dimanche 2 août 2009

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Vu Captain Carey, USA de Mitchell Leisen (1950) sur Cinécinéma Classic. Rien de tel pour se rabibocher avec le cinéma quand on a été malmené, comme moi ces derniers temps, par des films sur-écrits, que ce soit sur le plan visuel (Public enemies de Michael Mann) ou scénaristique (Whatever works de Woody Allen). Leisen reste surtout connu pour ses comédies sophistiquées et loufoques, telles Easy living, Midnight ou Arise my love, même si on peut préférer ses films moins "brillants", ceux, non écrits par Preston Sturges ou Billy Wilder, qui échappent à l’image classique de l’esthète raffiné et cultivé, du "grand couturier" pour reprendre l’expression des Cahiers, ou encore du woman’s director, une sorte de Cukor mais plus moderne, chez qui les femmes seraient plus libres (je pense à Ginger Rogers dans Lady in the dark et surtout Joan Fontaine dans Frenchman’s creek), encore que je n’ai jamais été totalement convaincu par la thèse de son principal exégète (Chierichetti), selon laquelle le rôle des hommes et des femmes dans ses films serait inversé, traduction pour certains de sa propre "inversion", comme on disait autrefois de l’homosexualité. A ce titre, son meilleur film est certainement To each is own, avec Olivia de Havilland, un des plus beaux mélos de l’histoire du cinéma, préfigurant les films de Lupino et les derniers Sirk (le finale y est absolument sublime).
Mais j’ai aussi un faible pour les films mineurs des grands cinéastes, ces films que, faute d’un scénario passionnant et d’un budget conséquent, ils sont amenés à bricoler, à composer avec les moyens du bord pour en sortir quelque chose, malgré tout. Souvent l’art du cinéaste s’y trouve dévoilé à l’état brut, sans l'apparat du grand film de studio, et parfois c’est bouleversant. Ainsi Captain Carey, USA, film d’une incroyable élégance malgré le côté cheap, très série B, de la réalisation (ah, les transparences!). Ça se passe dans un village du nord de l’Italie, après la guerre. Un ancien agent de l’OSS (Alan Ladd - une règle imparable avec Ladd: quand l’acteur semble plus grand qu’il n’était en réalité sans que le film abuse des plans américains ou rapprochés, permettant de tricher sur sa taille, c’est que celui-ci est généralement réussi), retourne sur les lieux pour retrouver le traître qui, pendant la guerre, a dénoncé son réseau aux Allemands et provoqué, du moins le croit-il, la mort de celle qu’il aimait, une jeune résistante italienne (Wanda Hendrix qui venait de vivre une expérience douloureuse avec Audie Murphy - même taille qu’Alan Ladd! -, le héros américain qui cauchemardait la guerre), et aussi, l’apprend-il sur place, la mort par représailles de vingt-sept villageois. Par son thème et le mouvement qu’il confère - un couple à la recherche d’un criminel et, en même temps, poursuivi par la police - le film n’est pas sans évoquer le Hitchcock des années 30 (coïncidence, on y entend la chanson "Mona Lisa" que l’on retrouvera dans Fenêtre sur cour, et celui qui l’a écrit est aussi le co-auteur du célèbre "Whatever will be"/"Que sera, sera" que chante Doris Day dans l’Homme qui en savait trop). Mais ce qui fait le charme du film, je l’ai dit, c’est surtout d’y retrouver, comme en miniature et totalement dépouillé, débarrassé de la surenchère décorative qui alourdissait certains films précédents, cette espèce de fluidité sereine qui caractérise l’art de Leisen. Tout ici s’enchaîne avec une légèreté d’autant plus étonnante que les éléments (narratifs, esthétiques...) y sont assez hétérogènes, entre l’intrigue policière et l’histoire d’amour, la gravité des héros et l’excentricité des personnages secondaires (mention à Luis Alberni qui joue l’aubergiste), la représentation très néoréaliste du village et celle plus hollywoodienne du palais Cresci sur son île (c’est au départ un tableau qui sert de macguffin au film). Au milieu de tout ça, la séquence à Milan renoue avec le meilleur de la screwball comedy et peut être considérée comme un clin d’œil ironique (et un brin nostalgique) de Leisen à ses années fastes à la Paramount. On y voit Ladd contraint d’acheter n’importe quoi aux suspects qu'il est venu interroger, des commerçants apparemment, et ainsi ramener un landau (heureusement vide, c’est dans le dialogue), qu'il plie et balance dans le coffre de sa voiture, alors qu'un cor de chasse trône déjà à l'arrière et que Wanda Hendrix, assise à l'avant, porte un ridicule chapeau à fleurs, acquis lui aussi pour le bien de l'enquête. Jouissif...

8 commentaires:

'33 a dit…

tout cela donne envie

Buster a dit…

oui, c'est un vrai petit bijou, un film rare que j'avais raté lors
de la rétro Leisen l'automne dernier. Il faut absolument le voir.

le club des filles a dit…

Il mesurait combien Alan Ladd?

Buster a dit…

5 pieds 5 pouces, c'est pas haut, ça fait 1m65.

le club des filles a dit…

et Audie Murphy, pareil?

Buster a dit…

Pareil. (pff... et en plus, je réponds)

le club des filles a dit…

Merci Buster

Anonyme a dit…

Dans "Electric Glide in Blue", le héros Robert Blake (1m63) raconte qu'Alan Ladd était si petit qu'on mettait sa partenaire dans une tranchée pour qu'il l'embrasse.