samedi 19 décembre 2009

De zéro à neuf



Ouvriers, paysans de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub (2001). [via CinemaMonAmour]

"Un texte, c'est comme une clairière dans la forêt, il y a beaucoup de chemins pour en sortir. Si on impose une issue, ce n'est plus le texte, c'est un mode d'emploi." (Jean-Marie Straub)

Bon allez, je commence l’inventaire de mes films préférés de la décennie écoulée. J’ai prévu trois listes: films français, films américains, films d’ailleurs. Aujourd'hui, les films français. Evidemment pour ce genre d’exercice, il a fallu trancher. Exit donc Akerman (malgré la Captive) Breillat (malgré A ma sœur! et Une vieille maîtresse), Brisseau (malgré les Savates du bon Dieu et Choses secrètes), Chabrol (malgré Merci pour le chocolat et Bellamy), Depardon (malgré la trilogie Profils paysans), Garrel (malgré les Amants réguliers) et d’autres encore, comme Ameur-Zaïmeche, Belvaux, Carax, Civeyrac, Dietschy, Faucon, Fitoussi, Green, Mazuy, Nolot, Podalydès, Treilhou, Vecchiali...

Par ordre (à peu près) chronologique:

- Eloge de l’amour et Notre musique de Jean-Luc Godard, deux films esthétiquement superbes - de Paris à Sarajevo - qu'on ne peut dissocier, ne serait-ce que musicalement, le premier est plus mélancolique, le second plus lyrique, les deux formant un complément indispensable au grand œuvre godardien des années 90 qu'est Histoire(s) du cinéma. Ici c'est l'amour à quatre temps (la rencontre, la passion physique, la séparation, les retrouvailles), "quelque chose de l'amour", ou bien "l'amour de quelque chose", l'âge adulte qui a besoin d'une histoire pour exister, la guerre d'hier et d'aujourd'hui, mais en temps de paix (le purgatoire), le rôle des images... Du beau, du grand Godard.

- L’Anglaise et le duc d’Eric Rohmer, peut-être le film des années 2000, en tous les cas le plus sidérant (un vrai film de terreur), par ses partis pris historiques (la Révolution française vue à travers le regard d'une aristocrate anglaise) et esthétiques (intégrer les personnages, via l'incrustation numérique, au style pictural de l'époque, les fameuses vedute), ce qui le place, pour moi, légèrement au-dessus de Triple agent et des Amours d’Astrée et de Céladon.

- Ouvriers, paysans - le Retour du fils prodigue - Humiliés, de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, films certes plus italiens que français (on y "chante" Les femmes de Messine de Vittorini), mais peu importe, ce sont des films universels, où l'on ressent plus que jamais, à travers cette histoire d'utopie - une petite communauté créée au lendemain de la guerre dans un village en ruines d'Italie, et dont on suit la naissance, les conflits et la dissolution - en quoi le cinéma straubien est un véritable art du temps. Ici le temps c'est non seulement celui du texte, lu en direct (le présent de l’énonciation), où chaque acteur prend la parole, face au spectateur, c'est non seulement celui de la durée des plans, dans son rapport dialectique à l'espace, c'est non seulement celui qui passe, le temps des saisons et de la nature, notamment de l'hiver, qui distingue politiquement les ouvriers des paysans, c'est aussi le temps des poètes, le seul qui puisse prolonger une fin par une autre fin, sinon un début...

- Du soleil pour les gueux et Ce vieux rêve qui bouge d’Alain Guiraudie, d’abord un "ofni" (objet filmique non identifié), drôle de western aux allures de conte, situé entre ciel et terre, sur une lande d’herbes rases (le causse du Larzac), où une femme et trois hommes, aux noms à "coucher dehors", se poursuivent, arpentant le paysage dans tous les sens, entrant et sortant du cadre, tout en ressassant leurs problèmes existentiels; puis un autre ballet, plus érotique encore, dans une usine désaffectée, où des ouvriers désœuvrés tournent en rond et, pour certains, autour du jeune technicien (homo) venu démonter la dernière machine; deux films pleins de douceur et de gravité (comme disait Guiguet), qui pour nous parler des choses du quotidien - de la lutte des classes au désir amoureux - convoquent un imaginaire d'une incroyable richesse, loin de tout naturalisme. Guiraudie impose d'emblée son univers.

