vendredi 21 mai 2010

No comment

Des choses comme ça.

Vu Film socialisme de Godard (au passage, j’étais tout seul dans une salle de province de 400 places, qui plus est le jour de la sortie du film, ce qui laisse rêveur, même si, c'est vrai, le film était accessible par d'autres moyens, cf. infra). Donc je l'ai vu. A la bonne vitesse? Je pose la question, ironiquement, parce qu'en dehors de la deuxième partie (chez la famille Martin), j’ai vraiment dû m’accrocher pour suivre le rythme. Cela m'a interrogé, au point que, une fois rentré, j’ai regardé sur le Net la version ultraspeedée (4mn) que je n’avais pas voulu voir, à tort car je me rends compte aujourd'hui qu'elle faisait partie du dispositif. La vitesse des images, c’est bien le vrai sujet du film. L’Europe, le cinéma, le copyright, oui d’accord... mais derrière tout ça, ce que questionne Godard, encore et toujours, ce sont les images, à travers leur multiplicité et leur devenir, de plus en plus volatil. Quant au socialisme, il est surtout là comme motif. C’est peut-être pour ça que Godard a changé le titre. Dans l’expression "Film socialisme", le mot le plus important est "Film". Renzi, sur Independencia, se trompe complètement en associant le "socialisme" du Godard au "communisme" (?) du JZK et en l’opposant au "capitalisme" (??) du Kiarostami - l'avantage avec un site web, c'est que, comme sur un blog, on peut écrire ce qu'on veut, l'inconvénient c'est qu'on écrit souvent n'importe quoi (OK, moi aussi). Renzi imagine encore Godard tel qu'il était dans les années 70, alors que Godard, tu parles, il y a belle lurette qu'il a tourné la page. S’il y a un film auquel s’oppose Film socialisme ce serait plutôt Avatar. Et pas seulement à cause du capitalisme new age de la grosse fantasia cameronienne (dont je ne suis pas fan sans être pour autant réfractaire), sachant que Film socialisme semble aussi un bide retentissant, mais parce que le film de Godard c’est le contraire de l'esthétique du jeu vidéo et de son principe d’immersion. Film socialisme marque, consacre même, la disjonction entre film et spectateur. Jusqu’à présent la disjonction chez Godard n’était jamais totale car reposant sur un brouillage partiel du son et des images, ce qui fait qu'il y avait toujours quelque chose à décrypter, d'où un lien obscur, fragile, mais réel avec le spectateur. Là, la ligne est claire, limpide, on est même surpris de capter aussi facilement, Godard œuvrant dans une sorte de transparence inattendue. Sauf que ça va trop vite, on a beau capter, on n'a pas le temps de saisir. Au sens enfoui, donc potentiellement accessible (même par bribes), des précédents films, Godard oppose ici une ligne perpétuellement fuyante. On ne cherche plus à lire le film à travers les images, on court en permanence derrière, avec cette impression un peu désagréable (étant entendu que les films de Godard jouent justement sur l'insatisfaction du spectateur) de voir un film de 3h ramassé sur une 1h40. Plus d'effet de sonde, mais pas de déploiement non plus. D'où la disjonction. Les images se succèdent à la vitesse... la vitesse de quoi? Des nouveaux médias, comme Internet, bien sûr, mais aussi du cinéma hollywoodien qui multiplie les plans (Avatar c'est combien de plans/minute?), au mieux jusqu'au vertige, au pire jusqu'à la nausée. Si le socialisme aujourd'hui relève pour Godard des "illusions perdues", un film aujourd'hui sur le socialisme ne serait plus - pour paraphraser un de ses textes les plus célèbres - que "des larmes et de la vitesse"...
Film socialisme n'est donc pas un film politique au sens propre du terme. Nul engagement ici. S’il y a un geste politique, c’est moins dans le film que dans la décision du cinéaste de ne pas se rendre à Cannes. La plus belle phrase en lien avec le film n'est pas une de ces formules dont raffole Godard et se gargarisent les critiques (c'est à celui qui pourra en citer le plus grand nombre), même si certaines accrochent ("x+3=1", fallait la trouver...), mais plutôt: "Avec le festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus." Phrase d'autant plus belle qu'elle est vraiment de Godard, celle-là, et surtout vient clore le dispositif général du film. Car finalement, s'il y a bien trois mouvements dans le film - la première partie, touristique, sur les passagers d'un paquebot en croisière sur la Méditerranée (on pense à Un film parlé d'Oliveira), que Godard sature d'images d'origines diverses (Net, TV, cinéma...), de couleurs éclatantes, hypertravaillées, et de sons, eux, plutôt livrés à l'état brut (ah l'horrible bruit du vent dans les micros); la deuxième, plus sixties et BD, avec ses aplats de couleurs (rouge/bleu), ses jeux chromatiques (un haut de maillot de bain multicolore sur une peau chocolat), et cette famille Martin qui tient une station-service (où vivent un âne et un lama) et porte le nom d'un réseau de résistance; enfin la troisième, plus historique, qui nous emmène de l'Egypte à Barcelone en passant par la Palestine, Odessa, la Grèce (Hell as) et Naples... -, s'il y a donc bien trois mouvements dans le film, il y en a aussi trois autres, plus généraux, qui l'excèdent: 1) la mise en ligne sur Internet d'une bande-annonce qui n'est autre que la version accélérée du film; 2) la possibilité de télécharger le film en VOD le jour même de sa présentation à Cannes et avant sa sortie en salles; 3) le désistement de l'auteur, suite à des problèmes de type grec (ha ha), pour le cérémonial cannois. Soit: 1) j'ai fait un film, je vous le livre dans sa version intégrale, mais à toute berzingue, si vous arrivez à rétablir la bonne vitesse, vous pourrez le voir à l'œil; 2) si vous n'y arrivez pas, voici la version à vitesse normale, vous pouvez la télécharger, ça vous coûtera 7 euros; 3) inutile d'aller à Cannes, ça ne sert plus à rien, puisque le film circule déjà, à l'écart du grand show médiatique, libre des règles commerciales habituelles. Et si c'était ça Film socialisme, le socialisme du Film?

