dimanche 24 janvier 2010

Musique +

Petite pause musicale, en attendant de revenir sur Rohmer (ici ou ailleurs), pour saluer mon premier coup de cœur de l’année. Non, il ne s’agit pas de Contra, le nouvel album de Vampire Weekend, un album que je n’aime pas du tout, excepté le dernier morceau "I think ur a contra", justement parce qu'il tranche avec le reste, mélange aseptisé, plus appliqué qu'inspiré, de rock et de sonorités africaines, ce qui n’a rien de nouveau (Graceland de Paul Simon, fusion de pop-folk et de township jive, cette musique issue des ghettos de Johannesburg, elle-même nourrie de jazz américain, c’était quand même autre chose, et pourtant la world music ça n’a jamais été mon truc - un peu comme le rap aujourd’hui, mais bon je n’insiste pas, on va finir par m’assimiler à ce con de Zemmour), et encore moins de révolutionnaire (Sandinista! des Clash, dans le genre mixité musicale, ça allait autrement plus loin, non?)..., bref l’album de ce début d’année (on ne parlera pas de décennie, comme certains), ce n’est pas celui de Vampire Weekend, mais celui, bien de chez nous, d'Arnaud Fleurent-Didier: La reproduction.
D'AFD, je connaissais vaguement le sample "Un monde meilleur", à partir du discours de Villepin à l'ONU contre la guerre en Irak, et surtout le single qui ouvre le présent album, l'émouvant "France culture", et son orchestration gainsbourgienne (on peut l'écouter ici), mais j'attendais la suite, les dix autres chansons de l'album, avant de me prononcer. Eh bien je n'ai pas été déçu. C'est marrant, quand j'ai vu la première fois la pochette du CD, au format d'un DVD, j'ai cru que c'était une nouvelle édition - actualité oblige - du Conte d'été de Rohmer (hum... je devais être encore sous le choc). En fait, ce que l'on voit sur la pochette, c'est l'artiste de dos, regardant lui-même des couples enlacés sur la plage, ce qui pour le coup évoque moins Rohmer que Lang (Michel, bien sûr), ce qui aussi me fait penser à la note assassine de Lourcelles sur le Rayon vert (et le cinéma de Rohmer en général), décrit comme "l'histoire d'une héroïne antonionienne effectuant à travers la France des randonnées à la Wim Wenders et se retrouvant à chaque fois plongée dans l'univers de Michel Lang", comme quoi on peut avoir écrit des textes pénétrants sur Tourneur, Dwan, McCarey ou Freda, et faire preuve à propos d'autres cinéastes d'un aveuglement assez consternant. Fin de la parenthèse Lourcelles et retour à La reproduction. Donc oui, j'aime beaucoup l'album, l'élégance de son écriture, la richesse de ses arrangements, ce mélange fragile de pop, très sixties, et de variété française, dans sa veine autofictionnelle, mais sans le côté distancié et boboïste d'un Delerm, ou franchement ringard d'un Bénabar... Des chansons comme "Imbécile heureux", "Reproductions", "Mémé 68", "Je vais au cinéma" (ces deux dernières, très shelleriennes) ou encore "Risotto aux courgettes", ont la qualité rare des petites choses qui rendent momentanément heureux...

(à suivre)

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