mardi 5 octobre 2010

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Mon journal de voyage [New York]. Musique: "Ready to start", Arcade Fire, 2010.

Pas très motivé en ce moment pour écrire. Bon, ça va revenir... En attendant, voici une petite vidéo sur New York (quelques vues de la ville, Ellis Island, le MoMa, Brooklyn...), j’en ai comme ça une dizaine en réserve, mais je vous en fais grâce.

Tiens, à propos de grâce, je viens de voir Des hommes et des dieux de Beauvois... Bof, pas terrible, j’en reparlerai peut-être, mais c’est quand même très moyen (un grand film du milieu?). Il y a là un vrai problème de forme. L’utilisation que fait Beauvois du Cinémascope est d’une indigence totale. Déjà le choix du Scope pour traiter un drame intérieur est en soi problématique, mais ici c’est multiplié par huit et Beauvois se révèle incapable de nous faire saisir le cheminement à la fois humain et spirituel qui conduit ces moines à rester dans leur monastère malgré le danger. Si la question de la mort est au cœur de son œuvre, elle n'a paradoxalement jamais été aussi platement traitée que dans ce film (ne pas confondre immanence et platitude). Quant à la maîtrise chez Beauvois, oui d'accord, mais elle se limite avant tout à bien respecter un découpage. Ce n’est pas que Scope et intimité soient incompatibles, le problème est que Beauvois n’a aucune notion de l’espace. Il se contente d’accumuler les travellings (qui chez lui ne sont pas des affaires de morale mais bien des aveux d’impuissance). Et quand la caméra s’arrête sur un visage ça manque vraiment d’intensité (quand ce n’est pas tout simplement raté, comme la scène entre Wilson et le chef terroriste ou encore celle si vantée du repas - du bon vin, des sourires et des larmes - sur le Lac des cygnes de Tchaïkovski, d’une mièvrerie confondante), ce qui n’a rien à voir, bien sûr, avec le jeu des acteurs. Si le choix de la frontalité dans de nombreuses scènes peut se concevoir, considérant le thème du film (sur lequel je ne reviens pas, cf. le supplément - excellent - du journal La Croix), c’est souvent d’une incroyable maladresse (ainsi les références à la peinture italienne), c’est surtout terriblement faiblard (on a l'impression que ce qui compte le plus pour Beauvois dans les plans où tous les moines sont réunis c'est que ceux-ci soient toujours parfaitement placés, c'est-à-dire par ordre de taille, pour que ça fasse harmonieux). Evidemment rien de fordien dans tout ça - mais rien de rossellinien non plus (il ne suffit pas de faire lire Les 11 fioretti de François d'Assise à son personnage principal pour que le film devienne rossellinien). Ça se veut peut-être "primitif", au sens cinématographique du terme, moi ça m’évoque surtout le cinéma de Calmette et Le Bargy (bon là, j’exagère un peu)... Non vraiment, quand on a aussi peu d’idée de mise en scène, on ne recourt pas au Cinémascope, on reste dans le petit format, ça évite d’abord de dépenser du fric pour rien (tout cet espace perdu...), ça évite surtout les malentendus (prendre - comme le font les gogos et autres "neuneuhoff" de la critique - pour de l’ascèse au niveau du style ce qui n’est qu’un manque évident d’inspiration).
Finalement, j’en ai dit plus que je le pensais de ce film... Inutile d’y revenir.

Prochain billet (dès que l'envie est là): le Monde sur le fil de Fassbinder.

25 commentaires:

Ludovic a dit…

"Non vraiment, quand on a aussi peu d’idée de mise en scène, on ne recourt pas au Cinémascope, on reste dans le petit format, ça évite d’abord de dépenser du fric pour rien (tout cet espace perdu...), ça évite surtout les malentendus (prendre - comme le font les gogos et autres "neuneuhoff" de la critique - pour de l’ascèse au niveau du style ce qui n’est qu’un manque évident d’inspiration)."

