lundi 6 avril 2009

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Vu ce soir A l’Aventure (avec un A majuscule, s’il vous plaît) de Brisseau. Encore un très grand film. Son meilleur depuis... peut-être bien Céline. Grand film sur la jouissance, mais pas n’importe laquelle, la jouissance Une dirait Lacan, celle qui se passe de l’Autre (avec un A majuscule, s’il vous plaît). Qu’est-ce qu’il en sait Brisseau de la jouissance? Rien et c’est ça qui est beau. Mais n’allons pas trop vite, laissons le d'abord nous parler de son film.
A l'Aventure clôt un cycle, celui des films qui mélangent ce que Brisseau appelle "des choses non évidentes" (par exemple Einstein et le sexe, l’interrogation sur le sens de la vie et la quête mystique, le désir et la grâce...), des films dans lesquels il tente de mettre en scène "le désir et la recherche du plaisir sexuel comme Hitchcock l’a fait autrefois avec la peur et le suspense". A l’Aventure a l’aspect d’un film somme, renvoyant Céline pour la place de la quête spirituelle, aux Savates du bon Dieu pour l’importance de la nature, à Choses secrètes et aux Anges exterminateurs en ce qui concerne l’expérimentation du sexe", sauf que le film est peut-être "encore plus simple et radical, dépouillé et direct dans sa mise en scène, car il s’intéresse à ce qui reste quand il n’y plus rien dans l’existence: le sexe, la mystique, la nature", des éléments que Brisseau rapproche "afin de filmer le côté fantastique de la vie", puisque "tout ce qui nous entoure - les étoiles, la vitesse, le son, la lumière - est fait de mystères que l’on pense pouvoir expliquer", et que c'est pareil pour le plaisir sexuel: "le fantastique s’immisce entre ce qu’on voit et ce qu’on croit voir, et c’est cela qu’on peut filmer..."
Bref un défi majestueux que Brisseau relève de main de maître. Sur ce film-là aussi j'espère pouvoir revenir (mais je n'ose plus trop m'avancer).

5 commentaires:

Joachim a dit…

Je crois que j'ai bien fait de me taire sur ce film, mais pour moi, les éloges que je ne cesse de lire me précipitent dans la quatrième dimension. La vraie dimension surnaturelle de ses derniers opus, c'est vraiment sa réception critique. Bon ensuite... c'est sûr, mieux vaut toujours laisser la parole aux défenseurs. Cela dit, ne serait-il pas temps pour Brisseau d'interroger non plus ses fantasmes érotiques, mais ses fantasmes sociaux ? Parce que, de film en film, cette représentation des fils de familles bellâtres et idiots "qu'on épouse mais qu'on n'aime pas", ces femmes éperdues d'absolu mais si instables psychologiquement, ces soirées mondaines où l'on sort l'argenterie après la partie fine, c'est juste PAS POSSIBLE !
Je précise (au risque de me Pierremuratiser) que je tiens "De bruit et de fureur" pour un grand film.

Buster a dit…

Je comprends. Moi-même je n’aime pas du tout "les Anges exterminateurs" et n’avais été qu’à moitié convaincu par "Choses secrètes". Mais là c’est différent, je suis entré dans le film dès le début. Le 35mm, le format 4/3, la musique de Musy..., j’ai tout de suite éprouvé une sorte de jubilation qui ne m’a pas quitté, même si par la suite les scènes érotiques ne sont pas toujours convaincantes (ça tire trop vers l’illustration sadienne). Peut-être que sans le contrepoint (méta)physique et spirituel (certaines scènes avec Chicot sont bouleversantes et le finale sur les hauteurs du Lubéron est absolument magnifique) le film perdrait toute grâce. Il faut dire que je tiens "Céline" pour le meilleur film de Brisseau (j’aime aussi beaucoup "De bruit et de fureur"). En tous les cas j'ai vraiment été impressionné par la construction du film et la qualité de ses dialogues (c'est marrant, en ce moment je suis très sensible aux films "bavards", comme chez Oliveira ou Pierre Léon). Et puis j’aime les cinéastes qui vont jusqu’au bout de leur désir sans crainte du ridicule. Sinon question "fantasmes", je préfère quand même, et de loin, l’érotisme au social.

Kabé a dit…

"je préfère quand même, et de loin, l’érotisme au social."

Parole d'un gars qui ne voit pas tout ce que les grèves de la SNCF ont de violemment érotique...

Buster a dit…

C’est bien KB je vois que vous lisez mon blog, seulement vous le lisez mal ou de travers et n’en retenez que ce qui vous arrange. Lorsque je dis préférer l’érotisme au social, c’est au niveau du fantasme que je parle, cela ne veut pas dire que je me désintéresse du social, bien au contraire, mais que "les fantasmes sociaux" (comme dit Joachim) ne me transportent pas autant que les fantasmes érotiques, surtout lorsque ceux-ci sont magnifiés, comme chez Brisseau, par tout un questionnement métaphysique.

Evidemment on peut dire la même chose du social (et là je complète ma réponse à Joachim) mais je ne suis pas sûr que ça ouvre des voies aussi insondables et troublantes que pour l’érotisme. Prenons les deux premiers films de Brisseau, "Un jeu brutal" et "De bruit et de fureur", ce sont peut-être ses deux plus grands films (même si je trouve "Céline" plus beau), je n’en ai qu’un souvenir imprécis mais ce dont je me souviens c’est qu’à l’époque la "monstruosité" du premier m’avait davantage subjugué que la "violence" du second, que dans le premier le social finissait par se désagréger pour laisser place à une forme presque autonome d’horreur poétique et fortement érotisée, alors que dans le second le social était si prégnant, de par son sujet (la violence des banlieues) et bien que transfiguré par des motifs fantastiques, que tout ce que produisait le film, en termes de fiction et d'émotions, y restait subordonné. C'était très fort mais il n'y avait pas cette ambiguïté qui fait que par moments un film semble en cacher un autre.

Buster a dit…

Sinon je perçois très bien ce qu’il y a de "violemment érotique" dans les grèves de la SNCF, c’est d’ailleurs pour cela que je me dissocie de cette espèce de sympathie gnangnan et panurgienne qu’elles provoquent chez pas mal d’usagers qui en sont pourtant les premières victimes, non pas que je sois systématiquement contre les grèves mais parce qu’en matière de "jouissance", celles de la SNCF confinent un peu trop souvent à la "perversion", et moi je ne suis pas masochiste!