lundi 15 juin 2009

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Vu les Beaux gosses de Riad Sattouf. C'est drôle, hilarant, poilant (normal quand on s’appelle Sattouf, hum...), plus encore: nature, printanier (ça bourgeonne de partout), caricatural (au sens premier du mot, qui s’oppose à la beauté comme critère esthétique, il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’à Chronic’art qui cultive l’anti-beau - cf. les couv', plus laides les unes que les autres - ils adorent le film). Donc c'est moche, et surtout crade, ce qui est aussi la limite du film. D’accord, l’adolescence c’est "ça", les pulsions qu’on ne maîtrise pas (on se masturbe dans une chaussette, en feuilletant le catalogue de la Redoute ou en visionnant le site Mamanchaudasse.com), le corps qui se transforme, qu’on ne reconnaît plus et qu’on désinvestit (on se lave pas beaucoup - sauf les dents, rapport aux appareils -, on porte toujours les mêmes fringues, etc.), mais là, c’est un peu trop marqué, il y a dans ce film de collège (et donc de puceaux travaillés par la chose) un côté beurk qui dépasse la question de la sexualité et, plus généralement, cette espèce de sous-hygiène "propre" à l’adolescence. Une fois sur deux, l’effet comique repose sur des détails pas très ragoûtants. Ce n’est pas que c’est faux, c’est juste que leur accumulation finit par donner au film un petit côté Crados (vous vous souvenez, ces cartes que collectionnaient les enfants au début des années 90) qui moi, personnellement, m'a un peu gêné.
Certes, c’est sa propre adolescence que l'auteur revisite, adolescence vécue au bas de l’échelle (le blaireau boutonneux), ce qu’il avait déjà "exorcisé" dans ses bandes dessinées. Sauf que justement, cette dimension de "caricature", qui sied parfaitement au dessin et à l'esthétique bédé, prend au cinéma - art réaliste s'il en est - une tournure tout de suite plus "caricaturale", au sens non pas cette fois de ce qui accentue la réalité, mais de ce qui la déforme en l'accentuant excessivement. Sattouf dit qu'il a filmé "à hauteur d'adolescent" (manière de dire qu'il a fait un teen movie hawksien?) ou encore qu'il a abandonné en cours de route le storyboard (trop proche de la vignette) pour se laisser entraîner par ses personnages. Et c'est vrai que les deux héros, surtout Hervé, celui qui est moyen en tout, finissent, comme dans les meilleurs teen movies, par être émouvants. Mais cela ne suffit pas à faire des Beaux gosses une œuvre totalement aboutie. Même si, dans le registre comique, Sattouf a l'étoffe d'un grand, on perçoit encore trop ici l'auteur de bandes dessinées. Ce que je veux dire c'est que dans pas mal de scènes on a davantage affaire à du croquis filmé (comme on dit du théâtre filmé) qu'à de la vraie comédie. Cela dit, ce n'est pas grave puisque c'est drôle...

(A noter que la plus belle scène du film n'est pas comique, c'est quand, vers la fin, le garçon suit la fille, arrivée en scooter, qu'il lui dit que maintenant il sait qu'il l'aime, trouvant les mots pour enfin exprimer - même maladroitement - ses sentiments, et qu'elle lui fait comprendre que c'est trop tard, qu'entre eux c'est fini. La scène est d'abord filmée en contreplongée, à travers une balustrade, du point de vue du garçon. Puis contrechamp sur le garçon: il pleure. Là, quelque chose se fissure, on sent que derrière l'expression un peu niaise et obtuse du personnage se cachait toute la fragilité de l'adolescence. Subitement le personnage devient beau, l'antiphrase du titre est comme sublimée.)

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