vendredi 10 septembre 2010

J'ai lu

Quelques trucs dans la presse:

Sur le moment j’ai failli, non pas défaillir - faut pas exagérer -, mais rendre mon p’tit déj’, ce qui est déjà pas mal. Happy few, la grosse daube d'Antony Cordier (que je n'ai pas vu mais les quelques plans de la bande-annonce ont suffi à me convaincre de la nullité du film) en couverture des Cahiers. M... c’est ça leur film du mois? Bon, une fois ouvert le numéro, je me suis rendu compte que c’était tout le contraire: dans le conseil des dix (oui, parce que je lis toujours les Cahiers en commençant par la fin), le film apparaît en fait comme le pire du mois (avec l’Homme au bain d’Honoré). Mais alors, quelle faute de goût - faute impardonnable - que de mettre ainsi en couverture un film qu’on déteste à ce point. Car même s’ils voulaient illustrer leur dossier sur les "Nouvelles utopies du cinéma français", pourquoi ce navet? Ils auraient pu choisir le film de Beauvois, Des hommes et des dieux, que je n'ai pas vu non plus (je suis pas pressé) mais que j'imagine quand même supérieur aux deux bouses franco-vénitiennes... Bref, tout ça est assez décevant. Comme l’est ce dossier sur le cinéma français. L’utopie au cinéma c’est vraiment la tarte à la crème du discours critique. On peut ressortir la question tous les dix ans, on trouvera toujours une floppée de films qui tournent autour. Ça n’a pas grand intérêt. D'abord parce que cette manière transversale, très synthétique, de parler des films ne permet jamais d’aller au fond des choses, surtout quand on s'attache comme ici aux seuls enjeux scénaristiques (quid du récit? quid de la mise en scène?). Ensuite parce que c’est prendre tout bonnement le problème à l’envers. Ce qui est intéressant c’est de voir, à partir d’un noyau (esthétique, thématique...) éventuellement commun, ce qui distingue les films les uns des autres, ce qui fait leur différence, leur spécificité, et non de chercher ce qui les rassemble. Ce qui fait la valeur d'un film c'est sa singularité et non ce qui l'inscrit dans l'air du temps. Peu importe qu'il participe de l'utopie ou se débatte avec le réel, l'essentiel est comment il s'y prend (et pas seulement au niveau du scénario), d'autant que les deux registres sont loin d'être incompatibles, ils sont même souvent intriqués, c'est cela d'ailleurs qui fait la force de certains films (la France de Bozon, A l'Aventure de Brisseau, le Roi de l'évasion de Guiraudie, voire Hadewijch de Dumont que Delorme oppose un peu rapidement aux premiers: l'épreuve du réel n'est ici qu'une étape dans le cheminement personnel de l'héroïne). Assimiler l'utopie à un geste uniquement de fuite est bien trop réducteur. C'est peut-être vrai pour les derniers Larrieu, très simplistes, mais le plus souvent c'est plus compliqué que cela, car à travers l'utopie, c'est moins le réel - forcément terrifiant - qu'on cherche à fuir qu'un monde - toujours angoissant - qu'on voudrait appréhender différemment. Dans le fond, l'opposition naturalisme-utopie n'est qu'un nouvel avatar du fameux "cru et cuit" de Daney. En ce sens l'utopie c'est du cuit. Parfois c'est trop cuit (Amélie Poulain...), souvent c'est mal cuit (Ozon, Ferran, Larrieu, Honoré...), mais dans pas mal de cas il y a suffisamment de cru (aspect documentaire, part d'aléas...) pour faire de ces films-utopies des œuvres infiniment moins coupées du monde qu'on ne le croit...

Feuilleté le dernier numéro de Positif - en commençant là aussi par la fin, car c'est le dossier Lubitsch qui m'intéressait (pour le coup j'ai surtout lu le dernier texte, celui de Tobin sur l'espace lubitschien) - et tombé en arrêt devant la notule consacrée au dernier Shyamalan. Je cite: "Soyons honnêtes: on n'aimait déjà pas beaucoup les films "adultes" de Shyamalan, avec leurs obsessions new age et leur paranoïa de tous les instants. Mais que dire de cet opus destiné à un public adolescent? Adaptation d'une série d'animation au succès planétaire, ce Dernier maître de l'air est très manichéen. Surtout, on est frappé de constater que les salauds de la Nation du Feu ont tous les traits hindous ou asiatiques, tandis que les sympathiques ressortissants de la Nation de l'Air sont très européens... Est-ce là une simple coïncidence?" Je comprends qu'on n'aime pas le film - un ami me disait récemment qu'il trouvait impossible de le défendre - mais bon, reprendre à son compte l'argument raciste qu'une grande partie de la critique américaine a mis en avant, sans voir que "ces traits hindous ou asiatiques" sont tout simplement ceux de Shyamalan lui-même, est d'une crétinerie sans nom.

Sinon, rien à voir, mais le lynchage médiatique dont est l'objet Woerth (vous avez remarqué: à droite, ils disent [veurt'] et à gauche, ils disent [veurs']...), ça commence à devenir nauséeux. Aujourd'hui c'est Libé qui s'y colle. Le bonhomme n'a rien de sympathique, mais là stop, ça suffit, à lire la presse, on a l'impression d'avoir affaire à un criminel de guerre, qu'il faudrait traquer sans relâche...

