vendredi 20 août 2010

Bad dreams


Ballade avec Johnny Guitar de João César Monteiro (1995). [via zohilof]

" (...) Le pays Cinéma est en marge de la société mais pas hors du monde. Comme disait Daney: "Si je ne me suis pas intéressé à la religion ce n'est certes pas par indifférence au religieux, mais plutôt que, vivant comme je l'ai fait dans les ciné-limbes de ce bas monde, je considère celui-ci comme le seul monde qui existe d'autant plus que je suis resté prisonnier du fait de ne l'avoir peut-être jamais atteint. La cinéphilie est cette saine maladie dont un des symptômes est que ce monde-ci est déjà un autre monde (Persévérance)." Le court métrage intitulé Ballade avec Johnny Guitar est une magnifique illustration de ces propos. On y voit Monteiro marcher la nuit dans une ruelle de Lisbonne, remonter chez lui, regarder par la fenêtre une jeune femme qui se coiffe dans l'immeuble d'en face, s'asseoir à son bureau puis enfin ouvrir la fenêtre pour regarder le jour se lever sur la ville. Mais surtout, pendant presque toute la durée du film, on entend un extrait de la bande-son de Johnny Guitar ("How many men have you forgotten?"...). Le cinéma, loin de l'obscurité des salles, apparaît ici comme un point de vue, au sens propre du terme, où l'on éprouve plus qu'ailleurs la distance qui nous sépare du monde (distance figurée par l'écart entre les immeubles) et le temps qui nous éloigne du bonheur. On pourrait définir cette mélancolie par une phrase de Kafka qui va si bien à ce film: "Comme le chemin est long de ma détresse intérieure à la scène qui se passe dans la cour." Dans Ballade avec Johnny Guitar, la bande-son évoque cette détresse intérieure qu'un souvenir de cinéma tenterait de relier à la scène qui se passe dans la cour, puis à toutes les scènes qui pourraient se passer dans la ville. Celui qui éprouve à la fois cette nécessité et cette impossibilité d'atteindre le monde est déjà un peu cinéaste. "Je peux être à ma fenêtre et m'inventer un film", a d'ailleurs dit un jour Monteiro (...)" (Marcos Uzal, in Pour João César Monteiro, 2004)


Johnny Guitar de Nicholas Ray (1954). [via margaloca]

2 commentaires:

S. a dit…

Génial ce petit film de Monteiro que je n'avais jamais vu encore. En trois/quatre plans, tout est dit.

Buster a dit…

Ah le génie de Monteiro... L’Eugénie de Montijo? Tiens voilà une belle brune, une vraie, qui devait avoir de magnifiques poils pubiens!