lundi 18 mai 2009

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Tiens, ça bouge aussi du côté des anti-Frodon. Renzi et Thirion ont ouvert un site qui s'appelle Independencia.fr. Pour l'instant c'est encore très rudimentaire. On attendra pour juger...

Ci-dessous le manifeste de Douchet pour une nouvelle revue (c'est le "jeunisme" du vieux Socrate contre le "johnnysme" du père Frodon... ah ah) et l'intro de Renzi et Thirion à propos de leur site:

NOTRE COMBAT
Arrêtons les psychodrames et mettons nous en accord sur ce que doit être, en 2009, une revue de cinéma.
La question qui fait passion aujourd’hui est celle de la fonction de l’image dans une période ultra médiatisée et sciemment falsificatrice. La nouvelle revue doit imposer sa voix dans ce débat actuel, comme autrefois surent faire les "jeunes turcs". Cela ne veut pas dire un Première amélioré lofté dans un super Studio. Cela ne veut pas dire un New Yorker du cinéma écrit dans le langage cosmopolite de l’Economist. La nouvelle revue ne doit pas être une revue de référence et d’expertise plate sur le cinéma. Cela existe déjà, il suffit de traduire Positif en langue anglaise.
La nouvelle revue doit être une revue de combat. Une revue insolente, injuste, provocatrice. Bref partisane et scandaleuse. Une revue qui abandonne la politique des auteurs pour celle des fauteurs. Fauteurs et même fouteurs de trouble. Donc une revue de jeunes, ces jeunes auxquels on impose une vision trouble de la vie, de leur vie. Donc, pour lesquels le cinéma redevient une nécessité existentielle. Une revue qui jouerait sa partition: aux cinéastes la fonction de bien voir (montrer) pour faire voir; à la revue la théorisation, les réflexions multiples et ses critiques pour faire voir ce qui dans un film a été bien vu et bien senti. C’est de nouveau, affaire de morale donc d’esthétique. Donc, d’une politique.
Il y a un an, à Cannes, la Frontière de l’aube a été hué parce qu’il tient métaphoriquement ce discours. Un homme très jeune, photographe fasciné par l’image d’une star, absorbé par celle-ci comme par une pellicule, devient incapable d’assumer la vie et se suicide. Ce qui a fait rigoler les cons du Figaro ou du Journal du Dimanche, pour ne prendre qu’eux, cette prégnance de l’image et ses incessantes apparitions qui l’emportent sur le réel nous parlent, ne nous parlent que du mal de la jeunesse dans un monde où une représentation truquée l’emporte et s’impose sur le présent.
Le temps urge. Il convient que rapidement les projets pour une nouvelle revue soient exposés et discutés. Qu’une ligne unitaire soit dessinée et affirmée. Qu’un petit comité mène les discussions. Que soient liés le projet d’entreprise et le projet éditorial. Bref, faire en sorte que l’héritage de la critique militante ait un sens aujourd’hui.
Des deux choses l’une: ou les Cahiers rêvent ou ils crèvent, disais-je il y a déjà un an au début de leur crise. Ils ont choisi de crever. Notre solution reste ouverte à qui veut la saisir.
J.D.

INTRO
L’année dernière, la rédaction des Cahiers animait, on s’en souvient, un portail cannois. Ou plutôt, c’est un problème, on ne s’en souvient pas. Expérience non aboutie et frustrante pour de nombreuses raisons - nous étions au milieu d’un processus de reprise et de crise dont l’issue fut le rachat par les éditions Phaidon.
Les nouveaux propriétaires de la revue n’ont pas souhaité s’engager cette année à Cannes pour prolonger les précédentes tentatives de couvrir le festival au jour le jour. Il est impossible de remplacer les Cahiers sur leur terrain, même lorsqu’ils n’y font rien. Ce titre occupe une place telle qu’il est impossible de s’y substituer.
Depuis quelques semaines, nous nous demandons comment raconter ce festival, par quels moyens, dans quelle économie. Le dernier film de Raya Martin, découvert en avance pour les besoins de la rédaction du dossier de presse qui accompagnera sa projection dans la sélection Un Certain Regard, nous est apparu un exemple à suivre - une sorte de manifeste, un programme esthétique et pratique. En deux mots, le film raconte la résistance philippine à la colonisation américaine en falsifiant ses images pour qu’elles paraissent provenir d’un vieux film exotique de studio hollywoodien, comme Anatahan. L’avenir des survivants est archaïque - "the old is the new new", disait Raya Martin. "The new new is the old", répond Jean Douchet, qui appelle encore et toujours à revenir aux origines de la critique, à "une revue insolente, scandaleuse, partisane".
Pour l’heure, nous ne savons évidemment pas si Independencia.fr peut être cette revue. Mais il faut commencer par là, par un prototype sauvage, non-prémédité, sans l’évidence d’un avenir.
Independencia.fr n’est pas un site web 2.0. Nous sommes tous d’accord pour penser que la critique peut renaître sur Internet. Cela ne veut hélas pas dire que le renouvellement réside dans des prouesses techniques. Hormis quelques exceptions ponctuelles ou pérennes, comme l’adresse Pizzas-musique de Louis Skorecki, le blog s’est parallèlement révélé être soit une obligation mal vécue, soit une dépendance confortable pour quelques signatures connues, actives ou en pré-retraite.
Independencia.fr est, pour l’heure, un calendrier vide d’exploits à venir. Pour Cannes, son programme est d’être une sorte d’agenda. Entretiens vidéos de longueurs variables, documents volés, notations précises, tableaux de notes, contre-critiques, nous verrons bien...
E.R., A.T.

La suite sur independencia.fr

2 commentaires:

Griffe a dit…

Beau programme mais il faudrait commencer par ne pas citer le pire film du sénile Garrel...

Buster a dit…

Oui, le dernier Garrel n'est pas représentatif de la jeunesse aujourd’hui, c'est le moins qu'on puisse dire (même si personnellement j’aime bien le film, justement pour son côté outrageusement archaïque).