Je souscris complètement à cet avis sur ce film vu hier et vraiment trouvé d'une platitude rare.

(Hâte de vous lire sur ce superbe Fassbinder)

Buster a dit…

Le Fassbinder est magnifique, en effet, certainement le grand film de cette fin d'année avec le dernier Ruiz.

T.G. a dit…

Pas d'accord sur des hommes et des dieux. Je ne me prononce pas sur le cinémascope, qui ne m'a pas non plus gêné, mais j'ai trouvé qu'il y avait un certain sens du rythme - suffisamment en tout cas pour installer au fur et à mesure l'évidence de la menace. Au lieu de l'immanence, c'est ce sentiment d'imminence que Beauveois a su distiller, avec je trouve une forme de brio.

tournée - manèges ?-] a dit…

Pas - totalement - d'accord avec vous (deux), sur ce coup.

C'est un film qui prend son temps... et son espace ; d'où le scope. Même le Seven women de Ford est de ce format-là (enfin, je crois ?-]

Du gâchis ? Alors, autant que ce qui est raconté dans le film ! "Un manque évident d’inspiration" ? "une platitude rare" ? Je ne sais pas si Beauvois (et C. Champetier) ont cherché à être "inspirés" ou à être "profonds". Au moins, ont-ils essayé de montrer ce que peut-être la "foi". Moi, je ne vois pas souvent ça dans le cinéma en général, et encore moins dans le cinéma français !

Le film de Beauvois me paraît peut-être moins "grand" que celui de Dumont - sur des problématiques assez proches - mais il ne mérite pas autant de dédain...

Evidemment, on pourra toujours préférer les nénés des stripteaseuses américaines dans le film de ce roublard d'Amalric - lui, probablement plus "inspiré" - et ceux-là... certainement moins "plats" !-]

Buster a dit…

TG et TM (aka Père Delauche, z’êtes pas trappiste mon père?), je ne suis pas étonné que vous aimiez le film puisque la majorité des critiques le défendent et que d’une certaine façon le film est fait pour ça: être aimé et défendu. C’est là tout le problème. De par le sujet traité, Beauvois force un peu l’adhésion, le spectateur se trouve piégé par une espèce de mouvement compassionnel qui fausse la réception qu’il peut avoir du film. Car à regarder de plus près on est quand même loin du compte. Je n’ai pas ressenti ce sentiment d’imminence dont vous parlez TG (pour l’immanence, évidemment c’est de la blague, c’est juste en réaction au texte édifiant de Macé sur le site Independencia).
Sur la question du rythme, je trouve le film au contraire très besogneux. La vie du monastère est rendue de façon très convenue, semblable à n’importe quel reportage télévisé (Beauvois n’apporte qu’un point de vue documenté mais n’impose aucune vision personnelle), on ne ressent pas du tout (mis à part une ou deux scènes) la communion avec la nature, propre à l’ordre des trappistes, ce qui aurait donné crédit au rapprochement avec Rossellini, et surtout ce fantasme du "vivre-ensemble" que Barthes appelait l’idiorrythmie.
La relation des moines avec la population, c’est un peu mieux, mais Beauvois n’évite pas les facilités (Lonsdale et la jeune maghrébine...). Le pire, c’est le rapport des moines avec les autorités algériennes et les terroristes islamiques. Là c’est du Costa-Gavras ni plus ni moins (quant à l’assassinat des ouvriers croates c’est plutôt du Romain Gavras: affligeant)
Du coup je suis resté assez extérieur au film, ce qui est quand même paradoxal. La seule chose qui m’a retenu, c’est pourquoi Lonsdale le moine médecin, qui se dit un homme libre (il lit les "Lettres persanes" de Montesquieu, forcément), ne participe pas aux prières. La réponse c’est qu’il n’a pas le temps, vu tous les gens qu’il a à soigner, ce n’est jamais dit dans le film mais c’est sous-entendu et ça j'ai bien aimé. J'ai beaucoup moins aimé par contre le fait d’apprendre que la scène avec les têtes coupées des moines avait été tournée. Qu’elle n’ait pas été retenue au montage, c’est la moindre des choses, mais que Beauvois ait seulement pensé à la tourner et qu'il l'ait même tournée, là ça me dépasse (mais d’un autre côté ça ne m’étonne pas non plus).

vladimir a dit…

J'adore le clip, on peut voir les autres?

