lundi 28 décembre 2009

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Tiens, c’est marrant, j’ai retrouvé (grâce à G.) la liste de mes cinéastes préférés des années 90, établie comme il se doit le 31 décembre 1999. Je vous la livre telle quelle, c’est intéressant (enfin, pour moi), car cela permet de comparer avec celles des années 2000. Ce qui frappe dans cette liste c’est son actualité. Si je la rédigeais aujourd'hui, elle ne serait pas très différente. Il y manque seulement les cinéastes dont je n’avais pas vu les films à l’époque - ainsi les Straub (Sicilia!), Biette (Trois ponts sur la rivière), Arrieta (Merlin), Stillman (Barcelona), Wes Anderson (Rushmore) ou encore Hong Sang-soo (le Jour où le cochon est tombé dans le puits et le Pouvoir de la province de Kangwon)... C'est Skorecki qui, à propos des films qui auraient mal vieilli, rappelle que ce n'est pas le film qui vieillit mais le spectateur. Eh bien, j'ai l'impression de ne pas avoir trop vieilli, et ça c'est plutôt réjouissant...

Dans la liste des années 90, trois cinéastes se détachaient:

- Eric Rohmer (évidemment), pour le cycle des "Contes des quatre saisons" - Conte de printemps, Conte d’hiver, Conte d’été et Conte d’automne - auquel on peut ajouter l’Arbre, le maire et la médiathèque.
- Abbas Kiarostami (certainement le grand cinéaste des années 90), pour Close-up, Et la vie continue, Au travers des oliviers et le Vent nous emportera - j’aime moins le Goût de la cerise.
- Manoel de Oliveira, pour le Jour du désespoir, Val Abraham, Inquiétude et la Lettre.

Puis j'avais noté cinq films que je trouvais, et trouve encore, extraordinaires:

- Le Mirage de Jean-Claude Guiguet
- Journal intime de Nanni Moretti
- La Comédie de Dieu de João César Monteiro
- Goodbye South, goodbye de Hou Hsiao-hsien
- Lost highway de David Lynch

Enfin j'avais dressé la liste des autres films qui m'avaient le plus marqué (généralement, un seul film par cinéaste et par ordre chronologique):

- côté français: J’entends plus la guitare et la Naissance de l’amour de Philippe Garrel, Van Gogh de Maurice Pialat, Céline de Jean-Claude Brisseau, Travolta et moi de Patricia Mazuy, Hélas pour moi de Jean-Luc Godard, Smoking/No smoking d'Alain Resnais (eh oui, celui-là je l'aime bien), Jeanne la Pucelle de Jacques Rivette, la Cérémonie de Claude Chabrol, Dieu seul me voit de Bruno Podalydès... (j'avais aussi noté Un homme à la mer et Du fond du cœur de Jacques Doillon, il faudrait que je les revoie)

- côté américain: Edward aux mains d’argent de Tim Burton, My own private Idaho de Gus Van Sant, Unforgiven de Clint Eastwood, Maris et femmes de Woody Allen, Body snatchers d'Abel Ferrara, Starship troopers de Paul Verhoeven, Jackie Brown de Quentin Tarantino, Vampires de John Carpenter, eXistenZ de David Cronenberg, Eyes wide shut de Stanley Kubrick...

- et pour le reste: Nos années sauvages de Wong Kar-wai, A brighter summer day d'Edward Yang, les Rebelles du dieu néon de Tsai Ming-liang, Agantuk de Satyajit Ray, le Songe de la lumière de Victor Erice, la Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar, Au loin s'en vont les nuages d'Aki Kaurismäki, Breaking the waves de Lars von Trier, Kids return de Takeshi Kitano, Mère et fils d'Alexandre Sokourov... (j'avais également noté le Décalogue de Krzysztof Kieslowski, à cheval entre les années 80 et les années 90, et ajouté dans un deuxième temps En présence d'un clown d'Ingmar Bergman, plus "léger" dans sa forme que le dernier, Saraband, sorti en 2003)

