mardi 7 septembre 2010

JLG

Ci-dessous le poème de Godard, "La paroisse morte", publié dans le premier numéro de Trafic:

les noyaux assaillis par la poussière
les objectifs mal calés
les pieds remplis de terre
le négatif sous-exposé à pleine ouverture
le changement de bobine imprécis
la piste arrière humiliée
le devis qui ment
l'heure supplémentaire surpayée
la colleuse pas nettoyée
la vitesse de défilement américanisée
le je des acteurs qui opprime le jeu
le point régulièrement absent
le j'aime ou pas au lieu de ceci est bien ou mal
l'auto déglinguée de l'assistant
la synchronisation exacte tuée par le code
le documentaire divorcé de la fiction
le mille absent en fin de parcours
le montage loin du scénario
les sous-titres qui obscurcissent la lumière
le crayon gras du monteur obscène
la musique comme femme de chambre méprisée
l'étalonnage dominé par le film porno
les répétitions abandonnées au théâtre
l'art sur le répondeur de la culture
l'échange assassiné par le fax
les extérieurs occupés par l'équipe de parachutistes
le droit de l'auteur oublieux du devoir
la double collure faite sans amour
le générique interminable
l'enterrement de la 47 trente ans après celui de la double X
la revue du cinéma-casino en place d'un sens critique
les travellings gémissant
les éclairages qui fusillent la lumière
la gloire des personnages plutôt que le bonheur de la personne
l'absence d'étude
Georges de la Tour et Bonnard martyrisés par l'HMI
la copie de travail dégradée

Jean-Luc Godard, "La paroisse morte", Trafic n°1, hiver 1991.

PS. Viens de revoir Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues. Vraiment magnifique. Peut-être le meilleur film de l'année avec Bad lieutenant de Werner Herzog. Ce qui est marrant c'est que pour l'instant je n'ai encore rien écrit sur ces deux films...

3 commentaires:

Arnaud T a dit…

Oui! Mille fois oui sur Bad Lieutenant et Mourir comme un homme (vu avec 30 péquins au ciné club des cahiers, avec un Joan Pedro Rodrigues qui tentait de parler le plus justement possible de ce qu'il faisait, pas comme le Beauvois de ce soir à ce même ciné club: désinvolture pathétique et salle comble en pleine extase).
En attendant vos textes,
A.T

Buster a dit…

Ce que vous dites ne m'étonne guère. Merci pour le témoignage.

J'essaierai d'écrire sur les films de Rodrigues et de Herzog qui ont en commun une puissance de récit assez extraordinaire (quel débordement!).

asketoner a dit…

Oui aussi ! Le Joao Pedro Rodrigues est un très grand film ! Sans doute le plus fort de son auteur.