samedi 18 avril 2009

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Juste pour rire, et en attendant la suite de mon texte sur l’Idiot de Pierre Léon (ce qui ne saurait tarder), voici la présentation par Luc Moullet de son livre sur le Rebelle de King Vidor. Génial.

"Le Rebelle (1948) de King Vidor est pour beaucoup de cinéastes le film de chevet. L’architecte qui dynamite des HLM conçues par lui, parce que les commanditaires ont défiguré son projet, évoque évidemment le cas de tous ces cinéastes qui n’ont pu bénéficier du fameux final cut.
Le dynamitage du Rebelle a profité d’un nouveau regain d’actualité avec les implosions récentes de HLM en banlieues. Ou: Gary Cooper à La Courneuve...
C’est un film malin, savant, glacé, hyperpro, mais aussi un film abrupt, brutal, cinglant, condensé, convulsif, déchiqueté, déjanté, délirant, discrépant, érotique, étourdissant, fascinant, frénétique, grossier, haché, hystérique, mal poli, romantique, surréel, torride, trépidant. Un objet barbare, un météorite.
S’il ne fallait conserver de toute la production hollywoodienne qu’un seul film, ce serait celui-ci. Je l’ai vu une bonne douzaine de fois, et j’ai peur de le regarder à nouveau, tant il m’émeut. En évoquant le comment, je dirai pourquoi le Rebelle demeure l’une des plus sublimes créations du génie humain." (Luc Moullet)

Sinon j'ai repensé au petit jeu cinéphile des listes et je trouve qu’il y a dans ces listes, du moins les miennes, sur les meilleurs films français des années 70 ou 80, quelque chose d’insatisfaisant qui touche non seulement au fait que beaucoup de films, pourtant aimés, se retrouvent exclus mais surtout que j’y mélange des films jugés importants en leur temps mais dont je serais bien incapable aujourd’hui d’expliquer pourquoi, faute de les avoir revus, des films qui au contraire ne m’avaient pas laissé un grand souvenir mais dont la revoyure apporta un sacré démenti, et des films chéris que je peux revoir indéfiniment, avec toujours le même plaisir. Si je ne retiens que ce dernier groupe (le plus fiable) et l’étend à l’ensemble des films français depuis disons les années 60, ça donne le résultat suivant (par ordre chronologique, et toujours un film par cinéaste):

Pickpocket (1959) de Bresson, le plus beau "chemin" jamais emprunté au cinéma.
Le Mépris (1963) de Godard, pour sa splendeur tragique, son alchimie et l'impression d'absolu qui s'y dégage.
Les Parapluies de Cherbourg (1964) de Demy, aussi beau que les plus beaux Naruse.
Playtime (1967) de Tati, pour la séquence délirante du Royal Garden, digne des plus grands burlesques, ceux de McCarey, et plus généralement sa démesure, elle, quasi stroheimienne.
Baisers volés (1968) de Truffaut, pour son "charme indéfinissable" (formule passe-partout qui ne veut rien dire mais qui ici colle parfaitement au film).
Flammes (1978) d'Arrieta, pour les pompiers fantômes, Ravel et l’incroyable musicalité de sa mise en scène (voir le prochain extrait).
Corps à cœur (1979) de Vecchiali, aussi bouleversant que les derniers Sirk.
Rouge-gorge (1985) de Zucca, pour sa poésie stevensonienne, son goût de l’aventure et les chausse-trappes du récit.
Le Mirage (1992) de Guiguet, un miracle tout simplement, dans le rouge du couchant.
Contes des quatre saisons (1990-1998) de Rohmer, pour ses variations, ses rimes, ses échos, qui font des quatre films un tout, le grand Conte, un sommet d'ingéniosité narrative et de maïeutique polychrome (vert, blanc, bleu, doré).

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