lundi 5 avril 2010

Plus bleu...


La Visiteuse de Jean-Claude Guiguet (1981). [via Joac340]

Les derniers plans des films de Guiguet m'ont toujours bouleversé. Qu'il s'agisse d'Hélène Surgère dans les Belles manières, quand elle assiste, tout de noir vêtue, à la levée du corps du jeune héros, qui s'est pendu dans sa cellule, et sort du champ, entourée du personnel pénitentiaire, sans trahir la moindre émotion, comme si elle était responsable de ce qui était arrivé et, tel le diable, n'était venue que pour s'assurer de la bonne exécution de son œuvre; de Françoise Fabian dans la Visiteuse (cf. la vidéo), lorsqu'elle écoute la chanson "Plus bleu que tes yeux", une chanson de Piaf interprétée ici par Patachou, qu'elle se dirige vers la fenêtre et que s'approche la caméra, suffisamment près, mais pas trop, pour qu'on y saisisse, à travers son regard, toute la mélancolie qui est en elle; de Patachou, justement, dans Faubourg St Martin, quittant la scène par les coulisses, celles de son hôtel trois étoiles, en train de fermer, rendant ainsi à la nuit les femmes qu'elle y accueillait; de Louise Marleau dans le Mirage, et ce plan sublime (le plus beau de toute l'œuvre guiguétienne, aux dires mêmes du cinéaste) qui voit la caméra abandonner le visage de l'héroïne, qui vient de mourir, attraper celui de sa fille, submergée de douleur, et franchir la fenêtre pour retrouver cette nature, belle et cruelle, qui l'émerveillait tant; de Véronique Silver, la mystérieuse narratrice des Passagers, saluant d'un "Bonsoir mes dormeurs" les morts du cimetière près duquel passe le tramway, comme si elle en était la gardienne, avant que le noir envahisse l'écran...

Aucun commentaire: