samedi 30 janvier 2010

Moleskine

Quelques notes en vrac:

XS/XL.

Villepin n’avait aucune chance pour les Présidentielles de 2007, non seulement à cause de Sarkozy, non seulement à cause de l’affaire Clearstream, mais surtout à cause de la règle de l’alternance qui prévaut chez les présidents de la République depuis 1958: à un grand président, par la taille, succède toujours un petit, et vice versa. De Gaulle (grand), Pompidou (petit), Giscard (grand), Mitterrand (petit), Chirac (grand)... Sarkozy, qui est tout petit, était donc le plus à même de succéder à Chirac. Pour 2012, deux possibilités: soit Sarkozy est réélu (rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos), comme en leur temps De Gaulle, Mitterrand et Chirac, ce qui n’enfreint pas la règle, soit il est battu, mais là, pour respecter la règle, il faut que ce soit par un "grand" candidat. Pour l’instant, que l’on regarde à droite ou à gauche, on ne voit pas beaucoup de têtes dépasser, hormis justement celle de Villepin. Oui mais...

Grèce-Italie.

Le Ghana en finale de la CAN 2010, ça me rappelle la Grèce à l’Euro 2004. Et Gyan c’est un peu Charisteas, non? Cela dit, je vois mal cette équipe l'emportait devant l’Egypte, qui elle m’évoquerait plutôt l’Italie. Grèce-Italie, hum... ça risque d'être d'un ennui mortel.

B. Godot.

Vu par curiosité quelques bouts de "Litige", le sitcom qui passe en ce moment sur Télénantes (et sur leur site internet, où chaque épisode reste en ligne pendant quelques jours), une série imaginée par Bégaudeau et le collectif Othon et qui raconte "le quotidien de trois médiateurs de quartier qui se sont donnés pour mission d’arbitrer les conflits de leur voisinage". C’est tellement naze qu’on ne sait comment le prendre. Soit c’est du premier degré, et là on rigole devant le ridicule de la chose, soit c’est du second degré, comme une parodie de sitcom à la française, et là on ne rigole plus du tout...

vendredi 29 janvier 2010

Toutes les femmes




L'Amour l'après-midi d'Eric Rohmer (1972).

mardi 26 janvier 2010

[...]

Revu la Terre de la folie de Luc Moullet. L'impression est toujours aussi forte. Et la phrase entendue au début du film: "l’arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d’avoir déplacé sa chèvre de dix mètres", toujours aussi efficace. C'est que tout Moullet est dans cette phrase. Durée et surface... lignée, accumulation, éclatement... Pourtant quelque chose a changé, Moullet n’est pas au centre du film, il en est légèrement décalé, comme s'il avait fait un pas de côté (au risque de tomber dans le vide, comme à la fin du film, répétition d’un autre geste manqué, du haut d’un pont, celui-là...). L’autoportrait se trouve diffracté en plusieurs personnages qui, selon un dispositif emprunté au reportage télé, racontent (au journaliste Moullet) quelques faits divers sordides, ou les commentent, parfois à toute vitesse, comme celle qui parle aussi vite qu’elle pense, plus vite même, ce qui fait qu’elle doit répéter ce qu’elle dit. Tout le film est ainsi placé sous le signe de la répétition. Répétition d'actes, plus fous les uns que les autres, dans un territoire bien délimité des Basses-Alpes, "le pentagone de la folie", un pentagone élastique que Moullet réajuste à un moment donné pour lui donner une forme plus régulière, lui conférant alors une dimension symbolique, voire cosmologique: la terre (la roubine), l’eau (un sac-poubelle dans une rivière), le feu (une immolation), le vent (une des causes recensées par Moullet pour expliquer ce taux anormalement élevé de folie meurtrière, au même titre que l'isolement géographique, la consanguinité, les sectes, le manque d’iode, le nuage de Tchernobyl...) et le vide qui semble contaminer le film. Répétition à la manière d’un motif, comme dans le burlesque, mais aussi d'un rituel, comme s'il fallait conjurer la mort (Moullet se félicite au bout du compte de n'avoir jamais tué personne bien que lui non plus ne soit pas, dit-il, tout à fait normal). Répétition dans la fixité des plans, dans leur frontalité, mais pas dans le rythme (Moullet sait jouer du braquet), de sorte que ça ne reste pas sur place, que finalement ça se prolonge plus que ça ne se répète, à l’image du coup de feu initial, réentendu à la fin, ce qui inscrit le film dans l’espace sonore d’une double détente, mais si espacée qu'on n'est pas sûr de l'écho. Chez Moullet les films résonnent (raisonnent?) toujours in extremis...