Qu'en est-il aujourd'hui? (sachant que j'ai déjà parlé des films français des années 2000). Si je procède comme il y a dix ans, il me faut d'abord citer les cinéastes qui pour moi ont été les plus décisifs entre 2000 et 2009. Quatre noms me viennent à l'esprit:

- Manoel de Oliveira (Porto de mon enfance, le Principe de l'incertitude, le Miroir magique, Singularités d'une jeune fille blonde...)
- M. Night Shyamalan (The village et The happening)
- Gus Van Sant (Gerry, Elephant et Last days)
- Apichatpong Weerasethakul (Blissfully yours, Tropical malady et Syndromes and a century)

Puis je dois énumérer quelques films, une vingtaine, parmi ceux qui m'ont le plus touché (toujours un par cinéaste, et dans un ordre vaguement chronologique):

- côté américain: Ghosts of Mars de John Carpenter, Minority report de Steven Spielberg (j'aurais pu citer A.I., Arrête-moi si tu peux, la Guerre des mondes ou Munich, autant de films dont aucun n'est totalement réussi mais qui forment un ensemble d'une rare puissance fictionnelle), The brown bunny de Vincent Gallo, Land of the dead de George A. Romero, Spanglish de James L. Brooks, Match point de Woody Allen, The 40 year old virgin de Judd Apatow, Bug de William Friedkin, le Nouveau monde de Terrence Malick, The Darjeeling limited de Wes Anderson, Two lovers de James Gray, Inglourious basterds de Quentin Tarantino... (et Mulholland drive de David Lynch?, euh... oui, enfin non, j'aime bien le film, largement supérieur au suivant, Inland empire, mais en retrait par rapport à Lost highway - on peut d'ailleurs dire la même chose pour A history of violence de David Cronenberg, supérieur à Eastern Promises mais inférieur à des films comme Crash ou eXistenZ)

- côté "reste du monde": Dans la chambre de Vanda de Pedro Costa, De l'eau tiède sous un pont rouge de Shohei Imamura, Millennium mambo de Hou Hsiao-hsien (surtout pour Shu Qi, j'avoue), Parle avec elle de Pedro Almodóvar, Ten d'Abbas Kiarostami, Les Lumières du faubourg d'Aki Kaurismäki (ou l'Homme sans passé, les deux films sont magnifiques), Plaisirs inconnus de Jia Zhang-ke, Va et vient de João César Monteiro, le Soleil d'Alexandre Sokourov, The host de Bong Joon-ho... (et In the mood for love de Wong Kar-wai?, eh bien non, là encore, même si le film est supérieur à 2046, on est loin des grands films des années 90 comme Nos années sauvages ou Chungking express)

Bon, partant de là, est-ce que je peux établir une liste définitive pour les années 2000? Non, évidemment... Mais si devais, à 3h08 du matin, le couteau sous la gorge, donner dix titres, je dirais alors, quitte à me rétracter deux heures après:

- L'Anglaise et le duc d'Eric Rohmer
- Blissfully yours d'Apichatpong Weerasethakul
- Elephant de Gus Van Sant
- The happening de M. Night Shyamalan
- Les Lumières du faubourg d'Aki Kaurismäki
- Porto de mon enfance de Manoel de Oliveira
- Ten d'Abbas Kiarostami
- 36 vues du Pic Saint-Loup de Jacques Rivette
- Two lovers de James Gray
- Va et vient de João César Monteiro

6 commentaires:

Père Delauche a dit…

Euh, le comm d'hier n'a pas dû passer à travers les méandres du Net... j'essaie à nouveau :-]

...

Juste, en passant... A mon humble avis, les grandes "révélations" de la décennie sont :

- Alain Guiraudie
- Serge Bozon
- Pierre Léon
- Matthieu Amalric
- et... Bruno Dumont !

Egalement, comme on ne les cite que rarement, j'en profite :

- Jean-Daniel Pollet (Ceux d'en face)
- Gérard Blain (Ainsi soit-il)

Et sinon, il y a le reste. Ceux qui font ce que j'appelle le "cinéma de compromis"... Les Jacquot
Téchiné, voire Ozon, pour les plus intéressants, malgré tout. Et les autres, plus ou moins malhonnêtes ou faux-jetons : Chéreau, J. Audiard, Kechiche, Honoré...

