dimanche 7 février 2010

Pro mod

Pour faire suite au billet précédent, voici le passage d'un texte que j'avais écrit en 2003 sur Mods de Bozon, et dans lequel j'opposais le dandysme du film à l'élégance chic de celui d'Ozon, 8 femmes:

(B)ozon.

Mods est un vrai film dandy. Non seulement parce qu’il ne ressemble à rien de connu - ce qui fait son "exquise originalité" - mais surtout parce qu’il touche au paradoxe du dandy, quand celui-ci se pose au-dessus des règles et, cependant, reste soumis à celles qui le gouvernent (les règles de son propre cercle). C’est ce qui distingue le dandysme de l’élégance, au sens mondain du terme, ce qui sépare par exemple Mods de 8 femmes. Là où le film de Bozon vise à l’unicité, celui d’Ozon ne vise qu’à l’unité. Partant du principe (stendhalien) que "le beau est promesse de bonheur", 8 femmes exalte, à travers l’harmonie de sa composition (cf. le travail sur les couleurs), la magie du beau qui vient reconstituer l’unité édénique du monde. Mais il ne façonne, au bout du compte, qu’un cinéma chic, très haute couture, qui met en avant le savoir-faire de son auteur et revendique, par l’admiration qu’il est censé produire, sa place de modèle. Tout autre est le projet de Mods. Le film de Bozon peut bien être un film mod, il n’est pas un film de mode. Pour rester dans la métaphore vestimentaire, on peut dire que si 8 femmes est porté par son costume, Mods doit sa singularité à la façon dont il le porte. A ce titre, il n’a rien d’exemplaire. Car le film dandy n’est pas là pour faire école même s’il suscite, malgré lui, l’imitation. Si certains ont perçu dans Mods des accents bressoniens, là où d’autres ont vu la théâtralité d’Oliveira, c’est avant tout parce que l’art de Bresson et celui du maître de Porto sont marqués au sceau du dandysme. Ce que l’on retrouve en fait dans le film de Bozon, c’est une sorte de geste aristocratique qui le singularise et, en même temps, l’introduit dans le club (très fermé) des œuvres authentiquement dandy. Quel est ce geste? Difficile à dire, d’autant qu’il vise justement à échapper à tout discours. Disons que c’est un geste d’effacement. C’est le geste qui vient révéler, à travers le mutisme du héros, les paroles insignifiantes des mods et les dialogues souvent absurdes entre les personnages (ainsi ceux avec le médecin ou encore la femme sur la terrasse...), la vanité du discours où chacun, loin de s’adresser véritablement à l’autre, ne fait qu’exprimer son propre désir. Plus exactement, c’est l’impassibilité des personnages, soulignant encore plus le semblant du discours, qui finit par conférer au film cette espèce de détachement qui caractérise le geste dandy. Détachement qui n’est bien sûr qu’apparent. Car si Mods ne se soutient d’aucune autorité, s’il ne délivre aucun message, s’il semble indifférent au monde, c’est qu’il touche, peut-être à l’indifférence stoïcienne, mais surtout à cette forme de sensibilité absolue, quand le dandy, tel le poète, trouve l’accord parfait avec le monde (...).

9 commentaires:

Gus a dit…

C'est surtout un film très chiant, "Mods".

Buster a dit…

Ok gugus, les toilettes c'est au fond et à gauche.

Pierre Léon a dit…

qu'est-ce que je disais, Buster ?

Buster a dit…

Ah ah, mais dites-moi, le gus en question ce n’est pas vous qui me l’avez envoyé par hasard, pour donner raison à votre conception du cinéphylle, parce que ce genre de commentaire je n’en reçois pratiquement jamais. Et si je l’ai laissé passer, c’est que je ne pratique pas la censure (j’ai dû censurer deux ou trois commentaires, pas plus, en deux ans, parce qu’ils étaient franchement injurieux).

D’un autre côté, je vois bien ce que vous voulez dire. Même sympathique, le commentaire, souvent ne va pas très loin, mais c’est peut-être aussi à cause de ce qu’on écrit, qui n’invite pas toujours à des commentaires très développés. Cela dit, si j’aime lire les commentaires de certains lecteurs, blogueurs pour la plupart (surtout quand ils ne sont pas d’accord!), je pense que l’essentiel, c’est vous-même qui le disiez, est d’abord d’être lu. Et c’est là où finalement le blog apporte quelque chose par rapport aux revues de cinéma. Ce qu’on écrit pour un blog "vit" davantage que ce qu’on écrit pour une revue. Ici, ça circule... Retrouver ses notes sur d’autres blogs, voir qu’on est lu aux quatre coins du monde, même si c’est éphémère, offre au bout du compte plus de satisfaction qu’un texte publié dans une revue, même s’il est plus abouti, tant l’écho y est souvent très faible, pour ne pas dire nul.

Nico a dit…

Il ne faut pas non plus se voiler la face, la plupart des blogs sont sans intérêt, c'est juste de la compet' pour être dans wikio, on multiplie les liens, on crée du trafic, pour grimper dans le classement, mais on n'a strictement rien à dire, c'est que du vent.

sinon, Mods est un film génial.

Gus a dit…

Tiens, est-ce que Messieurs Buster et Léon seront aussi sévères avec Nico et son pitoyable "Mods est un film génial" ?

Nico a dit…

A la seule différence Monsieur Gus que la petite formule à la fin était un clin d'oeil à votre commentaire. Le mien portait sur les blogs et pas sur Mods.

Anonyme a dit…

le problème est que Mods est par moments très chiant etpar moments génial.

Buster a dit…

Hé dites, on n’est pas sur Twitter, vous pouvez allonger les commentaires, parce qu’à ce rythme-là on y est encore dans six mois...