28 commentaires:

Anonyme a dit…

"Film socialisme n'est donc pas un film politique au sens propre du terme." Au sens impropre, alors?

Buster a dit…

Ah ah... ce que je veux dire, mais vous l'aviez parfaitement compris, c'est que le geste du film est davantage poétique que politique, ce qui est le cas de tous les Godard depuis 30 ans.

richard a dit…

“La plus belle phrase en lien avec le film n'est pas une de ces formules dont raffole Godard (…) "Avec le festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus." Phrase d'autant plus belle qu'elle est vraiment de Godard, celle-là, et surtout vient clore le dispositif général du film.”

Et qu'elle renvoie à une réplique dans “Hélas pour moi” (JLG, 1992): “Avec les communistes, j'irai jusqu'à la mort mais je ne ferai pas un pas de plus.”
Cordialement,
richard

Buster a dit…

Très juste. D'ailleurs "Film socialisme" c'est un peu "Hellas pour moi".
Si j'ai détaché cette formule (extérieure au film) des autres formules du film, c'est qu'à travers la question de sa présence/absence à Cannes, Godard/Simon réintroduit l'idée d'incarnation. Malgré leur beauté indéniable, c'est un peu ce qui manque à ses films aujourd'hui.

Sébastien a dit…

Jolie critique. Mais c'est bizarre que vous vous en preniez à Renzi car dans le fond ce que vous dites n'est pas très différent de ce qu'il dit (sachant que ce qu'il dit c'est bien souvent ce que dit Burdeau ailleurs: avez-vous lu le texte de ce dernier dans Mediapart? Il est très bien et moins simpliste que celui de Renzi, il devrait vous plaire).

Vincent a dit…

C'est vraiment bien vu le rapprochement avec Avatar, que j'ai découvert "à plat" juste avant d'aller faire les salles cannoises. Sinon, c'était bien la séance cannoise, il y avait beaucoup de monde et presque tous sont restés. Je regrette quand même qu'il n'ai pas fait son pas de plus, c'est un très beau film pour faire sa sortie.