- Mods de Serge Bozon, l’autre grand "ofni" de la décennie, un film totalement inclassable, sur le vivre-ensemble, la cinéphilie, la musique pop (ici le garage américain, à travers ces petites chorégraphies empreintes de maladresse), l'expression, par instants bouleversante, des subterfuges auxquels on recourt pour mieux appréhender le monde (la difficulté en fait qu'il y a à être adulte, comme dans Eloge de l'amour) et non la volonté, arrogante, de se replier hors du monde, ce que viendra confirmer la France, dans un autre registre - celui, walsho-fullérien, du film de guerre itinérant -, faisant de Bozon (avec Guiraudie) l'indiscutable révélation de ces dix dernières années. N'en déplaisent à Positif et tous les bourrins de la critique!

- Saltimbank de Jean-Claude Biette, même si ce n’est pas mon préféré (j’ai une tendresse particulière pour Trois ponts sur la rivière, sorti en 1999, donc un poil trop tôt pour être retenu), parce que le film est parfaitement représentatif de l'univers biettien, de par son humour (ah les dialogues, ce plaisir de la langue, même étrangère), son intelligence et sa liberté d’écriture (principe même d’un cinéma imprévisible, animé par un véritable esprit de curiosité - s'aventurer sur les terrains les plus divers, surtout ceux qu’on ne connaît pas, ici le monde de la finance -, qui fait de Biette le cinéaste central d’un certain cinéma, lui totalement excentré, sinon excentrique, entre disons les cinéastes en "a" que sont Arrieta et Zucca, et ceux en "on" que sont Léon et Bozon). Et puis il y a une autre raison qui me fait retenir le film: son curieux jeu de correspondances, via le théâtre, avec le cinéma de Rivette - qui assimile "théâtre de la vie" et "vie du théâtre" -, comme s’il répondait, à travers aussi le choix de l’actrice, à Va savoir avant que 36 vues... ne lui réponde à son tour, six ans plus tard, via cette fois l’image du clown, donnant ainsi au film une résonnance encore plus forte.

- El cantor de Joseph Morder, un sommet de drôlerie tragique, combinaison magique d’épure formelle (quand on voit Le Havre c'est qu'il va pleuvoir...) et de divagation narrative (... quand on ne le voit pas, c'est qu'il pleut déjà). Ou Tati à l'école Diagonale (et non des facteurs).

- Octobre de Pierre Léon, pour le voyage en train (Bruxelles-Moscou), une petite merveille de cinéma improvisé autour de L'Idiot de Dostoïevski: quand le wagon lit... (humour biettien)

- Le Prestige de la mort de Luc Moullet, moins discrépant mais plus émouvant que les Naufragés de la D17.

- 36 vues du Pic Saint-Loup de Jacques Rivette, peut-être le plus beau des Rivette, comme par hasard le plus court, non pas que Rivette ait renoncé à ces fameux suppléments de fiction, tous ces morceaux de vie qui s'ajoutent à la fiction lors d'un tournage et que la plupart des cinéastes suppriment au montage (ce qui lui faisait dire qu'il manque une heure à presque tous les films de Renoir), mais qu'il en fasse le sujet même de son film, à travers le spectacle d'un petit cirque de province, où chaque numéro serait déjà comme un plus-de-fiction, autant dire l'art et la vie confondus (cf. Saltimbank).

29 commentaires:

Anonyme a dit…

Décidément... Biette, Bozon, Léon, Moullet, on n'en sort pas, sans compter que le dernier Rivette est très mauvais.