Sinon pas encore vu DH & DD.

Buster a dit…

Content de te retrouver Vladimir, ça faisait longtemps...

C'est gentil pour le clip mais non, il n'y en aura pas d'autres, j'en glisse un par-ci par-là, pour me faire plaisir, mais je sais pertinemment que ça n'intéresse personne.

Pour DH & DD, faut le voir... pour le croire!

(au fait c'est bien toi?)

vladimir a dit…

Oui c'est moi!

Anonyme a dit…

il y a une autre scène qui joue sur les sous-entendus, c’est celle de l’hélicoptère au-dessus du monastère, évoquant la responsabilité possible de l’armée algérienne dans la mort des moines, qui auraient été tués par erreur lors d’un raid.

Ed(isdead) a dit…

Dans votre commentaire, Buster, vous semblez mettre dans le même sac ceux qui viennent défendre le film sur cette page et les critiques de la presse "officielle". Or, je trouve que les textes que l'on peut lire sur les blogs sont certes généralement en faveur du Beauvois mais ne se laissent pas aller aux dithyrambes que l'on peut voir partout affichés.

Personne, dans le coin, ne parlera d'innovation, d'invention, de sidération, de génie, à propos de ce film. Ceux qui l'apprécient, comme moi, sentent plutôt, je pense, qu'il est surtout fait "comme il le faut", avec la bonne approche, la bonne distance, la retenue, le tempo etc... et que cette justesse permet que "quelque chose" passe (cela dit, il y a quelques scories, selon moi : la séquence du lac des cygnes ou les hésitations de Beauvois pour finir son film). Disons que le résultat est proche de ce que l'on souhaitait et aussi, peut-être, de ce que l'on attendait...

Buster a dit…

Ed,
OK, je ne visite pas assez les blogs... je vais aller y faire un tour ;-) Vous dites un film fait "comme il le faut", c'est justement ça qui me gêne, cette application un peu scolaire pour que le film ne sorte pas trop de ses rails, qu'il suive la ligne du "bon cinéma" avec ce que cela suppose de consensuel.

Anonyme,
Oui mais là c’est nul... Dans cette scène Beauvois convoque maladroitement une forme de mystique (le danger venu du ciel comme image d’un Dieu terrible) et le mystère, plus prosaïque, de la mort des moines (qui les a vraiment tués?). Et puis c’est pas très bien joué, les moines ont l’air effarouchés comme des... moineaux. En fait Beauvois n’arrive jamais à faire coexister la peur, bien humaine, et la foi, qui permet de la surmonter, on est tantôt dans l’une tantôt dans l’autre, là où il aurait fallu les inscrire - dialectiquement pour faire vite - dans un même plan.

Sébastien a dit…

Bonsoir Buster,

J'ai trouvé cet entretien avec Beauvois paru dans « La Règle du jeu », le truc de BHL, à propos de son chef-d'œuvre « Le Jour et la Nuit » et l'accueil critique violent qu'il reçut. Sur les critiques, Beauvois dit:

« Ah, les critiques… Il y a actuellement un type qui fait des critiques de critiques sur Internet. Il paraît que ça a beaucoup de succès : tous les journalistes de Paris le lisent. J’ai tapé « Beauvois » pour voir ce qui se disait et la première chose que je lis c’est : « Beauvois, qui non seulement est un mauvais cinéaste, mais en plus est un con. » J’étais mort de rire. J’ai dû me justifier auprès de mes enfants qui se sont étonnés de ma réaction : « Ce pauvre garçon est en train de cracher tout ce qu’il a raté. C’est un malade. Je ne vais même pas répondre ; il serait trop content. »

Amusant, non ?