Buster a dit…

Sébastien, non je n’ai pas lu le texte de Burdeau (je ne suis pas abonné à Mediapart). Pour ce qui est de Renzi, je n’ai pas l’impression qu’on dise vraiment la même chose. Jouer le film de Godard contre celui de Kiarostami, que je n’ai pas encore vu mais dont je veux bien croire qu’il n’est pas très réussi (surtout avec Binoche que je ne supporte plus), socialisme vs capitalisme, ne rime à rien, tout ça relève d’un godardisme béat plus que d’un vrai point de vue critique. Et si je fais de "Film socialisme" un anti "Avatar" c’est un peu en réaction à cette attitude.

Vincent, moi aussi dans la salle où j’ai vu le Godard personne n’est sorti avant la fin, sauf que j’étais tout seul ;-). Sinon pour en revenir au film, j’ai surtout exprimé ma réaction à chaud, forcément très subjective... Et comme pour tout film de Godard elle est appelée à se modifier avec le temps. Cela dit, si je la compare aux premières impressions ressenties devant ses précédents films, j’y perçois un moindre intérêt, beaucoup de trucs un peu fumeux, le sentiment bizarre que Godard est ici davantage dans la récupération que dans l’innovation. Certains parlent de ce film comme de son plus abouti depuis longtemps (si on met à part "Histoire(s) du cinéma" qui est vraiment à part à tout point de vue), je n’en suis pas convaincu. Je ne juge pas sur ce que dit le film, mais de la manière dont c’est dit, la composition de l’ensemble, son rythme. S’il y a des fulgurances (superbes), il y a aussi des choses qui fonctionnent mal, à commencer par cette histoire de vitesse qui pose vraiment problème dans la deuxième partie, où Godard désamorce toute possibilité de récit, on a l'habitude mais là de façon si systématique - il n’y a pas le moindre point d’accroche, notamment au niveau des personnages - que l'on reste dans la pure contemplation du geste artiste, et c'est assez frustrant.

Sébastien a dit…

Cadeau! Le texte de Burdeau.

La première partie de Film Socialisme se déroule sur un paquebot pendant une croisière et s'intitule «Des choses comme ça». Jean-Luc Godard y reprend quelques-unes de ses obsessions – l'argent, l'oubli, l'Europe, la guerre. Il m'a semblé qu'il y faisait surtout le point sur la situation, la seule qui importe: la situation de l'image. Je parlerai donc en priorité de cela.
S'il s'est bien embarqué sur une véritable croisière, les ports où Godard fait halte ne sont pas ceux de la Méditerranée sans être en même temps autre chose: les ports – et les portes – de l'image. Film Socialisme est d'abord un voyage au pays des manières et des techniques actuelles de filmer. Ce n'est pas tellement une affaire de style: Godard ne transige pas avec l'aveuglante clarté du sien, et pas une fois la caméra ne bouge (à la demi-exception d'un zoom sur livre de poche). C'est une affaire de visibilités.
Des plans éblouissants de ponts et de cabines, qu'on dit filmés avec la fonction vidéo d'un appareil photo (peut-être le même que celui avec lequel Monte Hellman a tourné Road to Nowhere, déjà annoncé à Venise), alternent avec d'autres dont le tremblé pourrait être celui d'une mini-DV ou d'un téléphone portable.

