dimanche 10 mai 2009

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Petit débat hier soir autour de la loi Hadopi. Bon, on était tous d'accord pour reconnaître l'inanité de cette loi, manifestation d'une belle étroitesse d'esprit concernant le problème du téléchargement illégal (et plus généralement de la mise à disposition des œuvres sur Internet), même si les sanctions encourues n'ont rien de la répression dénoncée ici ou là (toujours énervant cette tendance à l'amalgame, ici par exemple assimiler les sanctions administratives - la fameuse riposte graduée aboutissant à couper l'accès à Internet tout en continuant de faire payer l'abonnement - avec la notion de "double peine", sachant à quoi ça renvoie...), parce que, quand même, il est des lois autrement plus liberticides que celle-ci, qui relève plutôt de la flicaillerie mesquine, surtout si on considère son caractère inapplicable. En fait, le problème est qu'on met sur le même plan deux questions totalement différentes, celle du droit d'auteur, qui s'inscrit dans un cadre juridique, et à ce titre relève en effet de la loi, et celle de l'aide, via Internet, à la création artistique, qui elle s'inscrit dans un cadre purement économique et, pour le coup, suppose de nouvelles règles (on parle de "régulation", le grand mot à la mode, alors que ça n'a rien à voir avec ce qui s'est passé dans le secteur financier). Deux questions connexes mais pas du même registre. D'où ce dialogue de sourds entre les pro-Hadopi et les anti. Les premiers, représentés, outre l'UMP et ceux qui flirtent avec, par tous les auteurs qui font prévaloir leur droit, ne s’intéressent qu’à l'aspect purement légal du problème, et de ce point de vue on ne peut leur donner tort, même si la notion de "copyright" mériterait d'être redéfinie vu l'usage qu'en font certains, artistes besogneux ou ayants droit affairistes, moins soucieux de faire partager une œuvre que de s'en servir, grâce à Internet, comme monnaie d'échange. Car dans le fond ce qui fait la valeur (marchande) d'une œuvre c'est davantage sa notoriété, donnant une réelle plus-value à l'œuvre, que la rémunération dont bénéficiera l'auteur à chaque diffusion de celle-ci (d'autant que la plus grosse part est accaparée par ceux qui, de près ou de loin, participent à la marchandisation de l'œuvre). Quant aux seconds, qui dénoncent l'inefficacité de la loi et son caractère répressif, ils se répartissent entre, d'un côté, les internautes, surtout les jeunes qui téléchargent comme des fous, prétextant que les CD et les DVD sont trop chers (ce qui est vrai), ou encore que télécharger gratuitement c'est une façon de découvrir une œuvre avec la possibilité ensuite, si elle plaît, de l'acheter (euh ça, en revanche, on n'y croit pas trop), et de l'autre, le PS, soutenu par une majorité d'artistes et d'intellectuels (surtout de gauche), arguant, non sans une certaine démagogie à l'égard des internautes (la palme à Cali), que la culture doit être accessible à tous, et prônant, pour résoudre le problème, une nouvelle taxe (une de plus), cette fameuse "contribution créative" destinée à rémunérer les artistes... Très bien, sauf que je n'ai toujours pas compris en quoi un tel dispositif prenait véritablement en compte ce "nouveau monde" qu'est Internet, ni pourquoi ce sont tous les internautes qui devraient ainsi être mis à contribution, même ceux qui comme moi ne téléchargent pas (non par principe mais parce que je n'aime pas les trucs compressés). Ce n'est pas parce qu'on ne peut empêcher les gens de télécharger sans payer, et même pour certains sans se faire repérer (en masquant les IP?), qu'il faut le faire "payer" à tout le monde. Sanctionner ou taxer, c'est toujours la même rengaine. Autant ne rien changer... 

10 commentaires:

'33 a dit…

Je ne regarde pas la télé. Pourtant j'en ai une et je paie la redevance. C'est la même chose avec internet et le téléchargement, à mon sens.

Buster a dit…

Sauf que la redevance sert à financer les chaînes de télé et les radios du service public qui, en contrepartie, s’engagent à réduire leur espace publicitaire, et non à faire face à un usage illégal de la TV. La comparaison serait plus juste avec les bouquets numériques. Serait-il normal de faire payer une taxe à tous les abonnés pour compenser le préjudice occasionné par ceux qui capteraient les programmes sans payer?

le père Delauche a dit…

Quelques remarques en guise de premier comm sur ce blog toujours stimulant :

1- "Pas le 'droits d'auteurs', mais les devoirs d'auteurs !", comme dirait l'autre...