Vu aussi sur YouTube, A la barbe d'Ivan de Pierre Léon (). J'y reviendrai.

dimanche 24 janvier 2010

Musique +

Petite pause musicale, en attendant de revenir sur Rohmer (ici ou ailleurs), pour saluer mon premier coup de cœur de l’année. Non, il ne s’agit pas de Contra, le nouvel album de Vampire Weekend, un album que je n’aime pas du tout, excepté le dernier morceau "I think ur a contra", justement parce qu'il tranche avec le reste, mélange aseptisé, plus appliqué qu'inspiré, de rock et de sonorités africaines, ce qui n’a rien de nouveau (Graceland de Paul Simon, fusion de pop-folk et de township jive, cette musique issue des ghettos de Johannesburg, elle-même nourrie de jazz américain, c’était quand même autre chose, et pourtant la world music ça n’a jamais été mon truc - un peu comme le rap aujourd’hui, mais bon je n’insiste pas, on va finir par m’assimiler à ce con de Zemmour), et encore moins de révolutionnaire (Sandinista! des Clash, dans le genre mixité musicale, ça allait autrement plus loin, non?)..., bref l’album de ce début d’année (on ne parlera pas de décennie, comme certains), ce n’est pas celui de Vampire Weekend, mais celui, bien de chez nous, d'Arnaud Fleurent-Didier: La reproduction.
D'AFD, je connaissais vaguement le sample "Un monde meilleur", à partir du discours de Villepin à l'ONU contre la guerre en Irak, et surtout le single qui ouvre le présent album, l'émouvant "France culture", et son orchestration gainsbourgienne (on peut l'écouter ici), mais j'attendais la suite, les dix autres chansons de l'album, avant de me prononcer. Eh bien je n'ai pas été déçu. C'est marrant, quand j'ai vu la première fois la pochette du CD, au format d'un DVD, j'ai cru que c'était une nouvelle édition - actualité oblige - du Conte d'été de Rohmer (hum... je devais être encore sous le choc). En fait, ce que l'on voit sur la pochette, c'est l'artiste de dos, regardant lui-même des couples enlacés sur la plage, ce qui pour le coup évoque moins Rohmer que Lang (Michel, bien sûr), ce qui aussi me fait penser à la note assassine de Lourcelles sur le Rayon vert (et le cinéma de Rohmer en général), décrit comme "l'histoire d'une héroïne antonionienne effectuant à travers la France des randonnées à la Wim Wenders et se retrouvant à chaque fois plongée dans l'univers de Michel Lang", comme quoi on peut avoir écrit des textes pénétrants sur Tourneur, Dwan, McCarey ou Freda, et faire preuve à propos d'autres cinéastes d'un aveuglement assez consternant. Fin de la parenthèse Lourcelles et retour à La reproduction. Donc oui, j'aime beaucoup l'album, l'élégance de son écriture, la richesse de ses arrangements, ce mélange fragile de pop, très sixties, et de variété française, dans sa veine autofictionnelle, mais sans le côté distancié et boboïste d'un Delerm, ou franchement ringard d'un Bénabar... Des chansons comme "Imbécile heureux", "Reproductions", "Mémé 68", "Je vais au cinéma" (ces deux dernières, très shelleriennes) ou encore "Risotto aux courgettes", ont la qualité rare des petites choses qui rendent momentanément heureux...

