de Truffaut dans l'histoire du cinéma français, sera plus "importante" (culturellement et esthétiquement) que celle de René Clément, Autant-Lara. Toutefois, il est vrai, peut-être moins que celle de Grémillon.

Anonyme a dit…

Personne ne saurait nier l'influence considérable du texte de Truffaut - pour le meilleur et pour le pire... Le temps est tout simplement venu de le désacraliser, de le démystifier - en le replaçant posément dans son contexte historique : un post-vichysme dont Truffaut fut non seulement le contemporain, mais l'héritier ambigu (qu'on se reporte à ses entretiens avec Rebatet).
En outre, qui peut dire aujourd'hui que l'œuvre de Truffaut cinéaste a plus de chances de durer que celles d'Autant-Lara ou de Clément ? Son étoile depuis des années ne cesse de pâlir, et personnellement je donnerais tous les "400 coups" du monde pour un unique "Plein soleil"... Je ne crois pas être le seul.