mercredi 17 février 2010

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Ecouté Heartland d'Owen Pallett (ex Final Fantasy). Bon, c'est inégal, mais il y a des choses vraiment très belles. "Lewis takes action", par exemple, on pense à Sufjan Stevens, bien sûr, pour les cuivres et plus généralement l'architecture sonore, mais aussi à Brian Wilson, ("I just wasn't made for these times" dans Pet sounds), et puis encore, tant qu'à faire, à Erik Satie... une sorte de pop dissonante, toujours à la limite, des fois ça passe, des fois ça casse, mais quand ça passe, c'est magnifique.

Sinon, en cherchant mon texte sur Rohmer "mathématissien", j'ai retrouvé cette jolie note, consacrée au Rayon vert. Au début je pensais en être l'auteur, mais non... Si quelqu'un a une idée (il s'agit semble-t-il d'un cinéaste français):

"Ce soir, le Rayon vert. Impression que jamais Rohmer n’a été aussi classique. Maîtrise absolue de son écriture. Et liberté. Aisance totale. Tout ce que je dis sur l’exécution, c’est là. Le personnage est observé avec une cruauté bouleversante parce que c’est la comprendre encore mieux, avec une empathie totale, que de l’observer ainsi, sans la moindre complaisance, avec un détachement et une objectivité si apparents, et si vrais, que c’est être au plus près d’elle. Et quand elle parle, vers la fin, de ce qu’elle se sent capable de donner, mais qu’elle préfère garder en elle que de le jeter à tous vents, qu’elle sait que c’est une "éthique" (même si c’est un mot un peu fort pour ce qu'on nous a montré qu'elle est, même si l'on sait que c'est Rohmer qui parle par sa bouche à ce moment-là, avec ses mots à lui), c'est pourtant toute la part secrète de ses comportements si agaçants, de ses fuites, qui ne sont après tout que ses exigences. Toutes les scènes sont belles, fortes, admirablement conduites, filmées et jouées, et, en particulier, ce sublime morceau où l'on reste sur la Suédoise qui parle et où, à chaque instant, c'est à l'autre qui écoute et qu'on ne voit pas (ou presque pas) qu'on pense, parce qu'on sait comment elle l'entend. Un chef-d'œuvre vraiment. Un film qui donne envie à un autre cinéaste de faire un autre film, d'essayer de faire aussi bien. Même Bresson ne me fait pas cet effet-là."

[ajout du 22-02-10: la note est de René Allio, elle est extraite de ses Carnets, publiés en 1991]

45 commentaires:

Julius a dit…

Jan Kounen ?

Anonyme a dit…

merci d'avoir publié ce commentaire... que je pourrais avoir écrit mot pour mot... sauf la dernière phrase que je remplacerais par : "bresson me fait aussi cet efet-là"

siegfriedbdx

Buster a dit…

Merci Siegfried.

(sinon je vois que certains ont envie de rigoler, donc je prends les devants: l'auteur de la note n'est pas non plus Michel Lang, contrairement à ce que pourraient croire les lecteurs de Lourcelles!)

sébastien a dit…

je n'ai pas compris l'allusion à Michel Lang (mais c'est vrai que je ne suis pas un lecteur de Lourcelles)

Buster a dit…

Ah ah, Sébastien, vous n'êtes peut-être pas un lecteur de Lourcelles, mais vous n'êtes pas non plus un lecteur attentif de mon blog ;-), vous comprendrez l'allusion en lisant mon billet du 24 janvier (Musique+).

A part ça, on ne sait toujours pas qui est l'auteur de la note...

sébastien a dit…

ah oui merci, en plus je l'avais lu ce billet. désolé pour le manque d'attention .

Buster a dit…

Pas grave.

Julius a dit…

Olivier Assayas ? (Brrr)

Buster a dit…

Grrr...

SR a dit…

J'aime bien les devinettes (surtout quand celui qui la fait n'a pas la solution lui-même ; nous voilà bien).

Etrange, cette note. On sent le jeté griffonné, le vite calligraphié impressionniste.
À cause de ça surtout : « Impression que jamais Rohmer n’a été aussi classique. Maîtrise absolue de son écriture. Et liberté. Aisance totale. Tout ce que je dis sur l’exécution, c’est là. », de ce style, je dirais...

Marguerite Duras ?