(à suivre)

jeudi 21 janvier 2010

Eloge de l'amour (3)


Les Amours d'Astrée et de Céladon d'Eric Rohmer (2007).
Version muette [musique: Jean Sibelius].

Dimanche je regardais une nouvelle fois les Amours d’Astrée et de Céladon... quand soudain est venue se greffer la musique de Sibelius que R. et D. écoutaient de leur côté, dans le salon. Il s'agissait de La Tempête - la Suite n°1, plus précisément le passage intitulé "La chanson d'Ariel" - une des dernières compositions de Sibelius, qui date de 1925. Non seulement ça ne m'a pas gêné, mais j'ai même trouvé ça très beau. Mieux: parfaitement en accord avec la scène que je regardais, celle entre Céladon et Léonide, en plein vent, au bord de la rivière. Du coup j'ai eu l'idée de cette petite vidéo, sans paroles mais en couleurs, "Vert céladon". Rohmer ne disait-il pas qu’il était un cinéaste muet?

PS. Merci à G. qui s'est occupée des "cartons".

Sinon, sur Rohmer, lire le bel hommage que lui rend Mourlet sur son blog.

samedi 16 janvier 2010

Red boots

About All about Steve, par SR:

"C'est un petit film qui se tient mal, dans les deux sens. Mal foutu et mal poli. Absolument pas sophistiqué, débraillé avec des bottes de sept lieues en vinyl rouge, très irrégulier et accidenté par monts et par vaux, creux et bosses, mais quand le film tombe dans les trous, ça donne des séquences assez déconcertantes de maîtrise et de soudaine grâce. Et collant aux basques du personnage de Bullock (à tomber de drôlerie pas coquette), le film est obsédé par les mots (elle a la passion absolutiste de son métier ringard, créer des mots croisés), cette obsession magnifique qui la justifie, la handicape, la ridiculise et la sauve. Un personnage qui prend tout au pied de la lettre et qui engage sa vie sur une phrase, parce qu'elle croit un homme qui n'a aucune parole sur parole, que voulez-vous, je trouve ça très beau."
15/01/10

All about Steve
de Phil Traill: sortie mars 2010.

vendredi 15 janvier 2010

Rohmer...

Bon Dieu, il est où ce texte? cela fait trois jours que je le cherche... C'est un texte sur Rohmer que j’avais écrit il y a une dizaine d’années, un truc insignifiant mais, comme tous les trucs insignifiants, qui finit par faire sens quand on le relit dix ans après. Sauf que là, je ne le retrouve pas... De quoi ça parlait? De mathématiques et de peinture, ce que résumait bien le titre - "Rohmer mathématissien" - où loin des références balzaciennes de l’œuvre, loin de ses aspects faussement marivaudiens (chez Rohmer c’est moins le jeu de l’amour et du hasard qui importe que, finalement, l’amour du jeu et du hasard), loin de son caractère socio-psychologique (Rohmer témoin de son temps) et de sa dimension ontologique (de Bazin à Rossellini, sauf que chez Rohmer la platitude du réel ne s’orne que de petites épiphanies: rayon vert, heure bleue, etc.), loin de l’éternel débat entre classique et moderne (que Rohmer, en maître dialecticien, a fini par rendre inopérant)... où loin de tout ça, donc, je m’étais surtout intéressé au système Rohmer, toute cette dynamique du récit, que soutient la parole, mélange d’intrigues et de chausse-trappes, de chassés-croisés et de faux pas, de hasards et de possibles, de désirs et d'entêtements..., faisant du cinéma de Rohmer quelque chose d’absolument inouï. Et à côté de cela, des formes, des couleurs, une sorte de traité esthétique qui permet d'appréhender chaque film selon des critères chromatiques, climatiques, voire cosmologiques, faisant du système rohmérien une véritable maison, au sens deleuzien du terme, une architecture de pure sensation, à la fois solide et toujours en mouvement, et aujourd'hui parfaitement finie, car c'est ça aussi qui est beau chez Rohmer lorsqu'on regarde l'œuvre dans sa totalité: l'impression d'un accomplissement... Tout y semble achevé, non seulement les cycles - Contes et Comédies -, mais le reste également, jusqu'au dernier film, à la fois prélude et point final d'une œuvre... Bon là, je brode un peu parce que je ne me souviens plus vraiment de ce que j’avais écrit...

