jeudi 25 février 2010

Mad men

Ah "Mad men", elle me plaît bien cette série que je découvre après tout le monde. Il est encore un peu tôt pour en parler car je n’en suis qu’à la moitié de la première saison (d’ailleurs il n’est même pas sûr que j’en parle, vu le retard accumulé par rapport aux autres qui en sont déjà à la saison 3 ou 4). Disons seulement que si elle me plaît c’est d'abord à cause de l'époque - autant l'avouer, j'idolâtre complètement l'Amérique des années 55-60, chaque fois que je vois des films américains (surtout en Technicolor) contemporains de cette période, c'est-à-dire dont l'action se passe dans les années 50, qu'il s'agisse des films d'Hitchcock, de Sirk, de Minnelli ou de Nicholas Ray, j'éprouve une vraie sensation de bonheur, c'est pourquoi avec "Mad men", qui revisite cette période, je ne peux être qu'aux anges; c'est aussi parce que l'appât fictionnel, qui permet d’accrocher le spectateur, ne relève pas de l'habituel suspense à tiroirs (style "24", "Lost", etc.), même si le passé de Draper est évidemment traité sur ce mode (sauf que pour l’instant ce n’est pas du tout ce qui m’intéresse), mais disons, pour aller vite, de ce qu'on appelle la caractérisation des personnages, et, en ce qui me concerne, de tous ces personnages féminins qui gravitent autour du héros, de Peggy, la secrétaire aux talents cachés (et au physique plutôt ingrat, on dirait la petite fille de Lee J. Cobb), à Betty, l'épouse dépressive (January Jones a des faux airs, elle, d'Angie Dickinson), en passant par Midge, la maîtresse, et Rachel Menkel, la troublante femme d'affaire; c'est enfin et surtout à cause de son discours, non pas politiquement incorrect, mais non politiquement correct, loin des formules policées et euphémisées de la bien-pensance, ce qui fait que c'est un réel délice de voir, dans cet univers (forcément impitoyable) de la publicité, célébrant les "bienfaits" de la société de la consommation, des personnages fumer comme des pompiers à longueur d'épisode...

Ce qui m'amène tout droit à la polémique sur la dernière campagne antitabac et cette publicité où, pour accompagner le message "Fumer, c'est être l'esclave du tabac", on nous montre un jeune agenouillé, une cigarette aux lèvres, devant un adulte (on devine un quelconque dirigeant d'une quelconque multinationale du tabac) en train de lui maintenir la tête, ce qui suggérerait un acte sexuel non consenti. N'étant pas moi-même fumeur, et ne pratiquant pas non plus la fellation (bah non), je ne vais pas apporter ici mon témoignage, je voudrais juste dire que si d'un point de vue strictement publicitaire, cette photo est une réussite, puisqu'on en parle (effet buzz) et que cela choque certains (toujours les mêmes: les associations familiales et leur morale nauséeuse, qui ont demandé l'arrêt de la campagne et, une fois encore, ont obtenu gain de cause), du point de vue de la lutte antitabac, ça n'a évidemment aucune efficacité, non pas à cause de ce qu'elle montre (un truc gentiment provoc et vaguement arty, à la Toscani, avec peut-être aussi un clin d'œil, à travers l'image de la fellation, à la "pipe" de Tati), mais parce qu'une pub, Don Draper vous le dirait mieux que moi, c'est fait pour vanter les qualités d'un produit et non pour en dénoncer les méfaits, ça repose sur du désir, pas du dégoût... Toute pub antitabac est par définition contre-productive.

PS. La vidéo d'Yvan Attal est encore plus nulle que la pub.

9 commentaires:

Rosy a dit…

Vous inversez un peu les choses, c'est cette pub qui est profondément puritaine, plus encore que ceux qui s'y opposent. Elle fait un amalgame bien douteux, confondant toutes ces choses forcément dégueulasses : fumer, sucer, beurk... Non, cette pub contre la fellation ne m'a pas convaincu. Non, ceci n'est pas une pipe ! Difficile d'aimer Rohmer ou Bresson (presque au hasard) sans détester cette "efficacité" publicitaire

Buster a dit…

Non Rosy, je n’inverse rien, les puritains sont des deux côtés, l’association Droits des non-fumeurs (que je ne soutiens absolument pas, bien que non-fumeur), qui est à l’initiative de la campagne, et l’association Familles de France et autres culs bénis (Morano...), qui s’y sont opposés. Quand je dis que la pub est réussie c’est parce qu’elle atteint cyniquement son but en tant que publicité: faire parler d’elle en essayant de choquer. C’est tout. Maintenant sur la pub elle-même, c’est autre chose, c’est assez mauvais je le reconnais (le mélange de sociétal, de sexuel et de religieux, donne un petit côté kitsch qui évoque le pire de l’art contemporain, sachant que la publicité repose beaucoup sur l'amalgame à connotation sexuelle), mais je n’y accorde pas plus d’importance que ça (sauf que l’interdire pour outrage à la pudeur c’est de la censure qui m’est assez insupportable), parce que justement ce n’est que de la pub, avec ce que cela suppose de factice et de vain.
C’est pourquoi aussi je dis qu’une pub contre le tabac ne sera jamais efficace, une pub c’est fait pour faire consommer, du rêve ou de la merde, peu importe, mais pas l’inverse, on peut faire de la pub pour - non pas le tabac, c’est interdit - les produits de sevrage ou autres, mais pas contre le tabac. C’était surtout ça le sens de mon billet.