La mer, la piscine, les néons

Il y a tout ce qui brille, le lustre et le brillant des ponts, des pièces d'or... Il y a la mer, dont la sombre humeur ouvre magnifiquement le bal, juste après que deux perroquets criards ont brièvement fait les messieurs Loyal. Il y a les couleurs saturées de la boîte de nuit, quelques descentes en ascenseur sur un fond vert, le rouge scintillant d'une cravate qui claque au vent et celui, passé, moche, qui bave au flanc d'un porte-avion vidéo de très ancienne génération.
Embrassés plein écran puis par la fenêtre d'un ordinateur de lit, il y a deux chats semblant dialoguer dans une langue qui n'est pas toute de miaous. Il y a des machines à sous, des téléphones portables, des appareils photo, des écrans géants. Des flashes et des clic-clac, dans l'image et de l'image. Il y a tout, y compris une boule à facettes, une messe et un menu de DVD.
C'est la fête. Dans cette première partie, la mer, la piscine, les néons sont bien sûr, comme dans les deux suivantes - " Quo Vadis Europa " puis " Nos humanités " - le feu, les avions et les oiseaux, autant de tentatives de trouver la bonne métaphore pour résumer ce qu'est devenue l'image à l'ère du numérique. Ce n'est toutefois pas le plus remarquable. De même qu'est secondaire la cruauté qu'on pourra répérer dans le regard que Godard porte sur la foule des voyageurs, même si cette dernière partage plus d'un trait avec celle qui arpente en ce moment la rue d'Antibes et la Croisette.
L'essentiel, nous l'avons dit: c'est la fête. La splendeur frappe, le chant et non la charge. Fête macabre dans la soute, au coeur de l'enfer de l'or et des sous? Célébration au royaume de ce que l'image est et de ce qu'elle peut, en 2010! Elle peut l'éclat et la rayure, l'eau et la pierre. Elle peut la ruine et le monument, la trace et l'oubli. Elle peut le léché et le crado. Elle peut le mouvement et l'arrêt: nombreuses sont les ponctuations photographiques. Elle peut le plat et le relief: fréquents sont les regards que nous adressent des sculptures.
L'image est russe, elle est arabe, elle est égyptienne. Elle écrit, elle calcule, elle dessine. Elle fait l'homme, elle fait la bête: nos deux chats, un lama, un âne et une chouette sont peut-être les vraies stars de Socialisme, les incarnations de l'espoir qui porte ce nom.

Sébastien a dit…

Burdeau (fin).

Il suffisait de lire le titre

Nous pouvons alors dire que pour l'instant nous n'avons vu que deux films contemporains: Film Socialisme et I wish I knew (Un Certain Regard), le documentaire de Jia Zhang-ke sur l'histoire récente de Shanghai. Godard, Jia: à quoi ressemblent les nouveaux possibles du cinéma? Loin de les virtualiser, le numérique et Internet ont emmené – ramené – ceux-ci du côté du documentaire: Godard fait le reporter en goguette sur un paquebot, Jia sillonne les rues, les ruines et les chantiers de Shanghai; chez les deux, les extraits de films agissent comme des preuves, des témoignages; on ne les voit pas surgir, c'est sans croche-pied qu'ils entrent dans la danse. Documentarisme total.

A une jeune femme reprenant l'antienne godardienne selon laquelle on ne compare pas le comparable, mais l'incomparable, un vieil homme à chapeau répond que c'est fini tout ça. Tout ça quoi? On ne saurait l'affirmer avec certitude: Film Socialisme est aussi un des films les plus opaques du maître. Risquons toutefois une hypothèse. Si cesse la nécessité de dérégler la raison de ce qui se compare selon la déraison de ce qui ne se compare pas, il se pourrait qu'il en soit fini d'une certaine violence du montage. Il y a moins de stridence dans Film Socialisme. Presque une douceur. Sage comme une image, le public de ce matin ne s'y est pas trompé.
L'hypothèse sera donc prospective, positive, un poil naïve peut-être. La nécessité est désormais l'invention d'un régime de coexistence pour tous les régimes du visible. Si les plans sont fixes, c'est que chacun fixe pour le documenter et l'épouser sans distance un certain mode de voir et d'être vu. L'image est passée dans les choses, elle appartient maintenant au grand livre des «choses comme ça». Cinéma-paquebot qui flotte dans leur grand bain: immense, souverain, hospitalier.
L'omniprésence de l'eau et des animaux nous le dit autrement: hormis celle de reprendre inlassablement l'Histoire du XXe siècle, le cinéma a la vocation historique d'accueillir les règnes et les espèces de l'image. Animal? Végétal? Minéral? Il doit penser l'Histoire du visible comme une Histoire naturelle.
Comme toujours avec Godard, il suffisait de lire le titre: faire politiquement du cinéma – vieille injonction du maître –, c'est peut-être à présent tenter un socialisme de l'image.

Sébastien a dit…

Burdeau (suite).