10 commentaires:

Buddy a dit…

Les Cahiers sont comme toi: ils n'ont pas le courage de ne pas parler des films qu'ils n'aiment pas. Sinon, vous n'existeriez pas, petits bichons, et vous n'intéresseriez personne. Dans votre espace mesquin, personne ne vous entendrait crier.

Anonyme a dit…

Alors là, je vous trouve bien sévère .Impardonnable dites-vous cette couverture ? Abonnée aux Cahiers depuis un bon bout de temps, je leur pardonne largement, même s’ils auraient pu mettre non pas le Beauvois (il suffit de voir les photos du film à l’intérieur : franchement en couverture je me dis mon dieu Télérama), mais Inception ou…Shyamalan : car si le dossier Utopies est limité (mais pas inintéressant pour autant, absolument pas d’accord avec vous sur cette critique des textes transversaux sur l’air du temps, je trouve le texte de Delorme inabouti mais avec de vraies bonnes questions, j’y lis des choses sur le cinéma français qu’on n’avait pas coutume de lire dans les Cahiers, et dont la franchise, me semble-t-il, fait plutôt du bien), le dossier américain est passionnant (Béguin, Tessé et…Malausa sur Le Dernier Maitre de l’air !)…l’entretien avec Pauls l’est aussi (alors que celui avec T. Swinton est pathétique, incompréhensible qu’il se retrouve là), les nouvelles signatures (avec Le Pastier en tête) également…alors bon, une couverture qu’on peut qualifier de faute de goût (on aurait pu dire la même chose de la couv Apatow il y a un an), peu m’importe ou en tout cas je ne jetterai pas le numéro au feu si à l’intérieur j’y trouve largement mon compte (couverture pour moi = au moins plus de 2 pages sur le sujet, je me souviens de ma déception d’avoir à me contenter de 2 misérables pages sur Michael Mann), et après ces années où je lisais un texte cohérent par-ci par-là, je reçois le numéro aujourd’hui avec quand même bien plus d’excitation (numéros qui resteront pour moi: janvier et Rohmer)…alors même si les Anglais ont imposé Swinton ( ?), je leur dit quand même bravo de laisser passer tout le reste (car pas sure que ce soit très lucratif les cahiers).

Griffe a dit…

Woerth n'a qu'à démissionner, voyons. Ah, il ne peut pas en ce moment, à cause de la réforme des retraites à faire passer ? Tant pis pour lui.

Buster a dit…

Miss Anonyme,
peut-être que je suis sévère mais entendons-nous bien: ce que je condamne c’est le choix de la couverture – on peut trouver cela secondaire mais pour moi c’est primordial: une couverture ça doit être en rapport avec l’importance que l’on accorde au film choisi et non, comme ici, à l’ensemble auquel il renvoie. Sur le dossier lui-même, je suis déçu parce que même si évidemment Delorme ne se contente pas de nous dresser un catalogue, je m’attendais à quelque chose d’un peu nouveau par rapport à ce qu’on lit habituellement sur le sujet, sujet quand même assez convenu... or ce n’est pas vraiment le cas, j’ai l’impression de retrouver de manière synthétique et habilement reformulée ce que j’ai déjà lu de nombreuses fois. Et puis, comme je l’écris, je ne suis pas friand de ces visions globales sur les films (mais là, ça me regarde).
Sinon, je n’ai jamais dit que le numéro était à jeter, je n’ai pas tout lu, mais il y a en effet des choses intéressantes: le texte de Joachim sur "Oncle Boonmee" est très bien, et je ne dis pas ça par solidarité bloguiste, ma vision du film est assez proche de la sienne... celui de Malausa sur le Shyamalan est pas mal non plus même si j’ai l’impression de l’avoir déjà lu sous la plume de... Chauvin dans Chronic’art.

Griffe,
lui ou un autre, je ne suis pas sûr ce que ça change grand-chose. Non, pour lutter contre la réforme des retraites il y a quand même d’autres moyens que cet acharnement journalistique sur un type dont les abus, répétés mais assez banals finalement, doivent être à peu près ceux de n’importe quel homme de pouvoir (de droite comme de gauche, d'ailleurs).

(Sinon, pour répondre au kéké de service, le dénommé Buddy, qui vient me faire la morale sur mon blog, je dirai simplement qu’affirmer qu’il faut du courage pour ne pas parler des films qu’on n’aime pas, ça aussi c’est d’une crétinerie sans nom)

S. Delorme et J-Ph. Tessé a dit…

Bonjour Buster,

Nous étions prêts à vous proposer d'écrire dans le prochain numéro des Cahiers, mais vu la teneur de votre dernier billet vous comprendrez aisément que l’envie nous soit passée.

Bien à vous,
SD et JPhT

Buster a dit…

Ah ben zut alors!

Michel Ciment a dit…

Pareil pour moi.

Buster a dit…

Pas grave, c'est dans Studio Ciné live que je veux écrire!

Julien D. maître horloger a dit…

D'accord sur tout, même sur Woerth.

Buster a dit…

:-D

Bon allez, on arrête avec les fakes...