vendredi 25 juin 2010

De quoi j'me mêle

Footage de gueule.

Que la crise actuellement traversée par le foot français devienne une affaire d’Etat montre à quel niveau de médiocrité nous sommes arrivés. En attendant les déclarations des joueurs sur ce qui s'est réellement passé à l'intérieur du groupe pendant la Coupe du monde, on peut déjà se délecter de ce que disent les médias, les intellectuels et les politiques: un festival de conneries. C’est comme après la main d’Henry. On ne sait par où commencer. Je passe rapidement sur les leçons de morale de la mère Bachelot, et plus généralement toute cette ingérence, grotesque, du pouvoir (vouloir éduquer les jeunes footballeurs, c'est n'importe quoi... tant qu'on y est on peut aussi suspendre les alloc à leur famille quand ils feront de mauvais matches), pour en arriver au meilleur: les intellos, et le plus ridicule d’entre eux: Finkielkraut. Quand on l’écoute celui-là, on finit par trouver sympathiques ceux qu’il pourfend. Que la plupart des joueurs de l’équipe de France aient un QI de poulet, qu’ils soient pourris par le fric, qu’ils n’aient pas le sens des valeurs, etc., on est d'accord, mais de là à les assimiler à la caillera, voire la "mafia" (sic), il n'y a que la droite la plus réactionnaire (dont fait partie Finkielkraut) pour oser de tels rapprochements. Jusqu'à preuve du contraire, les Bleus n'ont tué personne (le beau jeu, oui, mais ça, ce n'est pas puni par la loi). Quand Anelka prie Domenech d'aller se faire mettre chez les Grecs, c'est sa façon à lui de prendre congé de l'équipe de France, façon moins élégante, certes, que celle de Godard, prétextant des problèmes, de type grec là aussi, pour ne pas venir à Cannes. C'est nul, excessif, minable, tout ce qu'on veut, mais bon, il n'a fait qu'exprimer (crûment et tout bas, c'était dans un vestiaire) ce que pensent (tout haut) la plupart des supporters français. Quant à boycotter un entraînement l'avant-veille d'un match (ah s'il existait une Coupe du monde de la grève, la France serait championne), c'est évidemment stupide, c'est comme se tirer une balle dans le pied (lequel n'était déjà pas terrible), c'est peut-être même honteux, pour qui aime employer les grands mots, mais dans le genre ignominie il y a pire, non? Arrêtons de jouer les vierges effarouchées. Même si je ne partage pas (et pour cause) l'estime qu'il porte à l'équipe de France (dont on peut comprendre malgré tout qu'elle ait disjoncté, soit parce qu'elle n'a jamais réussi à appliquer le système de jeu incompréhensible que cherchait à lui imposer le clown Domenech, soit parce qu'elle n'a jamais pu, faute de vrais leaders, prendre le jeu à son compte, comme en 2006, surtout parce qu'elle était très mal préparée mentalement), Jamel n'a pas tout à fait tort de stigmatiser un journal comme l'Equipe, qui a mis à sa "une" les propos d'Anelka, voire les commentateurs sportifs qui depuis deux ans n'ont cessé de tailler des croupières à l'équipe (comme avant le Mondial 98, comme avant le Mondial 2006), ce qui est normal lorsque les résultats sont décevants, mais finit par devenir lassant quand c'est systématique et n'aide pas à aborder une compétition dans les meilleures conditions, d'autant que le football en France jouit d'une surmédiatisation totalement injustifiée si on le compare à des sports infiniment plus méritants (au hasard: le handball). Maintenant, vu la Bérézina (et surtout la mascarade) que fut le parcours des Bleus en Afrique du Sud, on est quand même en droit de réclamer des comptes, des têtes aussi...

Si Finkielkraut s'en prend avec autant de hargne (et de haine) à l'équipe de France, c'est parce qu'elle est composée essentiellement de Blacks (les Bleus outremer). Et ce jusqu'à faire de Gourcuff le "Juif" du groupe, victime de l'ostracisme des Noirs et de Ribéry le musulman. Mais qu'est-qu'il en sait, Fine-quelle-croûte? Il délire à partir de ce qu'il lit dans les journaux. C'est comme pour Underground, le film de Kusturica qu'il condamnait sans l'avoir vu... L'équipe de France aujourd'hui n'est pas plus un symbole de "décivilisation" que celle de 98 était le symbole du pluralisme culturel. Le "Black Blanc Beur" ça n'a jamais existé, c'est un mythe... Cela dit, en face, ce n'est pas beaucoup mieux. Faire de l'équipe de France, comme Kaganski dans les Inrocks, le reflet de la France sarkozyenne, avec son langage de charretier et son côté bling-bling, c'est céder à la démagogie la plus facile... L'équipe de France est à l'image de notre société en général, pas plus caillera que sarkozyenne. C'est juste une équipe sans âme, sans style de jeu, repliée sur elle-même, qui aura dilapidé en quelques années tout l'héritage accumulé pendant vingt-cinq ans (de la génération Platini-Tigana-Giresse à la génération Zidane-Henry en passant par la génération Papin-Cantona qui certes n'a rien gagné mais offrait au moins du spectacle), sous la conduite d'un sélectionneur catastrophique dont le seul titre de gloire (la finale du Mondial 2006) n'est pas de son fait (sans le retour de Zidane, la France ne serait même pas allée en Allemagne), et qui pourtant aura tenu six ans (un record!), tout ça par la faute d'une fédération frileuse et complètement dépassée.