Resnais, Audiard, Dumont, Desplechin, c'est quand même autre chose.

Est-ce que ça veut dire que je suis un bourrin ?

Buster a dit…

Pas un bourrin, un âne "Onyme"!

Pierre Léon a dit…

merci, Buster, je suis flatté, même si je trouve que vous surestimez "Octobre" ("l'Adolescent" est je crois plus extravagant et inconscient, sauf que personne ne l'a vu, bien sûr), mais ce n'est pas ça qui m'amène. C'est votre ami, ou amie irlandaise (Anne O'Nyme). "Biette, Bozon, Léon, Moullet, on n'en sort pas" — j'ignorais jusqu'à aujourd'hui que nos films occupaient autant l'espace public. Mais c'est vrai : laissons la chance à ces inconnus que sont Audiard, Dumont et Desplechin. Resnais, c'est qui ?

Buster a dit…

Je crois que l’Onyme en question faisait plus référence à mon blog où je parle en effet souvent de Biette, Bozon, Moullet et vous qu’à l’espace public... Maintenant je ne comprends pas pourquoi l’animal continue de lire ce blog si ce que j’y écris le défrise à ce point.

Sinon, "l'Adolescent" je ne l’ai jamais vu (j’ai raté l’intégrale au Jeu de Paume il y a deux ou trois ans), mais j’ai lu dans la Lettre le beau texte qu’avait écrit Bozon sur le film (je remets une couche pour ce cher anonyme).
De vos films que j’ai vus c’est peut-être "Li per li" que je préfère, pourtant dans "Octobre", il se passe quelque chose d’assez unique dans la relation entre les trois personnages, qui va au-delà de la simple complicité ou amitié entre acteurs, du fait peut-être de l’exiguïté du compartiment (un des enjeux du film, je suppose), de ce qui s’y dit, des regards, des silences aussi, mais surtout par l’équilibre atteint (grâce au montage?) entre la part improvisée du film et celle, disons, librement dirigée, bref un truc pas facile à expliquer, mais qui crée un réel bien-être, surtout si comme moi on aime les trains couchettes...

PS. Resnais c’est un petit jeune qui monte, plein de fantaisie, le grand cinéaste de demain.

FG a dit…

Je trouve enfin quelqu'un qui partage ma sympathie pour Les trois points sur la rivière !

Ed(isdead) a dit…

Si le commentaire de l'anonyme ci-dessus est discutable dans la forme, ce qui le motive ne me semble pas dénué de pertinence (et vous l'avez après tout bien cherché en traitant de bourrins tous ceux qui (comme moi) n'ont pas eu l'intelligence suprême d'apprécier Mods).
Ce qui frappe, dans votre liste, c'est, malgré sa longueur, son caractère exclusif. Il n'y aurait donc à sauver de la décennie que des films économiquement fragiles, expérimentaux et/ou distanciés.
Aucun exemple venant d'un cinéma d'auteur, au sens plus large et plus populaire (plus ambitieux ?), n'est donc admis ici.
La chose en soi n'est bien sûr nullement condamnable (et la relative rareté de nos goûts communs ne m'empêche pas de trouver régulièrement un intérêt à vous lire...). Mais ce qui m'étonne souvent, c'est le fossé qui se voit creusé entre la façon de voir les films d'aujourd'hui et ceux d'hier. On en revient toujours au classicisme de Ford, au métier de Renoir et Becker, aux étonnants succès d'Hitchcock, on loue les petites merveilles de Dwan et, parallèlement, seul un tout petit pan du cinéma contemporain est reçu avec ferveur. Alors quoi ? Un vrai cinéma classique et populaire n'est plus concevable aujourd'hui ?
Ou bien y avait-il dans ces "produits" géniaux des années 50 une innocence disparue ou une poésie nichée dans les interstices du commerce (cette dernière hypothèse impliquerait que la défense de ces films se ferait contre le "grand public", qui les aurait aimé pour de mauvaises raisons...)?

