dimanche 15 novembre 2009

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En 1964, les Cahiers du cinéma, par l'intermédiaire de Michel Delahaye et Jacques Rivette, s'entretenaient avec Claude Lévi-Strauss. Cet entretien, qui prolongeait ceux réalisés avec Roland Barthes et Pierre Boulez, s'inscrivait dans la nouvelle ligne prônée au début des années 60 par Rivette: ouvrir les Cahiers à d'autres champs de pensée que ceux du cinéma. Le moins qu'on puisse dire est que les propos de Lévi-Strauss ne sont pas vraiment en phase avec le virage moderniste amorcé à l'époque par la revue. En hommage au célèbre ethnologue, qui vient de mourir à l'âge de 100 ans, voici quelques extraits.

Sur Resnais:

[...] Ce qui m'a bouleversé dans Hiroshima, c'est tout autre chose, me semble-t-il, que ce que l'on y a vu, probablement, que ce que Resnais lui-même a voulu y mettre. Une grande épopée lyrique sur le phénomène urbain, un contrepoint pathétique où s'opposent la ville sage: Nevers, et la ville folle, démoniaque: Hiroshima, chacune illustrant un mode historique de la condition humaine, et la seconde, hélas, celui qui commence à être le nôtre, et dont l'horreur est puissamment évoquée. L'anecdote et l'affreux dialogue en reçoivent même une justification imprévue, comme parties intrinsèques de cette monstruosité, tandis que les images, elles, exaltent Nevers.
Marienbad me paraît être un film aux ambitions légitimes, mais dont l'exécution reste très en deçà. Pour traduire le passage entre le présent et le passé, le réel et l'irréel, le vécu et l'imaginaire, on s'est contenté de procédés naïfs: variations d'éclairage, différences dans les décors et les costumes, alors qu'il aurait fallu forger une rhétorique appropriée, comportant toutes sortes de "figures".
Muriel est, techniquement parlant, un chef-d'œuvre de virtuosité (au point de vue du découpage, du montage, des angles). Et pourtant, ce film m'a paru être l'anti-cinéma par excellence. Par d'étranges détours, il reconstitue une sorte de théâtre de boulevard d'avant la guerre: au point que le jeu de Delphine Seyrig rejoint par moments celui de Gaby Morlay, rencontre qui n'est sans doute pas dépourvue de significations.
[...] C'est la solution du type Antonioni: pour démontrer que la vie est assommante on fabrique un film assommant. Il me semble, au contraire, que le film qui prouvera le mieux le manque d'intérêt de l'existence saura le faire d'une manière passionnante. On peut transposer l'argument à Muriel: la peinture de la médiocrité n'exige pas un langage médiocre. Or, dans Muriel, le langage n'est pas seulement médiocre, il est encombrant.

Sur Demy:

[...] [Lola] c'est, pour moi, une réussite totale (non pas opéra sans doute mais conte de fées - note: le cinéma que défend Lévi-Strauss est celui qui adopte le parti du "grand opéra", ce qu'il ne retrouve pas dans le cinéma contemporain, à la différence d'un film comme Picnic de Joshua Logan, c'est-à-dire un cinéma qui soit capable "de montrer la substance des rêves et de la rendre possible"), grâce à Jacques Demy, grâce aussi à la création extraordinaire d'Anouk Aimée: je n'ai jamais vu quelqu'un être son personnage à ce point.
Quant aux Parapluies de Cherbourg, le film est, de bout en bout, très joli à regarder, mais ce jugement recouvre une critique: c'est un film de décorateur, et qu'on sent follement travaillé sous ce rapport. Ce qui m'a paru insupportable dans ce film, c'est - non pas qu'il soit chanté, je reviendrai là-dessus - mais, d'abord, l'indigence de la partition, dont j'entends qu'elle ne se voulait pas mélodieuse, mais qui offense inutilement les règles les plus élémentaires de la prosodie française, et enfin le fait que, malgré que les acteurs soient doublés, les chanteurs qui les remplacent semblent incapables, pour la raison que j'ai dite, de poser leur voix. En revanche, on doit saluer comme une véritable trouvaille le recours à une récitation à demi-chantée qui, contraignant les acteurs à ralentir et à styliser leur jeu, restitue paradoxalement le hiératisme du muet: par ce détour, l'image et le texte sont à nouveau écartés, et le jeu redevient signifiant. Le cinéma n'a certes pas fini d'explorer cette veine, où il trouvera peut-être le moyen de se renouveler.