Les derniers mots: «no comment»

Godard n'est jamais allé aussi loin, à l'intérieur d'un film de fiction destiné à la salle, dans la combinaison des régimes d'images. Mieux qu'Eloge de l'amour et que Notre musique, qu'il surclasse aisément, Film Socialisme associe le romanesque avec l'encyclopédisme d'Histoire(s) du cinéma : le film est une première à cet endroit aussi.
Parmi tous les plaisirs à être assis, ce matin lundi 17 mai, parmi les rangs de l'Amphithéâtre Debussy, il y avait donc également celui de suivre une fresque en trois époques dont la manière sied moins à Hollywood ou à Cannes qu'à une leçon inaugurale au Collège de France (où Godard, rappelons-le, fut recalé). Le plaisir semble avoir été partagé. Mouftant peu, la salle est demeurée pleine ou quasi, accompagnant jusqu'à son terme la dépression que le cinéaste organise par paliers, depuis les hauteurs scintillantes de son paquebot jusqu'au noir qui fer la troisième partie. Les derniers mots seront «no comment»: haine godardienne du commentaire qui interdit l'image, mais aussi congé donné au public, à la fois martial et tendre.
Elle a retenu son souffle, la salle, lorsqu'un enchaînement d'arrêts sur images comme il s'en produit avec un DVD défectueux a fait croire à un incident de projection. Elle a sans doute saisi sa chance: ce film parlé en cinq langues au moins, français, anglais, allemand, italien, arabe, et pour lequel Godard a inventé une façon inédite de sous-titrer, par séries laconiques et drôles de trois mots dûment espacés, est à ce jour le seul méritant d'être présenté dans un festival qui se dit international.
Elle a même consenti à ce que l'ermite de Rolle se fasse porter pâle au prétexte d'un «problème de type grec», annulant par là même le rituel de la conférence de presse avec tarte à la crème, questions cons et réponses de sphinx.

Voir en toute chose la chance d'un film

Tous ont dû sentir que l'urgence était ailleurs. Film Socialisme n'est pas un Godard en colère, la mélancolie elle-même semble céder la place à un geste d'augure: il s'agit de fixer un cap, d'indiquer où ira bientôt le cinéma. J'ai parlé du propre et de l'impropre de l'image. J'ai parlé des téléphones mobiles et des ordinateurs. J'ai parlé d'un film évoquant un cours ou une émission (dans un coin, à plusieurs reprises, le logo d'une chaîne de télé).
Cela, n'est-ce pas précisément ce que décrivait la chronique intitulée Films Capitalisme à propos de Stone et de Guzzanti? N'est-ce pas un autre genre d'animation par ordinateur? Godard fut en effet précédé par d'autres, ces derniers jours. Le chinois Wang Xiaoshuai a montré Chongqing Blues en Compétition. L'allemand Christoph Hochhäusler a montré The City Below à Un Certain Regard. Deux films à l'ambition similaire, mais qui portent le souci d'être contemporain comme un fardeau, jamais comme une grâce. Seul Godard est capable de voir en toute chose la chance d'un film, aérobic de masse aussi bien que jeune garçon qui joue à la Russie.
On a l'habitude de reprocher aux cinéastes d'être formellement fascinés par ce qu'au fond ils dénoncent. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit de regarder la fascination en face. Il s'agit de cette vérité minimale: ce qui arrive au visible, ce qui arrive aux manières de rendre visible le visible, n'est jamais un frein pour le cinéma. C'est une requête, un nouveau possible qui se lève.

Buster a dit…

Hé hé... merci. C'est vrai qu'il est bien ce texte. Sacré Burdeau!

Père Delauche a dit…

Oui, bon... il y a plusieurs choses ici : le billet, l'article (très confus) de Burdeau - et finalement très peu sur ce (très grand) film ; mais néanmoins, beaucoup sur le cinéma !?-]

Là, Burdeau, il fait typiquement de la "frime de langage". Tout n'est pas inintéressant, mais, le lecteur doit tout remettre en ordre ! Pour un "critique" - qui plus est, ex-rédacteur en chef des Cahiers -, ça la fout un peu mal ! [bon, c'était ma méchanceté gratuite du jour : pas la peine de me remercier !-]

Le billet ici est plus concis, et plus précis (pourtant, pas nécessairement plus pertinent) [euh, ch'ais pas ce que j'ai aujourd'hui, je balance !-] à certains endroits. A l'arrivée, dans les deux cas, on rend assez mal compte du film...