Buster a dit…

Oui c’est marrant... Maintenant j’espère que vous n’imaginez pas que le type en question c’est moi.

(je pense que Beauvois parle de Zohiloff)

Griffe a dit…

Où l'on apprend que Xavier Beauvois sait reconnaître un raté du premier coup d'oeil (ce qu'on ne pouvait pas imaginer en voyant son film) et qu'il n'arrête pas d'apprendre des choses à ses enfants... Cet homme est un dieu ! Et mérite bien que plusieurs hebdos de droite lui consacrent leur couverture cette semaine ("Le Figaro Mag", "L'Express").

Buster a dit…

Ah ah... les griffes toujours bien acérées Griffe...

Le Dieu de Beauvois, il ne se prénommerait pas Clint par hasard?

Sébastien a dit…

Faites attention, dans la suite de l'entretien, Beauvois raconte qu'il a cherché pendant des années pour lui casser la gueule un critique qui, à propos de « N’oublie pas que tu vas mourir », avait écrit qu’ « il aurait dû aller voir du côté de Rossellini plutôt que du côté de Gérard Oury », etc. Et Beauvois de préciser : « A l’époque tout le monde a cru qu’il s’agissait d’un règlement de comptes, que je lui avais volé une copine. Et pourtant je ne l’avais jamais rencontré. »

Buster a dit…

Décidément c'est une manie chez lui. A propos du Jour et la nuit, il est toujours très content de rappeler que dans ce film il "casse la gueule" à Alain Delon.

D&D a dit…

Je suis tenté d'être aussi dur que vous mais j'hésite encore :-)
Il me faudra sans doute le revoir.
Je crains d'être plus partagé mais ce que vous écrivez sur LA SCENE du repas final me fait du bien à lire. J'ai été plus que surpris de découvrir l'unanimité transie dans les médias quant à ce morceau de bravoure que j'arrivais à peine à soutenir du regard (et encore moins de l'ouïe). Cette scène-là, je ne saurais vraiment pas du tout la racheter et elle porte en elle tout le "soupçon" du film. Je placerais celle avec l'hélicoptère deuxième sur le podium.
Euh...
Peut-être que je ne serai pas si partagé que ça, finalement !

Buster a dit…

C’est vrai que tout ça est suspect, comme l’est la façon, à la fois légère et crâneuse, qu’a Beauvois de parler de son film. "Des hommes et des dieux" est l’exemple même du faux-bon-film. Beauvois sait pertinemment qu’avec un tel sujet et de bons acteurs, s’il s’y prend bien, c’est-à-dire s’il arrive à entretenir tout au long de son film l’empathie du spectateur, il touche le jackpot à la fin: succès public et critique, reconnaissance de la profession (nul doute qu’il succèdera au "Prophète" d’Audiard lors des prochains César, on peut déjà ouvrir les paris sur le nombre de statuettes qu’il glanera: 7, 8 ou 9?). Mais il ne faut pas être dupe...
Bon, on va encore nous opposer que quelques scènes ratées ne suffisent pas à condamner un film. Sauf que là c’est différent. Les scènes ratées ne sont pas des accidents comme on peut en trouver dans n’importe quel film. Elles jouent le rôle de révélateur, au sens où elles dévoilent ce que le film a en fait de trompeur, ce en quoi le reste n'est réussi qu'en apparence, simplement parce que Beauvois ne fait, là encore, que brosser le spectateur dans le sens du poil, lui imposant une sorte de communion avec son film, au point d'anesthésier tout sens critique. Je ne dis pas que Beauvois est un mauvais réalisateur, il est plutôt habile et ne se contente pas d’illustrer un fait divers tragique, je dis seulement qu’il n’est pas le grand cinéaste que lui-même croit être, que certains veulent nous faire croire, surtout que pourrait laisser penser ce film qui reste constamment à plat (sans relief ni profondeur), faute d’être véritablement habité (même si l’habit ne fait pas le moine, hé hé...).