Sur Rouch:

[...] [le cinéma-vérité] je le connais un peu, puisqu'il s'est développé dans les milieux qui touchent à l'ethnologie. Mais il faut distinguer deux aspects: le documentaire ethnographique mérite seul le nom de cinéma-vérité, et il peut être admirable, si c'est un Rouch qui le fait. Quant au prétendu "cinéma-vérité", tel qu'il se veut, révélateur de notre société, je n'y vois guère qu'une duperie - consciente ou inconsciente - puisque ces films procèdent, en général, de la façon suivante: on commence avec des témoins, on continue avec des complices, et on finit avec des camarades. Or, on a essayé de faire croire tout au long qu'on était demeuré dans la situation du début.
[...] Quelles que soient l'amitié et l'admiration que j'ai pour Rouch, j'avoue que, dans Chronique d'un été, au moment où l'on en est venu à une explication entre deux amants, qui pouvaient difficilement être inconscients de la présence d'une caméra devant leur nez et d'un magnétophone à leurs pieds, on est sorti de la vérité. J'admets le cinéma-vérité, mais au même titre que les carnets de notes de l'ethnologue ou du sociologue travaillant sur le terrain. Seulement, nous ne publions pas nos carnets de notes: ils sont à usage interne.
[...] [Moi un noir et la Pyramide humaine] relèvent du pseudo cinéma-vérité, et fort peu du film ethnographique. J'entends le film ethnographique au sens étroit du terme: le documentaire. Aussi bien Moi un noir que la Pyramide humaine procèdent d'une accommodation de la vérité, d'autant moins tolérable qu'elle se présente sous les apparences de la vérité. S'il s'agissait d'un film de fiction dans lequel on mettrait un peu ou beaucoup de vérité, passe encore. Mais que, dans un film qui prétend à la vérité, on mette ne fût-ce qu'un atome de fiction, cela le discrédite à mes yeux...

Sur Hitchcock:

Presque tous les films d'Hitchcock m'ont plongé dans le ravissement; à l'exception toutefois des Oiseaux. Ce film pose un problème auquel un ethnologue ne peut manquer d'être sensible: celui des rapports de la nature et de la culture. Or, il me semble qu'Hitchcock a commis dans les Oiseaux une faute très grave: les oiseaux, qui représentent la nature, y sont uniquement appréhendés sous l'angle visuel, c'est-à-dire, de tous les sens, le plus intellectuel, le plus socialisé, celui qui est déjà du côté de la culture. Faire un film basé sur les rapports des oiseaux et des hommes, et dans lequel il n'y ait pas de fiente et de puanteur - alors que tout le problème des rapports entre les hommes et les oiseaux est là: nous aurions dû voir une population engluée dans l'ordure - c'est une erreur qui ruine l'entreprise.
[...] [Les oiseaux] ne sont même pas éloquents, par rapport aux véritables oiseaux, pour quelqu'un qui a l'expérience de ces bêtes. Je connais les oiseaux, j'en ai eu, j'ai élevé des perroquets dans le bureau où vous êtes... Les rapports qui s'établissent entre les hommes et les oiseaux sont infiniment plus troublants, plus ambigus aussi, qu'on ne les montre dans le film. Par sa constitution anatomique, l'oiseau est très éloigné de nous; et pourtant, il n'est pas de famille animale avec laquelle s'établisse plus aisément une communication qui demeure angoissante, précisément parce qu'elle parvient presque à surmonter les obstacles physiques qui nous séparent. Cela aussi fait de l'oiseau un animal extraordinairement menaçant, mystérieux, attirant et répugnant en même temps. C'est celui qu'on peut le moins et le mieux comprendre tout à la fois. Or, les bêtes du film sont des oiseaux empaillés, hygiéniques, animés de mouvements mécaniques, sans aucune signification. (note: sur la valeur allégorique du film, Lévi-Strauss précise que l'allégorie ici "perd sa portée, car elle reste visuelle et idéologique")
[...] En toute franchise, je n'aime pas les gens qui pensent "par-dessus le marché". Je n'aime pas les peintres qui font de la philosophie à propos de leur peinture, et je n'aime pas les cinéastes qui font de la philosophie avec leurs films. La philosophie - si elle existe - doit être dans l'agencement des images, dans la manière dont elles se déroulent, et non dans des messages, qu'on nous assène d'ailleurs avec une massue. Cela vaut pour les Oiseaux, pour Godard, et pour Bergman.

