lundi 15 mars 2010

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Vu la Reine des pommes de Valérie Donzelli. Jusqu’à présent, quand on évoquait le titre peu envié de "reine des pommes" je pensais évidemment à la chanson de Lio, c'est elle d'ailleurs qui a inspiré le titre du film (on peut même voir le film comme l’itinéraire d’une jeune femme, passant de la "reine des pommes" à la "brune qui compte pas pour des prunes"), je pensais aussi au polar de Chester Himes et son héros victime d’une arnaque au début du roman (ici l’arnaque ce n’est pas le coup de la "levure", mais celui, autrement plus classique, de "la fille plaquée par son mec" et qui se retrouve seule, sans appart et sans boulot), je pensais enfin à Nicole Kidman, à cause de ce plan magnifique dans Dogville de Lars von Trier, un film qui l'est beaucoup moins, où on la découvrait, vue du ciel, allongée dans une camionnette au milieu des pommes. Dorénavant je penserai à Valérie Donzelli... D'abord parce que son film ne vient pas de nulle part, il affiche ouvertement sa filiation, une filiation que je qualifierai volontiers de truffaldo-roziéro-zuccaienne. Difficile en effet de ne pas penser à Truffaut devant des scènes qui se passent dans un parc, avec une poussette et un homme en imperméable. Difficile de ne pas penser à Rozier devant des scènes aussi insolites et irrésistibles que celles, par exemple, avec le téléphone portable (je n'en dis pas plus). Et difficile de ne pas penser à Zucca, à travers les pérégrinations de l’héroïne, l’évocation allant même jusqu’à son film le moins zuccaien, Roberte, à travers les épreuves klossowskiennes, donc perverses, qu’elle doit affronter pour "désacraliser" son amour perdu, cet amour dont elle n'arrive pas à faire le deuil (belle idée, simple et efficace, que de faire jouer les différents amants - Pierre, Paul, Jacques - par le même acteur, qui incarne l'amoureux du début). Reste que les références n’ont rien de la citation à la Honoré, elles s’inscrivent dans une lignée qui est celle de tout un courant du cinéma français, affilié non seulement à la Nouvelle vague mais aussi à ses héritiers, de sorte que le film embrasse à la fois le cinéma français des années 60 (Truffaut donc, Demy également pour les séquences chantées), celui des années 70/80 (Rozier, Zucca et certains cinéastes de l’école Diagonale, comme Frot-Coutaz, pour les scènes d’intérieur, dont celles, remarquables, avec Béatrice de Staël), et celui, actuel, des années 90/00, symbolisé par un cinéaste comme Dietschy (plus que Mouret malgré le côté saynète de certaines séquences) avec qui d’ailleurs Donzelli a travaillé (Adèle, le personnage qu’elle joue - c’était déjà celui de son court métrage, Il fait beau dans la plus belle ville du monde, un film que je n’ai pas vu mais dont on me dit le plus grand bien - est la petite sœur de Didine, l’héroïne de Dietschy, j’en veux pour preuve que toutes les deux ont un rapport problématique avec le téléphone portable). Or qu'est-ce qui caractérise tous ces cinéastes sinon leur sens du récit. Et donc du rythme. La Reine des pommes est mené tambour battant, non pas au pas de charge, le rythme épousant des vitesses différentes, mais sans temps morts, selon une ligne parfaitement tendue (renforcée par l'aspect symétrique du film, un film au format 4/3, comme les aimait Rohmer), qui voit les séquences s'enchaîner avec une rare efficacité, ni trop longues, ni trop courtes, et ce jusqu'au finale new-yorkais, établissant pour le coup une bien jolie passerelle entre cinéma d'auteur français et comédie américaine...

4 commentaires:

FG a dit…

Très juste. En revanche, j'avoue que la fin new-yorkaise et la mise en évidence final du truc d'acteur multiple ne m'a pas trop séduit.

Buster a dit…

En fait, on se rend compte assez tôt dans le film que c'est le même acteur qui joue les différents personnages masculins, lesquels sont donc vus à travers le regard maladivement amoureux de l'héroïne. Pour le coup il n'y a pas de révélation à la fin, c'est juste la conclusion logique du récit: la guérison de l'héroïne qui lui permet de voir enfin le garçon, avec son vrai visage.

FG a dit…

Oui, mais c'est du téléphoné un peu quand même le fait de révéler son vrai visage. Mais ce qui me déplaît un peu vraiment c'est par rapport à NY - très bien filmé, très beau - le coté leçon de la rencontre avec la femme, qui fait un peu du cliché aussi.

Cela ne m'empêche pas de dire que c'est un très beau film et que je suis d'accord avec toutes vos annotations.

Buster a dit…

Finir sur un cliché c’est un peu embêtant, mais ça ne m’a pas gêné. Je reste persuadé que sur le plan scénaristique on ne pouvait faire autrement que de montrer le vrai visage du garçon. C’est vrai que le choix de New-York donne une coloration au film qui tranche avec le reste, mais bon, ça passe quand même. Seule peut-être la rencontre avec Laure Marsac ne s’imposait pas, et encore, ça renforce le côté symétrique du film dont je parlais, avec tous ces dédoublements de scènes.