dimanche 24 mai 2009

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Vu Villa Amalia de Benoît Jacquot. Sur le thème "une femme disparaît", voilà un film qui s’attache à bien nous faire sentir la disparition. Au lieu de jouer sur son propre évanouissement, Villa Amalia multiplie les signes, ceux qui marquent la fuite en avant de son héroïne, abandonnant tout ce qui touche à sa vie, actuelle et passée, mais aussi ceux, contradictoires, qui font du film comme une remontée dans l’histoire du cinéma, celle de la modernité européenne, qui verrait se mêler aux tics modernistes du cinéma contemporain - jump cuts et cadrage tremblé, conférant au film une fausse légèreté - des échos au cinéma d’Antonioni et de Wenders (du changement d’identité à l’errance...), mais aussi de Godard (Ischia et la villa Amalia rappellent, sous une forme rudimentaire, Capri et la villa Malaparte dans le Mépris), voire de Rossellini (Isabelle Huppert, et sa coupe de cheveux, gravissant l’île, n’est pas sans évoquer Ingrid Bergman dans Stromboli)... En fait, tant qu'Huppert dit "oui, c'est vrai" le film est assez plaisant, dès qu'elle commence à dire non, le film l'est beaucoup moins, devenant de plus en plus empesé... Un "empèsement" dû, entre autres, à tous ces référents culturels (et je ne parle que du cinéma) qui s’accumulent à mesure que le film avance (je mets de côté les inserts bressoniens, sur les mains et les pieds, toujours très beaux chez Jacquot), là où on s’attendait plutôt à ce que celui-ci s’allège jusqu’à l’effacement (ce que n’arrangent pas l’accompagnement musical et la composition des plans, un peu trop voyante), un empèsement, disais-je, qui pour le coup est en accord avec l’alourdissement narratif, despléchinien, de la dernière partie (mort de la mère, retour du père juif, etc.). Bref un film bien pesant, bien grave, comme les aime Frodon...

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