Buster a dit…

Marguerite Duras, ça pourrait coller... on pense en effet à un cinéaste écrivain ou touchant au théâtre. Reste la dernière phrase. Rohmer pouvait-il faire plus d’effet à Duras que Bresson qu’elle plaçait pourtant très haut?
Bon je vais poursuivre mes recherches, car c’est un peu par paresse que j’ai transformé cette note en quiz. En fouillant davantage je devrais finir par trouver.

Griffe a dit…

Guiguet ? Il n'avait pas peur de dire "je" pour évoquer ses idées générales sur le cinéma, et puis je le vois bien user du style "calligraphié/impressionniste" dont parle SR. Je vois assez mal par contre Duras employer spontanément le mot "classicisme".
"ce soir, le Rayon vert" m'a tout l'air de comporter un indice... mais de quoi?

Buster a dit…

Guiguet, oui, c’est tout à fait possible, il avait je crois l’habitude de ce genre de notes, ce qui serait d’autant plus intéressant que je ne me souviens pas d’un vrai texte de lui sur Rohmer.
Bon, lui aussi était un bressonien mais pas un indécrottable, c’est pourquoi on peut le retenir. A suivre...

Pierre Léon a dit…

Duras, à mon avis, c'est impossible. "Maîtrise absolue de son écriture", ça ne lui ressemble guère… Guiguet pouvait ne effet se montrer à la fois pompeux et sensible, et le mot "chef-d'œuvre", ça lui irait bien…
Et ça ne pourrait pas être une note de Philippe Arnaud, non ?

Buster a dit…

Alors ça c’est marrant, j’étais justement en train de lire le texte de Philippe Arnaud, "... son aile indubitable en moi" sur la question de la rencontre au cinéma.

Philippe Arnaud, encore un bressonien, mais je lis ce passage:

« Rencontrer, avoir foi dans la rencontre, c’est souvent un motif rohmérien : et la jeune fille du Rayon vert finit par trouver dans une gare celui qu’elle cherchait, quand le spectateur avait décrété pour lui-même qu’elle n’y arriverait pas, à cause de son exigence hystérique… »

La seule réserve c’est la phrase de la note "Un film qui donne envie à un autre cinéaste de faire un autre film, d'essayer de faire aussi bien" qui laisse quand même penser que c’est un cinéaste qui parle.

SR a dit…

Je songeais à Duras aussi à la façon dont « le personnage » devient « elle » tout le reste de la note (là où n'importe quel critique cinéaste — i.e. non écrivain cinéaste — citerait Marie Rivière, ou Delphine). Elle y allait assez généreusement de l'emploi de « chef d'œuvre », aussi.
Mais c'était une suggestion à tout hasard, ne voyant pas où elle aurait pu écrire, publier, cela.

J'ai aussi songé à Guiguet, mais ensuite et à défaut d'autres pistes.

Et, oui, ce « Le Rayon vert, ce soir », ça intrigue. Se dire : soit c'est écrit à l'occasion de son passage télé (peut-être la première diffusion sur Canal +), soit c'est une note de journal de festival (la projection du film à Venise, sans doute). En tout cas, on sent je crois que le film est encore tout neuf, découvert dans un moment encore inédit. Non ?

(Je rigole aussi à l'idée d'un copycat sans style qui la fait « à la manière de » : style Jacquot ou Toubiana... affreux, non ?)

Alors, serial buster ??? Du sang !

Buster a dit…

"le personnage" qui devient "elle", ça ne fait pas très critique en effet, mais je note que dans votre commentaire sur All about Steve vous aviez fait le même glissement (hé hé). Celui qu'on recherche serait-il une femme?

Nico a dit…

Bonitzer ? Biette ?

SR a dit…

Cherchez la femme ?
Ah oui mais j'ai cité Bullock, moi monsieur ! Puis c'était plus bref, le glissement. Puis ne suis plus critique, pas écrivain… (Faut demander à Pierre Léon, pour les cinéphylles, hein.)
Mais oui, j'ai pensé, comme ça, à une cinéfille, d'où ma déduction de détective hâtive.

(Bon alors, que fiche Agatha ??!!)

Buster a dit…

Nico,
Bonitzer, non, ce n’est pas le style, et puis ayant largement écrit sur Rohmer, quel intérêt il aurait à publier ce genre de note?
Biette, non plus, les phrases sont trop courtes (rires). Même si l’idée d’un film ou d’un cinéaste qui donnerait envie de faire des films est assez biettienne (c’est ce qu’il disait à propos d’Arrieta), tout ça ne lui ressemble pas...