Griffe a dit…

"Le Dieu de Beauvois, il ne se prénommerait pas Clint par hasard?"

Ah oui, bien vu.

D&D a dit…

Oui, entièrement d'accord avec ce que vous ajoutez ici. Je ne doute pourtant pas que ce genre de procédé puisse bien marcher avec moi par ailleurs !
Je vais attendre un peu pour revoir le film, sans quoi je risquerais d'être seulement en état de chercher à valider cette impression plus que désagréable, cette impression que vos propos expriment de manière si limpide. Merci.

les cénobites tranquilles :-] a dit…

Buster, le 07 oct (00:09) :

"[...] z’êtes pas trappiste mon père?)"
- Euh, pour le moment, je suis copiste !-DDD

C’est une private joke, pour ceux qui suivent mes palpitantes aventures sur la blogociné ! Et pour les autres (et justifier partiellement cette tardive réponse), here’s a hint : ça se passe pas loin d’ici !-] au sujet d’une docte revue !-DDD

Pour en revenir à votre rejet du film de Beauvois, je vous concède deux ou trois points, notamment autour de Lonsdale, et des rapports avec les autochtones. Mais, pour le reste, je ne vous suis pas – du moins pas totalement.

C’est un film qui a eu du succès, soit. Et, pour vous – ce que vous laissez entendre – c’est qu’il a été « calculé » dans ce but. Admettons ; mais alors, peut-être « à l’arrivée », disons au montage… euh, par prudence… ajoutons « financier », ahum !-] Mais, à mon avis, pas « au départ », disons là, au moment de l’élaboration du scénario. Si c’est le cas, c’est moins à mettre sur le compte du réalisateur, que, enfin… vous savez quoi, gloups !-]

Ensuite, si on suit votre raisonnement, il faudrait que tous les films présentent des personnages antipathiques (« méchants », comme on dit communément), pour ne pas être suspectés de putasserie ?! car dès lors qu’ils sont présentés comme des « saints », si je puis dire (ou « gentils »), en suscitant l’empathie, ce serait une ruse pour piéger le spectateur ! Fini les (super)héros ! Fini les justiciers ! et fini, plus de Jeanne d’Arc ! Par ailleurs, quelqu’un comme frère Christian, incarné par Lambert Wilson dans le film (mais il paraît que « dans la vie » aussi), n’est pas aussi sympathique que ça…

Ceci à part, en fin du même comm :

"J'ai beaucoup moins aimé par contre le fait d’apprendre que la scène avec les têtes coupées des moines avait été tournée."
- Vous m’apprenez ici l’existence de cette scène ; et je vous crois sur parole. Mais, votre ton dédaigneux me paraît assez mal venu ; car c’est aller un peu vite en besogne. Pour aller vite, euh, comment dire ? Tant qu’on – le spectateur – ne l’a pas vu, on ne peut rien dire : c’est une question de « mise en scène ». Peut-être que la séquence pouvait se justifier au moment du tournage, dans sa façon de montrer / suggérer la « chose » ? Quand on prend le temps écoulé du film – qui vous a passablement ennuyé – il eusse pu, par exemple, que l’impact de ladite scène supprimée au montage, aille jusqu’à « secouer » le spectateur détaché du film, sans non plus tomber nécessairement dans, disons, du « grotesque ». Il a pu paraître plus « sage », « prudent », ou plus « subtil » de ne pas l’inclure. Dans cet ordre d’idées, prenons une séquence de fin du film coréen The Chaser. Le moment où le « détraqué » retourne chez lui, alors qu’il est relâché par la police, faute de preuves, il passe devant une boutique de son voisinage pour acheter des cigarettes. Sa victime, qui s’est libérée entre-temps, y a trouvé refuge. Le réalisateur avait-il « raison » ou « tort » de tourner, et montrer, les séquences suivantes ?