dimanche 10 janvier 2010

Rouge tango


Mon journal de voyage [Venezia].

[...]

Reçu ce message de Nicolas:

(...) Le Top 10 de la rédaction des Cahiers sur les meilleurs films des années 2000 est un peu étrange. Je ne sais pas comment ils ont fait leur classement, j'ai refait les comptes et ça donne le résultat suivant:

10 voix:
Mulholland drive (David Lynch)
6 voix:
A history of violence (David Cronenberg)
The host (Bong Joon-ho)
5 voix:
Elephant (Gus Van Sant)
4 voix:
A l’ouest des rails (Wang Bing)
Blissfully yours (Apichatpong Weerasethakul)
La Graine et le mulet (Abdellatif Kechiche)
Yi Yi (Edward Yang)
3 voix:
A.I. (Steven Spielberg)
Les Amants réguliers (Philippe Garrel)
The brown bunny (Vincent Gallo)
En avant jeunesse (Pedro Costa)
La Guerre des mondes (Steven Spielberg)
Ten (Abbas Kiarostami)
Time an tide (Tsui Hark)
Tropical malady (Apichatpong Weerasethakul)

Hum, en effet... je rappelle la liste des Cahiers:
1. Mulholland drive; 2. Elephant; 3. Tropical malady; 4. The host; 5. A history of violence; 6. La Graine et le mulet; 7. A l'ouest des rails; 8. La Guerre des mondes; 9. Le Nouveau monde (Terrence Malick); 10. Ten.

Bon, sur le fond, ça ne change pas grand-chose, mais c'est vrai qu'on peut se demander pourquoi Elephant est 2e de la liste à la place du Cronenberg et du Bong Joon-ho, par quel tour de passe-passe Tropical malady se retrouve 3e alors qu'il est moins cité que Blissfully yours, pourquoi Yi Yi a disparu, pourquoi la Guerre des mondes et non A.I., pourquoi le Nouveau monde alors que le film n'a recueilli que deux voix (mais l'une d'elles est celle de Tessé, diront les mauvaises langues), pourquoi Ten et pas les Amants réguliers, The brown bunny, En avant jeunesse ou Time and tide... Oui enfin, je pose toutes ces questions, mais à vrai dire, je m'en fous un peu.

Plus intéressant: la présence du film-fleuve de Wang Bing, A l'ouest des rails (que personnellement je n'ai jamais vu en entier), et surtout celle de la Graine et le mulet de Kechiche, seul film français de la liste, donc le meilleur des films français, devant n'importe quel Rohmer, n'importe quel Godard, n'importe quel Straub, n'importe quel Garrel, n'importe quel Rivette, n'importe quel Chabrol..., ce qui, moi, me laisse quand même rêveur. On pourrait se dire que les cinéastes qui, durant la décennie, ont réalisé plusieurs grands films, de valeur sensiblement égale, sont défavorisés par rapport à ceux qui, pendant la même période, n'ont réalisé qu'un grand film (soit parce qu'unique soit parce qu'il se détache nettement du reste de leur production). Dans le premier cas, les voix vont se répartir sur deux ou trois films, alors que dans le second, elles se concentreront sur un seul. Ainsi Lynch, Cronenberg et Bong Joon-ho ne sont cités que pour, respectivement, Mulholland drive, A history of violence et The host, alors que Van Sant l'est pour Elephant, Gerry et Last days, Weerasethekul pour Blissfully yours et Tropical malady, Spielberg pour A.I., la Guerre des mondes et Minority report, Shyamalan pour le Village et la Jeune fille de l’eau. Oui, on pourrait se dire ça... mais ce n'est pas toujours le cas. La preuve: tous films confondus, Oliveira et Straub ne sont cités que deux fois, Rohmer et Godard qu'une seule, et Rivette aucune!