Personnellement, je crois qu'après une première vision d'un film de Godard (post-années 80), la meilleure chose, c'est encore de se taire, pour ne pas dire trop de bêtises [euh, je ne pas que là, tout, etc., hein !-]... Cela dit, ces premières "réactions à chaud" en disent certainement plus sur la personne qui réagit que sur le film lui-même ! Euh, plus qu'avec les autres films !

...

Bref, j'en reparlerais - du film - une fois que... je l'aurais revu !-DDD

Anonyme a dit…

Buster, Richard,
“Avec les communistes, j'irai jusqu'à la mort mais je ne ferai pas un pas de plus” n'est pas une phrase de Godard mais de l'écrivain espagnol Jorge Bergamin. Il l'a écrite au moment de la guerre d'Espagne où il s'est battu auprès des communistes contre les fascistes, sans être lui-même communiste.

Buster a dit…

Merci anonyme pour cette précision. Que Godard ne soit pas l’auteur de cette phrase n’a finalement rien d’étonnant, on connaît sa faculté à se réapproprier les formules des autres, quitte à les réagencer (Moullet et le travelling affaire de morale, Mourlet et le monde qui s’accorde à nos désirs...)

Quant à vous Père Delauche, pas bien saisi le sens de votre intervention (dans le genre confus, y’a pas que Burdeau ;-D).
Se taire devant un Godard post-années 80 que l’on voit pour la première fois pour éviter de dire des bêtises, ben non, justement... Un film de Godard c’est comme une peinture, le premier contact est décisif, après oui, on va chercher du sens, interpréter ce que dit Godard... mais là on entre dans un processus d’intellectualisation des oeuvres qui ne m’intéresse que moyennement. Si j’ai des réserves sur le film, qui est peut-être un grand film, je n'en sais rien - il ne faudrait pas me ranger du côté des antigodardiens primaires genre Neu(neu)hoff, quel con celui-là! -, c’est parce que je n’y ai pas ressenti la même puissance poétique, et donc la même émotion, que dans des films pourtant post-années 80, comme Hélas pour moi, JLG/JLG, Eloge de l’amour...
On sait comment Godard agence ses images, le plus souvent par pure association d’idées, c’est pourquoi analyser ses films sur la simple base des idées qu'il y énonce est toujours réducteur. Ce qui importe chez lui, en tous les cas pour moi, c’est plus l’agencement des images et des sons que les idées exprimées. Eh bien dans Film socialisme, ça ne s’agence pas toujours très bien, pour des questions surtout de rythme, donc de montage (un comble!) qui font que le projet formel, essentiel chez Godard (comme chez Weerasethakul ou Oliveira, qui aux dires de certains ont peut-être offert les deux plus beaux films du festival), semble par endroits tourner à vide. Si la première partie est la plus convaincante, par l'équilibre atteint entre les différentes composantes, la seconde souffre d’une volonté trop manifeste de se placer en deçà de toute fiction (les personnages sont aussi expressifs que l'âne et le lama!), quant à la troisième, qui renoue avec l’esprit d’Histoire(s) du cinéma, on reste un peu au stade des intentions, je l’ai ressentie davantage comme une succession d’escales "historiques" que comme une véritable traversée de l’Histoire...
Que des sensations donc, éminemment subjectives (encore heureux), qu’une revoyure corrigera nécessairement, moins parce que ma première vision était erronée mais parce qu’il s’agira alors d’un autre film.

Ed(isdead) a dit…

@ Père Delauche : Ne voulais-tu pas dire plutôt : "je crois qu'après une première vision d'un film de Godard (post-années 80), la meilleure chose, c'est encore de se prosterner" ?

