vendredi 29 octobre 2010

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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. L’an dernier je célébrais l’éclatante réussite du cinéma français. Cette année, les bons films français, on les comptera sur les doigts d'une main. Certes, il me reste encore quelques films à découvrir, à commencer par celui de Dupieux, mais jusque-là, que de ratages (Doillon, Denis, Godard, Assayas, Amalric, Beauvois...)!, que d'abominations (Ozon, Cordier, Honoré, Jacquot, Kechiche...)! C’est bien simple, si l’on excepte la Terre de la folie du vieux pataphysicien Luc Moullet, film qui d’ailleurs date de 2009, seuls deux films trouvent pour l'instant grâce à mes yeux, et curieusement ce sont deux films de filles: la Reine des pommes de Valérie Donzelli et la Vie au ranch de Sophie Letourneur, deux films d'une étonnante vitalité, merveilleusement rythmés, qui s’opposent (tradition cinéphilique du premier vs énergie hughesienne du second) et en même temps se complètent dans la mesure où ce que cherchent à éviter, ou du moins à retarder le plus longtemps possible, les nanas de Letourneur, à travers leur petite communauté, c’est, d'une certaine façon, de se retrouver dans la situation de départ du personnage de Donzelli: plaquée par son mec et d'un seul coup seule, sans thune et sans appart...

Et pour fêter l'avènement de Donzelli et de Letourneur (c'est aussi leur premier long métrage), rien de tel qu'un petit morceau de Lupino:


Never fear d'Ida Lupino (1949). [via jolaysius]

6 commentaires:

Sophie L a dit…

Buster, je t'aime!

Buster a dit…

Cool.

Anonyme a dit…

le film de Kechiche une abomination, c'est n'importe quoi. Vénus noire est un film magnifique et bouleversant, qui dérange parce qu'il nous renvoie à nos pulsions les plus malsaines. C'est un film exemplaire dans lequel Keschiche ne se contente pas de nous raconter le destin de Saartjie Baartman, il nous la montre à travers le regard occidental de l'époque, c'est-à-dire raciste. Et si le film semble se répéter c'est qu'il y avait un mélange de fascination et de curiosité morbide dans ce regard. Kechiche filme en montrant du doigt, ce n'est pas très poli mais c'est très fort.

Buster a dit…

Pas cool.

(cela dit je suis assez d’accord avec la fin de votre commentaire et c’est justement pour ça que je n’aime pas le film. Cette histoire de regard n’a rien de convaincant, Kechiche c’est du sous-Pialat, ce qu’il vise ici en étirant jusqu'à l'épuisement ses scènes c’est de reproduire l’exaspération du spectateur tel que le faisait Pialat - je pense à la séquence du cabaret dans Van Gogh - sauf que chez Pialat cette exaspération était une façon de... comment dire... transcender sa pente naturaliste, de sorte qu’à la fin, via cette jouissance à regarder, ce côté "mauvais oeil", c’est le regard du peintre qui s’affirmait et subitement la vie qui jaillissait. Rien de tel chez Kechiche qui 1) n’est pas peintre; 2) se révèle incapable de sortir du dispositif retors qu’il a lui-même échaffaudé: la Vénus noire comme pur objet de monstration. On reste constamment dans le petit jeu fumeux de la spécularité, ça tourne en rond, rien n’advient en termes de récit et de personnage. Finalement, le regard de Kechiche ne se dissocie pas de celui qu’il prête au public du XIXe siècle comme au spectateur de son film, c’est d’une certaine façon la même pornographie... Alors, faux pas du cinéaste? Plutôt la révélation de ses limites, ce que laissait déjà entrevoir "la Graine et le mulet", abusivement considéré par certains, les Cahiers pour ne pas les nommer, comme le plus grand film français des années 2000)

Anonyme a dit…

Vous n’aimez pas le film, comme beaucoup, parce qu’il n’est pas aimable, mais c’est aussi pour cela que c’est un grand film. Kechiche va jusqu’au bout de sa démarche. Cet extrémisme n’a rien de plaisant, certes, mais 1- Kechiche n’est pas là pour faire plaisir, 2 -je ne vois pas ce qu’il y a de pornographique là-dedans.

Au fait que pensez-vous d’Elephant Man, le film de Lynch dont beaucoup ont souligné la parenté avec Vénus noire ?

Buster a dit…

Si je n’aime pas le film de Kechiche, ce n’est pas parce qu’il n’est pas aimable (au contraire j’aime bien les films pas aimables, à commencer par ceux de Pialat, enfin certains...) mais parce que Kechiche ne sort pas de son postulat de départ: la question de la différence et de l’autre, à travers celle du regard, il ne la traite pas vraiment, il ne fait que la ressasser pour - j’imagine - mettre le spectateur en miroir avec la société de l’époque (pour Kechiche le regard sur l’autre, minoritaire, n’a pas beaucoup changé en deux siècles, même s’il s’exprime différemment). Du coup le film évite le didactisme (et c'est tant mieux) mais s’enferme quand même dans un discours édifiant (et aussi convenu: l’analogie, via la pulsion scopique, entre désir du spectateur et voyeurisme, on nous la sert depuis cinquante ans) et on passe vite de la théorie au terrorisme. Le spectateur n’est pas appelé à s’interroger sur sa position - suis-je victime, complice ou coupable de ce que je regarde? - mais reconnu d’emblée comme pervers. C’est pourquoi je parle de "pornographie": on dévore des yeux, jusqu’à y mettre les doigts, le corps morcelé de l’autre (là les fesses, ici les organes génitaux, au final le corps tout entier, disséqué pour les besoins de la science), un autre qui est donc nié, mais après?, rien... la rage de Kechiche ne débouche sur rien, seulement la satisfaction du désir/devoir accompli (le sien). En ce sens, la pornographie s’oppose à l’obscénité comme j’en ai déjà parlé à propos de Pialat, l’obscénité au vrai sens du terme, qui conjugue l’ob-scène, ce qui est au-devant de la scène, offert à l’appétit de l’oeil, et l’obscenus, qui relève du mauvais présage, au-delà du regard, permettant de construire un récit, un personnage, etc, comme dans "Elephant man" de Lynch, puisque vous en parlez, par le biais du romanesque ou du tragique...