2- Pfff... on a là l'extension ("virtuelle", ou disons, dans le "réel") du droit de propriété... On notera que l'expression "propriété intellectuelle" frise l'oxymore...

3- On aurait tous à y gagner (à part les nantis...) d'abandonner la propriété : avec un peu de chance, ce sera le début d'un commencement de disparition du flicage, de la surveillance, de la sécurité, du contrôle, des procédures administratives...

4- Mais, bon : ce ne sera sûrement pas demain... la "veille" :-DDD

'33 a dit…

Dans ce cas, on peut imaginer deux types de forfait internet : avec téléchargement de contenu culturel, ou sans téléchargement. Comme on est libre d'avoir la télé avec le cable/satellite, ou sans. C'est de toute façon, plus qu'une taxe généralisée, ce qui se prépare.

(et l'achat par une partie des "pirates" des oeuvres qui leur plaisent est vérifié empiriquement. Moi je le fais, et un tas de gens le font)

Buster a dit…

Père Delauche, vous seriez pas un peu anarchiste sur les bords?

33', oui cela serait plus équitable, encore que le vrai problème dont je n'ai pas parlé dans mon post c'est finalement moins celui du piratage que celui des opérateurs télécom.

Car si Hadopi ne sert à rien parce que pour être efficace il faudrait que la loi soit plus répressive, ce que personne ne souhaite, d’autant qu’il n’est pas prouvé que la réduction du téléchargement illégal soit synonyme d’une augmentation de la vente des œuvres (CD essentiellement puisque le gros enjeu c’est la musique), d’un autre côté, la contribution créative n’est pas non plus une bonne solution parce qu'elle fait supporter aux seuls internautes le poids de la rémunération des droits d’auteurs, et ce dès l'abonnement, alors que ce sont ceux qui s’en mettent plein les poches, à commencer par les opérateurs télécom, qui devraient la payer.

'33 a dit…

les FAI s'en mettent certes plein les poches mais les tarifs français pour l'ADSL sont parmi les plus bas d'Europe (grâce à Free qui a tiré vers le bas). Conclusion : les FAI ne réduiront pas leurs marges (surtout dans le contexte actuel) d'avantage, et si une taxe à la création leur est imposée, à eux, ils la répercuteront sur le consommateur.

Buster a dit…

Oui c'est sûr c'est pas le genre à faire de cadeaux... Ce que je voulais dire c'est qu'il y a suffisant de fric qui se fait déjà sur le dos des artistes (FAI mais aussi SACEM pour la musique, d'ailleurs il faudrait distinguer entre musique et cinéma car les problèmes ne sont pas tout à fait les mêmes), pour qu'il n'y ait pas besoin d'imposer une contribution à tous les internautes... Evidemment ce n'est pas énorme vu le nombre d'internautes mais c'est pour le principe, et puis à force d'additionner les taxes les unes après les autres ça finit par faire beaucoup... seulement voilà c'est plus simple de faire payer tout le monde que d'aller voir d'un peu plus près où va l'argent déjà récolté grâce aux téléchargements...

Buster a dit…

Et puis, pour clore (momentanément?) le sujet, je me méfie comme de la peste de ces "contributions" incluses dans des abonnements. Au début ok c'est pas grand-chose, quelques euros/mois mais comme il n'y aucune transparence c'est la porte ouverte à tous les abus...
Quant à l'argument avancé par certains (la quadrature du net?) qui consiste à dire que le prélèvement à la source ça va pousser à télécharger puisque ce sera déjà payé, ça relève plus du consumérisme que d'un quelconque souci pour faire accéder le plus grand nombre à la "culture" (les guillemets s'imposent comme pour le mot "artiste").
Dans le fond, le mieux reste le paiement direct au moment de télécharger, simplement en rendant le téléchargement plus "attractif" (je ne sais pas moi,par des tarifs plus avantageux si on télécharge beaucoup, les idées ne doivent pas manquer...) comme il ne serait pas inutile non plus de réadapter tout le système, par exemple en réduisant les bénéfices des ayants droit au profit des auteurs proprement dits, ou encore en modernisant certains organismes particulièrement archaïques comme la SACEM (mais il y en a d'autres), etc, etc. Mais non, on va se contenter de punir (toujours plus) ou de faire payer (toujours plus), trop content d'avoir trouvé dans l'internaute à la fois un bouc émissaire, quand il pirate, et la vache à lait idéale vu l'importance toujours plus grande que prend Internet dans notre vie de tous les jours...

le père Delauche a dit…

Euh, mais, c'est une réponse par une question...

Buster, vous seriez pas un peu "juif" sur les bords :-DDD

Buster a dit…

Ah ah ah... Non.