Et enfin, je réagis à [votre comm suivant] : "là où il aurait fallu les inscrire - dialectiquement pour faire vite - dans un même plan."
- La dialectique, je crois qu'elle y est... de manière "aveuglante" dans le film ; mais pas là où vous la cherchez [foi/es :-] ; mais - attention, c'est presque une pirouette ! - entre Beauvois... et Champetier !

Bien à vous.

Buster a dit…

Bon avant toute chose, je voulais vous dire Père Delauche (au fait, comment faut-il vous appeler?) que j’ai dû recopier votre message, trouvé dans ma boîte au lettres mais qui refusait obstinément de s’afficher et que je n’arrivais donc pas à publier...

Sinon, pour revenir au film,

Je n’ai jamais dit que les personnages devaient être antipathiques (pourquoi le seraient-ils?, ce sont des moines), ce que je dis, et c’est tout à fait différent, c’est que Beauvois se contente de surfer sur la vague compassionnelle que le sort de ces moines suscite. On ne peut avoir que de l’empathie pour les personnages, évidemment, même celui de Lambert Wilson qui paraît en effet un peu moins sympathique que les autres (est-ce dû au personnage et de son rôle de chef ou au jeu de l’acteur?), mais c’est justement parce qu’il y a empathie que la mise en scène se doit de proposer autre chose. Quoi? je n’en sais rien, c’est le problème de Beauvois, et qu’il n’a pas su résoudre, se contentant, blah blah blah, je l’ai déjà dit...
Pour la scène des têtes coupées, admettons, puisqu’elle n’a pas été retenue, on ne va pas s’attarder. Ce que je voulais dire, indépendemment de ce que cette scène montrait, c’est que le simple fait de l’avoir tournée est significatif de l’état d’esprit de Beauvois. Dans le fond ce qui l’intéressait surtout dans cette histoire, c’est de la traiter comme un western, il le dit lui-même, d’où le scope, les références à Leone (tourner des scènes en mettant du Morricone sur le plateau pour mettre les acteurs en condition, on ne peut pas dire que ça témoigne d’un grand talent de metteur en scène), et qu’au montage, pas mal de trucs ont dû sauter, parce que ça ne fonctionnait pas, évidemment. Pour moi, Beauvois n’a pas su concilier le quotidien des moines, éminemment répétitif, et le monde subitement chaotique dans lequel ils évoluent. Les deux choses sont là, mais seulement là, juxtaposées, sans que jamais ne soit traduit, en termes de mise en scène, et non par les dialogues (faire dire à un personnage qu’il doute est à la portée de tout le monde), leur drame intérieur.

nada - surf :-] a dit…

« (au fait, comment faut-il vous appeler ?) »
- Euh, comme vous voudrez :-] Mais, quitte à perturber tous les lecteurs – vous, compris - j’avoue une préférence pour : « Albin » (pas de panique, car je crois que j’aurais tantôt l’occasion de vous expliquer cette « coquetterie » :-]

« que j’ai dû recopier votre message, trouvé dans ma boîte au[x] lettres »
- (tiens, voilà ! par ce biais-là, pourquoi pas ?!-]

« mais qui refusait obstinément de s’afficher et que je n’arrivais donc pas à publier... »
- ?!! gloups… je ne comprends pas grand-chose à votre « cuisine ». Et puis... ça vous apprendra à modérer les comms !-DDD

[pour revenir au film]

« Je n’ai jamais dit que les personnages devaient être antipathiques »
- Bon, j’ai forcé le trait, ahum !-]

« […] c’est que Beauvois se contente de surfer sur la vague compassionnelle »
- C’est que… personnellement, je n’ai à aucun moment senti ce « surf » :-] (ou ce « torrent de compassion » ?-]

« […] même celui de Lambert Wilson qui paraît en effet un peu moins sympathique que les autres (est-ce dû au personnage et de son rôle de chef ou au jeu de l’acteur ?) »
- (et vlan ! une vacheté contre l’interprète !-D