Sur Bergman:

[...] [Le Silence] je ne l'ai pas vu, et je ne crois pas que j'irai le voir. Rien ne me crispe autant qu'un film de Bergman, qui se veut le Rembrandt du cinéma.
[...] En fait, j'ai pour ce peintre autant d'admiration et de respect que quiconque, mais il y a tout de même deux espèces de peinture: il y a celle de Rembrandt, il y a celle d'Ingres. Je ne dis pas que la peinture d'Ingres ne contienne pas de messages, mais ces messages sont incarnés dans des couleurs et dans des formes, ils parlent directement un langage plastique. Les messages de Rembrandt ne sont pas dans sa peinture; ils s'ajoutent comme un surplus. On regarde le tableau, et puis on constate qu'il donne à penser... On est invité à se poser des questions sur les mystères de l'âme humaine, et autres choses du même genre.
Je dirais volontiers qu'un bon Hitchcock est un Ingres du cinéma (et de même, sur un autre plan, un film de Losey), tandis que Bergman voudrait être - sans y parvenir d'ailleurs - un Rembrandt du cinéma... (Cahiers du cinéma n°156, juin 1964)

10 commentaires:

'33 a dit…

Je suis sidéré par l'intelligence des ces quelques paragraphes. Je suis d'accord avec pratiquement tout, et j'ignorais que Levi-Strauss s'était exprimé sur le cinéma. Merci beaucoup de les avoir recopié. Je me permets de les citer sur mon blog.

Buster a dit…

Oui, c'est d'une lucidité incroyable... Dommage que cet entretien soit resté sans suite.

Pierre Léon a dit…

Je me souviens très bien de cet entretien et de l'agacement qu'il avait provoqué chez moi. Mon Dieu que l'intelligence est encombrante ! Que l'argument du spécialiste est faible — en toute circonstance — "je connais bien les oiseaux, donc Hitchcock n'a rien compris aux oiseaux", comme si Hitchcock avait fait un film sur les oiseaux ! "Pour démontrer que la vie est assommante on fabrique un film assommant" — on dirait une phrase de chroniqueuse de talk-show ! Antonioni, je m'en fous complètement, mais je prendrai toujours le parti des pauvres diables traînés aux procès de l'ennui. Pourquoi dit-il que "le langage dans Muriel est médiocre" ? C'est ça, une parole de savant ? Et qui lui a dit que Bergman se voulait le Rembrandt du cinéma ? Bergman ? Ou Michel Ciment ? Pardonnez-moi, les amis, mais comme lucidité, je n'y vois que celle d'avoir pressenti la dérive critique de notre époque.