Cordialement (et en attendant la liste des américains, qui me contredira peut-être).

Buster a dit…

Merci Ed, vous me donnez l’occasion de préciser certains points:

- d’abord sur le principe même de liste. C’est un jeu assez puéril mais auquel il est difficile de résister (j’ai parlé d’"âne Onyme", on pourrait me répondre "âne à liste"), et à ce titre il ne faut pas lui accorder trop d’importance. Cela dit je fais la différence entre une liste de films vus dans l’année où l’on met pêle-mêle ceux que l’on a le plus aimés mais pour lesquels on manque cruellement de recul et une liste comme celle des années 2000, où là au contraire les choses ont bougé, ce qui fait que certains films ont perdu de leur éclat avec le temps, alors que d’autres se sont bonifiés. C’est pourquoi il est difficile de proposer une liste objective sauf si on ne retient que les films aimés d’emblée et ayant résisté au temps.

- comme vous le soulignez, aucun de ces films n’a vraiment rencontré de succès, certains même n’ont pratiquement pas été vus... mais je ne vois pas trop par quels films j’aurais pu les remplacer, sinon ceux que je cite en introduction et que j’aime beaucoup d’ailleurs, parce que je n’ai aucune sympathie pour les grands succès critiques et publics de ces dernières années comme, par exemple, Lady Chatterley, Un conte de Noël, la Graine et le mulet, Un prophète, etc..., non pas à cause du succès (nul snobisme de ma part) mais parce que sont des films qui manquent de mystère, tout le temps prévisible (d’où leur succès d’ailleurs tant le public adore les films qui lui donnent raison), où l’on ressent trop souvent les intentions du cinéaste, ce qui pour moi n’a rien à voir avec un "vrai cinéma classique et populaire" (à chercher plutôt du côté de Vecchiali).

- j’ai retenu les films qui débordent le cadre de la réussite esthétique ou critique, des films qui me correspondent, voire me ressemblent, avec leurs qualités et leurs défauts (Straub mis à part), et dès lors il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils relèvent d’une même économie et surtout d’une même approche du cinéma. En fait je souhaitais une forme de cohérence dans la liste, ce qui m’a conduit (parfois inconsciemment) à priviligier certains films à d’autres (je me suis ainsi rendu compte, après coup, que sur les dix cinéastes retenus sept avaient été critiques). Ce que je voulais c’est que tous ces films se répondent un peu...

Buster a dit…

PS. Je ne dis pas que ceux qui n’aiment pas Mods sont des bourrins mais, nuance, que les bourrins ne peuvent pas aimer un film comme Mods.

Vincent a dit…

J'aime bien cette liste, même si j'ai eu une première réction proche de celle de Ed. Mais c'est juste, une liste doit ressembler à celui qui la dresse, mieux, elle est d'autant plus intéressante qu'elle ouvre des pistes. Je suis donc très curieux de découvrir "Saltimbank" (c'est ma fixation sur Jeanne B.).

Buster a dit…

Ah oui, c’est vous que la Balibar rend baba, vous ne serez pas déçu. Elle joue aussi dans "Trois ponts sur la rivière".

