samedi 16 octobre 2010

Playlist (3)

Des fantômes...

En attendant mon billet sur le Monde sur le fil de Fassbinder (le film est long, la note plus compliquée que prévue - difficile de résumer en quelques lignes tout ce que le film véhicule...), parlons un peu musique, et pour commencer, du dernier album de Robert Wyatt, ’..........for the ghosts within’, un album conçu avec le saxophoniste Gilad Atzmon (déjà présent sur Cuckooland et Comicopera, un jazzman de grand talent, connu aussi pour ses positions antisionistes qui n’ont rien à voir évidemment, comme certains le prétendent, avec de l’antisémitisme déguisé - disons qu’Atzmon est d’abord un Juif qui a su se libérer, grâce au jazz, de son judéocentrisme) et la violoniste Ros Stephen (qui dirige le Sigamos String Quartet auquel s’est joint ici le contrebassiste Richard Pryce)... un vrai bijou, où se mêlent les reprises de quelques standards américains, de l’envoûtant "Laura" au délicieux "What a wonderful life" - magnifiquement rendus par la petite voix fragile et zozotante du vieux barde - en passant par deux purs chefs-d’œuvre: le "Lust life" de Strayhorn que Wyatt ouvre à la trompette et le "Round Midnight" de Monk, déjà entendu sur de précédentes compil mais là c’est encore plus beau, avec Wyatt en merle siffleur - il y a aussi "What’s new?" de Bob Haggard et "In a sentimental mood" de Duke Ellington -, des nouvelles versions du "Maryan" de Philip Catherine (à ne pas confondre avec Philippe Katerine, notre comique troupier national, chanteur très sympathique mais un peu limité musicalement, sauf si on aime la "poppotache") et de l'extraordinaire "At last I am free" de Rogers et Edwards (de l'ex-groupe Chic), et puis trois chansons originales, formant le cœur de l'album bien qu'elles ne soient pas situées au milieu. Bon, si "Where are they now?" - rappée par Shadia Mansour et Abboud Haschem (aka Stormtrap) - m'a plus irrité qu'autre chose (bah oui, avec le rap j'ai toujours un peu de mal), les deux autres sont absolument splendides, surtout la deuxième "The ghosts within" qui donne son titre à l'album: composée par Gilad Atzmon (qui sur le morceau joue du saxo, de la clarinette, de l'accordéon et de la flûte de berger palestinien), sur un texte d'Alfie Benge (l'épouse et la conceptrice des pochettes de disques de Wyatt) et chantée par Tali Atzmon, elle est la lumière secrète de l'album, Wyatt se contentant ici de faire les chœurs avec Ros Stephen. Car, il est temps de le dire, cet album est irradié de l'intérieur par une étonnante lumière qui nous vient d'ailleurs, d'un ailleurs à la fois proche (oriental) et lointain (la Palestine). La partie jazz de l'album est comme une sorte de berceau - il y a quelque chose de presque maternel dans la voix de Wyatt - du fond duquel semble surgir toute la douleur d'un peuple, non pas le peuple noir, le jazz est universel, mais le peuple palestinien. Via ses fantômes.

A suivre: Reimagines Gershwin de Brian Wilson, Write about love de Belle & Sebastian...

PS. Très beau texte sur Ten skies de James Benning.

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