Plus intéressant, encore: les listes des autres critiques, ceux qui ne sont pas ou ne sont plus aux Cahiers. Premier constat: Mulholland drive ne recueille aucune voix! Deuxième constat: c'est Saraband de Bergman qui arrive en tête! J'ai fait un petit recensement des films cités dans les différentes listes (en y retirant celle de Brenez dont la radicalité des choix - hors le cinéma expérimental, point de salut - est si ostensible que ça en devient grotesque, et en la remplaçant par celle de Jousse, classé par erreur avec les réalisateurs - ah ah, c'est pas beau de se moquer...), et que trouve-t-on derrière le Bergman?: les Amants réguliers de Garrel, Café Lumière de Hou Hsiao-hsien, Dans la chambre de Vanda de Costa, Triple agent de Rohmer, Zodiac de Fincher. Comme quoi...

Allez, on arrête avec les listes, parce que du côté des filles ça commence à râler.

samedi 9 janvier 2010

Eloge de l'amour (2)












Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu (1953).

"L'amour est toujours la possibilité d'assister à la naissance du monde." (Alain Badiou, Eloge de l'amour, 2009)

vendredi 8 janvier 2010

Ma musique

J’avais prévu du changement pour 2010, mais pour l’instant c’est trop tôt, il me faut encore réfléchir à l’orientation que je souhaite donner au blog et surtout savoir si j’aurai le temps de mener à bien un tel changement. Pas question de commencer quelque chose si c’est pour arrêter au bout de trois mois. Donc je réfléchis... Ce qui est sûr c’est qu’on y parlera davantage de musique - quand je dis musique j’entends évidemment pop, rock, folk, etc. Mais ça ne sera pas comme pour le cinéma qui, lui, invite au discours, au dialogue, au blabla, surtout à la confrontation - rien de plus excitant que de discuter d’un film avec quelqu’un qui n’a pas la même opinion que vous - alors que pour la musique, c’est différent, on n’éprouve pas vraiment de plaisir à discuter d’un album si l’autre ne l’apprécie pas. Autant les joutes verbales me ravissent lorsqu’il s’agit de films, autant elles m’épuisent concernant la musique, où là au contraire j’aime partager, dans une sorte de communion un peu mystique - style club des haschichins -, les impressions ressenties...