Buster a dit…

Pas d’accord, Lévi-Strauss réagit d’abord en tant que spectateur amoureux d’un certain cinéma. Sa position peut paraître à bien des égards académique (le rapprochement cinéma/opéra, l’opposition Ingres/Rembrandt, pas très convaincante et même prêtant à confusion - je me souviens d’un critique croyant que LS adorait Bergman parce qu’il avait entendu dire que LS considérait Bergman comme le Rembrandt du cinéma!), ses propos péremptoires (c’est le problème des entretiens, et le choix ici des réponses les plus incisives renforce l’aspect catégorique de l’ensemble), mais c’est passionnant. LS ne se contente pas d’affirmer, il essaie de justifier ses goûts (qu’on soit d’accord ou pas, c’est autre chose), avec sa propre culture (on ne peut l’en blâmer). Toujours un peu énervant les spécialistes quand ils se positionnent dans un domaine qui n’est pas le leur, mais il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, et considérer systématiquement comme sans intérêt ou prétentieux ce que disent les non spécialistes du cinéma.
Bon, c’est sûr on est loin de la richesse de l’entretien avec Barthes, mais c’est autrement plus stimulant que ce que disait Boulez, dans un entretien d’une arrogance insupportable. Ce qui est marrant, c’est que des trois, c’est certainement Lévi-Strauss qui aimait le plus le cinéma. Barthes préférait la fixité de la photo et n’allait pas souvent au cinéma, dont il ne s’intéressait que dans le cadre de la sémiologie, à partir de... photogrammes. Quant à Boulez, il le détestait carrément. LS lui, aimait profondément le cinéma, même si c’est surtout le cinéma artisanal (son genre préféré c’était le western), c’est pourquoi il faut lire son entretien comme celui d’un cinéphile averti et non d’un critique et encore moins d’un théoricien.
Ce que je retiens surtout c’est qu’il juge les films un par un, et non à travers l’ensemble d’une oeuvre (à rebours de la politique des auteurs), ce qui lui fait aimer certains films d’un cinéaste et pas d’autres (et s’il n’aime pas Godard ni Bergman, c’est qu’il n’aime aucun de leurs films). Quant aux "Oiseaux", ce qu’il dit, moi ça m’enchante (même si j’adore le film): reprocher à Hitchcock de ne pas avoir mis de fiente dans son film c’est tout aussi savoureux que les délires interprétatifs d’un Douchet.
Et quand je parle de lucidité c'est moins par rapport aux films qu'il examine que par rapport à la doxa de l'époque sur le cinéma contemporain. Ses propos sont moins ceux d'un réactionnaire que ceux d'un spectateur intelligent qui refuse d'être dupe...

Vincent a dit…

Hitchcock aimait parler avec humour de "nos amis les vraisemblants", de ceux qui notent non sans justesse le défaut de fientage dans the birds.
Il y a heureusement un cinéaste qui a tenu compte des remarques de Levi Strauss, c'est Mel Brooks qui, dans High Anxiety en 76 a montré une agression de volatiles qui bombardent lourdement de fiente le costume du héros. Moi, cela m'avait faire rire, mais je suis pas certain que l'équivalent sur Tippi Hedren dans la scène du grenier aurait apporté grand chose.
Il me semble également important de noter que, an aucune façon, on ne voit un humain satisfaire un besoin naturel dans un film de Hitchcock, ce qui rétabli l'équilibre avec les gens à plumes.

Buster a dit…

Vu l’épreuve endurée par la pauvre Tippi Hedren dans le film, je me demande si elle n’aurait pas préféré un peu de fiente aux multiples coups de bec et autres griffures qu’elle reçut...

Sinon cette histoire de fiente, c’est vrai que ça tient pas la route si on y réfléchit deux minutes, et je comprends qu’elle agace Pierre Léon, mais elle offre un point de vue inattendu, qui surprend (Delahaye et Rivette ont dû se marrer quand Lévi-Strauss leur a sorti ça), et c’est vraiment ce qui me plaît, cela donne une tout autre vision du film, ça ouvre aussi des pistes de lecture. Car dans le fond, ce que reproche Lévi-Strauss au film c’est d’être trop dans le "cuit" et pas assez dans le "cru" (on peut dire aussi trop intelligent et pas assez "bête", ou encore trop de QI et pas assez de cuicui...), eh bien moi, ça me met en joie, parce qu’on sort là des sentiers battus, c’est ce qui fait vivre une oeuvre, plus que la répétition des mêmes points de vue (plus pertinents, c’est sûr, mais trop souvent entendus): la relation oedipienne, l’angoisse métaphysique, le mystère de l’univers...