Pierre Léon a dit…

Ed, ce n'est pas la forme qui est discutable (enfin humoristique, ce qui devient rare dans la cinéphilie), mais bien le fond de la remarque de A. Il semble, et vous semblez avec lui, considérer comme évident que 1) les films peu vus ne sont pas "éligibles" 2) que quand ils sont peu vus, ils sont "mauvais", comme le Rivette (il suffit d'inverser la phrase de A. — "sans compter que le dernier Rivette est très bon" — et le tour est joué dans l'autre sens).
(je caricature volontairement, ne vous fâchez pas)
Ce qui est intéressant c'est: "Un vrai cinéma classique et populaire n'est plus concevable aujourd'hui ?"
La réponse est non. Et pas du tout pour des raisons nostalgiques, mais purement économiques et historiques. Vous parlez d'une époque où le rapport entre un film et son spectateur était beaucoup plus immédiat, direct, et je comprends parfaitement Hitchcock qui considérait que ses films qui ne marchaient pas étaient ratés. Renoir aussi pensait ça, et Lang. Il n'y avait alors ni télévision, ni publicité, ni université, pour se mettre en travers. Ce rapport a donc radicalement changé. Il n'y a rien à regretter. C'est le fait accompli. C'est pourquoi parler d'auteurs comme on en parlait au début des années 50 me semble déplacé, inopérant, voire étouffant.
Je peux vous dire aussi que je ne connais aucun cinéaste qui ne pense pas que des dizaines de milliers de spectateurs viendront voir son film. Que si je n'aime pas "le Prophète", mettons, ce n'est pas parce qu'il marche bien (ça, je m'en fous), mais parce que je trouve que c'est un film odieux, surjoué, douteux, etc.
Et que les listes qui répètent toutes les mêmes films sont tout aussi exclusives. C'est pourquoi j'appelle à un moratoire international sur les listes.

Ed(isdead) a dit…

Buster, je suis assez heureux de vous avoir permis d'apporter ces précisions bienvenues.

- Je serai bien le dernier à critiquer votre manie des listes puisque je la partage allègrement et que je suis même en train d'essayer de faire un bilan des listes "décennales" publiées ces jours-ci sur les blogs cinéphiles. Mais une idée intéressante, à débattre lors du moratoire demandé par Pierre Léon, serait d'imposer que chaque liste soit accompagnée d'un préambule précisant sur elle reprend des films marquants ou les meilleurs films ou des films qui nous ressemblent ou des films qui résistent au temps ou des films qui restent le mieux en mémoire etc...

- La "prévisibilité" d'un film est vraiment un critère subjectif, dépendant beaucoup du passé cinéphilique de celui qui le regarde. Bien des films me semblent à moi aussi prévisibles, et en même temps, je me demande parfois si, au bout d'une bonne vingtaine d'année à se gaver d'images et de récits, je n'en suis pas trop "encombré" en face de certaines œuvres certes tracées à gros traits mais estimables.

- Effectivement, si vous avez cherché cette cohérence, cela explique tout.

En réponse à Pierre Léon :
J'espère bien que (un peu comme nous tous, dès qu'il s'agit d'écrire un commentaire) vous me repoussez délibérément beaucoup plus loin que je ne souhaite aller, afin de mieux éclaircir votre propos.
Ai-je vraiment besoin de préciser que je ne considère aucunement que les films peu vus n'ont pas leur place dans ces listes (et que j'admire plusieurs des noms cités ici) ? Je m'étonnais uniquement de l'absence totale de titre "à succès". La réponse de Buster (qui a donc "ostensiblement" relegué sur le banc des remplaçants les films plus "porteurs" de Chabrol, Depardon ou Belvaux) concernant sa recherche de cohérence m'a éclairé sur ce point.
Et puisque nous sommes dans le retournement excessif, je peux vous dire que personnellement, je ne renoncerai pas à mettre du Lynch, du Van Sant ou du Wong Kar-wai dans ma liste sous prétexte qu'ils vont se retrouver aussi chez de nombreux autres.

Pierre Léon a dit…

Nous nous sommes compris,Ed.

Griffe a dit…

"...son curieux jeu de correspondances, via le théâtre, avec le cinéma de Rivette..." Curieuses, aussi, quelque part dans l'entretien qu'il a donné à "La Lettre du cinéma", les piques que Biette lance contre les films de Rivette, dont il dit qu'ils ont l'air - certains d'entre eux, du moins - d'avoir été faits simplement pour faire un film, et pas pour je ne sais quelle raison autre et supérieure... Je n'ai pas oublié cette critique que je continue de trouver très bête, surtout connaissant les films de Biette : je les trouve infiniment plus gratuits et autocentrés que les Rivette les plus aveugles et improvisés.