Bon alors, parlons musique... Je pourrais déjà, comme pour les films, énumérer ma playlist des années 2000. Est-ce que dans cette liste je retiendrais par exemple Kid A de Radiohead et Funeral d’Arcade Fire qui sont un peu - en ce qui concerne l'engouement critique - les équivalents musicaux de Mulholland drive de Lynch et Elephant de Van Sant? Peut-être, je ne sais pas... dans les quinze, oui sûrement. Disons que le grand album de la décennie reste pour moi It’s a wonderful life de Sparklehorse. Et si je dois en citer d’autres, les premiers qui me viennent à l’esprit sont L’imprudence de Bashung, Illinois de Sufjan Stevens, White chalk de PJ Harvey, Manitoba ne répond plus de Manset... Et pour 2009? Quels sont mes préférés, ceux que j’ai le plus écoutés? Je dirai (je l’ai déjà dit): Sometimes I wish we were an eagle de Bill Callahan et La superbe de Biolay...
Mais allons plus loin, examinons les albums que la critique, elle, considère comme les meilleurs. D’abord il y a Merriweather post pavilion d'Animal Collective, le n°1 de l'année pour beaucoup, ce qui est très exagéré. Si l'album est sympathique, ça ne tient pas la distance, comme, d'ailleurs, pas mal d'albums aujourd'hui. Le début est plaisant - j'aime bien les deux premiers morceaux, "Into the flowers" et "My girls", cf. la vidéo du second, assez géniale il faut le reconnaître - par son côté subaquatique qui mélange pop wilsonienne (on pense souvent à Pet sounds, notamment dans "Diary routine") et musique industrielle, mais la seconde partie est très décevante, se liquéfiant progressivement, pour finir dans une sorte de salsa informe.
En revanche, j'adore l'album It's blitz! de Yeah Yeah Yeahs (à Chronic'art et aux Inrocks, ils ne connaissent pas...), même si je regrette - mais c'est dans l'air du temps - la part trop importante accordée à l'orchestration, ce qu'on peut mesurer à la fin de l'album avec les versions acoustiques de certaines chansons. Evidemment il y a les tubes, "Zero", "Heads will roll" et "Dull life", très eighties, très efficaces, mais je préfère - outre les versions acoustiques - les chansons un peu plus épurées, comme "Runaway" ou "Dragon queen". Et puis il y a la voix de Karen O (anagramme, je suppose, de Korean), qui est quand même autre chose que le microtimbre de notre petite Charlotte G - qu'on aime tous, hein, mais bon -, et mieux aussi que le gros coffre de Florence W, la Dalida à poumons, dont je vous reparlerai.
Autre album que j'aime beaucoup: Two dancers des Wild Beasts. Two dancers c'est d'abord la voix de fausset de Hayden Thorpe, absolument magnifique, mais ce n'est pas que ça. Ecoutez "Hooting & howling", "All the king's men", les deux parties de "Two dancers" ou encore "This is our lot" (ici, on pense irrésistiblement à Jimmy Sommerville), voyez comme les voix et les instruments se répondent, il y a là tout un jeu d'échos, aux sonorités cristallines, c'est vraiment très beau - la vidéo de "All the king's men", qui évoque à la fois le Nouveau monde de Malick et le Village de Shyamalan, est pas mal non plus...

(à venir: Dirty Projectors, The xx, Grizzly Bear, Phoenix, Florence + the Machine, The Horrors, Fever Ray, Girls, Fuck Buttons...)

lundi 4 janvier 2010

Eloge de l'amour


The bigamist [extraits] d'Ida Lupino (1953).

vendredi 1 janvier 2010

T'es trop?