PS1. Maigre consolation: l'élimination de l'Italie qui, elle non plus, n'aura pas franchi le cap du premier tour, terminant bonne dernière de son groupe. Que les deux finalistes du précédent Mondial n'aient pas été capables de battre des équipes comme celles de l'Afrique du Sud ou de la Nouvelle-Zélande, des équipes solides mais qui ne sont pas des foudres de guerre (on n'est pas au rugby) est symptomatique du grand chambardement que vit aujourd'hui le football mondial. Et c'est tant mieux.

PS2. Autre consolation: la qualification du Japon, équipe extrêmement plaisante à voir jouer (à l'image de son meneur de jeu, le génial Honda), qui arbore le même maillot que l'équipe de France. On se console comme on peut.

7 commentaires:

nolan a dit…

Juste un petit commentaire pour écrire que je suis en plein accord avec vous sur ce billet et en particulier sur Finkelkraut dont je ne connais pas le travail mais que j'ai pu entendre délirer sur Inter il y a quelque jours.

Ed(isdead) a dit…

C'est toujours pareil avec cette course à la médiatisation : les propos des commentateurs (au sens large : journalistes, politiques...) deviennent aussitôt plus stupides et plus insupportables que les paroles ou les gestes qu'ils dénoncent...

Buster a dit…

En tous les cas ce qui est frappant c’est que, la Coupe du monde entrant dans sa phase la plus excitante, on ne s’intéresse déjà quasiment plus aux Bleus et à leurs éventuelles explications. Je viens de voir Ghana-USA (après Uruguay-Corée du Sud que je n’ai vu qu’en partie), un beau match, presque à l’ancienne au sens où les deux équipes se sont non seulement données à fond (les Américains ont payé sur la fin les efforts fournis contre la Slovaquie et l’Algérie et le fait de ne pas avoir dans leurs rangs un attaquant aussi percutant que Gyan), ce qui nous change de la purge française, mais surtout sans mauvais gestes, sans actes d’anti-jeu, sans chercher à provoquer l’adversaire ou abuser l’arbritre, un bel état d’esprit qu’on n'avait plus l’habitude de voir avec les compétitions européennes comme la Ligue des champions. Vraiment très réjouissant (pas sûr qu’on le retrouve dans les autres matches). A suivre...

Kaiser Franz a dit…

Et Allemagne-Angleterre, ça vous a plu?

Buster a dit…

Ah ah, oui, surtout la première mi-temps. Bon, c’est sûr que si le but de Lampard avait été accordé, permettant aux Anglais de revenir à 2-2, le match aurait été tout autre. Cela dit, la victoire des Allemands est méritée, les Anglais ont été d’une trop grande naïveté, les boulevards qu’ils ont ouverts en défense c’est indigne d’une grande équipe. Et puis des joueurs clés n’ont pas été à la hauteur, comme Gerrard visiblement émoussé, qui n’a pas eu son volume de jeu habituel, ou encore Rooney, plus trop dans le coup depuis sa blessure.
Mais contre l’Argentine dont la défense est robuste et l'attaque explosive (en espérant un autre Messi que celui que l’on voit depuis le début de l’épreuve), il m'étonnerait que les Allemands s'en sortent.

Kaiser Franz a dit…

Vous disiez quoi Buster, à propos des Allemands?

Buster a dit…

Oui bon, d’accord, je me suis complètement planté, mais je ne suis pas le seul... Franchement je ne m’attendais pas à une telle leçon de football de la part des Allemands, surtout contre les Argentins, alors que je ne suis pas surpris par l’élimination du Brésil face aux Pays-Bas.
On ne peut être qu’admiratif. Faut-il voir en eux les futurs vainqueurs du Mondial? La logique voudrait que oui, mais la logique au football...