samedi 3 octobre 2009

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Je lis depuis quelques jours les réactions suscitées à droite et à gauche (surtout à droite) par l'arrestation de Polanski, et le moins qu'on puisse dire est que ce n'est pas très joli.
Je ne parle pas de la réaction des artistes, exigeant la libération immédiate du cinéaste, sous prétexte que l'arrestation relevait du traquenard policier, que cette histoire de viol c'est du passé et que la victime elle-même souhaite qu'on arrête les poursuites, réaction corporatiste et bien française, mais qu'on retrouve dans n'importe quel milieu.
Je ne parle pas de la réaction des deux paons sarkozystes, les inénarrables Mittner et Koucherrand, dénonçant l'effroyable acharnement dont ferait preuve la justice américaine, réaction précipitée et plutôt maladroite, mais dont la classe politique nous a habitué.
Je ne parle même pas de la réaction de l'opinion, bien chauffée par celles qui précèdent, s'indignant que l'on défende un type qui a violé une gamine de treize ans, arguant qu'un tel crime ne pouvait rester impuni, même trente ans après, et que la justice devait être la même pour tout le monde, réaction trop épidermique pour qu'on y accorde un quelconque crédit.
Non je parle des autres réactions, celles qu'on peut lire ici ou là sur certains blogs, réactions beaucoup plus violentes, où transpire, derrière tout un fatras de considérations juridiques (mais qui ne trompent personne), la haine la plus nauséeuse, où se dévoile, à travers les amalgames faciles, la bêtise la plus crasse, renvoyant au discours poujadiste du "tous pourris", voire, dans le pire des cas, aux sales petits pamphlets de la presse collabo...

15 commentaires:

Joachim a dit…

Mais à qui, à quel(s) texte(s) faites-vous allusion ? Satané implicite !

Buster a dit…

Pour n’en citer qu’un, parce que les autres je les ai découverts au fur et à mesure et que je les ai déjà oubliés, je dirais le blog de maître Eolas, l’avocat, dont j’appréciais autrefois certaines prises de positions, mais que je trouve un peu trop arrogant aujourd’hui. Et puis dès que ça touche aux moeurs, il y a ce côté vieille France, très catho, qui ressort chez lui, son discours devient moralisateur et franchement malsain. Dans l’affaire Polanski, il dénonce les artistes qui défendent le cinéaste, mais bon, celui qu'il pourfend c’est surtout Polanski le monstre, il se fait le procureur, exige qu’il soit traduit en justice, et ce avec d’autant plus de hargne qu’il sait son blog hypermédiatique (plus de 400 commentaires dont la plupart favorables). Quant au couplet sur les ado qui, aux yeux des artistes pro-Hadopi, ne seraient bons qu’à payer les téléchargements ou bien se faire abuser sexuellement, merci pour le raccourci.

Vincent a dit…

Complètement d'accord, même si le texte d'Eolas n'est pas ce que j'ai lu de pire (les commentaires, c'est souvent là que ça se lache). Je n'ai pas osé la comparaison avec la presse collabo, mais je l'ai pensé très fort quand, par exemple, je lis des mots comme "cosmopolite" (à propos de Mitterrand) et autres joyeusetés sur l'internationale des artistes tous pourris. Il y a aussi le communiqué du FN qui est une synthèse.

Buster a dit…

C'est sûr, il y a pire qu'Eolas. Si je l'ai pris comme exemple c'est à cause de sa notoriété et surtout parce qu'ici l'appel à la vindicte publique se confond avec le point de vue technique du juriste. Sous couvert de vouloir faire appliquer la loi, on fait passer ses affects. C’est plus mesquin... Et puis comme la loi, il la connaît sur le bout des doigts, cela crée, par une sorte de (faux) syllogisme, une impression de vérité. Du style: ce que je dis sur le plan juridique est vrai, l’affaire Polanski est uniquement un problème de justice, donc tout ce que je dis sur l’affaire Polanski est vrai...

Sébastien a dit…

Mais enfin Buster, tous ces artistes embourgeoisés qui crient au scandale parce qu’on veut simplement faire appliquer la loi à un des leurs, vous ne trouvez pas ça indécent ?

Buster a dit…

Que les artistes se mobilisent pour "sauver" l’un des leurs, ça peut paraître indécent voire choquant, mais c’est dans la logique des choses. Le contraire l’aurait été beaucoup plus. Car qu’est-ce qu’on aurait dit si personne ne s’était manifesté? On aurait stigmatisé la lâcheté du monde artistique, laissant tomber Polanski maintenant qu’il est rattrapé par la justice. Et le pire est que ce sont les mêmes, ceux qui aujourd’hui s’indignent qu’on défende Polanski, qui dans le cas contraire auraient trouvé révoltant qu’on ne le défende pas, puisqu'il s'agit d'abord de s’en prendre aux artistes, surtout les riches, et ce quoi qu’ils fassent. On peut les mépriser (c’est un autre débat) mais pas leur reprocher de vouloir défendre l’un des leurs.

Sébastien a dit…

Admettons, mais le corporatisme a ses limites. Polanski, il s'est quand même conduit comme le dernier des salopards. Violer une gamine puis fuir la justice, c'est pas très joli non plus, même si c'était il y a plus de 30 ans, à une époque qui prédisposait à ce genre de dérives - les seventies, Hollywood, sex and drugs, etc.

