lundi 4 mai 2009

[...]

Je poursuis mon nettoyage de printemps:

24 city (fin). Donc Jia Zhang-ke a du mal à construire un récit. Normal, me direz-vous, pour quelqu’un qui aime les mondes qui se fissurent et tout ce qui touche visuellement aux décombres. Pourtant il n’aurait pas fallu grand-chose... Inverser simplement les deux parties du film, commencer par la partie faussement documentaire et non les vrais témoignages, remonter lyriquement le temps au lieu de l’étaler comme ça platement à la surface du film, et déjà le film aurait plus d’assise... Mais bon, n’est pas architecte qui veut...

Vu Tokyo sonata de Kyoshi Kurosawa. Là c’est le contraire. L'agencement des plans, l’élaboration du récit (surtout les rapports entre les trois principaux personnages: le père, la mère et le plus jeune des fils, l'enfant surdoué, alors que l’histoire de l’autre fils qui déplace le récit hors du cadre familial - la guerre en Irak - est moins convaincante, j’y vois même une concession facile de l’auteur pour donner à son film une dimension encore plus actuelle que celle déjà conférée par la question du chômage, une façon peut-être aussi d'échapper à la référence ozuienne), la construction du film, donc, est remarquable, on tient là un très grand film, ce qui n’était pas acquis d’avance si on considère les dernières œuvres de Kurosawa (je suis totalement hermétique à sa veine fantastique). Et puis, patatras, le film disjoncte, ça part dans tous les sens... la partie "grotesque", avec notamment le personnage du cambrioleur, est épouvantable, hormis la séquence en voiture, assez drôle...

Tokyo sonata (2). On me dira, bah oui, mais c’est ça la forme sonate, une tonalité initiale, principale, avec ses modulations, puis ce qu’on appelle le conflit tonal jusqu’à son paroxysme, et enfin sa résolution avec le retour à la tonalité principale. Sauf que là Kurosawa se prend un peu les pieds dans le tapis, entre la forme sonate et son équivalence sur le plan narratif, qui voit un élément déclencheur engager l'histoire sur les rails du récit (et les péripéties qui vont avec). Ici l’élément déclencheur c’est le licenciement du père, et la ligne du récit c’est le mouvement qui va de la honte alors éprouvée (et longtemps cachée) à la fierté finalement retrouvée, grâce au fils... Cela devrait suffire, mais non puisque la partie grotesque qui précède la réconciliation apparaît aussi comme un embrayeur, un passage obligé pour atteindre à cette réconciliation. On a l’impression que Kurosawa tout d’un coup, soit ne sait plus comment faire avancer son récit pour arriver au finale attendu, soit, ce qui est plus probable, ne croit plus le récit, tel qu’il est engagé, capable de résoudre les conflits. D’où l’artifice de nouveaux déclencheurs (la rencontre de la mère avec le cambrioleur, la fugue du fils, l’accident du père, ça fait quand même beaucoup...), ce qui crée une dissonance plutôt désagréable (comme un cluster en plein milieu d’une sonate), et donne au finale (le concours de piano et le fameux "Clair de lune" de Debussy), surtout à l’émotion (indéniable) qui s’en dégage, un côté un peu forcé, sinon truqué. Je veux dire par là que jouer sur le beau après avoir côtoyé le monstrueux ne peut que susciter l'émotion...

2 commentaires:

asketoner a dit…

Ce que je trouve affligeant, dans Tokyo Sonata, c'est qu'évidemment le gamin est un pianiste de génie. Et s'il avait joué comme un pied ?... Il n'y a que Herzog pour avoir le culot de montrer un 'mauvais' pianiste (Kaspar Hauser, et même Invincible, où la scène de piano est à la fois fragile et sublime).

Buster a dit…

Si l'enfant avait joué comme un pied? Humm... cela aurait peut-être été trop violent. Mais c'est vrai que la fin m'a paru faible et un brin facile. J'aurais bien vu l'enfant "muet" sur son piano... Cela dit je ne suis pas aussi sévère que vous sur le film, j'ai trouvé la première heure magistrale, la façon dont Kurosawa cadre ses personnages et découpe son récit est vraiment impressionnante.