samedi 10 avril 2010

Puissance de la parole

Tiens, un petit coup de gueule pour alimenter le "blablablog"... J’aurais pu vous parler de la grève à la SNCF, mais ce n’est pas la peine, tant les syndicats, CGT en tête, se discréditent eux-mêmes... J’aurais pu vous parler de White material de Claire Denis, un film assez terrifiant dans son genre, tant tout y est contraint, surécrit, étouffant, etc., mais je n’en ai pas la force... Non, je vais vous parler de Slavoj Zižek dont les propos - mi savants mi fumistes - dans l'entretien que publient ce mois-ci les Cahiers m'ont autant fait rire qu'énerver. Bon, ce qui m'agace, ce n'est pas le fait qu'il y avoue, avec jubilation, écrire régulièrement sur des films qu'il n'a même pas vus (cf. son texte sur Avatar dans le numéro précédent), car c’est monnaie courante dans les milieux philosophique et psychanalytique où le discours est généralement réflexif, au sens où l’on s’appuie sur le savoir produit par d’autres pour élaborer ses propres idées, sans qu'il soit nécessaire de revenir au matériau d'origine. C’était vrai de Lacan, c'était vrai de Deleuze, et on ne voit pas pourquoi Zižek y échapperait. D’ailleurs, ce qu’il écrit à propos de films qu’il n’a pas vus est certainement plus intéressant (même si, sur le fond, c’est discutable) que son point de vue de spectateur, faussement critique, sur tel ou tel film. Non, le problème avec lui, c’est que sa double casquette de philosophe lacanien et de penseur cinéphile le place toujours en position de force dans un débat. Ce que je veux dire c'est que face à de simples critiques de cinéma, les arguments qu'il avance, à grands coups de concepts hégélo-lacaniens, rendent le débat quasi-impossible (Delorme et Tessé sont les premiers à reconnaître leur impuissance), alors que face à des philosophes et/ou des psychanalystes, ce sont au contraire toutes ces références cinématographiques (essentiellement hitchcocko-lynchiennes), dont il se sert pour illustrer ses thèses, qui rendent le débat difficile. Dans les deux cas, l'interlocuteur ne dispose pas d'un savoir suffisant (je parle évidemment du domaine dont il n'est pas spécialiste), pour soutenir un vrai débat contradictoire, sinon constructif. Pour s'en sortir, il faudrait coincer Zižek sur des choses qu'il ne maîtrise pas, ce qui me fait penser à cette vieille blague des années 70 du type qui se vante d’avoir battu Borg et Fischer... le premier aux échecs, le second au tennis! Mais avec Zižek ce n'est pas si simple, tant l'ours slovène semble faire son miel de n'importe quel sujet... En fait, pour le contrer, il faudrait de vraies pointures, j'entends intellectuelles, des types qui soient à la fois philosophes, psychanalystes et théoriciens du cinéma, capables d’apporter la contradiction, l’empêchant de faire son petit numéro, et surtout de le pousser dans ses retranchements pour voir un peu ce qu’il y a derrière... Oui mais qui?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J’aurais pu vous parler de la grève à la SNCF, mais ce n’est pas la peine, tant les syndicats, CGT en tête, se discréditent eux-mêmes...

Je suis d'accord, mais ça peut s'interpréter de 2 façons, alors : c'est-à-dire ?

Buster a dit…

Je n’en ai pas parlé parce que cette énième grève ne trompe plus personne. Ce qui préside depuis longtemps à la répétition des grèves à la SNCF, à savoir la guéguerre entre les syndicats (essentiellement la CGT et SUD Rail), cette surenchère dans les revendications pour satisfaire les adhérents, était toujours un peu masqué par les arguments classiques de défense du service public, du fret, des salaires, des retraites, etc, mais là, ça ne prend plus, c’est une grève qui se déroule à visage découvert... Le Reste ne défend que ses intérêts et se fout complètement des usagers. Ce type va partir à la retraite, ce qui est une bonne chose, on dit qu’il vise le poste de Thibault pour 2012 et veut ainsi assurer sa sortie par un coup d’éclat (une grève reconductible), c’est possible, à vrai dire je m’en fous, quoique non, à tout prendre je préfère Thibault, moins PCF-dépendant que Le Reste, même si Thibault... hein bon... ça ne vaut pas Krasucki (toujours eu une grande tendresse pour la Mésange). Sauf que cette fois l’entêtement ne paiera pas, la grève n’est suivie que dans les fiefs cégétistes, et la disproportion entre les arguments avancés (de plus en plus fallacieux) et les moyens utilisés (toujours plus ruineux et coercitifs pour les usagers) est si criante qu’il ne se trouve plus personne, en dehors de ceux à qui ça profite, pour justifier le mouvement. A radicaliser sa position dans le seul but de concurrencer SUD Rail (qui ne vaut pas mieux d’ailleurs), la CGT se discrédite complètement.

(bon j'ai répondu, on peut passer à autre chose)