SR a dit…

Entre se manifester à titre personnel et manifester un soutien de corps, il y a une marge gravement franchie. La pétition au nom du monde du cinéma ou la prise de parole d'un ministre d'Etat, ce n'est pas comme s'émouvoir en son nom propre et c'est loin d'être anodin.
La honte, comme les ados disent.
Vous dites « je ne parle pas de » sans, dans cependant la même « logique des choses » que vous dites aussi, observer que les saloperies plus ou moins rampantes dont vous voulez alors bien parler sont la conséquence directe de ça, ce dont vous ne parlez pas.
Donc autant en parler aussi, hein, de la connerie crasse des petits valets de l'Art et de l'Etat (et de l'Art d'Etat pour tout dire). Ils sont tellement à l'ouest du donjon qu'ils ne réalisent pas une seconde que la nausée subséquente de la fosse c'est leur écœurant aplomb dans l'impunité qui l'a provoqué.
En tout cas merci au moins d'aborder le sujet, enfin, les blogs cinéphiles sont bizarrement silencieux (sauf celui de Sébastien) depuis une semaine.

M. a dit…

"Ce qui me scandalise davantage encore, c’est l’arrestation d’un cinéaste, d’un artiste, se rendant à un festival, c’est-à-dire à une manifestation culturelle. Si la Suisse n’est plus un pays neutre, le cinéma, lui, a toujours été un pays libre, où les hommes et les femmes, les artistes de tous les pays ont l’habitude de circuler librement. Si ce n’est plus le cas, c’est à désespérer du cinéma. Cette arrestation de Roman Polanski est une défaite de la liberté. En ce sens, elle est tout à fait scandaleuse. Il faut se mobiliser et exiger la libération immédiate du cinéaste désormais menacé d’extradition, ce qui serait lourd de conséquence pour lui."

Non mais quel crétin ce Toubiana... Peut-on être plus idiot et plus niais? Je vous conseille aussi d'aller faire un tour du côté des commentaires (où on trouve des noms "célèbres"), y en a quelques uns qui sont gratinés.

A part ça, d'accord avec SR.

Buster a dit…

Bonjour Sandrine,
Je comprends votre colère, elle ne me surprend pas, comme ne m'a pas surpris la réaction des artistes et de certains politiques.
Quand je parle de logique des choses, c'est de ça qu'il s'agit, toutes ces réactions et contre-réactions (puisque c'est vrai que les secondes ont largement été favorisées par les premières) étaient prévisibles, sauf que je ne m'attendais pas à ce que cela prenne une telle ampleur, que cela devienne si violent et haineux.
Quand je dis que je ne parle pas de certaines réactions, c'est une façon de parler, justement, j'en parle quand même, mais de façon seulement ironique parce qu'elles ne m'ont pas scandalisé plus que ça, j'y ai vu davantage de ridicule que d'abjection.
Que voulez-vous, c'est mon côté blasé... c'est pas bien, je sais, mais je suis devenu plus sensible à la façon dont on réagit que ce pourquoi on réagit (dans certaines limites évidemment).

Buster a dit…

M., sur Toubiana on est parfaitement d'accord, c'est pourquoi dans ma réponse à SR je parle de ridicule plus que d'abjection.

Laurence a dit…

De toute façon, maintenant il y a une sorte de réflexe pavlovien à propos de Toubiana et de Mitterrand. Dès qu'ils ouvrent bouche, tout le monde leur tombe dessus, alors quand ils parlent àl'unisson , vous imaginez le tollé.
Sinon, il est quand même curieux que ceux qui aujourd'hui réclament haut et fort que Polanski réponde de ses actes, on ne les ait pas entendu en début d'année quand le est sorti le film Wanted &Desired, qui pourtant traitait de l'affaire.
Dernière chose. Même si c'est à l'occasion d'un festival et non chez lui qu'il a été arrêté, je ne comprends pas pourquoi Polanski vivait en Suisse où il risquait à tout moment d' être arrêté et extradé et non en France où il bénéficiait d'une forme d'immunité?

Buster a dit…

Sur le dernier point, la réponse est simple: l'avantage de payer moins d'impôts l'emportait sur le risque d'être arrêté...

Paul Romanski a dit…

SR a raison, on peut comme vous le faites dénoncer les réactions haineuses et violentes de certains, mais il ne faut pas oublier que celles-ci sont légitimées par le comportement, que vous trouvez seulement ridicule, non c'est bien abject qu'il faut dire, du milieu artistico-politique.

Buster a dit…

Merci pour la piqûre de rappel, j’avais pas bien compris.

Juste une précision: ceux que je fustige ce ne sont pas ceux qui expriment leur dégoût devant ce qu’ils jugent être une position indigne des artistes et de certains politiques (même si, je le répète, pour moi ça n’a rien de révoltant), mais ceux qui, sous prétexte que la loi doit être la même pour tous (les riches comme les pauvres, les célébrités comme les anonymes, on connaît la chanson), en profitent pour nous déverser, soit leur haine atavique de tout ce qui pue le fric et le pouvoir, soit (ce ne sont pas les mêmes, là on est plutôt chez les bien-pensants, voire les fascisants) leurs petits couplets moralisateurs à propos de Polanski.