Pour le moment c’est Guiguet qui tient la corde.
Après, il y a la possibilité évoquée par SR qu’il s’agisse d’un(e) cinéaste qui ne soit pas critique et considère Bresson comme la référence. Bon, j’écarte les bressoniens purs et durs, qui n’échangeraient pas Bresson pour un Rohmer, je pense à Jacquot, Blain, Green, Dumont... Reste Civeyrac, mouais... Sinon, à part Duras, pas trouvé d'autre cinéaste femme qui réponde au signalement.

Griffe a dit…

J'en profite, SR, pour vous demander si on peut/pourra voir votre film quelque part, avec son titre rivettien en diable qui laisse rêveur...

Pierre Léon a dit…

"Un film qui donne envie à un autre cinéaste de faire un autre film, d'essayer de faire aussi bien" — cette phrase ne prouve pas qu'il s'agit d'un ou d'une cinéaste qui parle. Un ou une cinéaste qui parlait dirait plutôt "un film qui donne envie de filmer", non ? Je trouve l'idée de Sandrine très amusante — un faux, voire un collage.
Sinon — et si c'était Breillat ?

Buster a dit…

C'est vrai que la phrase est un peu tordue, mais c'est surtout la seconde partie "essayer de faire aussi bien" qui me fait croire que c'est bien un ou une cinéaste qui parle, même si on ne peut en être certain. Et puis aussi "tout ce que je dis sur l'exécution, c'est là", on sent derrière plus le technicien que le critique.

Sinon Breillat, oui c'est possible... ce qui complique c'est que tout cinéaste français qui se respecte est forcément un peu rohmérien, un peu bressonien...

Quant au fake, oups, aurais-je été abusé, comme BHL avec Botul?

SR a dit…

Ah non Pierre, Breillat, vraiment pas le genre (elle cite peu ses congénères, et plutôt Pialat ou Kazan à ses heures), ni le style, ce style.
— Pourquoi pas Louise Skorecki tant qu'on y est ?

Buster, mais cette note, vous l'aviez recopiée à quel moment, à quelle époque ?

Question délicate, Griffe. Je ne me hasarde plus à donner de date, elles ont toutes été remises, la preuve. Mais il est toujours question ferme que le distributeur le sorte, de façon très limitée naturellement. Rivettien ? ah je n'y avais pas pensé, d'ailleurs je me demande bien quel -ien pourrait le qualifier, Cap Nord. (Opticien ? Hyperlien ?)
Mais promis (je m'avance), sa sortie est prévue pour 2010, histoire de pouvoir figurer en bonne place dans votre liste des pire navets de l'année (! je rétro-plaisante)...

Pierre Léon a dit…

Enfin, Sandrine, Skorecki, tu plaisantes ?
Je n'affirme rien. N'oublie pas que, en 1986, au moment du "Rayon vert", Breillat avait fait deux films, presque personne ne la connaissait, elle n'était pas encore la fausse prophétesse qu'elle est devenue aujourd'hui.
Quant à Cap Nord, que je n'ai pas vu, il n'est probablement pas cap-verdien.

Buster a dit…

A quelle époque? je ne sais plus, mais j’ai de plus en plus l’impression que 1) la note est contemporaine de la sortie du film 2) l’auteur est cinéaste (peut-être écrivain aussi) et qu’il a déjà une certaine expérience lorsqu’il rédige sa note.

Pour le coup, je me suis penché sur les cinéastes français en activité en 1986 et j’en ai trouvé un qui pourrait correspondre: Alain Cavalier (en plus, les carnets...)

Buster a dit…

Euh Pierre, Skorecki c'est Louise pas Louis!

Griffe a dit…

Merci, Sandrine. Et dites-moi, vous avez vu "Bright Star" (dont on parle un peu plus haut) ?

Breillat : trop godardienne et tranchante, pas suffisamment lyrique. Non. Cavalier, peut-être. Je ne savais pas qu'il avait écrit sur le cinéma, mais comme je ne l'aime pas beaucoup je l'ignore et je joue Guiguet.