Pierre Léon a dit…

Vraiment, Buster, vous vous en doutez, je me fiche pas mal des relations œdipiennes et des angoisses métaphysiques, et les sentiers cinéphylliques de LS me semblent justement très très battus et rebattus (l'ennui de Bergman et Antonioni, bof) — je me demande plutôt s'il n'était pas particulièrement agacé, dans les Oiseaux, par le personnage de l'ornithologue, dans le bar, dont un plan de dos, inoubliable pour moi (à moins que je ne l'aie oublié et inventé), exprime tout l'effondrement de la certitude et cristallise le tragique de la situation. Quant à la fiente, ce n'est pas ça qui manque dans les rapports entre les personnages, non ? De toute façon, cette série d'entretiens dans les Cahiers était une plutôt mauvaise idée, Barthes n'aimant que le signe et surtout pas le mouvement, et Boulez… grand chez d'orchestre, mais détestant Schubert, alors évidemment… Ce qui m'agace en fait, ce n'est pas qu'on dise des bêtises, je n'en dis ni moins ni plus que les autres, mais, comme le fait remarquer oncle Vania, qu'on "les profère avec emphase". La seule chose que je trouve intéressante, c'est le rapport de Hitchcock avec Ingres, parce que justement je ne vois pas très bien dans quel coin il se niche (à part dans une certaine fascination pour les attitudes précises et précieuses — les Ingres attitudes…

Buster a dit…

Ingres attitudes... ah zut, j’aurais bien aimé le trouver celui-là. Sinon, moi non plus je ne vois pas très bien le rapport entre Hitchcock et Ingres (pas plus qu’entre Bergman et Rembrandt d’ailleurs).
Pour "les Oiseaux", vous avez raison, le personnage de la vieille ornithologue, refusant de croire à l’attaque des oiseaux, qui selon elle sont l’expression de la beauté et ne peuvent être agressifs, est une image de la science et du rationalisme qui devait faire écho à Lévi-Strauss. Et le plan que vous citez existe bien, il est sublime, on voit le personnage après l’accident de la pompe à essence, seul au milieu des autres, assis et de dos, exprimant là tout son désarroi.
Juste une remarque. Dire aujourd’hui qu’Antonioni c’est ennuyeux, c’est très convenu en effet (donc ennuyeux), mais à l’époque? A part Lourcelles, qui dénonçait la componction glaciale du cinéaste, et plus généralement les mac-mahoniens, ils n'étaient pas si nombreux les détracteurs d'Antonioni.

Ludo a dit…

A propos de l’oeuvre de Resnais, Lourcelles aimait citer Scutenaire : "Ceux qui sont contre sont aussi ennuyeux que ceux qui sont pour et que ceux qui s’en foutent."

Buster a dit…

Parfait, ce sera le mot de la fin.

Euh non, juste une précision. Je n’assimile pas Lévi-Strauss à Lourcelles, bien évidemment. Probable d’ailleurs qu’il n’en ait jamais entendu parler. Si comme lui, il considère Antonioni comme ennuyeux, ce n’est pas parce qu’il rejoint la position d’une petite chapelle de critiques cinéphiles, mais tout simplement parce qu’il épouse la position de la majorité du public. Donc rien d’original, il faut inscrire cette position dans l’horizon d’attente qui caractérise la réception d’une oeuvre (appliquer les théories de Jauss au cinéma serait intéressant). Ce qui est plus original, c’est ce qu’il dit pour justifier sa position. D’accord, c’est un peu emphatique (quoique je me suis aperçu que ses propos, il les avait relus et plus ou moins récrits, ce qui explique peut-être le côté pompeux), brillant par moments, bêbête à d’autres, mais toujours intéressant. Et s’il anticipe en quelque sorte l’évolution actuelle de la critique (comme le dit Pierre Léon), marquée par une certaine confusion entre le travail du critique et le jugement du spectateur, ça ne me gêne pas dans la mesure où je préfère quand même un spectateur (intellectuel ou non) qui s’exerce (même maladroitement) au discours critique, que l’inverse: un critique qui réduit son discours à des considérations impressionnistes comme n’importe quel spectateur (avec juste le vernis d'érudition en plus).