« […] c’est le problème de Beauvois , et qu’il n’a pas su résoudre ["la mise en scène se doit de proposer autre chose"] »
- Euh, Beauvois, non... mais, Caroline Champetier, si !-DDD

« [la scène des têtes coupées] le simple fait de l’avoir tournée est significatif de l’état d’esprit de Beauvois. »
- Mais, tourner « Nord », « N’oublie pas que tu vas mourir » (plutôt bons), c’est aussi significatif de son état d’esprit ! De même que choisir un sujet aussi « casse-gueule » ! Vous le discréditez sur une « faute de goût » ! Je n’adore pas Spielberg, mais, pareil, on le dézingue pour « la scène de la douche », une « cape rouge », dans Schindler ! Et là, je vous vois venir avec vos « consensus » et « bien-pensance », et tout le bazar ;-D

« […] ce qui l’intéressait surtout dans cette histoire, c’est de la traiter comme un western, il le dit lui-même, d’où le scope, les références à Leone »
- Pourquoi ces intentions disqualifieraient-elles le projet en son entier ? Sur le genre « western » (italien, qui plus est), il en « emprunte » l’idée – ou l’ambiance, si l’on préfère –, sans recourir à ses codas, signes de reconnaissance, ou ses procédés. Et puis, à la limite, pourquoi ne pourrait-on pas envisager cette « (més-)aventure » – celle de ces moines – comme un western ; d’un point de vue « spirituel » : une lutte (intérieure) entre une forme de « noblesse » contre une forme de « dégradation » (disons, « morale ») ? A l’inverse, ça reviendrait également reprocher à Leone – puisqu’on le cite – de plagier joyeusement Kurosawa, sans rien apporter de neuf ! (« on » ne s’est cependant pas privé de le faire, cela dit !-]

« […] concilier le quotidien des moines [jusqu’à] leur drame intérieur. »
- Bon, là… il faut bien reconnaître :-]

A bientôt ?-]

Buster a dit…

Cette fois le commentaire est bien passé (vous voyez quand vous voulez... :-)

A part ça,

Entre surf et torrent... oui, bon, moi aussi j’exagère un tantinet (j’ai parlé de surf parce que Beauvois reste à la surface, bien fixé sur sa planche, sauf que la vague ici, elle fait 50 cm de haut... :-D
Ensuite Lambert Wilson... non pas de vacherie, c’est vraiment une question que je me pose.
Sur la mise en scène, vous abondez dans mon sens en valorisant le travail de Champetier. "Des hommes et des dieux" c’est esthétiquement parlant un beau travail de chef-op’ notamment sur la lumière, mais pour ce qui est de la mise en scène, qui elle incombe à Beauvois, hein bon...
Sur la scène des têtes coupées, ce que je veux dire c’est que le choix de la tourner participait de l’esprit western que voulait donner Beauvois à son film, ce qui aurait donné un côté Peckinpah au finale. Pourquoi pas, en effet, je ne juge pas les intentions, je regarde simplement le résultat (non pas de cette scène puisqu'elle n'existe pas mais des autres, avec les terroristes)... eh bien le résultat n’est pas à la hauteur: greffer des motifs de western sur un tel sujet, qui ne se réduisent pas à des panoramiques sur la beauté grandiose des paysages, suppose un minimum de lyrisme, du moins un vrai souffle dans la conduite du récit, ne serait-ce que pour justifier la violence de certaines scènes (ainsi celle avec les Croates), qui manque singulièrement au film, il ne suffit pas de se dire: tiens cette scène je vais la faire à la Leone (cinéaste au demeurant un peu surestimé à mon goût), pour que le film gagne tout d’un coup une plus grande puissance expressive...
Et puis, je ne discrédite pas le film à partir d’une simple faute de goût (d’ailleurs cette scène des têtes coupées je n’en parle même pas dans mon billet), c’est tout un ensemble de ratés qui fait qu’à l’arrivée, bah c’est pas terrible...
Voilà...

A bientôt... Albin