Père Delauche a dit…

Ed : Mouarf !-]

Mais, 'faut pas me faire dire ce qu'j'n'ai pas écrit ! Je n'ai jamais dit que le Godard "post-années 80" était... "intouchable" [ahem !-] : il n'y a pas de quoi "se prosterner" à chaque fois (il y en a deux ou trois que je trouve "mauvais", quoique fort intéressants...).

Toutefois, il est vrai qu'on peut (on doit ;-] le faire pour : Histoire(s) du cinéma (indubitablement), Nouvelle vague, For ever Mozart, Prénom Carmen, et deux ou trois autres. Après, ça se négocie [euh, "que chaque œil négocie pour lui-même" ;-]

Bon, j'attends ton billet sur le film cet "obscur réalisateur suisse" ?-D

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Buster : Ah, voilà ! nettement mieux !-D même si pas toujours d'accord avec vous ici [et c'est heureux !-] Alors, oui, je suis "confus"... de vous avoir amené à clarifier vos idées !-DDD

Sinon, comment dire ? je dirais que, pour ma part, je dois avoir à peu près la même relation avec JLG, que vous avez... avec la peinture !-]

Sébastien a dit…

Là:

http://independencia.fr/indp/10_FILM_SOCIALISME_JLG.html

un nouveau texte (pas terrible) signé par deux illustres inconnus.

Buster a dit…

Pas terrible en effet. Surtout très scolaire. On dirait une explication de texte par deux élèves de Terminale. On les imagine découpant le film plan par plan, avec à la main le bouquin des dialogues, ce qui est certainement la pire façon d’aborder le film. Et puis tout ce sérieux pour parler de Godard, pff...

Anonyme a dit…

Dixit le type qui a recopié mot à mot ce que Godard disait dans son court pour la mort de Rohmer !

Buster a dit…

Ouais... sauf que ça n'a strictement rien à voir. Le petit truc de Godard sur Rohmer n'est pas vraiment un film, c'est plutôt une lettre, sous forme de vidéo, envoyée à la Cinémathèque pour la soirée "hommage à Rohmer". Et à ce titre, c'est normal qu'on cherche à savoir ce que dit cette "lettre", surtout que l'image qui l'accompagne, elle, ne montre rien, Godard se contentant de citer les titres des principaux textes de Rohmer.

Henri a dit…

"Merci à Jean-Louis Leutrat"
warf

Buster a dit…

Hé hé, je viens seulement de comprendre (je n'avais pas vu le remerciement à la fin du texte).
Ce sont donc des élèves de Leutrat, eh oui bien sûr, ce qui fait que pour eux Godard c'est simple comme bonjour (ah ah), surtout ça explique toute cette érudition (assez indigeste je le répète quand elle s'applique à Godard).

(cela dit, j'aime bien Leutrat, il est très sympa)

Budd a dit…

c'est quoi Leutrat ?

Henri a dit…

J'aime bien Leutrat aussi, mais enfin... C'est comme vous dites, quoi... Scolaire.

Vincent a dit…

Il a pas mal (dans les deux sens de l'expression)écrit sur le western. J'avais beaucoup aimé son petit livre "La prisonnière du désert : une tapisserie Navajo" avec l'idée de la "lazy line", un motif qu'il mettait en parallèle avec la mise en scène de Ford... mais je m'égare.

Buster a dit…

Ah, je vois que le plus fordien des blogueurs est passé par là.

Sinon de Leutrat, il y a aussi ses écrits sur le fantastique. "Vie des fantômes" contient d'assez belles choses, même si l'ensemble est un peu trop éclaté (c'est son côté godardien).

Anonyme a dit…

je suis étonnée que personne ne cite le texte de Béghin dans les Cahiers, de loin le meilleur texte que j'ai lu (ne parlons pas de celui de Brenez)...

Buster a dit…

Le texte de Béghin est pas mal en effet. Lui au moins ne cherche pas à décrypter le film à tout prix, il s'intéresse même (un peu) à la forme, et à ce titre considère (comme moi) que le premier mouvement est ce qu'il y a de mieux dans le film.
Sur Brenez, no comment: quand je lis des mots comme "prolepse", "opticité", "connexion optative"..., je suis saisi d'une petite envie de meurtre.