Tetro de Coppola appartient à la catégorie des films-monstres et à ce titre je comprends qu’il déroute, voire qu’il rebute. Pour autant il ne faudrait pas confondre boursouflure et dépense. Coppola est comme ses personnages, mégalomane et solitaire, égocentrique et torturé, obsessionnel et prodigue, c’est un cinéaste comme il n’en existe plus, assez fou pour aller jusqu’au bout de ses rêves, même les plus fous. J’ai revu le film dernièrement, par un soir d’hiver, je l’avais vu une première fois, il y a six mois, par un soir d’été, et en avais gardé un souvenir paradoxal. A la fois subjugué et intrigué. Comment un film qui cumule autant de handicaps, aussi bien esthétiques (je suis plutôt réfractaire au noir et blanc numérisé, c’est trop net, trop classieux, trop "artistique", ce que n’arrange pas ici l'emploi du Cinémascope, les cadrages wellesiens - plutôt tolandiens -, les jeux de miroirs, très ruiziens eux, et les effets de lumière) que thématiques (une histoire à l’Œdipe trop gros, comme disait Guattari à propos de Kafka, mais incontournable - la mort du Père - sans quoi il n’y a pas de bonnes histoires, selon Barthes, celles qui racontent, comme dans tout grand roman, les démêlés du héros avec la Loi), bref, comment un tel film peut-il séduire? Justement parce qu’il ne cherche pas à séduire, qu’il va au contraire au bout de sa folie, convoquant toute une imagerie (flash-backs en couleurs, genre petits films de famille, pièces de théâtre ringardes, extraits de films - les Chaussons rouges et les Contes d’Hoffmann de Powell et Pressburger -, spectacles de danse autour de la figure de Coppélia, finale patagonien, horriblement esthétisant - le road-movie ressemble à une pub pour la Renault Mégane - et parfaitement grotesque quant au Festival de théâtre et son "prix des parricides"(!) - est-ce pour cela que Frémaux ne voulait pas du film en compétition à Cannes?), mais toujours au service du récit, le vrai, non pas l’intrigue (on devine assez vite le secret de famille, à la différence de la psy du film) mais ce qui l’excède, justifiant le recours final à l’opéra, forme grandiloquente mais inévitable pour faire tenir ensemble tous les éléments du film, des miniatures aux grandes envolées, faisant de Tetro une sorte de patchwork in progress absolument génial, car bien sûr, et c’est dit dans le film, Coppola est incapable de finir une histoire, d’autant qu’il s’agit de sa propre histoire, à travers cette quête des origines, où se mêlent confusément événements autobiographiques (je n’insiste pas, c’est rappelé un peu partout) et souvenirs d’enfance, à la manière du conte d’Hoffmann, L’Homme au sable, dont un des personnages, faut-il le rappeler, se nomme Coppola (il s’agit du mystérieux marchand de baromètres - Coppola cinéaste barométrique?), ce qui libère le film de sa dimension trop lourdement œdipienne pour quelque chose de tout aussi freudien mais beaucoup plus léger, à savoir l’Unheimliche, l’"inquiétante étrangeté", ce qu'il y a d'inconnu dans le familier - ou, pour rester au niveau de l'œuvre: la démesure et le kitsch comme formes exogènes, encombrantes mais nécessaires pour surpasser le penchant naturel de Coppola pour les histoires familiales un peu lénifiantes, sans quoi on resterait dans la fadeur des petites choses insignifiantes (style Life without Zoe) ou, à l'inverse, le pur plaisir des défis technologiques (cf. les chromos de Coup de cœur), s'interdisant toute montée émotionnelle, comme celle ici, qui culmine dans le dernier plan, où l'on saisit, via l'étreinte entre les deux personnages, l'artiste enfin réconcilié avec lui-même...

PS (réservé aux initiés). Tetro prolonge davantage l’Homme sans âge qu’il ne ressuscite Rusty James. Est-ce le séjour en Argentine, deuxième pays lacanien après la France, mais, à travers cette histoire de manuscrit codé que l’on ne peut déchiffrer que grâce à un miroir, Coppola va encore plus loin que dans son précédent film où déjà, en inversant le cours du temps, il explorait les mondes courbes de l’espace-temps. Ici, il y a un manuscrit, pas n’importe lequel, c’est le récit du sujet. Mais il est crypté, via un code militaire, et surtout écrit à l’envers, de sorte que pour le comprendre il faut le lire dans un miroir. Soit une double opération: décodage du texte et retournement de surface, signant la "transformation" du récit. Et par-là même du sujet. Car il est évident que le récit/sujet ainsi déchiffré/révélé n’est plus celui du début. Le passage par le miroir n’est pas que lewiscarrollien où tout s’inverse sur le plan imaginaire (mais pas sur le plan mathématique, cf. L’univers ambidextre de Gardner), c’est aussi l’accession, par la topologie et la quatrième dimension qu’elle représente (d’où le titre Tetro?), à une forme de réel, qui n’est pas la réalité bien sûr, dans ce qu’elle a de visible, mais ce qui échappe, au contraire, à la représentation. Sous ses dehors faussement rétro, Tetro ne serait-il pas un vrai film cubiste?

Allez, bonne année 2010...