(sinon chère Rosy, je me trompe peut-être, mais à vous lire j'ai l'impression que c'est plus le côté anti-pipe de la pub qu'antitabac qui vous a gênée)

Philippe Maurice a dit…

Je vous trouve quand même un peu léger sur ce coup, Buster. Ça me fait penser à votre position à propos de l’affaire Polanski. On a l’impression que dès que les « culs bénis », comme vous dites, s’expriment, vous prenez systématiquement fait et cause pour leurs adversaires, quels que soient les motifs. On ne peut balayer d’un revers de main ce que montre la pub sous prétexte que ce n’est qu’une pub. Celle-ci est profondément abjecte et il est donc normal qu’on la condamne.

Buster a dit…

Qu’on la condamne pour sa niaiserie, d’accord, mais qu’on demande qu’elle soit interdite au nom de ne je ne sais quelle morale, non! Sauf à considérer la bêtise comme offensante, il n’y a là rien de bien choquant. Je ne dis pas que tout doit être accepté parce que ce n’est que de la pub, je dis seulement que là, en l’occurrence, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.
Je ne défends pas non plus le principe de la pub et son souci d’efficacité, je ne fais que constater les mécanismes de celle-ci et remarquer que prendre part au débat qu’elle suscite c’est inévitablement entrer dans son jeu... C’est pourquoi je ne prends pas vraiment parti dans cette histoire, d’autant que ça ne choque que les bien-pensants, les culs bénis (qui sont bien souvent aussi des faux culs), lesquels d’ailleurs s’indignent moins pour l’assimiliation tabac/sexe que pour l’assimilation dépendance/pédophilie, les fumeurs qui ne sucent pas, les fellationnistes qui ne fument pas et ceux qui pratiquent les deux...
Après, qu’il y ait dans la confusion du message une forme de banalisation de la pédophilie (être addict au tabac, c’est comme être abusé sexuellement), oui bon, c’est possible, mais il faudrait aller un peu plus loin dans la stratégie publicitaire et l’interpréter en fonction de son destinataire. Car qui entend-on aujourd’hui? essentiellement les adultes. Mais les jeunes, à qui le message est adressé (les photos n’étaient pas destinées au départ à une large diffusion), qu’est-ce qu’ils en pensent? Rien probablement, ils trouvent même sûrement tout ça un peu cucul, surtout ils s’en foutent royalement (royal mentholement)...

Père Delauche a dit…

[fin du billet] "Toute pub antitabac est par définition contre-productive."
- Cette phrase en elle-même n'est pas contestable ; mais si on changeait le terme "pub" par "campagne" ("croisade", "alerte") ou... tout simplement "pédagogie", ce serait moins sûr.
Personnellement, je ne fume pas (là-dessus, c'est généralement moi qui "subis" :-), mais je me souviens que quand j'étais jeune, dans les couloirs du collège, on pouvait voir des illustrations et des photos de poumons carbonisés par les effets du tabac : ça m'a (beaucoup) interpellé ! Ils ont arrêté ce type de procédés, car justement : jugés trop efficaces (par les industriels et les commerçants, je crois) !
C'est comme (désolé pour la légère digression), les images d'accidents de voiture - et de victimes d'accident de la circulation -, l'impact est si fort que ça pourrait "freiner" les ventes de certains types de voitures...

PS : je suis assez nul en séries TV récentes ; et regrette un peu de n'avoir pas suivi, en "direct", leur vitalité (créative) autour des années 2000 (US, Corée, Chine, Brésil)...

Buster a dit…

Bonjour mon Père,
sur le début de votre commentaire, je suis d'accord, sauf que là il s'agit bien de pub. La "pédagogie" suppose un tout autre type de discours, qui ne s'appuie pas sur des slogans et des images choc.
Je n'ai malheureusement pas le temps d'aller plus loin, il faut que je file, mais c'est promis, je développe tout ça dès mon retour.

Buster a dit…

Bon je conclus: cette pub est parfaitement débile parce que ceux qui en sont les promoteurs croient que la sensibilisation à la lutte antitabac relève du même marketing que n’importe quel produit de consommation. Les types de DNF sont des crétins, et les publicistes qui ont pondu cette pub des petits malins qui se sont faits leur propre pub sur le dos des premiers. Maintenant qui cela indigne? Pas les ados, je l’ai déjà dit, mais les adultes qui réagissent au quart de tour à ce genre de provoc puérile et parmi eux les bons cathos, les fumeurs, les joueurs de flûte, etc., tous ceux qui interprètent un message volontairement ambigu, ce qui fait qu'on peut lui faire dire tout et son contraire. Reste que l’addiction au tabac est une réalité, c’est même un danger pour ceux qui n’ont pas des chromosomes en béton. Et prendre le contre-pied en faisant l'éloge de la dépendance, comme Kapriélian dans les Inrocks, parce que la drogue et l'alcool, ça nourrit la création artistique, et que la "dépendance" au sens large est au centre des plus grands chefs-d'oeuvre (ah ce conformisme du politiquement incorrect), est tout aussi crétin que d'assimiler addiction et soumission.

Joachim a dit…

Un concurrent à Mad men (mad man en l'occurrence):
http://www.youtube.com/watch?v=bwuXriuIQIE

Buster a dit…

Ah le Caporal doux... moins classe que la Lucky strike!