mercredi 10 mars 2010

Le Virginien (2)

Sparklehorse, suite. Je disais donc que le premier album avait été pour moi un véritable choc, c’était en 1996 ou 1997, je ne sais plus... Quant au deuxième, Good morning spider (1998), je crois bien l'avoir acheté le jour même de sa sortie. Bon évidemment, à la première écoute, j'ai été déçu, l'attente avait été trop forte, mais ça n’a pas duré, rapidement j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans Vivadixie...: le côté lo-fi, les ballades torturées, la voix chancelante de Linkous, les tonalités aigues, le son saturé et tous ces bidouillages sur les bandes et les fréquences radio... qui font de la musique de Sparklehorse quelque chose d’absolument unique. On dit souvent que ça ressemble à Vic Chesnutt ou à Grandaddy - au fait, comment il va Jason Lytle? parce que Chesnutt et Linkous venant de disparaître coup sur coup, on est en droit d'être inquiet à son sujet - ce qui n'est pas entièrement faux (à cause de la voix sans doute), mais chez Grandaddy, par exemple, la musique est plus ronde, plus douce, moins audacieuse aussi, on est parfois dans une forme de joliesse un peu fade (et pourtant j’adore Grandaddy), alors que chez Sparklehorse ça grince, ça coince même, quand Linkous semble s'acharner à détruire, à coup de larsens et autres bruits parasites, ce qui doit lui paraître trop agréable à l'oreille, mais surtout ça vibre... Il restera comme l'un des plus grands mélodistes de l'histoire du rock, des mélodistes qui, ce n'est pas un hasard, sont souvent aussi de grands mélancoliques (je repense à cette histoire de rêve, à propos du titre Vivadixie... - Linkous nageant vers un sous-marin dans lequel joue un orchestre -, qui me rappelle l’image du "vaisseau spatial voguant quelque part sur une mer déserte", évoquée par Ray Davies, le leader des Kinks, dans l'une de ses chansons, entendu que si les grands mélodistes sont des princes, Davies lui est le prince des princes). Bref, tout ça pour dire que Good morning spider est aussi beau que Vivadixie..., regorgeant de pépites comme l'envoûtant "Painbirds", le déchirant "Saint Mary", l'inquiétant "Good morning spider", le somptueux "Come on in", ou encore l'apaisé "Hundreds of sparrows"... (à suivre)

PS. On connaît les circonstances qui ont présidé à la naissance de l'album: une overdose médicamenteuse (suite à une rupture sentimentale?) qui entraîna un arrêt cardiaque prolongé et condamna Linkous au fauteuil roulant pendant plusieurs mois. Pour le coup on compare souvent l'album à celui de Robert Wyatt, Rock Bottom, album encore plus dépressif, conçu lui aussi après un terrible accident (une chute par la fenêtre lors d'une fête trop arrosée) qui allait laisser Wyatt hémiplégique pour le restant de ses jours, mais la comparaison s'arrête là.


video

A la demande générale, c'est-à-dire la mienne et celle de mon chat Polo, (re)voici la petite vidéo ("Loft") d'après les Oiseaux d'Hitchcock que j'avais publiée il y a un certain temps déjà. On y entend successivement "Good morning spider" et "Painbirds"...

6 commentaires:

Rosy a dit…

Buster, comment peut-on écrire : "au fait, comment il va Jason Lytle? parce que Chesnutt et Linkous venant de disparaître coup sur coup, on est en droit d'être inquiet à son sujet" ?
Voilà l'une des raisons pour lesquelles j'aime si peu les blogs : même les rares auteurs fins et intelligents y tombent parfois bien bas.

Buster a dit…

Je reconnais que ce n’est pas du meilleur goût, mais c’est malheureusement la pensée qui m’a traversé l’esprit au moment même où j’écrivais la phrase. Et si je l’ai gardée c’est parce que, malgré la bassesse que vous lui prêtez, elle me correspond aussi (nobody’s perfect). Ce n’est pas de l’humour, c’est juste de la dérision... Sans raconter ma vie, je peux dire que la mort et les suicides en font partie et, pour y faire face, une certaine légèreté (même déplacée) m’a toujours été infiniment plus utile que l’horrible componction dont on se pare habituellement.

ludo a dit…

rosy, faut pas non plus exagérer, ce qu’a écrit buster c’est rien par rapport à ce qu’on peut lire sur certains blogs, la phrase est un peu limite d’accord, mais sur le coup je n’y avais même pas prêté attention, c’est dire.

Buster a dit…

Merci Ludo, mais sur le fond Rosy a raison, j’aurais dû la supprimer cette phrase, je ne me suis pas assez relu... Seulement comme la phrase est maintenant évoquée dans les commentaires, je suis condamné à la garder!
C'est vrai que même sur un blog on ne peut pas écrire tout ce qui nous passe par la tête (en ce qui me concerne, ce ne serait pas joli joli, j’ai un penchant naturel pour l’irrévérence, c’est mon côté rothien), mais un blog c’est aussi une sorte de journal de bord où l’on écrit des choses que l’on n'écrirait pas, ou pas comme ça, ailleurs. On ne peut pas tout passer au crible, sinon ça manquerait de spontanéité, ce ne serait plus vraiment un blog... Reste que tout ça n’a pas grand intérêt, j’aimerais mieux qu’on me parle de Sparklehorse.

Rosy a dit…

C'est parce que Buster me semble bien au-dessus de ça que je me suis permis de lui signaler cette phrase. Sinon, je ne trouve pas inintéressant de parler d'écriture de temps en temps, de la façon dont on peut se laisser aller à la facilité dans un blog, à la petite formule, à tirer vers le bas. Et je n'ai rien contre l'irrévérence, bien au contraire, mais à condition qu'elle vise juste. Par exemple, l'irrévérence de ce que vous avez écrit sur les Herbes folles m'avait semblé d'une grande pertinence.

Buster a dit…

OK Rosy, j’essaierai d’être plus vigilant à l’avenir. Et n’hésitez pas à me sermonner si d'aventure je manquais à mes devoirs.