samedi 20 novembre 2010

Basquiat

Tiens, puisqu'on parle de Royal Robertson, peintre noir totalement méconnu avant que Sujfan Stevens ne lui rende hommage via son dernier album, quelques mots sur Basquiat dont j'ai été voir l'expo dimanche dernier. Basquiat, j'aime beaucoup, même si je n'aime pas tout: de la première période, encore très graffiti, j'adore les portraits bariolés, mi-enfantins mi-vaudous, dans lesquels on ressent l'influence du fameux Gray's anatomy (rien à voir avec la série "Grey's anatomy"!), le bouquin d'anatomie que lui offrit sa mère quand il était gamin, ou encore l'équilibre de certains tableaux comme "Per capita" ou "Peso neto", alors que les toiles "gribouillées" au crayon dans tous les sens, tel "Self-portrait with Suzanne", me laissent assez indifférent. De cette période, je n'ai pas vu "Cadillac Moon 1981" (le tableau qui marque la fin de "SAMO©", le pseudo sous lequel Basquiat signait ses tags sur les murs de Manhattan sud puis ses premières toiles) car il avait été décroché - on a suspecté un acte de vandalisme: un petit tag ajouté dans le coin du tableau (hé hé, belle ironie), mais apparemment il n'en est rien, enfin si, mais la dégradation serait plus ancienne. En fait, c'est surtout la période 1982-1985 que je préfère chez Basquiat, pas tant les œuvres de la Fun Gallery présentées à Paris (supports divers, toiles découpées, collages...), ni les sérigraphies de dessins où l'écriture (signes, mots, bouts de phrases, tous plus énigmatiques les uns que les autres) l'emporte trop sur le dessin, ou encore ces tableaux-concepts sur le jazz, comme les deux "Discography" et le célèbre "Now's the time" (une plaque de bois noire et ronde comme un disque) en hommage à Charlie Parker, ni les tableaux exécutés avec Warhol, certainement la partie la plus faible de son œuvre, que toutes ces toiles où l'art de la composition et les talents de coloriste de Basquiat, "l'enfant radieux" comme disait Rene Ricard, se font le plus sentir. Pour rester dans le jazz, pensons simplement au superbe "Max Roach" (absent de l'expo), pensons aussi à certains tableaux sur la boxe... Reste que pour moi les plus belles toiles de Basquiat sont sans conteste l'extraordinaire "Ernok", peut-être son chef-d'œuvre, digne des meilleurs Picasso, le magnifique "Boy and dog in Johnnypump", certaines fresques comme "Undiscovered genius of the Mississippi delta" ou "Brother's sausage", et quelques autres encore, je ne vais pas tous les citer. Quant à la dernière période, c'est assez difficile... toute cette logorrhée graphique est presque trop violemment intime, comme si on était dans la tête de l'artiste (je pense à la série "Eroica") pour qu'on puisse, esthétiquement parlant, s'y accrocher - à l'inverse une œuvre, une des dernières, comme "The dingoes that park their brains with their gum", dans laquelle Basquiat a recouvert de bleu tout ce qu'il avait écrit (c'est une hypothèse), voilant ainsi son "réel", est absolument bouleversante.

PS. Ce qu'il y a de bien avec les expo comme celle de Basquiat, c'est qu'on y rencontre plein d'artistes noirs. C'est d'autant plus sympa que, contrairement à la séquence du Syndrome de Stendhal d'Argento qui se passe dans la Galerie des Offices et où l'on voit un personnage (noir) observer des tableaux avec ses lunettes noires (!), ces artistes qui viennent donc à des expo de peinture sont obligés, eux, de les retirer leurs p... de lunettes noires, et de s'offrir ainsi à la curiosité des autres. Dimanche, j'ai croisé le regard de Lenny Kravitz.

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