Buster a dit…

Hum... je ne me souviens pas de ce passage, il faudrait que je le relise et le replace dans son contexte... en tous les cas dire des films de Biette qu'ils sont "gratuits et autocentrés" me paraît tout aussi gratuit et plutôt à côté de la plaque... (impossible de répondre plus longuement, car loin de la civilisation en ce moment, le cybercafé où je me trouve est plus café que cyber, peut-être à mon retour)

Griffe a dit…

Ce n'est pas une affirmation gratuite de ma part, mais d'accord pour attendre votre retour... D'autant que je m'en vais aussi quelque temps. Bien à vous.

Buster a dit…

OK Griffe, ça vous laisse du temps pour acérer vos... griffes ;-)

Anonyme (un autre) a dit…

Pourtant Resnais, Dumont, Audiard, Depleschin, c'est pas si prévisible que ça, surtout Resnais.

Buster a dit…

Oui, Anonyme n°2, si on entend par "prévisible" ce qui se passe au niveau du récit, mais ce n’est pas de ça dont je parle.
Bon, comme j’ai un peu de temps et que la connexion a l’air de tenir, j’essaie de développer...
Si Desplechin est prévisible c’est parce que ses histoires de famille lourdement tarabiscotées le sont, on est toujours dans la haine, la rancoeur, le morbide...,ce qui en soi n’est pas condamnable sauf que chez Desplechin ça ne rime à rien, tout cet étalage d’animosités et de névroses n’est là que pour satisfaire les obsessions de l’auteur (et ses prétentions auteuristes), on ne ressent pas, comment dire... de loi plus secrète, autre que celle du scénario, qui structurerait en profondeur le film(selon le même principe de l’enchevêtrement) et lui donnerait une vraie puissance fictionnelle, c’est du bergmanisme mal digéré et pour le coup très déplaisant, voire antipathique.
Si Audiard est prévisible c’est parce que ses histoires de mâles couillus le sont, c’est toujours la même fascination nauséeuse, la même complaisance vis-à-vis de la violence, renforcée par son aspect hyperréaliste -la vie carcérale et les QHS comme si vous y étiez- qui non seulement interdit toute distanciation mais surtout ne sert qu’à masquer la médiocrité du propos.
S

Buster a dit…

je continue...
Si Dumont est prévisible c’est parce que ses histoires de quête mystique le sont, faute d’y croire vraiment, ça reste toujours très pensé quoi qu’il en dise, sa représentation du monde est trop schématique,ce qui fait que ça ne "communique" pas entre le terrestre et le spirituel, ça n’atteint pas, ou alors trop rarement, la puissance d’incarnation qu’on est en droit d’attendre, à la différence par exemple d’un Brisseau.
Et si Resnais est prévisible, c’est tout simplement parce que son imaginaire l’est, c’est toujours les mêmes emboîtements scénaristiques, la même imagerie vieillotte, tout juste ripolinée...

Pierre Léon a dit…

Griffe, votre remarque m'étonne. Par la faiblesse de son argument. J'y sens davantage une défense aveugle qu'un examen de positions. J'ai relu les propos que vous "incriminez", oui, "incriminez", parce que vous faites dire à JCB ce qu'il n'a pas dit. Et que dit-il ? (il faudrait reproduire tout l'échange, et ce serait un peu abuser de la maison de Buster, surtout en son absence !) simplement que les films de Rivette qu'il préfère sont ceux où la mise en scène est plus un moyen qu'une fin. Je n'appelle pas ça une pique, juste une opinion, pas plus horrible ou bête que celle qui qualifie "les films de Biette infiniment plus gratuits et autocentrés que les Rivette les plus aveugles et improvisés". Par ailleurs, je ne suis pas certain que jouer les films d'un cinéaste contre ses propos soit une partie très excitante, d'autant que, la plupart du temps, ledit cinéaste s'en charge très bien tout seul.
Voilà, je voulais juste vous faire part de mon étonnement — vous parlez moins court, d'habitude, et peut-être aimez-vous trop Rivette ? :)

Buster a dit…

Griffe a promis de s'expliquer à son retour... attendons un peu.
Sinon je n'ai pas retrouvé l'entretien en question, je pense que c'est dans le n°8 de la Lettre (avec les Straub en couverture) mais impossible de mettre la main dessus.

