samedi 5 décembre 2009

Dwan, tout simplement


Tennessee's partner d'Allan Dwan (1955). [via jaloysius56]

NB. Pour ceux qui ne connaissent pas le film, je conseille de regarder l'extrait jusqu'à la 4e minute... après, attention: spoiler!

"Le cinéma c'est Dwan." (vieux proverbe des Balkans)

Il y a dans Tennessee’s partner d'Allan Dwan (belle histoire d’amitié entre deux hommes - on peut aussi considérer le film dans son rapport homme-femme et y voir, par exemple, l’itinéraire que doit suivre un homme pour apprendre à embrasser une femme tendrement), une scène étonnante. John Payne et Ronald Reagan viennent de s’évader de prison, ils s’enfuient à cheval, toute la ville est à leurs trousses, et que voit-on au plan suivant?: nos deux héros en train de s’enquérir de l'état de santé de Rhonda Fleming (qui elle venait d’être agressée par un quidam), avant de reprendre la fuite. Ce léger contretemps, dans une séquence de poursuite, est typique du cinéma de Dwan dont les films avancent, certes au rythme du récit (un rythme forcément soutenu puisqu'il s'agit de films à petit budget), mais aussi au gré des personnages et de leur tempérament. John Payne prend le temps de se curer les ongles, même dans les situations les plus chaudes, alors que Ronald Reagan, lui, n'est pas du genre à traîner, surtout quand sa fiancée l'attend, qu'il se croit bafoué ou qu'un homme risque d'être abattu dans le dos. L’action chez Dwan est d'abord une suite de petits gestes et de regards, mi-inquiets mi-ravis, qui fait de ses films (du moins ceux, tardifs, produits par Bogeaus à la RKO - 1% de l'opus dwanien, comme disait Daney -, que je découvre en ce moment grâce à Carlotta), à la fois des monuments de classicisme (de la construction de l’intrigue à la composition des plans, d’une simplicité élémentaire, quasi géométrique, en plus magnifié par la photo de John Alton) et des œuvres incroyablement relâchées (magie de la série B), de par leur respiration, où Dwan semble, finalement, régler la durée des scènes en fonction du plaisir qu'il éprouve à les filmer, comme s’il était libéré de toute contrainte, allant non pas à l’essentiel mais au plus juste...

2 commentaires:

Vincent a dit…

Je viens de terminer la série par "Pearl of the south Pacific". il y a un superbe plan de Virginia Mayo alanguie sur le pont d'un bateau un peu comme Rita Haywoth dans "Lady from Shanghai".
Avec les films de Dwan, je me rends compte que ces relachements, ces contretemps, ces petits détails justes mais inhabituels, c'est aussi ce que je cherchais dans le cinéma de genre italien.

Buster a dit…

Oui, c’est un vrai bonheur tous ces Dwan. Je ne les connaissais pas (sauf Silver Lode). Peut-être y consacrerai-je deux ou trois petites notes avant la fin de l’année. Il me reste encore Passion à voir...