Et puis, il y a ces grands cinéastes, soit fermés en eux-mêmes - et qui ne m'apportent rien (Resnais, Desplechin, Cavalier...) -, soit plus ouverts, mais tellement consensuels (Ferran, Akerman ; dans une moindre mesure Podalydès, P. Thomas...).

Tous ceux-là, ce n'est pas leur prévisibilité qui me gêne (me gonfle), mais plutôt que c'est toujours gros comme une maison : les effets, les (bonnes) intentions, le vouloir-dire, le pathos, la "cible" (télé-ramasse)... Et, surtout, ils sont toujours à peu près sûrs de continuer leur carrière - parce qu'ils savent "(com)plaire"...

Disons les "duplices" : à la fois "auteurs", et à la fois "commerçants". Consommables, quoi !

Fort heureusement, il y en a quand même quelques autres, sur lesquels on peut compter, même s'ils peuvent décevoir : C. Denis, Garrel, Brisseau, Breillat, Grandrieux, etc...

Allez, bonne fin d'année.

Buster a dit…

Pollet et Blain, oui bien sûr, mais pour moi ce sont des cinéastes des années 70.
Sinon assez d’accord pour le reste, même pour... Dumont, ou encore Claire Denis quoique son auteurisme m’a toujours paru un peu toc (à part peut-être dans "Nénette et Boni"), en fait les films que je préfère de la mère Denis ce sont les films à... vedettes, comme "Trouble every day", ou même "Vendredi soir" (ch’est ben vrai cha!)

Bonne fin d'année Père Delauche

Ed(isdead) a dit…

Comme il fallait s'y attendre, l'arrivée des cinéastes étrangers change la donne et l'impression finale est totalement différente de celle laissée par la note consacrée aux français.

Gray, Van Sant, Kaurismaki, Shyamalan, Almodovar, Allen, Lynch, Anderson, Spielberg, Malick etc... On n'est pas dans l'Internationale des Auteurs, là ?
Il faut donc moduler mon commentaire de l'autre jour : pour certains, un cinéma d'auteur "populaire" n'est possible qu'en dehors de nos frontières... :-)

De la liste "définitive", je retiens avant tout Elephant et Ten et je suis heureux d'y trouver Kaurismaki (comme vous le dites très bien, L'homme sans passé et Les lumières du faubourg sont indissociables, et j'ai moi-même préféré le... premier au deuxième, de très peu).

J'intègrerai d'ici peu votre liste dans mon bilan des blogs (vous serez le premier à y amener du Monteiro, du Oliveira et, quand même!, du Rohmer).

Bonne fin d'année, Buster...

Buster a dit…

Oui l’approche est forcément différente, je ne pouvais ici que citer des films connus ou reconnus puisque, à moins de fréquenter les festivals, les "petits" films étrangers sont quasiment inaccessibles (qui connaît les films d’Arrieta, en dehors de ceux qu’il a tournés en France, lesquels sont déjà très peu connus). Cela dit il y a peut-être une spécificité française...

Bonne fin d'année à vous.

FredMJG a dit…

Claire Denis toc ? tssst tssst tssst
Mais comme Lost highway est effectivement supérieur à Mulholland Drive, et que je lis Romero, Carpenter ou Friedkin et que je ne peux qu'approuver le fait que même si Mortensen est une figure devenue incontournable de l'univers cronenbergien, je continue de préférer ses œuvres antérieures, je ne me fâcherais pas.
Par contre, au détour d'un festival (celui de Paris, je ne suis pas allée très loin) j'ai découvert le travail de Brillante Mendoza qui pour moi reste la révélation (et un choc itou) de cette décennie.
PS. Méfiez-vous par contre du couteau sous la gorge, il peut glisser parfois : "The happening " ?!? ah ah ah bon je remercie Night de m'avoir bien fait rire ;D

Buster a dit…

De Mendoza, pas vu Kinatay, à cause du précédent, Serbis, que j’avais franchement détesté, parce que trop excessivement organique, trop complaisamment trash, bref un film pas du tout pour moi.