Griffe a dit…

Je vais devoir faire court à nouveau, pour de mauvaises raisons (je manque de temps) et pour la bonne raison que je n’ai pas revu récemment les films de Biette qui me font parler de gratuité (« Le Théâtre des matières » et « Trois ponts sur la rivière »). Contrairement à vous deux et à Skorecki, je n’ai jamais été biettien (vague souvenir de films tristement laborieux, et de mon irritation à la lecture de l’interminable entretien de JCB deux fans complaisants). Je suis exagérément rivettien, c’est certain. Quand on aime, c’est toujours exagérément (je crois que vous aimez Biette) et je veux bien penser qu’il y a moins de méchanceté dans les propos de Biette que dans mon souvenir. Bien à vous.

Buster a dit…

Ah oui, en effet, c'est court...

Pierre Léon a dit…

C'est bien ce que je voulais dire, Griffe : il y a plus de méchanceté dans votre souvenir — ça arrive quand on n'aime pas particulièrement quelqu'un. Comme de trouver les interviewers complaisants.
Vous avez lu le bel entretien avec Rivette, dans le même journal, fait par deux fans encore plus complaisants ? Je crois, en tous les cas, que lorsqu'on interroge quelqu'un, c'est sa parole seule qui compte, et parfois les questions, quoique, finalement, je m'en foute.
Quant à aimer exagérément — oui, bien sûr, aimons exagérément, c'est la seule politique possible. (Au fait, je ne suis pas certain que Skorecki aime tant les films de Biette, à part "le Théâtre des Matières", mais bon). Bonne année, Griffe. Et à vous aussi, Buster

Pierre Léon a dit…

Safari m'a pété au nez, donc je ne sais pas si mon commentaire a été enregistré, mais tant pis.
J'avais oublié de dire que je ne trouve pas très bon le texte de Guiguet sur "le Cgampignon des Carpathes" ci-dessus, il donne plutôt envie de s'enfuir.

Buster a dit…

Moi j’aime bien le texte mais... je n’ai pas vu le film (hé hé). Il est possible que Guiguet y exagère la dimension apocalyptique, toujours est-il que ça me donne quand même "terriblement" envie de le découvrir.

Bonne année à vous.

(à ce propos, vous en êtes où de votre film sur Biette?)

Griffe a dit…

Je vous souhaite déjà un bon mois de janvier. Je vois bien l'entretien avec Rivette dont vous parlez, Pierre, mais il me semble qu'il n'y a qu'Hélène Frappat qui l'interroge, et que le sujet du dialogue (la critique) ne permet pas l'étalage d'anecdotes et d'opinions qu'on trouve dans l'autre... Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de film sur Biette, dites-nous ?

Pierre Léon a dit…

C'est ce que je disais : Hélène+Frappat, ça fait deux fans. Il était très bien, d'ailleurs, cet entretien, non ?
Juste un mot encore sur ce qui vous a fâché, Griffe — je ne veux pas faire d'exégèse exagérée (hum), mais je pense que JCB tentait là une critique du macmahonisme pur et dur, ce qui ne m'étonne guère, car Biette était un cinéaste du montage, contrairement à Rivette. Et puis : si n'étale pas ses opinions, dans un entretien, on étale quoi ? du linge ?
Mais c'est idiot que je parle de Biette, mon esprit n'est pas assez froid.
Buster, j'ai fini le tournage. Griffe, c'est un portrait dudit Biette (et aussi de "la génération perdue" dont il fait partie, pour CinéCinéma).