Buster a dit…

Cavalier n'a pas spécialement écrit sur le cinéma, mais comme il racontait sa vie sur ses foutus carnets, il aurait pu rédiger quelques notes sur les films qu'il voyait.

SR a dit…

Bah oui, je plaisante, Pierre(tte).
(Quoique Skorecki adore Rohmer et Bresson, tout de même, et il m'a semblé aussi qu'il fut cinéaste — ça manque de smiley ici.)

Oui Griffe, vu « Bright Star » début janvier, avec cet avantage (!) que je l'ai vu sans sous-titres ce qui a facilité, dans les difficultés d'une langue anglaise que je n'entends pas entièrement, la sensation de poésie non intelligible dont Buster parle dans sa note à laquelle je souscris, très juste, oui. Son plus beau film depuis « Un ange à ma table ».
Mais je trouve le film romantique. J'avais écrit par mail à une amie ceci dans la foulée d'une impression de … « cet amour filmé avec le souci fiévreux d'en répercuter la force pleine et réelle avec toutefois la conscience aiguë, la concertation inquiète (comme le regard du frère, de la petite sœur), qu'il faut garder le pas de distance sans effusion que notre temps, notre regard actuel, peut seul encore supporter — la gracilité passionnée comme au travers d'une fenêtre, et la simplicité incongrue de filmer un baiser.

"Then allow me my happiness. For I'm writing again." »

Griffe a dit…

Oui, je me disais aussi, en revoyant le film une troisième fois : "C'est follement simple... Comment est-ce possible ?"

Buster a dit…

Bon ça y est, j’ai enfin retrouvé le nom de l’auteur! Quel con (moi), je ne cherchais pas dans le bon tiroir... Eh bien ce n’est pas Guiguet ni aucun des autres noms cités. Je vous laisse deviner... Ce que je peux dire c’est que la note date du 13 septembre 1986, époque donc où le film est sorti, et qu’il s’agit bien d’un cinéaste (un peu oublié aujourd’hui, injustement d’ailleurs) qui n’était ni critique ni écrivain mais... non j’arrête sinon c’est trop facile.

Celui qui trouve gagne "Un prophète" d’Audiard en dvd (ah ah).

SR a dit…

Euh, un comédien cinéaste alors ?

Sylvester Stallone ? Alain Delon ou Alain Cuny ?

(Je préfèrerais un dvd de la « fausse prophétesse » dédicacé, merci.)

Buster a dit…

Alain Cuny... pas mal, mais ce n'est pas lui. En fait ce n'est pas un comédien.

Je dirais qu'il s'agit d'un cinéaste exigeant, un peu austère, qui défendait un cinéma "décentralisé".

(pour le dvd dédicacé, dommage, Breillat m'en avait promis un, mais Rocancourt est parti avec, l'escroc!)

Griffe a dit…

Je n'ai pas vu ses films, que Rohmer paraît-il admirait : Davila ? J'ai pensé aussi à Zucca, mais dirait-on de lui qu'il était austère?..

(D'"Un prophète", je veux bien un dvd cassé, merci.)

Buster a dit…

Ce n'est pas Davila, ni Zucca qui effectivement n'avait rien d'austère.

(pour le dvd, pas de problème: couillu, casse-couilles, cassé...)

Pierre Léon a dit…

Un René ?
Je ne veux pas de dvd, même si gagne. J'aime pas les prophètes, ni les vrais ni les faux. J'aime les fêtes.

Buster a dit…

Un René, oui.

Vincent a dit…

René Féret ?

Anonyme a dit…

René... Manzor ?

SR a dit…

René D'Uras ? Marcel D'Allio ?

(J'aime les amphét', et les vrais matricules et les fausses party cul.)

Anonyme a dit…

René Schérer ?

Anonyme a dit…

C'est vrai qu'à la lecture de ce texte, on a un peu envie de s'exclamer : "oh, arrête ton char !"

Buster a dit…

Bien tenté le coup, Vincent, mais vous vous êtes trompé de René.

En effet, c'était René Allio. La note est extraite de ses "Carnets".

Mais pas de gagnant: Pierre Léon est disqualifié parce qu'il a refusé son prix, et Sandrine, idem, disqualifiée pour dopage aux amphét'.

Anonyme a dit…

Un quizz qui donne envie à un autre bloggeur de faire un autre quizz, d'essayer de faire aussi bien. Même Bresson n'aurait pas trouvé la solution.